Invisible Kid d’Atef Attia.

Invisible Kid d’Atef Attia.

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J’ai découvert Atef lors de la sortie de son premier roman Sang d’encre. Un type sympa, talentueux et très généreux de son temps. J’avais aimé son roman – voir ma critique sur le lien suivant – critique de Sang d’Encre. Ce fut donc tout un honneur de pouvoir lire son nouveau roman intitulé « Invisible Kid ». Il y a de ces écrivains au talent indéniable dont on ne se lasse pas. Il en fait partie.

Résumé du quatrième de couverture :

« Il y a des jours où Issour Danielovitch se sentirait presque devenir invisible. Entre un père despotique, des frères aînés absents, des ennuis de santé, les railleries de ses camarades et un premier amour tué dans l’œuf, il mène une vie plutôt mouvementée pour un adolescent de quinze ans. Une vie qui serait somme toute banale, mais c’était sans compter la cruauté et l’acharnement de certains de ses camarades qui poussent la farce un peu trop loin. Et lorsque leur dernier canular tourne au drame, ils ne se doutent pas de la force maléfique qu’ils déchaînent et qui changera la vie d’Issour à tout jamais. »

Mon Commentaire :

Un détail qui nous accroche dès les premières pages est cette capacité de l’auteur à nous rapprocher de ses personnages. Son talent de raconteur et l’intimité de ses propos nous offrent une perspective unique sur la vie du personnage principal. Le petit Issour, un gamin de 15 ans. L’écriture d’Atef se transforme à mesure que nous tournons les pages. L’analyse quotidienne de la vie du petit est un leurre, un appât séduisant qui flirte avec nos souvenirs de cette époque lointaine où nous étions nous-mêmes sur les bancs d’école. Comme le poisson qui mord à l’hameçon, les premières pages nous capturent, elles nous emprisonnent dans l’étroit tunnel de la désillusion. Qui ne revit pas occasionnellement ces moments de beauté propres à l’enfance et à l’innocence? Atef le sait et exploite notre mémoire, nos souvenirs de déceptions, de peurs, d’isolements ou de solitude. Tout ce qui fait de l’adolescence une période bien difficile pour beaucoup d’entre nous.

« La préméditation avait du bon. »
P.143

Dès que nous sommes prisonniers, imbibés des détails et personnages très réussis, il ouvre la porte sur nos peurs, nous libère de notre zone de confort, pour ensuite nous faire descendre les différents paliers menant à l’enfer fantastique de nos instincts de violence, de notre folie passagère.

C’est une balade en douceur sur les eaux calmes d’un lac, un ciel qui se couvre de nuages noirs, les vagues qui grossissent et la pluie glaciale qui tombe. Mais il est déjà trop tard, vous avez franchi le point de non-retour et vous ne pouvez que tanguer au rythme des moments intenses décrits par Atef.

« C’était une masse noire et amorphe qui semblait hésiter sur la forme à adopter. Une aberration en mutation perpétuelle. Elle était ici et ailleurs en même temps, comme un trou noir, une brèche dans un autre espace-temps remplissant l’air d’électricité statique qui hérissait tous les poils d’un Issour tétanisé. »
P. 133-134

Ma seule déception, même si ce n’est qu’une déception provisoire menant à un moment de joie est l’idée qu’une suite se prépare. Une suite qui éveille mes neurones et me permet de penser à tous les scénarios possibles. Une suite que je vais indéniablement lire.

Comme si le récit principal ne suffisait pas, il y a une petite surprise à la fin. Une nouvelle qui devrait bientôt paraître dans un recueil. Une nouvelle littéraire tout à fait différente du roman. Un texte qui nous transporte au Mexique, une histoire de séduction, de tromperie, de survie. J’ai aussi adoré.

Et, Monsieur Atef, comment ignorer vos références cinématographies ou littéraires. Je vous laisse les découvrir.

Les thèmes du roman :

Amour, enfance, abandon, vengeance, mort.

En conclusion :

Ben voilà, que faites-vous ici, allez vite vous procurez ce roman. Une des bonnes lectures de 2016.

Ma note :

9/10

Liens utiles :

Site de l’éditeur PopLibris

Site d’Atef

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Les Racines du Mal – Huitième partie – Georgia, lève-toi et marche !

