Interview d’un FDR : Sylvain Johnson

Les Fossoyeurs de rêves est un collectif de jeunes auteurs francophones issus des différents horizons de l’imaginaire : Horreur, Fantastique, Science Fiction, Fantasy, Thriller…

Leurs noms : Romain Billot, Gaëlle Dupille, Sylvain Johnson & John Steelwood…



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Question 1 de John Steelwood :

Quel est ton livre favori? Et maintenant, je veux que tu écrives une chronique négative sur ce livre, mais de manière justifiée.

Réponse :

Mon livre favori? Dead Zone de Stephen King. Une chronique négative sur ce livre? J’en suis tout simplement incapable. Désolé!

 

Question 1 de Gaëlle Dupille :

Si un génie sortait soudain de la bouteille de bière que tu viens d’ouvrir et te proposait de réaliser 3 vœux en rapport avec ta carrière d’auteur, que choisirais-tu?

Réponse :

En rapport avec ma carrière? Facile. Je voudrais l’assurance que ma muse ne cesse jamais de m’inspirer et que les idées continuent à me venir. Perdre l’inspiration serait un cauchemar. Ensuite, obtenir un gros succès. Pour me faire connaître et me donner une certaine autonomie financière et littéraire. Ne plus avoir à travailler, mais écrire tous les jours, quel rêve ! Pour terminer, que mes livres deviennent des films à succès, parce que j’aime le cinéma. En passant, maintenant qu’un gros génie sale vient de sortir de ma bière, va me falloir aller en chercher une autre.

 

Question 2 de Gaëlle Dupille :

Un mafieux influent te demande d’assassiner sa femme (que tu n’as jamais vue) et en échange te garantit que grâce à ses relations haut placées dans le monde de l’édition et du cinéma, il fera très vite de toi un auteur riche, célèbre et adulé, dont tous les romans seront adaptés à l’écran un à un dès leur parution. Acceptes-tu?

Réponse :

Voici mon adresse courriel pour m’envoyer la photo de sa femme… sylvain_johnson@yahoo.com

 

Question 2 de John Steelwood :

Tu es assis sur un banc et tu vois passer : un vieux, une cougar, un chihuahua et un emballage de hotdog. Bien entendu, cette vision t’inspire pour écrire un petit texte d’une dizaine de lignes. À ton stylo

Réponse :

Johnnie venait tout juste de célébrer son anniversaire, soufflant péniblement les quatre-vingt-dix bougies du gâteau. Sa petite-fille Constance le lui avait apporté, elle était bien la seule à encore venir visiter le vieux bonhomme. La plupart des gens refusaient d’entrer dans son appartement, tout cela à cause de son chihuahua Marcel qui ne cessait pas de grimper sur les jambes de ses visiteurs pour tenter une impossible copulation. En vérité, s’il gardait son chien détestable, c’était justement pour cette raison, qu’on lui foute la paix. Depuis la mort de sa femme, vingt ans plus tôt, il préférait la solitude et son mode de vie luxueux dans son immense domaine. Il en avait hérité de sa femme, une cougar plus âgée et riche qu’il avait séduit devant un stand à hotdog de Central Park. Il l’avait rattrapé pour lui offrir un hotdog, non sans écrire son numéro de téléphone sur l’emballage, ne croyant pas nécessairement qu’elle finirait par l’appeler. Elle le fit pourtant, deux jours plus tard.

 

Question :

Imagine une mort pour chacun des autres membres des Fossoyeurs. Décris cette mort!

Réponse :

Romain

Tuer Romain est compliqué. Je dois me rendre dans le Cantal. Mon premier soir, j’ai décidé de louer une chambre dans une auberge et y passer la nuit, afin de me préparer. Première erreur. Les « habitants » du coin sont de vraies brutes, de gros bûcherons sadiques et alcooliques. J’ai vu lors de ma soirée à l’auberge des comportements vaguement humains et animaux qui auraient fait rougir Satan. Il me faudra deux douches et trois comprimés pour dormir, mon séjour dans l’auberge et le bar adjacent me donnera des cauchemars durant des mois, sinon des années.

Prendre la route dans le Cantal, c’est voyager dans un autre monde. Premièrement, mon cellulaire ne capte plus de signal. Les routes, parfois, sont davantage adaptées aux animaux ou aux piétons que ma voiture de location. C’est tout un périple qui m’emmène non loin de la résidence répertoriée du célèbre écrivain Romain Billot. Des légendes font état de touristes venus le rencontrer, quémander un autographe et qu’on n’a jamais revus. Le grand Billot de déclarer dans une entrevue télévisée quelques mois plus tôt : « Sans corps, y a pas meurtre ». Cela n’a fait que raviver l’intérêt du public pour sa légende.

Je patiente sur une colline jusqu’à la nuit tombée. L’air se rafraichit et j’entends toute sorte de bêtes sauvages. On se croirait à une autre époque, complètement abandonné dans la nature sans merci pour les visiteurs non préparés comme moi. Il est minuit lorsque je décide de bouger. Je dois m’approcher du repaire de l’écrivain sans faire de bruit. Je ne suis pas encore en vue de sa cabane qu’une puissante musique se fait entendre. On dirait bien que monsieur Billot est en train de faire une petite fête. Il n’y a aucune voiture devant chez lui, il est donc probablement seul. Je m’approche et découvre sa porte d’entrée entrebâillée. Une sorte de gros chat blanc et gris se tient non loin et me regarde, sans bouger. Je déteste les chats et pointe mon fusil de chasse en direction de cette bête dont je me méfie. La musique qui monte de la cabane devrait être suffisante pour couvrir les déflagrations de mon arme. Je pousse la porte, une forte odeur de cigare me chatouille le nez et une faible luminosité venant d’une lampe à pétrole m’offre une vue sur l’intérieur.

C’est un salon des plus ordinaires, si ce n’est la silhouette couchée sur le canapé. Un homme mince, assez grand, avec une barbiche et des tatoues sur les bras. Il porte un chandail noir et quelques bouteilles de bière vides gisent sur la moquette trouée de brûlures de cigarettes. Je m’avance dans l’antre de la bête, pointe mon canon sur l’homme couché. J’ai lu son dossier médical et sais fort bien que vingt litres d’alcool par jour sont nécessaires afin de l’empêcher de tomber dans le coma. Il est complètement inerte et j’hésite un moment. Je me sens comme Mark David Chapman, mon nom sera connu de tous et trouvera sa place dans les livres d’histoire. J’ai un frisson et fais feu à six reprises, coupant littéralement le corps de ma victime en deux. Les déflagrations sont à peine perceptibles, mais un dernier coup de feu bien placé vient fermer la gueule de Lenny qui hurle comme un malade.

Satisfait, sachant que personne n’aura l’idée de venir avant le matin, je décide de fouiller la baraque. Une idée me vient soudain… et si je volais un manuscrit du célèbre auteur? Excité, je me rends dans son bureau macabre, pour y fouiller les armoires, les tiroirs et finalement ne rien trouver qui ressemble à un manuscrit. En fait, il n’y a aucun ordinateur, aucune machine à écrire.

