La journée des librairies indépendantes

13178688_1219321021414042_8947201100017668490_n

Fêter sa librairie, célébrer son libraire, rassembler sa communauté

Le samedi 18 juin 2016, se déroulera la première édition de la Journée des librairies indépendantes, organisée par le réseau Les libraires. Pendant une journée complète, les 103 librairies indépendantes, des quatre coins du Québec, du Nouveau-Brunswick et de l’Ontario, seront le théâtre de rencontres inédites, d’activités originales et de découvertes inattendues. Véritable fête de la lecture, cette Journée démontre l’importance de la librairie indépendante comme lieu culturel et comme endroit de promotion de la littérature.

Anaïs Barbeau-Lavalette, ambassadrice 2016

Pour cette première édition, Les libraires ont l’honneur et le plaisir d’avoir madame Anaïs Barbeau-Lavalette comme porte-parole. Lauréate du Prix des libraires du Québec 2016, catégorie roman, l’auteure de La femme qui fuit a un contact particulier avec le libraire :

« Le libraire est celui qui couve et partage les racines de notre imaginaire collectif. » Anaïs Barbeau-Lavalette

Francis Desharnais signe l’illustration officielle

Le visuel officiel de cette première édition est signé par le bédéiste Francis Desharnais, dans le cadre d’un partenariat pour le projet L’illustrateur de la saison. Inspiré du conte de Lewis Carroll, Francis Desharnais a imaginé une Alice qui aurait trouvé son pays des merveilles dans une librairie.

À propos des Libraires

Le réseau Les libraires compte plus de 100 librairies indépendantes. Le mandat de la librairie indépendante s’articule autour de la proximité, de la diversité et du service. Chacune possède sa propre personnalité. C’est un lieu de conseil où le livre de fond est souvent mis de l’avant. Le libraire indépendant se distingue par sa connaissance et sa passion du métier, son professionnalisme, son service de qualité et son implication dans sa communauté.

Suivez-nous!

#fetersalibrairie sur Facebook, Twitter et Instagram
Événement Facebook : https://www.facebook.com/events/1696567470594477/

Advertisements

Les auteurs Francophones ont du talent !

Dans le cadre du regroupement d’auteurs « l’invasion des grenouilles », je participe à l’évènement « Les auteurs francophones SFFFH ont du talent ».

Dans le cadre de cette super initiative, vous pouvez découvrir le premier chapitre de mon roman « Le Tueur des Rails » disponible en version numérique dans toute bonne boutique en ligne.

L’Ivre-Book pour le roman en entier.

 

Le Tueur des Rails

 

Le Tueur des Rails
Sylvain Johnson
Éditions L’ivre-Book

1

LUNDI, 28 OCTOBRE

Thomas marchait sous la pluie depuis près d’une demi-heure. Il était trempé, frigorifié et son corps tout entier était parcouru de frissons intenses. Le temps était morose, le ciel de cet après-midi froid d’octobre couvert de nuages gris. Il avait quitté la large artère commerciale presque déserte afin d’emprunter le chemin pavé menant à une vaste étendue verdâtre. Le sol était couvert de flaques d’eau et il marchait sans regarder ses pieds, sans prêter la moindre attention aux éclaboussures. Il aimait le silence, parfois interrompu par le bruit de la pluie s’abattant tout autour ou par le sifflement du vent qui s’était levé et bruissait dans la végétation de plus en plus dense, qui caressait sa chevelure imbibée, plaquée contre son front sans protection. Il avait les mains dans les poches de son manteau et un bref regard vers le ciel lui permit de prédire que l’averse allait durer. Il était tout juste quatre heures de l’après-midi et déjà l’obscurité enveloppait le paysage. Ce n’était qu’une question de minutes avant que les ténèbres ne soient complètes. Thomas avait remonté le chemin sur près d’une centaine de mètres, jusqu’à un vaste portail
métallique encadré de hautes colonnes en béton, surmontées de têtes de lions. La grille avait été fermée et une lourde chaîne en bloquait l’accès. Un bref regard à la ronde confirma au jeune homme qu’il était vraiment seul, et sans hésiter il escalada la grille. Il ne lui fallut que peu d’efforts pour franchir l’obstacle ; après tout, l’endroit recelant peu de contenu de valeur – sinon sentimentale –, la protection était minimale.

Thomas retomba lourdement sur ses pieds, dans l’enceinte même du vieux cimetière qui s’étendait presque à perte de vue. Se redressant, il tendit l’oreille, afin de s’assurer que son entrée bruyante n’avait rien réveillé. Silence. Du côté d’où il venait, seuls quelques phares d’automobiles circulant au loin sur le boulevard étaient visibles. Aucun risque de ce côté, et le fait que la grille ait été verrouillée lui garantissait que personne n’était sur les lieux. Satisfait, essuyant son visage trempé du revers de sa manche, il localisa, dans la pénombre, un point de repère qui lui avait déjà servi et se mit en marche sans perdre de temps. Il aurait pu venir durant les heures d’ouverture, mais il ne voulait pas faire de rencontres indésirables. Cette manière illicite de visiter l’endroit lui assurait une complète solitude et tout le temps voulu. Le cimetière était vaste, séparé en six sections rectangulaires. Les plus anciennes tombes, datant du début de la colonie, se trouvaient tout au fond. Les plus récentes se rapprochaient de la sortie, au fur et à mesure que l’espace était utilisé. C’était l’un des premiers cimetières de l’île de Montréal. Le champ mortuaire était parcouru de sentiers semblables à des rues portant des noms, et des numéros étaient assignés à chaque bout de terre utilisé. C’était un moyen rapide de trouver un membre de la famille ou un ami décédé. Comme une adresse. Le comptoir d’accueil offrait même des cartes détaillées indiquant les noms des secteurs. Thomas n’en avait pas besoin. Il savait très bien où il se dirigeait, puisqu’il venait ici toutes les semaines depuis plus de vingt ans. Un rituel auquel il n’avait jamais dérogé, du moins de son plein gré.

Il remonta l’allée principale, puis bifurqua à deux reprises. Au fur et à mesure qu’il se rapprochait de sa destination, une vague d’émotion grandissait et s’étendait en lui, le faisant trembler, des larmes naissantes au coin des yeux. C’était pareil à chaque fois. Il dut finalement quitter le sentier de gravier et traverser la pelouse, en direction de la tombe recherchée. Une pierre banale, comportant quelques inscriptions, mais dont la forme, la couleur et la position étaient gravées dans son esprit. Après quelques pas sur la pelouse trempée, ses souliers produisant des bruits de succion en raison de l’herbe mouillée, il s’immobilisa au numéro 23 de l’allée des Anges.

Il refusa de baisser les yeux, scrutant tout d’abord le paysage, attentif au vent qui entremêlait son chant laborieux aux sons du trafic routier, au loin. Un klaxon insistant refusait de se taire. Puis, serrant ses poings dans les poches de son manteau, il baissa lentement son regard embué, et découvrit la pierre d’un gris foncé qui portait le nom de son jeune frère, décédé vingt ans plus tôt.

Éric Pelletier 1980 — 1987.

En guise d’épitaphe, c’était tout. Aucun message, aucune autre gravure. La banalité de la pierre tombale était due à la tristesse subite et puissante qui avait pris d’assaut la famille Pelletier, lors de la disparition de son plus jeune membre. Ils ne s’en étaient jamais remis et le sujet était rapidement devenu tabou, même dans l’intimité.

Thomas prit de profondes respirations, sentit la tension se relâcher et put enfin contempler le lieu de repos de son petit frère avec plus de calme et de sérénité.

Il avait froid et ses lunettes voilées de gouttes d’eau réduisaient sa vision. Le vent augmenta en intensité et le souvenir de ce lointain été, presque trop ancien pour faire partie de cette vie présente, refit surface. C’était un élément constant de ce pèlerinage pénible, puisque la mort de l’enfant n’avait jamais été résolue, ni acceptée ni comprise. Aucun suspect n’avait été arrêté, pas même une piste à suivre. Sans hésiter, maintenant, il laissa le souvenir remonter et se revit en cette matinée caniculaire, vêtu d’une salopette en jeans, marchant le long d’une voie ferrée, tout juste derrière leur résidence de l’époque. La famille Pelletier avait eu deux garçons, fierté du père mécanicien et de la mère sans emploi, occupée à élever ses enfants. Thomas avait alors onze ans et Éric, tout juste sept. C’était un samedi, ils avaient fini de regarder les dessins animés qu’ils ne manquaient jamais au réveil. Leur père n’était toujours pas rentré ; il travaillait de nuit pour une compagnie de transport, réparant les véhicules durant les heures mortes. Les deux enfants à l’imagination fertile et fébrile avaient décidé de suivre la voie ferrée et de chercher des « trésors », ce qui signifiait à peu près n’importe quoi, du vieux vélo rouillé aux bouteilles vides qu’ils pourraient revendre. Il faisait chaud, trop chaud pour longer les rails déposés sur un tapis de pierre et les arbres de la forêt, de chaque côté de la voie, ne créaient que de brèves et inefficaces zones d’ombre. Thomas était heureux. Son statut de frère aîné lui conférait un caractère magique, sage et puissant. Il savait que son petit frère l’idolâtrait. Ils fredonnaient tous les deux des chansons tirées de leurs dessins animés préférés. Leur collecte allait bon train ; ils avaient déjà récolté quelques pièces diverses qu’ils entendaient utiliser dans leur repaire secret : le sous-sol de la maison.