Important :

« Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite. »

Sous terre

Georgia

Bordeaux, France

Elle respirait difficilement, les yeux clos, couverte de sueur en raison de la chaleur intense qui sévissait dans la fosse l’emprisonnant. Au-dessus d’elle, des grondements répétés lui avaient appris que la résidence enflammée avait commencé à s’écrouler, bloquant inévitablement toute possibilité de fuite. Elle était vraiment dans la merde et c’était une question de secondes avant qu’elle n’étouffe dans l’espace restreint, ses poumons se remplissant de fumée.

Étrangement, la jeune femme souriait, son souffle s’était transformé en un son rauque pitoyable, ses larmes laissaient des traces sur ses joues sales. Les tremblements qui animaient son corps s’étaient arrêtés depuis peu.

Georgia avait un statut particulier dans leur groupe hétéroclite. Son pouvoir était différent, rare et difficile à invoquer. Elle repensa aux autres, à Réal qui était un monstre sanguinaire, puissant et millénaire, une bête errant dans la nature en faisant régner la terreur. Il était à moitié humain et animal, un objet de légende et de mythe dans plusieurs civilisations passées, éteintes et même à venir. Les archives de l’humanité étaient remplies des traces de son passage. Il était une sorte de dieu parmi les hommes.

Jean était quant à lui un tueur sans pitié, à la force inégalée, au tempérament calculateur et sans le moindre égard pour ses victimes. Il aimait faire souffrir, aurait pu tuer un poupon innocent en lui brisant le cou sous les yeux de sa mère. Il ne connaissait que la destruction et ne trouvait de plaisir que dans l’acte de mort qu’il offrait avec efficacité. Sa tolérance à la douleur était tout aussi légendaire que sa capacité à guérir de ses blessures en un temps record.

Georgia avait un talent caché, qu’elle n’avait utilisé qu’une seule fois auparavant et dont les conséquences se faisaient toujours sentir, même aujourd’hui. L’utilisation de son pouvoir modifiait sa personnalité, effritait un peu de cette lucidité et de cette humanité qui gisait quelque part en elle. Viendrait surement le jour où elle franchirait le point de non-retour. Ce n’était toutefois pas pour cette nuit.

Son sourire s’estompa et elle se mit à pleurer, les yeux brûlés par la fumée, les poumons douloureux.

Elle allait bientôt pouvoir s’abreuver aux racines du mal.

Un choc sourd se fit entendre et une masse percuta le plafond de bois qui s’incurva, paraissant sur le point de céder. De la poussière pénétra dans sa prison sous forme de pluie sèche, bientôt suivie d’une fumée noire toxique.

Georgia n’eut que le temps d’un hurlement faible, avant que des débris ne la recouvrent avec fracas, broyant son corps, pulvérisant son crâne et ensevelissant sa frêle carcasse qui s’enflamma sous la chaleur.

***

12 ans plus tôt.

La petite Georgia s’éveilla en hurlant. En grattant de ses ongles brisés et du bout de ses doigts déchiquetés les parois malléables du tombeau froid et humide dans lequel l’homme avait enseveli son petit corps inanimé. Elle ignora la douleur des coups qu’on lui avait administrés, taisait la souffrance de ces blessures internes qu’il lui avait infligées. Le sang entre ses jambes ne s’était pas encore coagulé, la semence méprisable de cet être odieux coulait toujours en elle.

L’enfant grattait la terre avec frénésie, toussant, avalant goulûment le peu d’air qu’elle parvenait à capter dans les mouvements du sol qu’elle créait. Elle commençait à paniquer, labourant le toit sombre qui s’alourdissait. Son cri était une plaine d’animal blessé. Personne ne pouvait l’entendre.

Georgia sentit les premiers grains de terre pénétrer sa bouche aux lèvres fendues. Son sourire ne serait plus jamais le même, plusieurs de ses dents avaient été fracassées et sa langue avait été lacérée d’une lame froide agitée avec virtuosité. Elle cracha, redoubla d’effort en creusant. Du seul œil qu’elle put ouvrir, l’autre étant trop enflé, elle vit les premiers rayons lunaires qui l’accueillirent à l’air libre. Ses mains sales rencontrèrent le vide et elle parvint à se propulser hors du trou, roulant le plus loin possible de la sépulture qui lui avait été réservée.

Haletante, elle fixait le ciel clair de cette nuit froide. Nue, sale, couverte de blessures, d’ecchymoses et de plaies, la petite Georgia cessa de pleurer. Les sanglots laissèrent place à une haine malsaine et dévastatrice.