Un sifflement aigu me fait sursauter. Le chat blanc et gris est monté sur le corps ensanglanté de son maître et me toise avec une certaine méchanceté. Je vais devoir passer non loin de lui pour sortir. Devrais-je lui tirer dessus? Je dépose mon fusil de chasse, sans numéro de série et sans la moindre empreinte digitale, puisque je porte des gants. Je préfère ne pas l’emporter. En fait, j’espère être un jour capturé pour pouvoir profiter de ma célébrité, on dira de moi que j’ai tué une légende et mis fin à une très grande carrière.

Je sors mon revolver de son étui à ma taille. Je tiens la bête en joue tout en m’approchant. Je remarque alors quelque chose sous le canapé, entre les nombreuses bouteilles d’alcool. Une mallette? Je m’agenouille tout près du corps et trop près de la bête, pour tendre la main vers la poignée noire de la valise. Une main froide m’agrippe soudain la gorge et un cri de mort emplit mes oreilles, tandis que la carcasse mortellement blessée de l’écrivain se dresse. Assis, son visage est au même niveau que le mien et j’ai peur. Du sang coule de sa bouche, ses yeux sont d’un blanc spectral, sa peau visqueuse de sueur. Il empeste la morte et la bière. Sa poigne me blesse et je vide mon chargeur dans sa poitrine.

Il retombe sur le canapé avec un râle et des gargouillis. Son hémoglobine se répand au sol, trempant mes genoux. Je me relève aussitôt et me rue dehors, la mallette en main. Le froid et le semi-silence de la nature me font grand bien. Je m’arrête à quelques pas de la cabane, sur une table en bois muni de deux chaises. Je dépose la mallette et décide de l’ouvrir. À l’intérieur, une petite machine à écrire, ainsi qu’une pile de feuilles. Je prends la première de la pile, excité de pouvoir être le premier être humain à lire les mots d’un Billot non publié.

« … il me croyait mort. Mais comme toute légende, je suis immortel, indestructible, invulnérable. L’homme armé, cet idiot arrogant, pensait mettre fin à mon existence. En fait, au moment où il lisait les pages de mon manuscrit, je m’approchais de lui, ma tronçonneuse en main prête à lui trancher la gorge… »

Je levais les yeux au moment où le ronronnement de l’engin s’élevait dans la nuit.

 

Gaëlle

C’est avec tristesse que je dois t’éliminer. Pour ce faire, il faut être patient. Tu es très occupée. Pour t’atteindre, je dois passer par ta mère, que je trouve dans la rue un mardi matin lors de ses courses au marché. Devant le poissonnier, je l’accoste et entreprends une discussion banale sur la température, le prix des saumons et la beauté du Québec. Voilà, elle me parle de sa fille qui aime tant le Canada et je l’invite à une terrasse pour un verre. Elle accepte, je fais le beau et elle accepte de me présenter à sa fille.

Le lendemain, c’est au Coq d’Argent que nous devons nous rencontrer. J’ai engagé un acteur assez séduisant pour jouer mon rôle. Bien entendu, je n’ai pas révélé mon identité à ta mère. Tu arrives sur place, toute souriante, pas trop certaine pourquoi tu as laissé ta mère te convaincre d’accepter ce souper. Tout va bien, le mec te plaît, vous discutez, il connaît ta biographie et il parvient à garder ton intérêt en abordant des sujets présélectionnés. Vous parlez d’Écosse, de livres, de cinéma. Après le repas, il offre de te reconduire, ce que tu acceptes. Il conduit une belle voiture et te ramène chez toi avec prudence. Tu le fais entrer et j’en profite, parce qu’il déverrouillera la porte pour moi dès que tu auras le dos tourné. Des buissons, quelques minutes plus tard je fais mon chemin dans ton vestibule, puis dans la salle de bain. Vous êtes tous les deux au salon, il tente de te séduire, un verre de vin à la main. Il joue son rôle à merveille.

Dans la salle de bain, j’en profite pour préparer la drogue qui t’endormira. Suffit que l’autre en mette quelques gouttes dans ton verre. Il t’annonce qu’il a besoin de vider sa vessie et tu lui indiques où aller. Parfait. Il entre, je lui donne la drogue, mais il hésite. Il te trouve jolie, ne veux plus participer. Il menace de tout aller te dire, c’est inacceptable, je dois donc lui donner un uppercut sous le nez. Il tombe inconscient et je dépose son corps dans la douche. Changement de programme, je sors le Beretta, m’assurant qu’il est chargé, et quitte la salle de bain. Tu n’es plus dans le salon. Tu appelles de l’étage supérieur « Viens, je suis dans ma chambre. » Ta voix sensuelle et douce me donne des frissons. Les lumières sont tamisées, une petite musique monte d’une radio invisible. L’arme en main, je monte l’escalier d’un pas prudent, évitant de faire craquer les marches en bois. Un couloir m’accueille et il y a trois portes, dont une entrouverte. C’est de là que vient la musique. Ta chambre? Je m’y dirige, le doigt sur la gâchette. Je pousse très lentement la porte, découvrant les meubles, puis le lit. Une pièce de tissu rouge posée sur la lampe afin de rendre l’atmosphère plus mystérieuse. Le sol est couvert d’une épaisse moquette blanche. Je m’avance donc vers le lit. Une bouteille de champagne et deux coupes reposent sur la table de nuit. Des condoms tout à côté. Je me fige. La silhouette dans le lit remue et les couvertures qui la dissimulent se déplacent. Je crie au moment où ta mère se lève toute nue, le corps couvert de pustules mauves et muni de plusieurs tentacules. Elle émet une sorte de hurlement guttural, sa chevelure qui n’était qu’une perruque glisse de son crâne chauve. Sa bouche contient beaucoup trop de dents, de langues fourchues et ses yeux sont injectés de sang. Son énorme sexe laisse ruisseler une substance verdâtre qui perce le tissu qui brule, les couvertures s’enflamment.
Dans mon dos, j’entends ta voix.
– Quelle surprise!

Je me retourne et tu es là, toi aussi nue. Tes six bras velus et tes deux énormes têtes me fixent. Ta langue ne cesse de frapper ce qui ressemble à ton menton et de la bave coule sur tes quatre seins aux pointes dressées vers moi. Je n’ai pas le temps de réagir, que tu parles à nouveau.
– C’est le temps de manger maman!

Je hurle ensuite comme un malade, tandis que je rebrousse chemin pour quitter cette chambre à l’odeur nauséabonde. Un des tentacules de maman m’agrippe au mollet et je perds pied, mon corps à moitié dans la chambre. J’entends des bruits et un choc violent m’annonce que mon pantalon vient d’être déchiré, mon fessier soudain révélé dans toute sa laideur masculine. Un des tentacules de maman me frappe les fesses et elle hurle « Vient voir maman, j’ai faim. »

C’est là que je me reprends. Bon Dieu, j’ai une arme à feu! Je me retourne sur le dos, difficilement, d’autres tentacules m’agrippent. Le sexe de maman s’est ouvert comme la caverne d’Ali Baba et je ne serais pas surpris de voir quarante voleurs en sortir, tant l’orifice est béant. Je pointe mon arme vers un de tes visages défigurés par la rage et j’appuie sur la détente, vidant le chargeur dans ta direction. Ton hurlement m’annonce que j’ai touché la cible. Les tentacules me lâchent et c’est à votre tour de tenter de fuir. En me relevant, le fessier à l’air, je recharge rapidement l’arme. Maman s’est jetée par la fenêtre, il est trop tard pour la rattraper, mais toi tu es au sol, ton corps mortellement blessé se métamorphose en la jolie Française que je connais. Sauf que tu n’as plus de blessure, ta capacité à te régénérer est incroyable, elle ne s’applique toutefois pas lorsque tu es humaine.