Le temps filait lors de leurs aventures et de leurs expéditions, en ces années d’innocence où les parents croyaient encore qu’il était possible de laisser les enfants seuls dehors durant des heures, sans surveillance. C’était avant l’alerte Amber et les sites web diffusant les photos et les noms des prédateurs sexuels, enregistrés après leur libération dans une banque de données accessible au public. Une ère paradoxale de risque et de naïveté. Ils avaient marché, ramassé des objets divers durant une bonne partie de l’avant-midi. Éric avait quitté un moment la voie et s’était enfoncé légèrement dans le sous-bois, pour y uriner. Craintif, il avait demandé à son grand frère de rester où il était. Thomas avait patienté quelques secondes avant de reprendre la marche, non pas par impatience, mais parce qu’il voyait des pièces métalliques non loin devant lui, et il était curieux de les examiner. Il s’était éloigné, avait fouillé dans une pile de pièces rouillées d’appareils ménagers, avant de réaliser que son petit frère prenait beaucoup de temps pour se soulager. Loin d’être inquiet – il était surtout contrarié –, il fit demi-tour et regagna l’endroit où le gamin s’était enfoncé dans la végétation. Il l’appela à deux reprises, criant son nom. L’enfant ne répondant à aucun de ses appels, il eut un premier mauvais pressentiment. Puis, ses cris devinrent plus insistants et fermes, toujours sans résultat. Frustré et inquiet, Thomas se lança à la recherche d’Éric : il s’enfonça dans la végétation, hurlant son nom d’une voix de plus en plus paniquée.

Il sut que quelque chose clochait quand il découvrit la casquette rouge et l’un des souliers de son frère. Le coeur battant, il courut dans toutes les directions, fouillant la végétation du regard, soulevant les fougères, scandant le nom d’Éric, mais en vain. La peur au ventre, il prit la décision la plus difficile de sa courte vie : il devait quitter les lieux et aller chercher l’aide des adultes. Ses exhortations demeuraient sans réponse et il craignait maintenant pour sa propre sécurité. Le temps avait filé, il n’en avait plus à ce moment-là qu’une vague notion. Depuis combien de temps Éric avait-il disparu ? Marchant à reculons, progressant lentement et prudemment, Thomas rejoignit la voie ferrée. Il était convaincu que quelqu’un ou quelque chose l’observait en silence, tapi dans les buissons. Une fois à découvert, le garçon se mit à courir, paniqué, et ne s’arrêta que lorsqu’il eut rejoint la première rue adjacente au chemin de fer, celle-là même où ils vivaient. Quand il entra dans sa maison, Thomas était au bord de l’hystérie.

Il ne revit jamais son petit frère. Le corps sans vie et désarticulé d’Éric allait être retrouvé six heures plus tard. Le cadavre affichait des blessures distinctives sur les paumes et les avant-bras – signe que le garçon avait tenté de se défendre – et des écorchures sur les jambes. Sa mère, qui avait prévenu la police, s’écroula quand on lui annonça la découverte du corps de son fils ; son père rentra alors que les policiers étaient toujours sur place afin de questionner la famille. Il n’avait pas reçu le message, puisqu’il était sur la route.
La famille de Thomas ne fut plus jamais la même.
On ne retrouva jamais le tueur, malgré de nombreuses hypothèses qui ne furent, hélas, jamais étayées, faute de pistes.

***

Thomas était resté dans le cimetière longtemps. La force du souvenir et celle de ses sentiments avaient effacé chez lui toute notion du temps. La pluie avait cessé, et si le vent était toujours aussi insistant, le bruit du trafic routier s’était maintenant tu. La nuit était définitivement tombée. Émergeant de l’état de transe dans lequel il avait été plongé, il frissonna en regardant tout autour. La noirceur donnait au lieu désert un aspect macabre. Il jeta un dernier regard vers la tombe et frotta ses mains l’une contre l’autre, afin de trouver un peu de chaleur. Puis, il se détourna et s’éloigna, ressentant la même tristesse qu’à chaque fois, comme s’il abandonnait Éric de nouveau, le laissait tomber, et devenait en quelque sorte responsable de sa mort. Responsable de ses derniers instants de vie, qui avaient probablement été horribles et terrifiants. Il retourna à la grille, qu’il escalada à nouveau, retombant au sol presque sans bruit. État négligé, vêtements trempés et expression maussade : il offrait un bien pathétique spectacle, en ce soir glacial. Il se remit en marche ; il avait l’air d’un spectre cherchant à ravir les âmes des innocents durant leur sommeil.
Bien qu’il détestât voir ses facultés affaiblies, il avait besoin d’un verre.

***

Thomas marcha durant presque deux heures, hagard, tel un navire dans le brouillard. Au terme de son errance, il se retrouva à observer, de l’autre côté de la rue, une grande maison victorienne à la façade grise et au toit ocre. C’était une immense demeure, vieille, mais bien entretenue. La pelouse était déjà moins verte, prélude à l’hiver qui s’annonçait.

C’était la maison de ses parents, l’endroit où ils avaient emménagé après la mort d’Éric. Le lieu où lui-même avait logé durant cinq ans, avant d’en être expulsé de manière cruelle. Il ferma les yeux, s’adossa contre un poteau qui soutenait les fils électriques desservant la rue. Un pilier couvert de clous et agrafes utilisés pour placarder des affiches que le temps avait emportées, ne laissant que les ancres métalliques. Il prit une grande respiration, gagné par les frissons et les sanglots. La rue en cul-de-sac était déserte, hormis quelques voitures garées le long du trottoir. Dans l’habitation, quelques lumières éclairaient le balcon encombré d’articles divers. Ses parents étaient chez eux, comme tous les soirs et Thomas n’avait aucun doute sur l’état déjà avancé d’ébriété de son père. L’homme, inconsolable, s’était mis à boire après la mort de son fils ; sans raison apparente, il avait toujours préféré Éric à Thomas. Ses beuveries s’étaient multipliées et son comportement avait dégénéré : il était devenu violent et cruel avec sa famille. La vie avait changé profondément cet homme jadis si bon, si généreux et si honnête. Après le décès d’Éric, la famille – du moins ce qui en restait – avait arrêté de communiquer et de passer du temps ensemble. Ils avaient cessé d’être une famille. Sa mère continuait pitoyablement à jouer le jeu, à prétendre que rien n’avait changé, mais ses sanglots nocturnes et ses yeux cernés ne bernaient personne.

Thomas contemplait la demeure, écoutant le silence paisible de la nuit, cherchant le courage de bouger et d’agir ; quand il crut avoir atteint un état d’âme satisfaisant, il fit les premiers pas. Il traversa la rue, rejoignant le trottoir opposé, devant les marches du balcon. Il était si près du bâtiment ; c’était un sentiment étrange, à la fois révoltant et grisant. Pour la première fois de son existence, il avait l’impression de se contrôler, de posséder un certain pouvoir.

Son père ne lui avait jamais pardonné la mort d’Éric et l’avait constamment blâmé, l’accusant ouvertement d’avoir causé la perte du gamin. Les coups de poings et de pieds étaient souvent accompagnés d’insultes et d’accusations, proférées avec une haleine empestant l’alcool. Il avait enduré cela durant cinq ans, sans véritable soutien de la part de sa mère, qui n’intervenait jamais, un peu par peur d’être la prochaine victime, mais surtout parce qu’elle aimait toujours son mari et éprouvait de la pitié pour lui. Un sentiment plus fort que l’amour de son enfant, que son devoir de le protéger. Elle était peut-être encore plus pathétique que son mari.

Thomas fit les quelques pas le séparant des marches du perron fort de sa nouvelle assurance. Il jeta un bref regard autour de lui : une voiture se garait dans l’allée d’un voisin, sur la gauche. La nuit était paisible, irréelle et semblait si sereine. Il mit pied sur la première marche, se remémora les échos de la voix colérique de son père, l’accusant avec hargne d’avoir tué son unique fils. Sur la seconde marche, il revit son père jetant ses vêtements et articles personnels sur la pelouse, une bière à la main, l’écume aux lèvres et la rage dans le regard. Sur la troisième marche, c’est le rire d’Éric qui retentit dans sa tête ; celui-ci révélait que le garçon savait que tout ce que Thomas avait fait durant son existence, et tout ce qu’il s’apprêtait à faire ce soir était pour lui seul.