Sans honte pour sa nudité, elle se releva. Son visage était une immense plaie, son bras gauche avait été fracturé, mais elle était étrangement capable de le bouger sans trop de douleur. La brise nocturne la caressa indécemment tandis qu’elle laissait la magie s’opérer en elle.

Elle était morte quelques heures plus tôt. Cet homme qui l’avait suivit à son retour de l’école et qu’elle n’avait pas remarqué, l’avait accosté aux abords du sous-bois à moins d’une centaine de mètres de chez elle. Il l’avait interpellé par son prénom, puisqu’ils se connaissaient. C’était un des amis de son père, avec qui ce dernier buvait et jouait au poker. Il passait ses soirées à la chercher du regard. Elle se souvenait de ses attentions particulières, de ses cadeaux, ses sourires et elle savait aujourd’hui l’immondice qui gisait en lui, le cancer qui le rongeait.

Georgia serait le remède à tous ses maux, puisqu’elle n’aurait de repos que le jour où elle s’abreuverait de son sang, lui trancherait la gorge, broierait ses organes encore chauds. Elle voulait l’entendre hurler de souffrance, pour couvrir ses propres lamentations juvéniles alors qu’il la trainait dans les broussailles. Elle voulait l’entendre supplier, comme elle l’avait fait afin de faire cesser les coups qui pleuvaient, afin de mettre un terme à ses pénétrations douloureuses. La gamine voulait lui rire au visage, alors qu’il se trouverait aux gouffres de la folie, tout comme il s’était amusé à la toiser alors qu’elle gémissait, passant de l’inconscience à l’éveil à plusieurs reprises.

Un son devant elle et elle leva son regard vers l’épaisse végétation sur sa droite. Elle ne tremblait plus, ne souffrait plus. Son corps, un temple à la folie humaine, était devenu un témoignage à la survivance, au courage et à la vengeance.

Une forme encore plus sombre que les ténèbres glissa à la périphérie de sa vision et elle se contenta de rester immobile, les poings serrés, la mâchoire tellement contractée que ses dents restantes grinçaient. Elle se mit à trembler de colère et de détermination. Elle n’était qu’une pauvre petite gamine de 13 ans, innocente et qui n’avait pas voulu de toute cette horreur. Ce qu’on lui avait ravi n’avait pas de prix, elle exigerait toutefois réparation.

Après l’avoir violée et battue pendant plusieurs heures, Georgia avait cru qu’il la laisserait vivre. Qu’elle pourrait se lever et aller chercher de l’aide, que cet être ignoble serait puni par la justice des hommes. Mais les choses s’étaient déroulées bien autrement. Il était resté non loin d’elle, fumant en silence tout en la regardant. Il y avait une certaine folie dans son regard, une satisfaction cruelle qui la terrifiait. L’individu s’était finalement levé, marchant tout autour de la gamine mal en point qui gisait au sol. Ses souliers luisants étaient tout ce qu’elle pouvait voir et sans avertissement, il lui asséna un puissant coup de pied au visage qui l’envoya rouler sur le dos. Une pelle qu’elle n’avait pas remarquée plus tôt fit son apparition, elle heurta l’objet au manche boisé.

Elle tourna la tête dans cette direction et vit le trou.

Elle hurla, voulut se débattre, le combat inégal était à l’avantage de l’homme. L’agrippant par les cheveux, il la tira tout près de la fosse d’à peine trois pieds de profondeur pour l’y pousser sans ménagement. Dans le trou, elle voulut se relever, ignorant la douleur dans son corps, mais il retira un objet de la poche de son veston.

Elle cessa de bouger et contempla le canon du revolver. Elle se souvint qu’il était policier, qu’il devait protéger et servir, non pas blesser et asservir.

Georgia eut le temps de hurler avant que le coup de feu ne l’atteigne au cœur, remplissant la nuit d’un tumulte assourdissant. Ce fut tout, puisqu’elle se réveilla sous terre, son assaillant croyant l’avoir enterrée morte, mais elle était vivante d’une nouvelle existence improbable.

Maintenant qu’elle se tenait debout non loin du trou, une forme mystérieuse tapie dans l’obscurité, elle baissa son regard sur sa poitrine. Elle vit une large plaie et du sang séché. Cette blessure mortelle était toutefois indolore. Georgia était bien morte, elle pouvait le sentir, le deviner à la consistance énigmatique de l’air, à cette étrange force qui s’écoulait en elle. Tout lui semblait différent, plus intense.