Tu es inconsciente et j’en profite pour t’ouvrir la bouche et te faire avaler la fiole de cette puissante drogue que j’ai emportée. Il me faut maintenant t’emmener au plus vite dans la voiture, avant que les flics rappliquent. Les voisins ont surement déjà appelé les secours.

Tu te réveilles avec un terrible mal de tête, ligoté sur une chaise. Tu hurles, me craches dessus et menace de me faire la peau. Je reste là à t’épier en silence, une vraie furie! Lorsque tu te calmes, je peux enfin te montrer la fenêtre protégée par des barreaux. On y voit un quartier résidentiel. En fait, tu découvres avec horreur qu’il s’agit de Westmount, à Montréal. Un ami dans l’armée américaine m’a permis de transporter ton corps hors de France à bord d’un cargo militaire pour atterrir à Toronto. De là, nous avons fait une balade en voiture, j’ai malheureusement dû te redonner de la drogue à quelques reprises.

Tu paniques, cherche à te transformer, mais tu n’y arrives pas. La drogue permet aussi d’endormir la chose qui gît en toi, cette créature millénaire et féroce. Je t’indique la petite porte sur notre droite et tu l’observes un moment, sans comprendre. Elle s’ouvre enfin et une silhouette apparaît. Je me recule tandis que l’anglophone, le Canadien Anglais s’avance vers toi. Comme les bêtes de son espèce, il est vorace, dangereux et c’est aussi ta Kryptonite. L’homme te sourit et tu deviens folle, en particulier lorsqu’il se met à parler, à débiter des mensonges de son ton fielleux. Ses mots sont comme des glaives dans tes oreilles, ton cerveau, ton système nerveux incapable de tolérer cette langue machiavélique aussi habilement manipulée.

Je sors de la pièce et la referme derrière moi, pour ensuite jeter un œil dans le petit carreau vitré et pare-balle. L’anglophone continue son baratin de jaloux incompétent et tu t’effondres en pleine crise de convulsions, ton coeur incapable de maintenir le rythme. Retenue par les cordes sur la chaise, ton inertie encourage l’autre à s’approcher. L’inévitable se produit, il te touche et ce contact détestable t’enflamme comme une vulgaire poupée de chiffon imbibée d’essence. Il recule, mais il est trop tard, ta tête explose tel un melon bourré d’explosifs.

Je me détourne lorsqu’il se met à lécher le plancher couvert de ton sang, des morceaux de chairs et de tes fluides libérés.

 

John

Pas facile de tuer l’homme à la hache. Cela vaut toutefois la peine d’essayer. John est présent au Salon du livre de la ville de Fromage. Il est installé au stand numéro 12 qu’il partage avec James Patterson. Ses livres sont fièrement exhibés devant lui et quelques passants lui en achètent des copies. Je l’observe de ma cachette, derrière le stand d’une certaine maison d’édition à l’éditrice vaguement ensommeillée, l’ombre de sa massive silhouette me permet de trouver un peu de fraîcheur. James finit par prendre une pause, laissant John tout seul à sa table et c’est le moment que je choisis pour m’approcher. Il me sourit alors que j’achète son roman H2O et la suite – CO2. Je lui demande de signer pour Laurent et le supplie d’utiliser mon crayon spécialement conçu pour l’occasion. Il accepte, trop généreux et dévoué aux lecteurs. Je m’éloigne ensuite avec mes deux bouquins et me dépêche de monter dans mon auto. Il est treize heures, je n’ai pas beaucoup de temps devant moi. Je roule à toute vitesse, jetant de fréquents coups d’œil sur l’horloge dans le tableau de bord. J’espère que John ne remarque pas que j’ai laissé mon crayon sur sa table.

Le pilote monte dans son avion, un tout nouveau Mirage 2000. Il a reçu ses instructions de vol, son avion lourdement armé doit retrouver le porte-avion Charles de Gaule pour être déployé au Moyen-Orient. Il reçoit le feu vert et s’élance sur la piste, tout content de prendre quelques semaines de congé, puisque pour lui, s’éloigner de la France c’est tout un congé. Sa femme lui tombe sur les nerfs, ses enfants chialent sans arrêt et l’action lui manque. Il atteint la vitesse et l’altitude de croisière, le ciel est merveilleusement clair, d’un bleu limpide et seulement quelques nuages l’empêchent de voir le paysage sous lui.

Une alarme résonne soudain dans le cockpit. Des voyants lumineux s’animent et le pilote reste perplexe un moment. Quelque chose d’anormal se passe. L’avion change de trajectoire et il est incapable de reprendre le contrôle. Sur ses écrans, paniqué, il découvre que son radar à non seulement détecté un signal, mais que le système de lancement des missiles s’est activé. C’est un système très sophistiqué qui permet de choisir des cibles au sol, à l’aide d’un désignateur laser. Il semblerait ici qu’une cible ait été choisie, ce qui est impossible. Il tente de contacter sa base, sans succès. Prisonnier d’un appareil qui ne lui obéit plus, il entend soudain le bruit très facilement reconnaissable et troublant de missiles lancés de son avion. Devant lui, de sous ses ailes, deux engins de mort s’élancent dans le ciel français.

John termine sa journée avec une vingtaine de ventes, pas si mal. Il ramasse ses effets personnels, incluant ce très beau crayon qu’un acheteur semble avoir oublié. Il a soif, est fatigué et place sa boîte de livres invendus dans le coffre de sa voiture . Quelqu’un le hèle et il se retourne, c’est Gustave George Leduc, un « ami » écrivain qui l’appelle. Merde ! Il n’a vraiment pas envie de discuter avec ce mec-là, en particulier parce qu’il ne cesse de le draguer. Il se dépêche donc à monter dans sa voiture, verrouillant les portes, lorsqu’un son étrange attire son attention vers l’extérieur. Devant lui, dans le stationnement du parc où se tenait le Salon du livre, tout le monde s’est immobilisé et observe le ciel. John est troublé, curieux, il sort de sa voiture afin de voir ce qui se passe.

C’est là que les deux missiles, guidés par un système compliqué, répondent au marquage dont il a été la victime, mon crayon n’étant autre qu’une toute nouvelle technologie militaire comprenant une puce reliée au système de guidage de l’avion. Un des avantages de cette technologie, c’est qu’elle permet d’avoir des avions sans pilotes, les contrôles de l’appareil soumis à la directive d’éliminer la cible. C’est bon d’avoir des amis dans l’armée de l’air.

Je suis dans ma voiture immobilisé le long d’un boulevard, tenant à la main la tablette directement connectée aux caméras surveillant la place où se tenait le Salon du livre. Il ne reste plus que cendres, fumée et flammes. C’est là que je vois une silhouette sortir du néant, une silhouette humanoïde qui aurait dû être couverte de brûlures. Impression de déjà vu, je repense à Bastien quittant l’incendie de son immeuble sans la moindre brûlure. Mais qui est Bastien et pourquoi son thème astral m’intrigue-t-il à ce moment précis? Ce doit être l’émotion, puisque je cligne les yeux et découvre que ce n’était rien, le vent jouant avec la fumée pour créer des formes diverses.