Maintenant directement placé sous la lumière illuminant la porte d’entrée et l’adresse scintillante accrochée au mur, Thomas hésita un instant. Il toucha sa ceinture ; ses doigts rencontrèrent la forme boisée d’une crosse d’arme à feu, dont la présence et le poids lui donnaient un courage hors du commun. Il n’avait jamais été confronté à l’homme qui l’avait poussé à l’internement. Celui qui l’avait tellement brisé psychologiquement qu’il avait dû passer la plus grande partie de sa vie d’adulte en institution, à consommer toutes sortes de médicaments et à recevoir d’interminables traitements. Ce soir, les choses allaient changer, les rôles s’inverser.

Il baissa les yeux sur la poignée en argent et entendit le son étouffé du téléviseur – sans doute un match de hockey qu’écoutait son père, en vociférant des commentaires alcoolisés. Cela lui donna une puissante nausée.

Enfin, il frappa à la porte, ses jointures résonnant contre la surface boisée avec la puissance d’un coup de tonnerre, d’un canon commémorant le jour du Souvenir. Trois coups frappés l’un après l’autre. Il attendit quelques secondes et cogna de nouveau, palpant l’arme à sa taille, dans un réflexe injustifié, puisqu’il savait que c’était sa mère qui allait répondre. C’était toujours elle qui effectuait les tâches jugées indignes du rang supérieur d’homme que s’attribuait son mari. Thomas entendit la voix rauque de son père hurler un ordre, le son de la télévision diminuer volontairement et des pas s’approcher de l’autre côté, raclant la surface boisée du plancher. Thomas recula d’un pas. L’émotion de revoir sa mère, qu’il avait souvent eu l’occasion d’épier de loin, dissimulé de l’autre côté de la rue, l’affectait. Il la détestait parce qu’elle ne l’avait jamais aidé, fermant les yeux devant les abus de son mari – elle avait même signé les papiers permettant son internement, se faisant complice du monstre – et pourtant il l’avait aimée : elle l’avait créé de sa chair et de son sang. Mais cet amour était bien loin maintenant. La poignée tourna sur elle-même, la porte bougea lentement et s’ouvrit.

L’odeur particulière de la cuisine maternelle précéda le jet de lumière venant de l’intérieur, suivie par la voix d’un commentateur sportif résumant un jeu quelconque. C’était un moment irréel, qu’il avait imaginé à de multiples reprises, mais qu’il n’aurait jamais cru avoir le courage de vivre. Enfin, avec un sourire innocent, le visage de sa mère s’encadra dans la porte, ses cheveux en bataille, sans maquillage et visiblement sur le point d’aller se coucher. Son sourire resta sur ses lèvres l’espace d’une seconde, avant que son regard bleu ne s’assombrisse, qu’un voile de ténèbres et de crainte ne couvre ses yeux. Ses lèvres se crispèrent en un rictus de honte et de peur, de regret et de colère. Derrière elle, la voix sourde de son mari demanda qui était là, faisant trembler la femme de la tête aux pieds. Elle secoua la tête de droite à gauche, avec l’air d’implorer le jeune homme de partir, de ne pas créer de problèmes. Mais Thomas ignora les muettes imprécations de sa mère et poussa la porte. Elle recula, lisant dans le regard de son fils une détermination qui la terrorisa. Alors elle fit un pas rapide vers l’avant, pour le chasser hors de la demeure mais Thomas poussa la femme contre le mur avec une telle force, qu’elle perdit pied et s’effondra. Elle était terrifiée. Thomas la toisa avec mépris. À cet instant précis, il la détesta comme jamais il avait détesté un autre être humain, plus que son père, mille fois plus. Mais déjà il se désintéressait d’elle, l’enjambant afin de se diriger vers le salon, la voix cette fois inquiète et mal assurée de son père demandant ce qui se passait.

Il avait fallu vingt ans à Thomas pour trouver le courage d’affronter son père, et rien ni personne ne pourrait l’arrêter en ce jour fatidique. Même pas sa mère.

C’était l’heure de régler les comptes.

En marchant de la porte d’entrée vers le salon, Thomas rejoua dans sa tête, en accéléré, le film des cinq derniers jours, sans coupure ni montage.
Cinq jours qui avaient suffi à faire de lui l’homme convaincu et calculateur qu’il était en ce moment.
Tout avait commencé un mercredi.

2

MERCREDI, 23 OCTOBRE

Thomas fixait le miroir devant lui et sa tête tournait. Il se tenait contre le lavabo des toilettes, dans un bar particulièrement morbide et pourtant rempli à craquer, si tôt dans la semaine. Il était tard, près de deux heures du matin, et la musique faisait rage dans l’établissement, un mélange de punk et de dance music. Le comptoir, comme le reste de l’étroite pièce, était sale, taché. L’odeur qui montait à ses narines était un mélange de sueur et d’alcool, auquel venait s’ajouter l’odeur âcre du tabac. Les nuages de fumée voguaient au rythme des portes qui s’ouvraient et se fermaient, des courants d’air frivoles. Si la nuit au-dehors était glaciale, l’intérieur était comme une fournaise, chauffé par de nombreux corps animés trop près les uns des autres. Il sentit la nausée vagabonder entre son estomac et sa gorge. Il se pencha légèrement et aperçut son reflet dans la glace, pitoyable vision qui lui causa un pincement au coeur. Il n’était pas rasé, ses cheveux, mouillés par la sueur, étaient plaqués sur son front et il avait de profondes poches sous les yeux. Il avait l’air drogué – et en fait il l’était, car il avait pris ses médicaments contre l’anxiété, dont il tenait présentement le flacon –, et pire encore : il avait beaucoup bu, ce soir, ce qui était contre-indiqué avec sa médication, de sorte qu’il était passablement ivre… et nauséeux. Son estomac vide de toute nourriture avait amplifié l’effet enivrant de l’alcool.

Thomas soupira. Il détestait ce qu’il voyait, mais plus que tout, c’est ce qu’il ne pouvait plus voir dans son visage qui l’attristait. Il aurait aimé retrouver cette étincelle d’espoir qui vacillait encore parfois dans les tréfonds de son âme. Mais elle s’était lentement éteinte, noyée un peu plus à chaque nouvelle bière.

Soudain, la porte s’ouvrit abruptement et un flot d’odeurs, de musique et de clients envahit la pièce. Deux hommes riant aux éclats se glissèrent dans une des cabines de toilette. Il les entendit rire et s’embrasser. Imaginer leurs caresses le fit sortir de sa torpeur. Il jeta les comprimés restant dans le lavabo, fit couler l’eau jusqu’à ce qu’ils soient dilués ou emportés par le flot. Puis, il empocha le contenant vide et leva les yeux sur le reflet que lui renvoyait le miroir : l’homme devant lui paraissait dix ans de plus que ses trente et un ans. Il ne portait pas ses lunettes ce soir, mais plutôt des verres de contact qui lui brûlaient les yeux, à cause de la fumée. Il avait soif d’alcool, malgré les maux physiques qui l’accablaient et bien que son corps en soit saturé. Un peu comme s’il avait voulu se noyer dans le nectar ambré et enivrant. Thomas se détourna du miroir, refusant de contempler plus longuement le résultat de son déclin. Il avait honte.

La porte s’ouvrit de nouveau sur un jeune homme ivre qui trébucha, se retenant contre le mur en riant aux éclats. Le nouveau venu voulut lever la tête et sourire à Thomas, mais un jet de vomi gicla devant lui, le courbant en deux et il s’affaissa au sol. Un de ses copains – ou un simple client entrant par hasard – se porta aussitôt au secours du jeune homme en détresse, ce qui permit à Thomas de quitter la pièce sans être remarqué. Il n’avait aucune envie d’aider qui que ce soit, il n’était même pas en mesure de s’aider lui-même.

Retournant dans le bar enfumé, il réalisa que les médicaments et l’alcool avaient sur lui un effet plus intense que prévu. Il arrivait à peine à distinguer les visages dans la masse informe qui bougeait au rythme de la musique. Seules les couleurs lui parvenaient avec clarté. Les bras tendus devant lui, il se fraya un chemin en direction du bar, qu’il savait à l’opposé de la pièce. Quelqu’un parut s’adresser à lui dans la masse, qu’il ignora, et il poursuivit sa traversée de la marée humaine, jusqu’à ce qu’il bute contre le bar. Il se retourna. Il faisait trop chaud et sa tête paraissait sur le point d’exploser. Il parvint néanmoins à trouver un tabouret libre et s’y assit. Sa vision s’améliora, et au moment où il prenait une grande respiration, afin de se calmer, quelqu’un lui toucha l’épaule gauche. Surpris, il se retourna. Une serveuse s’adressait à lui, lui demandant ce qu’il voulait boire. Elle semblait si jeune. Il n’avait pas entendu les mots, la musique était trop forte, mais il comprit ce qu’elle lui demandait. Il pointa l’une des bouteilles de bière posées sur le comptoir et elle acquiesça.