La petite patientait face à la chose près du sous-bois. Sa silhouette s’était immobilisée et lui faisait face. Sa forme était vaguement humanoïde, quoique floue comme si elle refusait d’être définie. Elle décida de s’adresser à la créature.

–        Qui êtes-vous?

Elle fut surprise de l’aplomb de sa voix, de son courage. La petite gamine maigrichonne et meurtrie n’avait plus peur. Elle avait connu l’horreur. L’ombre lui répondit d’une voix à mi-chemin entre le murmure et le grognement de bêtes sauvages.

–        Je suis celui que tu voulais rencontrer.

Intriguée, Georgia fit un pas vers l’avant, mais une sorte d’aboiement fiévreux retentit et un souffle putride l’atteignit, la forçant à garder ses distances. Sur la défensive, elle parla.

–        Que me voulez-vous?

Un regard scintilla dans la masse obscure de la nuit et l’enfant sentit l’odeur de putréfaction qui émanait de la chose, plus forte que l’effluve du sang, de la terre et de la sueur qu’avait laissé sur elle le monstre qui l’avait violenté.

–        Je peux te redonner une vie similaire à celle qui te fut enlevée.

Morte, elle était bien morte et c’était le diable qui se tenait devant elle. Ce n’était pas la peur qui dominait, mais le désir de vengeance. Sa capacité à transformer sa colère en détermination ferait d’elle une femme redoutable. L’enfant n’était toutefois pas dupe, elle pouvait bien voir que ce qu’on lui proposait n’était pas une offre généreuse. Sa voix naguère douce sonnait comme celle d’une adulte.

–        Quel est le prix?

Un rire déchira la nuit, la forme se précisa et la gamine comprit. Elle sut que le prix à payer pour sa vengeance serait élevé et que l’accepter ferait d’elle une atrocité parmi les humains. Mais c’était préférable à la mort, l’oubli et le silence. Sa vie n’était pas terminée. Elle aurait dût se prolonger de manière naturelle.

 De son œil ouvert, avec son petit corps ravagé et brisé, elle s’avança vers la forme menaçante.

–        J’accepte.

La petite Georgia s’enfonça alors dans le sous-bois avec la créature ténébreuse. Elle était prête à payer le prix demandé.

***

Aujourd’hui.

Georgia adulte, survivante du brasier, se tenait dans une ruelle sombre. Épiant la porte arrière d’un établissement. La fraîcheur de l’air nocturne ne l’incommodait plus et sa patience n’avait pratiquement aucune limite.

La journée avait commencé du bien mauvais pied, par sa deuxième mort. Heureusement, elle détenait un avantage particulier que la plupart des mortels ne pouvaient soupçonner. C’était le choix de poursuivre sa vie interrompue prématurément aux mains des hommes. Elle devait verser aux choses de la nuit un tribut coûteux, malgré les conséquences mentales et physiques évidentes qui en découlaient.

La jeune femme préférait ne plus y penser, du moins pour le moment. Elle avait quitté le brasier de cette maison où Sébastien l’avait trompé, humilié et piégé. Georgia ignorait les détails de la mission du jeune homme, ignorait pourquoi il avait attendu aussi longtemps avant d’essayer de la tuer.

Un mouvement dans la ruelle attira son regard, non loin de la porte. Un homme obèse quittait l’établissement, son pas traînant faisant fuir quelques chats de gouttière dissimulés dans les ordures qui jonchaient le sol. Ce n’était pas l’homme qu’elle cherchait.

Une fois le prix payé, elle avait quitté les flammes et rampée loin des débris. Sans ressentir la douleur, submergée par la colère et non loin de la folie, elle s’était dissimulée dans les buissons d’une résidence adjacente. Le chaos de la scène lui avait permis de passer inaperçu, les pompiers et les nombreux curieux épiant le brasier qui se propageait déjà aux résidences voisines. Dans la cour arrière, elle était passée d’un cabanon à un autre, baignée par la luminosité des flammes et des gyrophares. Elle traversa une clôture et découvrit une résidence plongée dans les ténèbres, ce qui ne pouvait que signifier une chose avec tout ce bruit : personne ne s’y trouvait. Elle brisa une fenêtre et pénétra à l’intérieur, soulagé de ne pas entendre d’alarme. À l’étage, elle trouva des vêtements qui feraient l’affaire et sur une table de nuit, quelques billets enroulés. Des clés de voiture s’y trouvaient aussi et elle s’en empara. Dans le garage, elle parvint à faire démarrer une vieille voiture allemande qui semblait dater d’un autre siècle et en raison de l’agitation plus loin dans la rue, elle put s’éclipser sans attirer l’attention.