John est bien mort, vive John.

 

Question de l’ami des Fossoyeurs – Atef Attia : (Merci camarade pour la question)

En tant que Nord-Américain, comment vois-tu le monde de l’édition en France? Dirais-tu que les choses sont plus faciles ou le contraire, notamment dans tout ce qui touche à la littérature de genre?

Réponse :

Merci de ta question Atef. Pour être honnête avec toi, je ne crois pas qu’il y ait tant de différences que cela. La France offre un bassin de lecteurs plus important, donc probablement plus de copies vendues lors d’un éventuel succès. Mais les maisons d’édition sont toutes débordées de manuscrits, publient souvent leurs copains ou des auteurs connus. À la suite de discussions avec plusieurs écrivains, on peut facilement comparer les deux machines éditoriales et trouver beaucoup de points communs. C’est bien entendu pour la littérature de genre, je ne saurais répondre pour toutes les littératures. Je peux toutefois affirmer avoir trouvé beaucoup d’amateurs de fantastiques en France et de très bons lecteurs.

 

Site des Fossoyeurs de Rêves

Site de l’Ivre-Book « Le Tueur des Rails »

 

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Les auteurs Francophones ont du talent !

Dans le cadre du regroupement d’auteurs « l’invasion des grenouilles », je participe à l’évènement « Les auteurs francophones SFFFH ont du talent ».

Dans le cadre de cette super initiative, vous pouvez découvrir le premier chapitre de mon roman « Le Tueur des Rails » disponible en version numérique dans toute bonne boutique en ligne.

L’Ivre-Book pour le roman en entier.

 

Le Tueur des Rails

 

Le Tueur des Rails
Sylvain Johnson
Éditions L’ivre-Book

1

LUNDI, 28 OCTOBRE

Thomas marchait sous la pluie depuis près d’une demi-heure. Il était trempé, frigorifié et son corps tout entier était parcouru de frissons intenses. Le temps était morose, le ciel de cet après-midi froid d’octobre couvert de nuages gris. Il avait quitté la large artère commerciale presque déserte afin d’emprunter le chemin pavé menant à une vaste étendue verdâtre. Le sol était couvert de flaques d’eau et il marchait sans regarder ses pieds, sans prêter la moindre attention aux éclaboussures. Il aimait le silence, parfois interrompu par le bruit de la pluie s’abattant tout autour ou par le sifflement du vent qui s’était levé et bruissait dans la végétation de plus en plus dense, qui caressait sa chevelure imbibée, plaquée contre son front sans protection. Il avait les mains dans les poches de son manteau et un bref regard vers le ciel lui permit de prédire que l’averse allait durer. Il était tout juste quatre heures de l’après-midi et déjà l’obscurité enveloppait le paysage. Ce n’était qu’une question de minutes avant que les ténèbres ne soient complètes. Thomas avait remonté le chemin sur près d’une centaine de mètres, jusqu’à un vaste portail
métallique encadré de hautes colonnes en béton, surmontées de têtes de lions. La grille avait été fermée et une lourde chaîne en bloquait l’accès. Un bref regard à la ronde confirma au jeune homme qu’il était vraiment seul, et sans hésiter il escalada la grille. Il ne lui fallut que peu d’efforts pour franchir l’obstacle ; après tout, l’endroit recelant peu de contenu de valeur – sinon sentimentale –, la protection était minimale.

Thomas retomba lourdement sur ses pieds, dans l’enceinte même du vieux cimetière qui s’étendait presque à perte de vue. Se redressant, il tendit l’oreille, afin de s’assurer que son entrée bruyante n’avait rien réveillé. Silence. Du côté d’où il venait, seuls quelques phares d’automobiles circulant au loin sur le boulevard étaient visibles. Aucun risque de ce côté, et le fait que la grille ait été verrouillée lui garantissait que personne n’était sur les lieux. Satisfait, essuyant son visage trempé du revers de sa manche, il localisa, dans la pénombre, un point de repère qui lui avait déjà servi et se mit en marche sans perdre de temps. Il aurait pu venir durant les heures d’ouverture, mais il ne voulait pas faire de rencontres indésirables. Cette manière illicite de visiter l’endroit lui assurait une complète solitude et tout le temps voulu. Le cimetière était vaste, séparé en six sections rectangulaires. Les plus anciennes tombes, datant du début de la colonie, se trouvaient tout au fond. Les plus récentes se rapprochaient de la sortie, au fur et à mesure que l’espace était utilisé. C’était l’un des premiers cimetières de l’île de Montréal. Le champ mortuaire était parcouru de sentiers semblables à des rues portant des noms, et des numéros étaient assignés à chaque bout de terre utilisé. C’était un moyen rapide de trouver un membre de la famille ou un ami décédé. Comme une adresse. Le comptoir d’accueil offrait même des cartes détaillées indiquant les noms des secteurs. Thomas n’en avait pas besoin. Il savait très bien où il se dirigeait, puisqu’il venait ici toutes les semaines depuis plus de vingt ans. Un rituel auquel il n’avait jamais dérogé, du moins de son plein gré.

Il remonta l’allée principale, puis bifurqua à deux reprises. Au fur et à mesure qu’il se rapprochait de sa destination, une vague d’émotion grandissait et s’étendait en lui, le faisant trembler, des larmes naissantes au coin des yeux. C’était pareil à chaque fois. Il dut finalement quitter le sentier de gravier et traverser la pelouse, en direction de la tombe recherchée. Une pierre banale, comportant quelques inscriptions, mais dont la forme, la couleur et la position étaient gravées dans son esprit. Après quelques pas sur la pelouse trempée, ses souliers produisant des bruits de succion en raison de l’herbe mouillée, il s’immobilisa au numéro 23 de l’allée des Anges.

Il refusa de baisser les yeux, scrutant tout d’abord le paysage, attentif au vent qui entremêlait son chant laborieux aux sons du trafic routier, au loin. Un klaxon insistant refusait de se taire. Puis, serrant ses poings dans les poches de son manteau, il baissa lentement son regard embué, et découvrit la pierre d’un gris foncé qui portait le nom de son jeune frère, décédé vingt ans plus tôt.

Éric Pelletier 1980 — 1987.

En guise d’épitaphe, c’était tout. Aucun message, aucune autre gravure. La banalité de la pierre tombale était due à la tristesse subite et puissante qui avait pris d’assaut la famille Pelletier, lors de la disparition de son plus jeune membre. Ils ne s’en étaient jamais remis et le sujet était rapidement devenu tabou, même dans l’intimité.

Thomas prit de profondes respirations, sentit la tension se relâcher et put enfin contempler le lieu de repos de son petit frère avec plus de calme et de sérénité.