Dans l’attente du liquide bienfaiteur, Thomas examina la foule qui s’activait, ce flot continu de jeunes femmes et de jeunes hommes qui paraissaient heureux, bien portants et souvent d’une certaine beauté. Il y avait beaucoup de jeunes femmes dévoilant leurs attributs, entourées d’hommes salivant et participant à cette loterie humaine, dans l’espoir de remporter le gros lot sexuel. Parce que voilà bien ce dont il s’agissait : un groupe de prédateurs, masculins comme féminins, relâchés dans un enclos, s’examinant et se flairant. C’était un jeu conscient et probablement intéressant. Pour sa part, il n’avait ni le physique ni l’attitude pour s’adonner à ce rituel millénaire de la séduction et de l’accouplement. Il était dans la catégorie des perdants, des oubliés et des délaissés.

La serveuse revint et posa une main chaude sur son bras dénudé. Elle lui sourit avec une tendresse qui le troubla et il prit le temps de la détailler avec plus d’attention. Il voulut payer sa bière, mais elle refusa. C’est un geste qui l’émut, parce qu’il ne connaissait de la bonté humaine que ce qu’il avait lu ou vu dans les livres, dans les films et dans ses rêves. La jeune femme se détourna et se dirigea vers un autre client, qu’elle servit de manière impersonnelle. Il pouvait presque croire qu’elle avait délibérément été plus amicale avec lui.

Il l’observa, soudain tout intérêt pour la masse disparu. Elle n’avait guère plus de vingt ans et sa juvénilité, comme sa vulnérabilité, semblaient déplacées dans cet endroit. Elle aurait dû travailler dans un restaurant, ou alors fréquenter un collège. En fait, elle pouvait fort bien être encore à l’école et payer sa scolarité avec cet emploi. Elle avait une abondante chevelure noire, qui tombait sur ses épaules, un teint bronzé, de grands yeux bruns et des lèvres généreuses. Elle portait une mini-jupe en cuir noir et un chemisier blanc, ouvert sur un cou parfait et dévoilant la rondeur d’une poitrine qui n’avait pas terminé sa croissance, ou qui était simplement menue. C’était néanmoins un spectacle agréable. Elle était mince, plus petite que lui, peut-être un mètre soixante. Ses jambes étaient musclées et ses épaules délicates. Elle bougeait avec un naturel désarmant. Elle n’était pas provocante, simplement authentique, et elle était la plus rafraîchissante des visions.

Absorbé par sa contemplation, il suivait les moindres mouvements de la jeune femme, qui passait d’un client à l’autre avec un sourire professionnel. De temps à autre, elle jetait un regard furtif à Thomas, sans jamais se formaliser de l’examen dont elle faisait l’objet. Quand sa bière fut terminée, il voulut en commander une autre, mais un costaud annonça que l’établissement était sur le point de fermer et pria les clients de vider les lieux. Il n’était ni poli ni impoli, simplement ferme.

L’endroit avait commencé à se vider : la porte d’entrée, grande ouverte, laissait la fumée se dissiper, et l’air se rafraîchissant, Thomas apprécia une brise inattendue. Il reposa son regard sur la jeune femme, qui nettoyait des tables et ramassait des verres empilés et des cendriers pleins à ras bord. Lorsqu’elle releva la tête, leurs regards se croisèrent et son air sérieux fit place à un large sourire. Ce n’est peut-être que l’illusion causée par les médicaments et l’alcool mélangés, pensa Thomas. Peu importe, il était temps de quitter l’endroit.

Thomas se leva, titubant maladroitement, et trouva l’adresse et le courage pour traverser la salle sans trébucher. Il avait l’impression de se donner en spectacle, avec sa démarche alcoolisée, et il s’en voulut. Rapidement il rejoignit la sortie et jeta un dernier regard vers l’intérieur ; cette fois, il ne vit pas la jeune femme. Poussé par le flot humain qui se dissipait, il se laissa guider vers le trottoir. Au coin de la rue, à sa droite, il vit deux voitures de police, garées de manière à avoir une vue imprenable sur le troupeau humain qui se déversait dehors.

Il se mit à marcher, se sentant de mieux en mieux à mesure que ses poumons se dégageaient et que le froid le réveillait. Il longea le mur de l’établissement avant d’aboutir dans une ruelle obscure, où il décida de s’engouffrer, afin d’uriner. Il venait à peine de commencer à se soulager quand il entendit des pas – des talons hauts – résonner à proximité. Dissimulé dans l’ombre d’un conteneur métallique, il tourna la tête sans bouger son corps, afin de ne révéler sa présence à personne. À quelques mètres de lui, la serveuse s’engouffrait dans un passage, son sac à main sous le bras. Elle marchait d’un pas rapide, et il s’empressa de rentrer son engin encore dégoulinant. Il attendit quelques secondes avant de lui emboîter le pas, pour ne pas qu’elle le remarque. Il ignorait pourquoi il la suivait, mais c’était plus fort que lui. Elle lui rappelait vaguement l’actrice Éva Longoria. Une comparaison qui lui ferait sûrement fait plaisir, se dit-il.

Il fallait se décider. Devait-il suivre son intuition – son impulsion malsaine – et la filer, au risque de les mettre en danger tous les deux, en raison de son esprit malade ? Il s’était promis de ne plus jamais céder à ce démon qui le poussait à suivre des femmes et qui l’avait si souvent placé en eaux troubles. Mais elle exerçait un attrait puissant, une force hypnotique à laquelle il ne pouvait ni ne voulait résister. Il décida de la suivre, excité : cette filature imprévue et la beauté de la femme venaient de réveiller en lui ce besoin aussi impérieux qu’immoral.

La dernière fois qu’il avait cédé à son penchant pervers, quelque six mois auparavant, il avait suivi une jeune femme dans un parking de supermarché, obsédé par la jupe courte et révélatrice qu’elle portait ; une voix interne lui murmurait alors qu’elle lui était destinée, que son sourire, un instant plus tôt, était un signe indubitable qu’elle souhaitait se donner à lui. Il l’avait suivie, et derrière elle, il avait lentement zigzagué entre les voitures. Il l’avait rejointe alors qu’elle déposait ses sacs sur la banquette arrière, penchée vers l’avant. Conscient de la position de vulnérabilité dans laquelle elle se trouvait, mu par une pulsion sexuelle puissante, il s’était préparé à fondre sur elle, tremblant, quand il avait soudain réalisé qu’une vieille dame se trouvait dans la voiture voisine, le regardant avec méfiance. La stupeur devant ce qu’il s’était apprêté à faire l’avait conduit à déguerpir, paniqué et en furie. Il avait couru longuement, trouvant refuge dans les toilettes d’un restaurant, où il avait pleuré de rage, d’impuissance devant son désir et d’humiliation.

C’était la peur d’un autre épisode de la sorte qui le gagnait. Ce désir sexuel puissant, qui coulait en lui comme un tsunami de perversion. Il détestait son obsession du corps féminin, et il méprisait encore plus sa solitude et son incapacité à avoir une petite amie, une partenaire avec qui savourer l’intimité. Il réalisa que la jeune femme qu’il suivait avait bifurqué, s’engageant dans une rue perpendiculaire qui remontait en direction du quartier Mont-Royal. Ils étaient seuls dans les rues désertes, quelques timides lumières oubliées vacillant à des fenêtres, le trafic routier presque absent. Elle marchait rapidement et il dut accélérer le pas afin de ne pas la perdre. L’exercice et l’air frais lui faisaient un bien incroyable, sa vigueur s’était restaurée, tout comme son acuité mentale. Avec le Mont-Royal en toile de fond, il progressait rapidement et discrètement, puisque jamais elle ne se retourna. Quelques voitures klaxonnèrent en passant près d’elle, des hommes lançant des remarques salées et d’autres des commentaires honteux, mais jamais elle ne ralentit le pas. Elle semblait déterminée à se rendre quelque part, sans doute chez elle.
Ils marchaient depuis peut-être une heure, dans l’obscurité angoissante, quand la femme se mit à ralentir ; Thomas réalisa qu’elle tenait quelque chose à la main, qu’il n’avait pas remarquée auparavant. Il dut lui-même diminuer son rythme et passer sous le couvert d’un arbre puis d’un autre, ces derniers bordant les deux côtés de la rue résidentielle. Les maisons étaient d’époque, transformées en appartements à deux ou trois étages. Datant de l’ère industrielle du début du siècle, alors que les préoccupations économiques prévalaient, les architectes avaient conçu un nouveau mode de bâtiment, tout en longueur et tout d’un bloc, avec une façade qui s’étendait d’un coin de rue à l’autre, économisant le chauffage qu’aurait créé une rupture entre les logements. De nombreux escaliers en colimaçon montaient aux étages, surplombant un mince espace de verdure qui donnait l’illusion d’avoir du terrain. Cette architecture était typique du quartier et lui conférait un certain charme, puisque les façades étaient peintes de multiples couleurs vives, donnant de la chaleur à ces structures centenaires.