Maisons en feu

Elle avait roulé dans la nuit, suivant la piste de Sébastien. Elle se rendit d’abord au bar où il rencontrait ses copains débiles pour boire comme un trou et questionna le barman. Celui-ci n’avait pas vu Sébastien, mais savait que son groupe jouait le soir suivant au bar « De la somme ». Elle remercia l’employé qui ne put s’empêcher de la déshabiller du regard. Elle trouva ensuite une chambre dans un motel minable, elle avait besoin de repos et plusieurs heures devant elle.

La nuit était tombée et Georgia se trouvait maintenant derrière l’établissement, avec une vue imprenable sur la sortie arrière, là où les membres du groupe finiraient par sortir avec leurs instruments de musiques, tout l’équipement. Il était près de trois heures du matin.

Georgia ferma les yeux un instant, respirant profondément.

Une porte claqua et alors qu’elle ouvrit les yeux, vit Sébastien qui titubait dans la ruelle, son bras passé autour du cou d’une jeune femme en jupe très courte, au décolleté provocant. Elle dut se défaire de ses talons hauts, les lançant tout simplement contre le mur et cela les fit éclater de rire.

Georgia souriait aussi, mais pour une tout autre raison.

Elle sortit de l’ombre…

À suivre…

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Lecture de Naissance — Le recueil — Aux Éditions Cyngen.

Naissance - Le recueil

Nous avons ici droit à un recueil illustré de quatre images et comprenant 8 nouvelles dans les genres suivants : Anticipation – science-fiction – épouvante/horreur et thriller.

Le livre est uniquement offert en version numérique.

Mes commentaires sur le recueil :

Je me tape une autre anthologie de nouvelle, pas mal pour un lecteur qui n’aimait pas ce genre quelques mois plus tôt, mais qui commence à y prendre goût. J’en suis à quoi, ma troisième critique du genre?

L’anthologie est très bien illustrée, les quatre images sont en couleur et la couverture est intrigante, elle éveille notre curiosité.

Le sujet du recueil est la naissance et je peux vous assurer que ce thème est très bien exploité, les textes choisis s’y rapportent tous d’une façon ou d’une autre. Si vous avez le cœur sensible et que la dernière chose qui vous intéresse est d’assister à une suite d’accouchements sanglants, soyez rassuré, ce n’est pas un bouquin de néonatologie. Mais sachez qu’il faut quand même un peu de sang pour rendre les choses intéressantes…

Voilà, j’ai passé un bon moment de lecture avec ce recueil, découvrant une panoplie d’auteurs que je ne connaissais pas et que j’espère lire à nouveau.

Le sang des inférieurs d’Anne Feugnet :

Une longue nouvelle littéraire bien écrite, qui nous rappelle parfois certains films, certaines autres histoires déjà lues. Mais on ne réinvente pas la roue et les écrivains ne sont pas exempts de cette règle primordiale. Le récit se déroule dans un monde ravagé où les rares survivants tentent de rebâtir un semblant de société, basé sur le modèle de l’Ancien Monde.

Naître est un acte imposé, un état qu’on subit ici sans questionnements. Et si la naissance n’était pas le commencement? Critique social et un reflet de ce qu’est notre société, cette nouvelle prend tout son sens avec les manchettes de l’actualité sur les tromperies de nos dirigeants. C’est un bon texte.

Lucy de Gaëlle Dupille :

Gaëlle est la seule écrivaine du groupe que je connaissais déjà. Comme toujours, elle nous guide gentiment au cœur de son univers, disons quelque peu démoniaque? Avec son talent indéniable, nous vivons une aventure littéraire inoubliable. La narration du point de vue du fœtus, quelque chose de risqué est ici bien réussi. L’auteure s’amuse avec les noms des personnages, nous donnant des indices sans vraiment le faire. Le texte est bien écrit, d’une fluidité qui nous accroche dès les premiers mots.

C’est l’histoire d’un fœtus intelligent et particulier, tout juste avant la naissance. Cette chose baignant dans les jus créateurs détient le pouvoir de changer le futur, de remodeler l’humanité. On veut savoir comment et surtout, pourquoi.