Il avait froid et ses lunettes voilées de gouttes d’eau réduisaient sa vision. Le vent augmenta en intensité et le souvenir de ce lointain été, presque trop ancien pour faire partie de cette vie présente, refit surface. C’était un élément constant de ce pèlerinage pénible, puisque la mort de l’enfant n’avait jamais été résolue, ni acceptée ni comprise. Aucun suspect n’avait été arrêté, pas même une piste à suivre. Sans hésiter, maintenant, il laissa le souvenir remonter et se revit en cette matinée caniculaire, vêtu d’une salopette en jeans, marchant le long d’une voie ferrée, tout juste derrière leur résidence de l’époque. La famille Pelletier avait eu deux garçons, fierté du père mécanicien et de la mère sans emploi, occupée à élever ses enfants. Thomas avait alors onze ans et Éric, tout juste sept. C’était un samedi, ils avaient fini de regarder les dessins animés qu’ils ne manquaient jamais au réveil. Leur père n’était toujours pas rentré ; il travaillait de nuit pour une compagnie de transport, réparant les véhicules durant les heures mortes. Les deux enfants à l’imagination fertile et fébrile avaient décidé de suivre la voie ferrée et de chercher des « trésors », ce qui signifiait à peu près n’importe quoi, du vieux vélo rouillé aux bouteilles vides qu’ils pourraient revendre. Il faisait chaud, trop chaud pour longer les rails déposés sur un tapis de pierre et les arbres de la forêt, de chaque côté de la voie, ne créaient que de brèves et inefficaces zones d’ombre. Thomas était heureux. Son statut de frère aîné lui conférait un caractère magique, sage et puissant. Il savait que son petit frère l’idolâtrait. Ils fredonnaient tous les deux des chansons tirées de leurs dessins animés préférés. Leur collecte allait bon train ; ils avaient déjà récolté quelques pièces diverses qu’ils entendaient utiliser dans leur repaire secret : le sous-sol de la maison.

Le temps filait lors de leurs aventures et de leurs expéditions, en ces années d’innocence où les parents croyaient encore qu’il était possible de laisser les enfants seuls dehors durant des heures, sans surveillance. C’était avant l’alerte Amber et les sites web diffusant les photos et les noms des prédateurs sexuels, enregistrés après leur libération dans une banque de données accessible au public. Une ère paradoxale de risque et de naïveté. Ils avaient marché, ramassé des objets divers durant une bonne partie de l’avant-midi. Éric avait quitté un moment la voie et s’était enfoncé légèrement dans le sous-bois, pour y uriner. Craintif, il avait demandé à son grand frère de rester où il était. Thomas avait patienté quelques secondes avant de reprendre la marche, non pas par impatience, mais parce qu’il voyait des pièces métalliques non loin devant lui, et il était curieux de les examiner. Il s’était éloigné, avait fouillé dans une pile de pièces rouillées d’appareils ménagers, avant de réaliser que son petit frère prenait beaucoup de temps pour se soulager. Loin d’être inquiet – il était surtout contrarié –, il fit demi-tour et regagna l’endroit où le gamin s’était enfoncé dans la végétation. Il l’appela à deux reprises, criant son nom. L’enfant ne répondant à aucun de ses appels, il eut un premier mauvais pressentiment. Puis, ses cris devinrent plus insistants et fermes, toujours sans résultat. Frustré et inquiet, Thomas se lança à la recherche d’Éric : il s’enfonça dans la végétation, hurlant son nom d’une voix de plus en plus paniquée.

Il sut que quelque chose clochait quand il découvrit la casquette rouge et l’un des souliers de son frère. Le coeur battant, il courut dans toutes les directions, fouillant la végétation du regard, soulevant les fougères, scandant le nom d’Éric, mais en vain. La peur au ventre, il prit la décision la plus difficile de sa courte vie : il devait quitter les lieux et aller chercher l’aide des adultes. Ses exhortations demeuraient sans réponse et il craignait maintenant pour sa propre sécurité. Le temps avait filé, il n’en avait plus à ce moment-là qu’une vague notion. Depuis combien de temps Éric avait-il disparu ? Marchant à reculons, progressant lentement et prudemment, Thomas rejoignit la voie ferrée. Il était convaincu que quelqu’un ou quelque chose l’observait en silence, tapi dans les buissons. Une fois à découvert, le garçon se mit à courir, paniqué, et ne s’arrêta que lorsqu’il eut rejoint la première rue adjacente au chemin de fer, celle-là même où ils vivaient. Quand il entra dans sa maison, Thomas était au bord de l’hystérie.

Il ne revit jamais son petit frère. Le corps sans vie et désarticulé d’Éric allait être retrouvé six heures plus tard. Le cadavre affichait des blessures distinctives sur les paumes et les avant-bras – signe que le garçon avait tenté de se défendre – et des écorchures sur les jambes. Sa mère, qui avait prévenu la police, s’écroula quand on lui annonça la découverte du corps de son fils ; son père rentra alors que les policiers étaient toujours sur place afin de questionner la famille. Il n’avait pas reçu le message, puisqu’il était sur la route.
La famille de Thomas ne fut plus jamais la même.
On ne retrouva jamais le tueur, malgré de nombreuses hypothèses qui ne furent, hélas, jamais étayées, faute de pistes.

***

Thomas était resté dans le cimetière longtemps. La force du souvenir et celle de ses sentiments avaient effacé chez lui toute notion du temps. La pluie avait cessé, et si le vent était toujours aussi insistant, le bruit du trafic routier s’était maintenant tu. La nuit était définitivement tombée. Émergeant de l’état de transe dans lequel il avait été plongé, il frissonna en regardant tout autour. La noirceur donnait au lieu désert un aspect macabre. Il jeta un dernier regard vers la tombe et frotta ses mains l’une contre l’autre, afin de trouver un peu de chaleur. Puis, il se détourna et s’éloigna, ressentant la même tristesse qu’à chaque fois, comme s’il abandonnait Éric de nouveau, le laissait tomber, et devenait en quelque sorte responsable de sa mort. Responsable de ses derniers instants de vie, qui avaient probablement été horribles et terrifiants. Il retourna à la grille, qu’il escalada à nouveau, retombant au sol presque sans bruit. État négligé, vêtements trempés et expression maussade : il offrait un bien pathétique spectacle, en ce soir glacial. Il se remit en marche ; il avait l’air d’un spectre cherchant à ravir les âmes des innocents durant leur sommeil.
Bien qu’il détestât voir ses facultés affaiblies, il avait besoin d’un verre.

***

Thomas marcha durant presque deux heures, hagard, tel un navire dans le brouillard. Au terme de son errance, il se retrouva à observer, de l’autre côté de la rue, une grande maison victorienne à la façade grise et au toit ocre. C’était une immense demeure, vieille, mais bien entretenue. La pelouse était déjà moins verte, prélude à l’hiver qui s’annonçait.

C’était la maison de ses parents, l’endroit où ils avaient emménagé après la mort d’Éric. Le lieu où lui-même avait logé durant cinq ans, avant d’en être expulsé de manière cruelle. Il ferma les yeux, s’adossa contre un poteau qui soutenait les fils électriques desservant la rue. Un pilier couvert de clous et agrafes utilisés pour placarder des affiches que le temps avait emportées, ne laissant que les ancres métalliques. Il prit une grande respiration, gagné par les frissons et les sanglots. La rue en cul-de-sac était déserte, hormis quelques voitures garées le long du trottoir. Dans l’habitation, quelques lumières éclairaient le balcon encombré d’articles divers. Ses parents étaient chez eux, comme tous les soirs et Thomas n’avait aucun doute sur l’état déjà avancé d’ébriété de son père. L’homme, inconsolable, s’était mis à boire après la mort de son fils ; sans raison apparente, il avait toujours préféré Éric à Thomas. Ses beuveries s’étaient multipliées et son comportement avait dégénéré : il était devenu violent et cruel avec sa famille. La vie avait changé profondément cet homme jadis si bon, si généreux et si honnête. Après le décès d’Éric, la famille – du moins ce qui en restait – avait arrêté de communiquer et de passer du temps ensemble. Ils avaient cessé d’être une famille. Sa mère continuait pitoyablement à jouer le jeu, à prétendre que rien n’avait changé, mais ses sanglots nocturnes et ses yeux cernés ne bernaient personne.