C’était devant l’une de ces maisons que la jeune femme venait de s’immobiliser. Thomas resta en retrait, dissimulé derrière un immense érable aux branches dénudées. Il cessa à son tour de bouger. La jeune femme, dans l’ombre, s’était retournée afin de faire face à la maison. Elle demeura ainsi durant presque une minute, avant de déposer au pied d’un arbre ce qu’elle avait tenu dans ses mains. Se relevant aussitôt, elle jeta cette fois un regard à la ronde et il eut le temps de se glisser complètement derrière l’arbre qui lui servait de bouclier. Il cessa de respirer, tendu, et patienta quelques secondes. Il craignait d’avoir été découvert. Il entendit alors les pas de la femme s’éloigner, claquant contre le pavé et il tenta un coup d’oeil timide, réalisant qu’elle s’éloignait du même pas rapide qu’auparavant. Il n’y avait aucune lumière dans les fenêtres bordant la rue, tout semblait désert, hormis les voitures stationnées. Reprenant sa progression d’espion, il rejoignit discrètement l’arbre où elle avait laissé ce qu’elle avait transporté : un bouquet de tulipes.
Il jeta un oeil dans la direction de l’appartement, n’y décelant rien de particulier. Il était pourtant manifestement spécial pour elle. Désireux de ne pas la perdre, il mit cette question de côté et reprit sa filature…

Pour pouvoir lire la suite, vous pouvez l’acheter ICI.

Trio de Lecture : Le Québec à l’affiche !

10351801_10152658236764427_4744269362901767463_n

La littérature du Québec est ici à l’honneur!

Suite à une très belle initiative d’un ami écrivain, le talentueux Patrice Cazeault, auteur de la populaire et remarquable série « Averia », le 12 août 2014 est la journée nationale d’achat du livre d’auteurs québécois. C’est ainsi que j’ai décidé de partager avec vous mes trois lectures de juillet. En espérant vous donner le goût de découvrir de nouveaux auteurs, leurs œuvres et leurs rêves les plus fous.

Célébrons les livres québécois!

 

1111709-gf

Entre les bras des amants réunis – Claude Bolduc

Claude Bolduc est un incontournable de l’horreur québécois, même si je n’avais jamais eu la chance de lire ses écrits. Avec une quantité incroyable de nouvelles publiées dans les magazines de la province et plusieurs romans, Claude Bolduc est un nom qui revient souvent dans les discussions sur les genres de l’imaginaire. Voilà que j’ai enfin eu l’honneur de découvrir l’auteur en question et « Entre les bras des amants réunis » est ma porte d’entrée dans l’univers troublant de monsieur Bolduc.

Résumé de quatrième de couverture :

Une maison, c’est la sécurité. C’est aussi en quelque sorte un signe de réussite, c’est même l’ultime refuge de qui cherche à s’isoler. Lorsque Jacques voit se présenter la chance de quitter son logement miteux et d’emménager dans une petite maison, SA maison, grande est sa confiance de laisser derrière lui la grisaille d’une vie ancienne.

Certes, la maison n’a rien d’un palace, mais, déjà, il s’y sent bien. Bientôt s’estompent les mauvais souvenirs, remplacés par un bien-être qu’il ne se souvient pas d’avoir connu. Ici, tout est parfait. C’est tout juste s’il ne doit pas se faire violence pour sortir et aller faire ses courses. Curieux, tout de même, que les copains du vendredi semblent toujours s’inquiéter de son état. Il est si bien ici, avec son secret bien à lui, découvert au fond de la cave… Puisse la maison veiller sur lui longtemps encore, comme elle l’a si bien fait pour d’autres avant lui.

Car de tout temps, la maison fut.

Mon commentaire :

Claude Bolduc mérite très bien sa réputation, puisque ce roman inquiétant, angoissant et pour le moins macabre est une très bonne introduction dans son univers. C’est avec une écriture poétique, une imagerie précise et recherchée qu’il nous entraîne dans des scénarios invraisemblables, mais tout à fait fascinants. On devient un témoin d’événements particuliers, on veut détourner le regard, reposer le livre, s’éloigner avant que la folie nous gagne, mais c’est inutile, il nous faut découvrir ce qui se trame, allez jusqu’au bout. Les conséquences de cette exploration n’ont plus d’importances.

Bolduc est un de ces raconteurs qui n’a pas besoin d’artifices, de mise en scène grandiose, de monde réinventé de toutes pièces, de guerres et de civilisations construites à coups de chapitres interminables et de héros aux pouvoirs illimités. Il puise dans notre quotidien, notre vie, nos peurs et cette foutue folie qui nous suit, nous harcèle, fait partie de notre quotidien au même niveau que notre prétendue lucidité. C’est d’ailleurs cette apparente simplicité de sujet qui nous trompe, parce qu’en acceptant de plonger avec monsieur Bolduc dans ce récit, c’est tout un éventail de thèmes qui s’impose. La mort, le deuil, la folie et ce petit quelque chose d’indéfinissable qui nous agite et nous rend mal à l’aise, que nous perdons en grandissant. En fait, ce très bon recueil fantastique, d’horreur avec une dose de suspense, nous révèle une des plus importantes vérités sur notre monde : la limite entre les comportements acceptables et la démence est si mince, trop mince pour être parfois reconnue.

Le texte principal est suivi de quelques histoires, des textes dans la même veine, bien pondues et qui sauront vous séduire, vous montrer l’étendue du talent de cet auteur. C’est toutefois l’histoire principale du recueil qui m’a le plus marqué et sur laquelle j’ai insisté dans ce billet. Disons que le reste, c’est comme un gros bonus inespéré.

C’est un bon moment de lecture comme je les aime, mélangeant réflexion existentielle et surprise.

Ma note : 9/10

Liens importants :

Éditeurs Vents d’ouest.

 

1469899-gf

Crystal de Jacques Goyette.

Le polar est un genre que j’apprends à aimer, à la fois pour son rythme souvent endiablé et pour les enquêtes qui nous guident de surprise en surprise. Je me suis laissé tenter par le premier tome d’une série, qui décrit les enquêtes d’une profileuse du FBI, Karen Newman.

Résumé de quatrième de couverture :

Chaque année, des centaines de jeunes femmes, victimes d’une guerre sans merci que se livrent les trafiquants de drogue, sont brutalement assassinées ou disparaissent de Ciudad Juárez, un village mexicain situé à moins de trois kilomètres de la frontière d’El Paso, au Texas. Lorsqu’elle apprend que son « protecteur », Eduardo Cardenas, le chef du cartel de la drogue de Tijuana, a fait assassiner ses parents dans le but d’éliminer des témoins gênants de son commerce illicite, une des disparues, Angela « Crystal » Perez, refait surface avec une seule idée en tête : se venger. Mais elle se rend vite compte qu’elle n’est pas de taille à affronter seule le tout puissant baron de la drogue. Elle accepte donc de collaborer avec Karen Newman, la responsable de la section antidrogue du FBI à New York, la seule personne qui peut empêcher qu’elle ne devienne la prochaine victime du mystérieux tueur à gages qui a exécuté ses parents. Sauf qu’elle ignore que l’agente Newman n’est peut-être pas la seule personne qui puisse l’aider dans sa quête de vengeance. Angela a oublié que les liens familiaux peuvent parfois être plus forts que toutes les épreuves d’une vie.

Commentaire :

Je voulais un polar et c’est exactement ce qu’on m’a offert. Jacques Goyette met en place un scénario vraisemblable dans lequel ses personnages évoluent avec une justesse tout à fait policière. Des personnages attachants, des éléments d’enquêtes et d’adversité surprenants comblent le parcours de nos héros, avec une écriture accessible et des détails généreux. Du Mexique à Montréal, l’auteur nous transporte dans son monde avec une aisance d’un pilote habitué aux longs vols.

L’histoire est bien ficelée, la tension grimpe à mesure que les pages défilent, l’intensité de ce parcours inhabituel dans une enquête qui est tout, sauf banale, nous tient captifs.

Le premier tome ouvre la porte à une série qui promet et c’est le charme, l’efficacité et le professionnalisme de son personnage principal, Karen Newman qui en fait aussi un bon polar.

Ma note : 8/10

Liens utiles :

Éditeur ADA

Page de Jacques Goyette

 

1331120-gf

Passage de Yanick St-Yves

C’est tout d’abord la couverture qui m’a intrigué. Le visuel d’un livre exerce toujours un attrait certain sur moi. Puis, j’ai lu la description et j’ai tout de suite voulu découvrir cet auteur dont je n’avais jamais entendu parler et que j’espère lire à nouveau.

Résumé de quatrième de couverture :

Le curé nous a dit : « Jusqu’à ce que la mort vous sépare. » Ça, je le refuse.

De retour d’un voyage d’affaires, Thomas retrouve sa femme Catherine qui, pendant son absence, s’est métamorphosée. Femme aimante, elle devient agressive; sa douceur devient violence. Thomas n’y comprend plus rien. Aucune piste, aucun indice pour expliquer ce changement. Pour faire la lumière sur cet événement et se réapproprier sa vie, Thomas devra emprunter un passage, qui le mènera au cœur de la pire des tourmentes.

Jusqu’où sera-t-il prêt à aller par amour?

Mon commentaire :

Ce livre se lit très vite. La première partie de cette œuvre de monsieur St-Yves est très bonne, très intense, très énigmatique. J’ai tout de suite embarqué dans le genre horreur et maison hantée, esprit frappeur et terreurs nocturnes. J’ai dévoré ce que je considère la première partie du livre avec rapidité et un intérêt grandissant, puisque le reste est non seulement imprévisible, mais tout à fait différent.