La construction du récit m’a offert une grande surprise. Au début, le narrateur nous parle de trois symptômes affectant la population et nous en explique seulement deux. Le récit se poursuit et durant un moment, on oublie le troisième, qui nous revient en plein visage vers la fin de l’histoire. Je compare cela avec une pâtisserie mise de côté dans un garde-manger et qu’on retrouve, tout juste au moment où le besoin de sucre se fait sentir. Très bien joué.

Le sujet principal du récit aborde la naissance, le thème désiré dans l’anthologie, mais c’est bien plus que cela. Les sujets abordent et les rebondissements, les surprises se succèdent jusqu’au dernier mot.

L’enfer dans les yeux de Nicolas Saintier :

Dès le début de la lecture, on se retrouve avec une ambiance à la « Anne Rice », remplie de mystère, d’une certaine sensualité et des descriptions bien placées. Le personnage est bien décrit, son état d’âme nous est présenté avec franchise. Un bon travail psychologique nous permet de comprendre le gamin.

Vous retrouverez un jeune homme en marge d’une société à laquelle il ne semble pas appartenir. Solitaire et différent, il plongera au cœur des ténèbres avec le désir de se fondre dans son rêve, de finalement se trouver chez lui. Cela ressemble à un écrivain, non?

Vampire vous avez dit vampire?

On croit bien savoir où tout cela nous conduit, mais détrompez-vous, deux petites surprises à la fin vont venir ébranler vos certitudes.

Gynogenèse de Sélène Meynier

Un militaire qui représente un danger pour son unité en raison d’un contact rapproché avec une espèce autochtone est envoyé en exil. La créature l’a mordu, l’ayant contaminé. C’est au fil des jours, sous forme de brefs textes datés, que nous suivons le personnage.

C’est de la science-fiction, très bien écrite, le ton des deux narrateurs est très convainquant, l’agonie palpable. C’est le genre de naissance qu’aucun être ne devrait subir. Le processus qui conduira la chose hors du corps est très bien documenté, s’étend sur plusieurs pages.

Bon récit, bon dénouement.

Le jour où tu es née de Caroline Rochas

Un chercheur se retrouve coincé dans le bunker d’une université, là où il fait ses recherches. Mais il découvrira qu’il n’est pas le seul, une jeune femme s’est invitée et ils seront forcés de faire connaissance. Qui est-elle et que veut-elle vraiment?

Le texte m’a plut, puisque bien écrit et parce que notre curiosité est tout de suite piquée. Le thème de la naissance est ici doublement illustré, du moins si j’ai bien saisi. J’aurais aimé plus d’élaboration sur l’expérience en cours, sur son sujet, mais l’auteur à d’autres idées en tête.

Le projet Janus de Robin Maillard

Cette histoire est un récit de science-fiction en lettres majuscules. Un genre avec lequel j’ai toujours eu de la difficulté.

Que nous raconte l’auteur ? Une équipe de scientifiques prépare une expérience de téléportation tant attendue, qui ne se déroulera pas tout à fait comme prévu. Que s’est-il vraiment passé ?

C’est un texte qui plaira aux amateurs du genre, avec le vocabulaire et les idées de circonstances. L’auteur incorpore un mélange hétéroclite d’éléments (noms de gens et de villes, philosophies et la redoutable mathématique) au récit, le rendant sans contredit unique.

Le thème de la naissance est bien respecté. Une histoire intéressante à découvrir.

Alchimie humaine de François Cedelle

Tout commence par un libraire qui se fait voler un vieux livre, qui poursuit le criminel qui se débarrassera du volume, non sans en déchirer et garder quelques pages. Est-ce que cet incident pourrait avoir quelque chose à voir avec le tueur en série qui sévit dans la ville ? Peut-être bien.

Tout est en place pour un thriller policier, un roman d’action.

Le récit est bien structuré, l’action nous tient en haleine et les éléments imprévus se succèdent.

 La chose de Muriel Georges

Ce texte est court, mais très efficace. On découvre une jeune femme violée, aux prises avec un poupon indésirable qu’elle appellera la chose. Motivée par un désir de vengeance, elle se prépare à affronter son agresseur.

Le texte est sombre, la tragédie et la tristesse du personnage sont bien relayées par les descriptions et les émotions ressenties. On veut savoir, jusqu’au bout, ce qui va arriver. L’intensité psychologique culmine avec la rencontre planifiée, la fin pourrait vous surprendre.

Pour faire l’achat c’est ici :

Naissance – Le Recueil