Thomas contemplait la demeure, écoutant le silence paisible de la nuit, cherchant le courage de bouger et d’agir ; quand il crut avoir atteint un état d’âme satisfaisant, il fit les premiers pas. Il traversa la rue, rejoignant le trottoir opposé, devant les marches du balcon. Il était si près du bâtiment ; c’était un sentiment étrange, à la fois révoltant et grisant. Pour la première fois de son existence, il avait l’impression de se contrôler, de posséder un certain pouvoir.

Son père ne lui avait jamais pardonné la mort d’Éric et l’avait constamment blâmé, l’accusant ouvertement d’avoir causé la perte du gamin. Les coups de poings et de pieds étaient souvent accompagnés d’insultes et d’accusations, proférées avec une haleine empestant l’alcool. Il avait enduré cela durant cinq ans, sans véritable soutien de la part de sa mère, qui n’intervenait jamais, un peu par peur d’être la prochaine victime, mais surtout parce qu’elle aimait toujours son mari et éprouvait de la pitié pour lui. Un sentiment plus fort que l’amour de son enfant, que son devoir de le protéger. Elle était peut-être encore plus pathétique que son mari.

Thomas fit les quelques pas le séparant des marches du perron fort de sa nouvelle assurance. Il jeta un bref regard autour de lui : une voiture se garait dans l’allée d’un voisin, sur la gauche. La nuit était paisible, irréelle et semblait si sereine. Il mit pied sur la première marche, se remémora les échos de la voix colérique de son père, l’accusant avec hargne d’avoir tué son unique fils. Sur la seconde marche, il revit son père jetant ses vêtements et articles personnels sur la pelouse, une bière à la main, l’écume aux lèvres et la rage dans le regard. Sur la troisième marche, c’est le rire d’Éric qui retentit dans sa tête ; celui-ci révélait que le garçon savait que tout ce que Thomas avait fait durant son existence, et tout ce qu’il s’apprêtait à faire ce soir était pour lui seul.

Maintenant directement placé sous la lumière illuminant la porte d’entrée et l’adresse scintillante accrochée au mur, Thomas hésita un instant. Il toucha sa ceinture ; ses doigts rencontrèrent la forme boisée d’une crosse d’arme à feu, dont la présence et le poids lui donnaient un courage hors du commun. Il n’avait jamais été confronté à l’homme qui l’avait poussé à l’internement. Celui qui l’avait tellement brisé psychologiquement qu’il avait dû passer la plus grande partie de sa vie d’adulte en institution, à consommer toutes sortes de médicaments et à recevoir d’interminables traitements. Ce soir, les choses allaient changer, les rôles s’inverser.

Il baissa les yeux sur la poignée en argent et entendit le son étouffé du téléviseur – sans doute un match de hockey qu’écoutait son père, en vociférant des commentaires alcoolisés. Cela lui donna une puissante nausée.

Enfin, il frappa à la porte, ses jointures résonnant contre la surface boisée avec la puissance d’un coup de tonnerre, d’un canon commémorant le jour du Souvenir. Trois coups frappés l’un après l’autre. Il attendit quelques secondes et cogna de nouveau, palpant l’arme à sa taille, dans un réflexe injustifié, puisqu’il savait que c’était sa mère qui allait répondre. C’était toujours elle qui effectuait les tâches jugées indignes du rang supérieur d’homme que s’attribuait son mari. Thomas entendit la voix rauque de son père hurler un ordre, le son de la télévision diminuer volontairement et des pas s’approcher de l’autre côté, raclant la surface boisée du plancher. Thomas recula d’un pas. L’émotion de revoir sa mère, qu’il avait souvent eu l’occasion d’épier de loin, dissimulé de l’autre côté de la rue, l’affectait. Il la détestait parce qu’elle ne l’avait jamais aidé, fermant les yeux devant les abus de son mari – elle avait même signé les papiers permettant son internement, se faisant complice du monstre – et pourtant il l’avait aimée : elle l’avait créé de sa chair et de son sang. Mais cet amour était bien loin maintenant. La poignée tourna sur elle-même, la porte bougea lentement et s’ouvrit.

L’odeur particulière de la cuisine maternelle précéda le jet de lumière venant de l’intérieur, suivie par la voix d’un commentateur sportif résumant un jeu quelconque. C’était un moment irréel, qu’il avait imaginé à de multiples reprises, mais qu’il n’aurait jamais cru avoir le courage de vivre. Enfin, avec un sourire innocent, le visage de sa mère s’encadra dans la porte, ses cheveux en bataille, sans maquillage et visiblement sur le point d’aller se coucher. Son sourire resta sur ses lèvres l’espace d’une seconde, avant que son regard bleu ne s’assombrisse, qu’un voile de ténèbres et de crainte ne couvre ses yeux. Ses lèvres se crispèrent en un rictus de honte et de peur, de regret et de colère. Derrière elle, la voix sourde de son mari demanda qui était là, faisant trembler la femme de la tête aux pieds. Elle secoua la tête de droite à gauche, avec l’air d’implorer le jeune homme de partir, de ne pas créer de problèmes. Mais Thomas ignora les muettes imprécations de sa mère et poussa la porte. Elle recula, lisant dans le regard de son fils une détermination qui la terrorisa. Alors elle fit un pas rapide vers l’avant, pour le chasser hors de la demeure mais Thomas poussa la femme contre le mur avec une telle force, qu’elle perdit pied et s’effondra. Elle était terrifiée. Thomas la toisa avec mépris. À cet instant précis, il la détesta comme jamais il avait détesté un autre être humain, plus que son père, mille fois plus. Mais déjà il se désintéressait d’elle, l’enjambant afin de se diriger vers le salon, la voix cette fois inquiète et mal assurée de son père demandant ce qui se passait.

Il avait fallu vingt ans à Thomas pour trouver le courage d’affronter son père, et rien ni personne ne pourrait l’arrêter en ce jour fatidique. Même pas sa mère.

C’était l’heure de régler les comptes.

En marchant de la porte d’entrée vers le salon, Thomas rejoua dans sa tête, en accéléré, le film des cinq derniers jours, sans coupure ni montage.
Cinq jours qui avaient suffi à faire de lui l’homme convaincu et calculateur qu’il était en ce moment.
Tout avait commencé un mercredi.