C’est un peu comme si le roman venait de deux histoires complètement différentes. La surprise de passer du genre horreur vers un style plus fantaisiste m’a totalement pris par surprise. Il m’a fallu reculer de quelques pages pour m’assurer de n’avoir rien manqué.

Mais ne vous méprenez pas, ce n’est pas nécessairement une mauvaise chose, je ne m’y attendais tout simplement pas. Cette deuxième partie qui nous conduit à la fin du récit est du type « Dungeon et Dragons », plus fantaisiste. C’est une quête, une aventure dans un monde de créatures aux pouvoirs destructeurs. C’est aussi une quête motivée par l’amour. Tout le long de l’histoire, on évolue dans une ambiance psychologique intense, un mélange entre l’horreur pure et l’angoisse.

C’est bien écrit, malgré quelques petites maladresses de style ou de descriptions dans l’action. Je me suis bien amusé. C’est un roman au dénouement difficile à prévoir, puisqu’on nous transporte, nous ballote d’un genre à l’autre, d’un monde à l’autre. Le roman se lit très bien.

Ma note : 8/10

Liens utiles :

Éditions de Mortagne

 

Pour en savoir plus sur l’événement du 12 août 2014 : Cliquez sur l’image

10351801_10152658236764427_4744269362901767463_n

 

 

Lecture de « In Tenebris » de Romain Billot

In Tenebris Romain Billot
Calling Cthulhu est une série de livres numériques publiés par L’IVRE BOOK, un éditeur français au catalogue grandissant. La collection compte déjà plusieurs titres et je crois savoir que d’autres verront le jour dans les mois à venir.

Qu’est-ce que Calling Cthulhu?

D’après Wikipédia, c’est :

« Cthulhu est une créature de fiction imaginée par l’écrivain américain H. P. Lovecraft dans la nouvelle L’Appel de Cthulhu (1926). Monstre humanoïde gigantesque, il possède une tête de seiche ainsi que des tentacules de pieuvre et des ailes semblables à celles d’un dragon. »

C’est donc avec anticipation que j’ai amorcé la lecture du premier tome dont j’ai fait l’achat – les autres suivront dans les jours à venir. Ce sont des nouvelles littéraires numériques, sur le thème de ce cher Cthulhu et qui se lisent très bien.

« N’est pas mort ce qui à jamais dort… »

Résumé d’In Tenebris.

« Clarice, une jeune Québécoise, porte un immense fardeau, un secret monstrueux et honteux qui hante ses nuits. Lorsque, prétextant ses études d’Histoire, elle s’exile vers la France dans la ville universitaire de Dijon pour fuir son passé, elle ignore quels mystères abominables se cachent dans les entrailles de la Cité des Ducs et qu’un danger bien pire encore la guette dans l’ombre. Elle a été choisie… »

Romain Billot

Commentaire :

Je connais Romain Billot depuis quelques années et c’est avec un grand intérêt que je suis sa carrière. Avec lui, impossible d’être déçu, il vous en donne pour votre argent et souvent davantage. Il y a deux endroits au monde où je détesterais me retrouver. Le premier, c’est un lit d’hôpital aux soins du docteur House – puisque les patients voient toujours leur état de santé empirer et qu’ils se font insulter par le médecin fou. Le deuxième endroit à éviter, c’est dans les récits de Romain. Être un de ses personnages, c’est loin d’une partie de plaisir.

La nouvelle littéraire fait plus d’une vingtaine de pages. C’est donc une lecture idéale pour la tablette si vous êtes très occupé comme moi.

La première chose qui saute aux yeux concernant l’auteur, c’est son amour pour le lectorat québécois, un amour qui est réciproque, puisque ses nouvelles fantastiques sont grandement appréciées dans la belle province, où il ne cesse de publier des textes troublants et étonnants.

Dans le cas d’In Tenebris, c’est un mélange d’horreur et de fantastique, respectant très bien le thème de la collection en cours. Romain n’a pas peur de choquer, d’explorer des sujets parfois délicats et il s’amuse à vous plonger de plus en plus dans l’horreur. Au moment où on se demande si la perversité et la folie s’arrêteront bientôt, c’est un nouveau chapitre qui s’ouvre et l’horreur coule à flots comme une rivière déchainée.

Romain Billot est un insomniaque avoué et ses récits prennent souvent naissance dans la peur qu’engendre la nuit, dans le flot constant de cauchemars à la limite entre la réalité et le monde des ténèbres.

« Calling Cthulhu » est une série que j’ai découverte avec un plaisir pervers et que je voulais partager avec vous.
J’allais oublier – l’auteur de ce texte nous gratifie d’une fin joyeuse –, mais attention, il redéfinit aussi le sens du « happy ending » traditionnel. À vous de le découvrir!

Ma note : 9/10

Liens à découvrir :

L’IVRE BOOK – Éditeur

Site officiel de Romain Billot

Banniere

 

Interview de Sarah Hubert-Marquez pour la Bataille des dix mots 2013.

La Bataille des dix mots
La Bataille des dix mots 2013

J’ai entendu parler de la Bataille des dix mots en 2011, la première année où elle s’est tenue. C’était suite à la publication d’une de mes nouvelles dans l’excellente revue « Freaks Corp. » On m’avait alors invité à participer et je me suis prêté au jeu, sans trop savoir dans quoi je mettais les pieds. Je dois dire qu’en tant qu’écrivain, le défi me plaisait et la formule me permettait d’explorer l’univers des textes plus courts que ce à quoi j’étais habitué. Pour être honnête, ce fut une expérience extraordinaire, un moyen amusant de créer des liens durables avec d’autres artistes et de me faire connaitre à l’étranger.

Aujourd’hui, la Bataille en est à sa troisième édition, elle gagne du succès et ne cesse d’attirer les participants.

L’évènement de cette année s’est tenu les 20 et 21 mars. Pour ceux qui n’ont pas eu l’occasion de participer, n’ayez crainte, vous avez moins d’un an pour vous préparer mentalement à la prochaine joute.

Pour nous parler de la Bataille, j’ai eu l’honneur et le privilège d’interviewer Sarah Hubert-Marquez, qui est entre autres présidente de l’association Sélénor.

visuel-dismoi10mots-2011
La Bataille des dix mots 2011

Voici comment fut présentée la Bataille de cette année sur le site web officiel :

Depuis 2011, la Bataille des 10 mots rassemble celles et ceux qui aiment jouer avec les mots et la langue française. Basé sur les dix mots de l’année, définis dans le cadre de l’opération « Dis-Moi Dix Mots » à l’occasion de la Semaine de la langue française et de la Francophonie, le thème peut être traité sur tous les tons : poème, court récit ou nouvelle, photo, œuvre artistique ou digitale, performance, danse, musique, chant, vidéo…

La Bataille des 10 Mots est ouverte pendant seulement 24 heures, du 20 mars à 12 h au 21 mars 2013 à 11 h 59. C’est pendant cette période que les participants francophones (France, Suisse, Belgique, Québec…) peuvent poster leur contribution sur ce site et… entrer dans la bataille!

Les dix mots de l’année sont : ATELIER – BOUQUET – CACHET – COUP DE FOUDRE – ÉQUIPE – PROTÉGER – SAVOIR-FAIRE – UNIQUE – VIS-À-VIS – VOILÀ

Toutes les créations sont soumises à un jury de professionnels, qui sélectionne les meilleures œuvres dans chaque catégorie. Les votes du public comptent également.

images
L’association Sélénor

L’interview avec Sarah Hubert-Marquez

1. Veuillez d’abord vous présenter et nous dire quel est votre rôle dans la Bataille des 10 mots ?

Sarah Hubert-Marquez :

Je suis née le 14 juin 1982 à Roanne, une petite ville industrielle de province mélancolique à souhait! Je gambadais au milieu des vieilles cheminées d’usines en briques (heureusement aujourd’hui détruites), des tours d’immeubles (là aussi démolies pour la plupart) et du canal vaseux longeant la Loire (aujourd’hui réaménagé)…
La gamine un peu gauche que j’étais, se réfugiait dans les contes, les légendes et les épopées… peut-être le début de ma passion pour les mythologies et l’Histoire qui m’a poussée plus tard sur les bancs de la faculté pour approfondir le sujet? Curieuse de tout et touche-à-tout, j’ai de multiples activités; présidente depuis janvier 2009 de l’association Sélénor qui vise à promouvoir de jeunes talents dans tous les domaines artistiques, rédactrice culturelle pour un journal d’information locale sur Internet, depuis peu, bénévole dans une médiathèque communale et entrepreneur culturel en résidence en Auvergne…
Lors de la première édition de la Bataille des 10 mots, d’abord régionale, Sélénor était un partenaire actif de l’opération, à ce titre en tant que présidente de la structure, j’ai apporté mon aide pour trouver les membres du jury ou pour modérer le site pendant les 24 h de la bataille. Puis pour les deux éditions suivantes, l’association est restée partenaire et a souhaité s’engager encore davantage dans cet évènement… Voilà comment, je suis devenue opératrice principale de la Bataille des 10 mots. Mon rôle est vaste : coordonner, organiser, trouver des partenaires, recruter le jury, modérer le site, gérer la communication toujours en liens étroits avec la Direction Régionale des Affaires Culturelles de Bourgogne. (DRAC)