2

MERCREDI, 23 OCTOBRE

Thomas fixait le miroir devant lui et sa tête tournait. Il se tenait contre le lavabo des toilettes, dans un bar particulièrement morbide et pourtant rempli à craquer, si tôt dans la semaine. Il était tard, près de deux heures du matin, et la musique faisait rage dans l’établissement, un mélange de punk et de dance music. Le comptoir, comme le reste de l’étroite pièce, était sale, taché. L’odeur qui montait à ses narines était un mélange de sueur et d’alcool, auquel venait s’ajouter l’odeur âcre du tabac. Les nuages de fumée voguaient au rythme des portes qui s’ouvraient et se fermaient, des courants d’air frivoles. Si la nuit au-dehors était glaciale, l’intérieur était comme une fournaise, chauffé par de nombreux corps animés trop près les uns des autres. Il sentit la nausée vagabonder entre son estomac et sa gorge. Il se pencha légèrement et aperçut son reflet dans la glace, pitoyable vision qui lui causa un pincement au coeur. Il n’était pas rasé, ses cheveux, mouillés par la sueur, étaient plaqués sur son front et il avait de profondes poches sous les yeux. Il avait l’air drogué – et en fait il l’était, car il avait pris ses médicaments contre l’anxiété, dont il tenait présentement le flacon –, et pire encore : il avait beaucoup bu, ce soir, ce qui était contre-indiqué avec sa médication, de sorte qu’il était passablement ivre… et nauséeux. Son estomac vide de toute nourriture avait amplifié l’effet enivrant de l’alcool.

Thomas soupira. Il détestait ce qu’il voyait, mais plus que tout, c’est ce qu’il ne pouvait plus voir dans son visage qui l’attristait. Il aurait aimé retrouver cette étincelle d’espoir qui vacillait encore parfois dans les tréfonds de son âme. Mais elle s’était lentement éteinte, noyée un peu plus à chaque nouvelle bière.

Soudain, la porte s’ouvrit abruptement et un flot d’odeurs, de musique et de clients envahit la pièce. Deux hommes riant aux éclats se glissèrent dans une des cabines de toilette. Il les entendit rire et s’embrasser. Imaginer leurs caresses le fit sortir de sa torpeur. Il jeta les comprimés restant dans le lavabo, fit couler l’eau jusqu’à ce qu’ils soient dilués ou emportés par le flot. Puis, il empocha le contenant vide et leva les yeux sur le reflet que lui renvoyait le miroir : l’homme devant lui paraissait dix ans de plus que ses trente et un ans. Il ne portait pas ses lunettes ce soir, mais plutôt des verres de contact qui lui brûlaient les yeux, à cause de la fumée. Il avait soif d’alcool, malgré les maux physiques qui l’accablaient et bien que son corps en soit saturé. Un peu comme s’il avait voulu se noyer dans le nectar ambré et enivrant. Thomas se détourna du miroir, refusant de contempler plus longuement le résultat de son déclin. Il avait honte.

La porte s’ouvrit de nouveau sur un jeune homme ivre qui trébucha, se retenant contre le mur en riant aux éclats. Le nouveau venu voulut lever la tête et sourire à Thomas, mais un jet de vomi gicla devant lui, le courbant en deux et il s’affaissa au sol. Un de ses copains – ou un simple client entrant par hasard – se porta aussitôt au secours du jeune homme en détresse, ce qui permit à Thomas de quitter la pièce sans être remarqué. Il n’avait aucune envie d’aider qui que ce soit, il n’était même pas en mesure de s’aider lui-même.

Retournant dans le bar enfumé, il réalisa que les médicaments et l’alcool avaient sur lui un effet plus intense que prévu. Il arrivait à peine à distinguer les visages dans la masse informe qui bougeait au rythme de la musique. Seules les couleurs lui parvenaient avec clarté. Les bras tendus devant lui, il se fraya un chemin en direction du bar, qu’il savait à l’opposé de la pièce. Quelqu’un parut s’adresser à lui dans la masse, qu’il ignora, et il poursuivit sa traversée de la marée humaine, jusqu’à ce qu’il bute contre le bar. Il se retourna. Il faisait trop chaud et sa tête paraissait sur le point d’exploser. Il parvint néanmoins à trouver un tabouret libre et s’y assit. Sa vision s’améliora, et au moment où il prenait une grande respiration, afin de se calmer, quelqu’un lui toucha l’épaule gauche. Surpris, il se retourna. Une serveuse s’adressait à lui, lui demandant ce qu’il voulait boire. Elle semblait si jeune. Il n’avait pas entendu les mots, la musique était trop forte, mais il comprit ce qu’elle lui demandait. Il pointa l’une des bouteilles de bière posées sur le comptoir et elle acquiesça.

Dans l’attente du liquide bienfaiteur, Thomas examina la foule qui s’activait, ce flot continu de jeunes femmes et de jeunes hommes qui paraissaient heureux, bien portants et souvent d’une certaine beauté. Il y avait beaucoup de jeunes femmes dévoilant leurs attributs, entourées d’hommes salivant et participant à cette loterie humaine, dans l’espoir de remporter le gros lot sexuel. Parce que voilà bien ce dont il s’agissait : un groupe de prédateurs, masculins comme féminins, relâchés dans un enclos, s’examinant et se flairant. C’était un jeu conscient et probablement intéressant. Pour sa part, il n’avait ni le physique ni l’attitude pour s’adonner à ce rituel millénaire de la séduction et de l’accouplement. Il était dans la catégorie des perdants, des oubliés et des délaissés.

La serveuse revint et posa une main chaude sur son bras dénudé. Elle lui sourit avec une tendresse qui le troubla et il prit le temps de la détailler avec plus d’attention. Il voulut payer sa bière, mais elle refusa. C’est un geste qui l’émut, parce qu’il ne connaissait de la bonté humaine que ce qu’il avait lu ou vu dans les livres, dans les films et dans ses rêves. La jeune femme se détourna et se dirigea vers un autre client, qu’elle servit de manière impersonnelle. Il pouvait presque croire qu’elle avait délibérément été plus amicale avec lui.

Il l’observa, soudain tout intérêt pour la masse disparu. Elle n’avait guère plus de vingt ans et sa juvénilité, comme sa vulnérabilité, semblaient déplacées dans cet endroit. Elle aurait dû travailler dans un restaurant, ou alors fréquenter un collège. En fait, elle pouvait fort bien être encore à l’école et payer sa scolarité avec cet emploi. Elle avait une abondante chevelure noire, qui tombait sur ses épaules, un teint bronzé, de grands yeux bruns et des lèvres généreuses. Elle portait une mini-jupe en cuir noir et un chemisier blanc, ouvert sur un cou parfait et dévoilant la rondeur d’une poitrine qui n’avait pas terminé sa croissance, ou qui était simplement menue. C’était néanmoins un spectacle agréable. Elle était mince, plus petite que lui, peut-être un mètre soixante. Ses jambes étaient musclées et ses épaules délicates. Elle bougeait avec un naturel désarmant. Elle n’était pas provocante, simplement authentique, et elle était la plus rafraîchissante des visions.

Absorbé par sa contemplation, il suivait les moindres mouvements de la jeune femme, qui passait d’un client à l’autre avec un sourire professionnel. De temps à autre, elle jetait un regard furtif à Thomas, sans jamais se formaliser de l’examen dont elle faisait l’objet. Quand sa bière fut terminée, il voulut en commander une autre, mais un costaud annonça que l’établissement était sur le point de fermer et pria les clients de vider les lieux. Il n’était ni poli ni impoli, simplement ferme.

L’endroit avait commencé à se vider : la porte d’entrée, grande ouverte, laissait la fumée se dissiper, et l’air se rafraîchissant, Thomas apprécia une brise inattendue. Il reposa son regard sur la jeune femme, qui nettoyait des tables et ramassait des verres empilés et des cendriers pleins à ras bord. Lorsqu’elle releva la tête, leurs regards se croisèrent et son air sérieux fit place à un large sourire. Ce n’est peut-être que l’illusion causée par les médicaments et l’alcool mélangés, pensa Thomas. Peu importe, il était temps de quitter l’endroit.

Thomas se leva, titubant maladroitement, et trouva l’adresse et le courage pour traverser la salle sans trébucher. Il avait l’impression de se donner en spectacle, avec sa démarche alcoolisée, et il s’en voulut. Rapidement il rejoignit la sortie et jeta un dernier regard vers l’intérieur ; cette fois, il ne vit pas la jeune femme. Poussé par le flot humain qui se dissipait, il se laissa guider vers le trottoir. Au coin de la rue, à sa droite, il vit deux voitures de police, garées de manière à avoir une vue imprenable sur le troupeau humain qui se déversait dehors.

Il se mit à marcher, se sentant de mieux en mieux à mesure que ses poumons se dégageaient et que le froid le réveillait. Il longea le mur de l’établissement avant d’aboutir dans une ruelle obscure, où il décida de s’engouffrer, afin d’uriner. Il venait à peine de commencer à se soulager quand il entendit des pas – des talons hauts – résonner à proximité. Dissimulé dans l’ombre d’un conteneur métallique, il tourna la tête sans bouger son corps, afin de ne révéler sa présence à personne. À quelques mètres de lui, la serveuse s’engouffrait dans un passage, son sac à main sous le bras. Elle marchait d’un pas rapide, et il s’empressa de rentrer son engin encore dégoulinant. Il attendit quelques secondes avant de lui emboîter le pas, pour ne pas qu’elle le remarque. Il ignorait pourquoi il la suivait, mais c’était plus fort que lui. Elle lui rappelait vaguement l’actrice Éva Longoria. Une comparaison qui lui ferait sûrement fait plaisir, se dit-il.

Il fallait se décider. Devait-il suivre son intuition – son impulsion malsaine – et la filer, au risque de les mettre en danger tous les deux, en raison de son esprit malade ? Il s’était promis de ne plus jamais céder à ce démon qui le poussait à suivre des femmes et qui l’avait si souvent placé en eaux troubles. Mais elle exerçait un attrait puissant, une force hypnotique à laquelle il ne pouvait ni ne voulait résister. Il décida de la suivre, excité : cette filature imprévue et la beauté de la femme venaient de réveiller en lui ce besoin aussi impérieux qu’immoral.

La dernière fois qu’il avait cédé à son penchant pervers, quelque six mois auparavant, il avait suivi une jeune femme dans un parking de supermarché, obsédé par la jupe courte et révélatrice qu’elle portait ; une voix interne lui murmurait alors qu’elle lui était destinée, que son sourire, un instant plus tôt, était un signe indubitable qu’elle souhaitait se donner à lui. Il l’avait suivie, et derrière elle, il avait lentement zigzagué entre les voitures. Il l’avait rejointe alors qu’elle déposait ses sacs sur la banquette arrière, penchée vers l’avant. Conscient de la position de vulnérabilité dans laquelle elle se trouvait, mu par une pulsion sexuelle puissante, il s’était préparé à fondre sur elle, tremblant, quand il avait soudain réalisé qu’une vieille dame se trouvait dans la voiture voisine, le regardant avec méfiance. La stupeur devant ce qu’il s’était apprêté à faire l’avait conduit à déguerpir, paniqué et en furie. Il avait couru longuement, trouvant refuge dans les toilettes d’un restaurant, où il avait pleuré de rage, d’impuissance devant son désir et d’humiliation.

C’était la peur d’un autre épisode de la sorte qui le gagnait. Ce désir sexuel puissant, qui coulait en lui comme un tsunami de perversion. Il détestait son obsession du corps féminin, et il méprisait encore plus sa solitude et son incapacité à avoir une petite amie, une partenaire avec qui savourer l’intimité. Il réalisa que la jeune femme qu’il suivait avait bifurqué, s’engageant dans une rue perpendiculaire qui remontait en direction du quartier Mont-Royal. Ils étaient seuls dans les rues désertes, quelques timides lumières oubliées vacillant à des fenêtres, le trafic routier presque absent. Elle marchait rapidement et il dut accélérer le pas afin de ne pas la perdre. L’exercice et l’air frais lui faisaient un bien incroyable, sa vigueur s’était restaurée, tout comme son acuité mentale. Avec le Mont-Royal en toile de fond, il progressait rapidement et discrètement, puisque jamais elle ne se retourna. Quelques voitures klaxonnèrent en passant près d’elle, des hommes lançant des remarques salées et d’autres des commentaires honteux, mais jamais elle ne ralentit le pas. Elle semblait déterminée à se rendre quelque part, sans doute chez elle.
Ils marchaient depuis peut-être une heure, dans l’obscurité angoissante, quand la femme se mit à ralentir ; Thomas réalisa qu’elle tenait quelque chose à la main, qu’il n’avait pas remarquée auparavant. Il dut lui-même diminuer son rythme et passer sous le couvert d’un arbre puis d’un autre, ces derniers bordant les deux côtés de la rue résidentielle. Les maisons étaient d’époque, transformées en appartements à deux ou trois étages. Datant de l’ère industrielle du début du siècle, alors que les préoccupations économiques prévalaient, les architectes avaient conçu un nouveau mode de bâtiment, tout en longueur et tout d’un bloc, avec une façade qui s’étendait d’un coin de rue à l’autre, économisant le chauffage qu’aurait créé une rupture entre les logements. De nombreux escaliers en colimaçon montaient aux étages, surplombant un mince espace de verdure qui donnait l’illusion d’avoir du terrain. Cette architecture était typique du quartier et lui conférait un certain charme, puisque les façades étaient peintes de multiples couleurs vives, donnant de la chaleur à ces structures centenaires.

C’était devant l’une de ces maisons que la jeune femme venait de s’immobiliser. Thomas resta en retrait, dissimulé derrière un immense érable aux branches dénudées. Il cessa à son tour de bouger. La jeune femme, dans l’ombre, s’était retournée afin de faire face à la maison. Elle demeura ainsi durant presque une minute, avant de déposer au pied d’un arbre ce qu’elle avait tenu dans ses mains. Se relevant aussitôt, elle jeta cette fois un regard à la ronde et il eut le temps de se glisser complètement derrière l’arbre qui lui servait de bouclier. Il cessa de respirer, tendu, et patienta quelques secondes. Il craignait d’avoir été découvert. Il entendit alors les pas de la femme s’éloigner, claquant contre le pavé et il tenta un coup d’oeil timide, réalisant qu’elle s’éloignait du même pas rapide qu’auparavant. Il n’y avait aucune lumière dans les fenêtres bordant la rue, tout semblait désert, hormis les voitures stationnées. Reprenant sa progression d’espion, il rejoignit discrètement l’arbre où elle avait laissé ce qu’elle avait transporté : un bouquet de tulipes.
Il jeta un oeil dans la direction de l’appartement, n’y décelant rien de particulier. Il était pourtant manifestement spécial pour elle. Désireux de ne pas la perdre, il mit cette question de côté et reprit sa filature…

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