2. D’où sont nés ce concept et cette idée d’une bataille en ligne qui réunit des artistes de tous les horizons?

Sarah Hubert-Marquez :

L’idée est née le samedi 23 octobre 2010 exactement, lors de l’ArtCamp qui s’est déroulé à « La Vapeur », un lieu culturel incontournable de la ville de Dijon (concerts, expositions, projections, actions culturelles et artistiques) L’ArtCamp est un BarCamp thématique, consacré à l’art comme son nom l’indique! Il s’agit d’un modèle de non-conférence venu des États-Unis où ce sont les participants qui créent et animent des ateliers participatifs avec des débats ouverts sur les dernières innovations technologiques (applications Internet, logiciels libres, réseaux sociaux, etc.)
Lors de cette manifestation artistique, avec une responsable de la DRAC de Bourgogne et une professionnelle du développement web, de la communication digitale et du contenu numérique, on a assisté à une « Battle Graphik » qui se réalisait en direct et en interaction avec le public. Six graphistes devaient réaliser un œuvre sur le thème d’Halloween avec des éléments graphiques imposés par le public…
On a été toutes les trois immédiatement inspirées pour réunir nos compétences et créer ce type de performance artistique. Grâce à la Semaine de la langue française et de la Francophonie, nous avons trouvé le cadre idéal pour développer ce concept grâce aux dix mots imposés chaque année. C’est en mars 2011 que nous avons pu voir si le public nous suivrait… Et avec 80 contributions crées en 24 h, nous étions déjà convaincues. Après trois éditions, plus de 550 œuvres crées, plus de 30 000 visiteurs et 100 000 pages vues, nous sommes ravies de voir cette Bataille des 10 mots encore grandir avec plus de participants francophones de tous les âges et de toutes les nationalités partager ensemble leur amour de la langue française… Le tout dans un esprit convivial!

3. Comment le projet est-il supporté? Financièrement et techniquement?

Sarah Hubert-Marquez :

La Bataille des 10 mots est organisée par le Ministère de la Culture et de la Communication et est pilotée par la DRAC de Bourgogne dans le cadre de l’opération nationale de sensibilisation à la langue française et à la Francophonie « Dis-moi dix mots » mise en place par la DGLFLF (Délégation générale à la langue française et aux langues de France). Oui, je sais, on a des abréviations partout et pour tout! Un budget est alloué à la DRAC de Bourgogne, représentant le Ministère de la Culture et de la Communication dans la région, qui choisit des personnes compétentes, les fameux opérateurs, pour mener à bien avec elle cette grande performance artistique en ligne. À mes côtés, il y a donc aussi une administratrice professionnelle pour gérer le site de la Bataille des 10 mots… Et heureusement, sans elle, je serais perdue!

4. Parmi les participants, que ce soit les écrivains, peintres, photographes ou autres, avez-vous eu des surprises : des participants connus ou des gens un peu étranges – peut-être même des projets hors de l’ordinaire, des anecdotes dignes d’être partagées?

Sarah Hubert-Marquez :

En trois ans, oui, il y a eu quelques surprises, c’est le moins que l’on puisse dire! Je me souviens d’un commerçant qui avait fait sa publicité avec beaucoup d’humour en utilisant les dix mots de 2011, du coup de gueule virulent sous forme épistolaire d’une jeune fille à ses parents l’année dernière. J’aime aussi retrouver les fidèles de l’opération, les anciens lauréats, je pense aussi aux ateliers de la Sardine Éblouie qui sont d’une productivité et d’une inventivité incroyables… C’est un plaisir de revoir tout le monde lors de la remise des prix.
On a eu en effet des participants plus connus, nous en avons d’ailleurs parlé dans notre article « Que sont-ils devenus » (http://www.bataille-10-mots.fr/lactualite/455-que-sont-ils-devenus.html), mais peut-être parce que je les connais tous, personnellement, je suis plus touchée par les participants anonymes qui dévoilent une part de leur vie; les déclarations d’amour ou d’amitié, les confessions face à une maladie ou un deuil, ou les contributeurs qui luttent contre l’illettrisme et l’analphabétisme ou plus simplement par une création d’enfant… D’ailleurs cette année, grâce aux enfants, nous créons deux catégories jeunesse pour les récompenser! Je regrette juste qu’il n’y ait pas davantage de contributions humoristiques. Mais qui sait? Peut-être l’année prochaine…

5. Malgré la charte de la bataille bien détaillée, recevez-vous beaucoup de matériel inutilisable?

Sarah Hubert-Marquez :

Oui, chaque année, il y a environ une vingtaine de contributions que nous ne pouvons publier. Souvent à cause de la longueur des textes et plus rarement à cause du contenu, souvent des textes de qualité, mais soit trop violents, soit avec un caractère sexuel trop prononcé… Dans ce cas, nous écrivons aux contributeurs pour leur rappeler que la Bataille des 10 mots s’adresse à un large public dont des mineurs avec un lien vers l’article 5 de la Charte.
Cette année, c’est plus de 150 textes que nous avons dû refuser pour limiter le nombre de contributions des ateliers d’écriture surtout et gagner en qualité en les obligeant à sélectionner les meilleures contributions littéraires. Un atelier d’écriture ne peut plus poster une infinité de séries de textes, mais seulement trois séries de dix textes.

6. Que nous réserve le futur de la Bataille des 10 mots, dans les années à venir?

Sarah Hubert-Marquez :

La Bataille des 10 mots semble victime de son succès avec cette année les premiers cas de fraudes avérés pour pénaliser les contributions ayant le plus de votes du public ou carrément des commentaires malveillants sous celles-ci. De fait, nous avons déjà procédé à des modifications quant à la sélection des gagnants, mais l’année prochaine, le système des votes du public sera très encadré avec une obligation d’inscription pour voter et un nombre limite de votes sur une période définie. Les premiers changements concerneront donc la Charte de la Bataille des 10 mots et un renforcement de la sécurité du site.
Pour les années à venir, nous avons d’autres idées pour améliorer encore l’interactivité pendant ces 24 h avec le public… Reste à voir si techniquement nous pouvons les développer! Surprise!

7. Est-ce que le projet gagne en popularité hors de France et pouvez-vous nous donner une idée du pourcentage de participation dans les pays francophones?

Sarah Hubert-Marquez :

La Bataille des 10 mots dépasse largement les frontières et j’en suis ravie! L’année dernière environ 8 % des contributions venaient des pays francophones (hors France) et cette année c’est plus de 20 % avec des contributions venues d’Espagne, de la Belgique, de la Bulgarie, de la Roumanie, du Pakistan, de la Tunisie, du Maroc et bien sûr du Québec!

8.Un petit mot supplémentaire?

Vous pouvez jusqu’au vendredi 3 mai à minuit (heure française) découvrir toutes les contributions crées cette année sur le bloc-notes du site et voter pour vos favoris sur http://www.bataille-10-mots.fr/
Les lauréats du prix spécial du public et les gagnants des prix du jury, qui seuls seront publiés dans le livrel 2013, seront annoncés la semaine du 20 mai sur le site de la Bataille des 10 mots!
La Bataille des 10 mots continue…

Merci Beaucoup à Sarah d’avoir bien voulu se prêter au jeu…et d’avoir répondu à mes questions.

Vous pouvez consulter le livre numérique qui contient les gagnants des années précédentes ci-dessous:

Bataille_des_10_mots_2011_pdf

Bataille des 10 mots 2012 PDF

Liens utiles:

Site Officiel de la Bataille des dix Mots

L’association Sélénor

Les racines du mal – Première partie : L’appel

Important :

« Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite. »

Les Racines du mal :

Première partie – L’appel

Georgia Dupond.

Bordeaux, France

Georgia

Elle déposa le téléphone cellulaire sur la table de la cuisine, réalisant à quel point elle tremblait. Levant le regard vers l’horloge murale, elle découvrit qu’il n’était pas encore deux heures du matin. Un improbable courant d’air souffla dans la pièce et la força à fermer la robe de chambre qui s’était ouverte, dévoilant son corps athlétique et ses courbes agréables.

Songeuse, elle s’approcha du comptoir et de l’évier de la cuisine, ignorant l’obscurité opaque à la fenêtre. Elle ouvrit un tiroir sur sa droite, silencieuse manœuvre qui fut récompensée par la récupération d’une bouteille de Jack Daniel`s médaillée d’or 1954, qu’on lui avait offerte et qu’elle gardait pour les grandes occasions. Un rictus moqueur se dessina sur ses lèvres, l’idée que l’évènement à célébrer aurait dût être joyeux lui traversa l’esprit. Ce ne serait pas pour ce soir, alors aussi bien en profiter.

L’unique luminosité dans la pièce venait du plafonnier dont elle avait tamisé l’intensité, préférant la semi-pénombre à la clarté. Elle se remplit un verre, le liquide lui brûlant ensuite les entrailles et elle put en apprécier le goût, l’odeur et l’effet qui lui fit grand bien.

Elle jeta un regard inquiet vers le portable, refusant de croire la mauvaise nouvelle qu’elle venait de recevoir. Que faire maintenant? Avertir les autres? Tout oublier et rejoindre son copain dans la chambre au deuxième étage? Prétendre que son ancienne vie n’était qu’un mauvais souvenir?

Elle prit une nouvelle gorgée, décidant qu’il serait préférable de remplir le verre à nouveau, avant qu’il ne soit vide. Par simple mesure préventive, elle fit le tour de l’étage, s’assurant que toutes les portes étaient fermées à clé, que les fenêtres étaient closes. Ensuite, Georgia se rendit dans la salle de lavage où elle termina son troisième verre de l’alcool réconfortant. Elle se sentait de mieux en mieux.

Après s’être assuré qu’elle était bien seule, elle se glissa entre la machine à laver et le mur, juste assez pour pouvoir tendre le bras et fouiller l’espace derrière l’appareil métallique. Elle trouva le petit boîtier froid et le ramena sans l’ouvrir dans la cuisine. Elle hésita en observant le verre à nouveau vide et la bouteille beaucoup trop pleine, puis décida d’y aller pour un autre petit coup. On lui avait appris à ne pas faire les choses à moitié. Elle songea à son ami Jean, grand amateur de whiskey qui aurait approuvé. Cette pensée la fit sourire.

Georgia prit maladroitement place sur l’une des chaises en bois à la table de la cuisine, déposant le boîtier devant elle. Elle se passa une main sur le front, secoué par ce qu’elle avait appris. D’une main toujours tremblante, elle souleva le couvercle et examina le Beretta luisant, ainsi que le chargeur rempli de projectile meurtrier spécialement conçu à sa demande. Cela faisait un bon bout de temps qu’elle avait tenu l’objet dans ses mains. En fait, la dernière fois qu’elle avait utilisé cette arme, deux ans plus tôt, c’était à Montréal. Dans une mission de reconnaissance qui avait mal tourné. Par nécessité, elle avait dût éliminer deux agents ennemis et sa couverture montréalaise avait été brûlée. Elle n’avait eu d’autres choix que de revenir à Bordeaux, se tenir tranquille avec son copain canadien qu’elle avait convaincu d’emménager avec elle.

Deux ans de silence, vingt-quatre mois sans entendre parler des autres.

Elle souleva l’arme, sa main en épousant la crosse avec une certaine satisfaction. Tout cela lui avait manqué.

Son portable se mit à nouveau à vibrer sur la table.

Les autres étaient au courant.

 ***

Réal Bonin

Le Cantal, France

Montain man

Réal adorait les balades solitaires dans la plaine, sur les collines et parfois même dans la forêt. En particulier de nuit, comme en ce moment. Il emportait alors son bâton de marche, son calepin et un bon crayon, ainsi qu’un sac à dos. Ce soir, il transportait aussi une bonne bouteille, un vin route « Palhàs » qu’il s’était procuré à Molompize, quelque temps plus tôt.

La nuit lui appartenait et il était dans son élément, sur son territoire.

Le froid automnal n’avait aucune emprise sur lui, ses vêtements le tenaient bien au chaud et ses bottes solides raclaient le sol avec une cadence rapide, son pas était assuré.

Il s’était arrêté au sommet d’une petite colline, non loin des ruines abandonnées d’un château médiéval, dont il ne restait presque plus rien. C’était le point de repère bien connu qui lui indiquait qu’au-delà, la distance franchie aurait été trop grande. Il ne voulait pas non plus marcher durant des heures.

Souffrant d’insomnies, il passait ses nuits à écrire, errer dans la nature ou encore à écouter de la musique. En ce moment, le silence et le chant nocturne des rares animaux sauvages étaient sa musique préférée, un concert inébranlable qui valait toutes les symphonies du monde, surpassait toutes les chansons qu’il avait entendues.

Réal leva un regard tranquille vers le ciel étoilé, sombre et sentit la brise qui caressa ses longs cheveux, chatouillant sa barbe. C’était le temps d’une cigarette et il déposa son sac à dos et son bâton contre un arbre à proximité. Durant le jour, la vue à cet endroit était imprenable, mais la nuit on n’y voyait pas grand-chose.

La région était peu habitée.

La cigarette allumée, il prit quelques bouffées de la fumée cancérigène tout en haussant les épaules, indifférent aux remarques fréquentes qu’on lui débitait sur les dangers du produit. Fallait bien mourir de quelque chose, alors au moins il lèverait l’ancre en sachant qu’il ne s’était privé de rien. La vie était trop courte, les gens trop cons, la mort pouvait venir vous cueillir à tout moment. Savourer les succulents plats de l’Auvergne, boire, fumé et les occasions de s’envoyer en l’air faisaient partie de son quotidien.

Qu’on le laisse tranquille, voilà tout ce qu’il voulait.

Le jour même, son voisin qui vivait quand même à plus d’un kilomètre de chez lui lui avait rendu visite. Le vieux fermier devenu éleveur de mouton lui avait raconté les rumeurs qui circulaient au village, selon lesquelles on avait aperçu un loup dans la montagne. Chose rare depuis que les idiots du conseil municipal avaient voté une loi afin de permettre aux fermiers et chasseurs de tuer les magnifiques bêtes. On parlait d’éliminer la population des loups, qu’on considérait comme une menace. Typique des hommes que de vouloir éradiquer les autres formes de vie auxquels ils avaient volé le territoire, détruits les ressources d’une nature qui se portait trop bien.

Loup nocturne

Réal était venu ce soir dans l’espoir d’entendre le loup en question, de confirmer ou non la possibilité qu’ils soient de retour dans la montagne. Il avait, au cours de ses deux ans dans la région, déjoué une quantité impressionnante de pièges et changé en partie la mentalité moyenâgeuse des conseillers municipaux. En tant qu’écrivain connu dans toute la francophonie, il avait un certain poids dans la balance, suffisamment d’argent pour qu’on l’écoute.

Il retira la bouteille de son sac, sachant qu’entendre l’animal serait magnifique, se doutant qu’il serait plus difficile de l’apercevoir. Le loup était trop intelligent pour se montrer. Du moins, il l’espérait.

Réal leva le regard vers l’ouest, un bruit lointain et déplacé venant rompre le presque silence de la nuit. Il ne vit rien, mais un léger grondement s’élevait, mécanique et improbable, aucun véhicule ne pouvait venir à cet endroit. Il y avait trop de falaises, de pente escarpée et il n’y avait aucun sentier.

Intrigué, il replaça la bouteille dans son sac, termina sa cigarette qu’il replaça dans la poche de son manteau, évitant de polluer. Il observa alors le ciel, réalisant que le son venait de l’étendue obscure qui le recouvrait.

Son portable, sur sa table de chevet dans sa résidence, n’avait cessé de sonner depuis une heure. Mais il n’y avait personne pour répondre.

***

Jean Métallos

Nancy, France

Place St-Stanislas

Il roulait depuis deux heures, suivant les routes de campagnes à une vitesse non recommandée, soulevant des nuages de poussière et s’engageant dans les virages comme Alain Prost sur un circuit fermé. Jean revit sa rencontre plus tôt dans la journée, alors qu’il s’était installé tout près du monument central dans la place Stanislas, désertée en raison du froid et du vent. Il s’était tenu dans l’ombre du vieux Stanislas, feignant de lire un journal. C’était la procédure habituelle. Depuis deux ans, c’était toujours ainsi. Ce matin, un cabot pitoyable et galeux ne cessait de japper et de courir comme un fou. Cela lui rappela une scène d’un livre de Camus. L’étranger? Cela faisait un bon bout de temps qu’il avait relu les classiques, grand amateur de la littérature fantastique et d’horreur.

Le cabot s’était éloigné et un gamin s’était approché, l’observant avec un peu trop d’insistance. Jean l’ignora jusqu’à ce qu’il s’approche, pour ensuite se lever brusquement en émettant des grognements animaliers, le gosse surpris hurlant aux morts avant de fuir. Comme toujours, ce petit jeu l’amusa, le faisant rire à voix haute. Il avait pris l’habitude de faire peur aux gens. Avec l’énorme cicatrice qui traversait sa joue droite, son œil de verre dont l’iris était rouge vif et son crâne chauve, il était effrayant. Il faisait peur.

Jean vit ensuite la silhouette de son contact qui s’approchait, une jolie jeune femme en jupe un peu trop courte, un décolleté plongeant qui attirait le regard et pouvait facilement diminuer le niveau de concentration de tout homme. Ses talons hauts claquaient contre le sol, sa longue chevelure flottait sous la brise. Jean se débarrassa de son journal, observant la femme sans dissimuler son intérêt. Cette dernière agissait toujours avec froideur, ses instructions brèves et elle ignorait ses avances. Il ne l’avait jamais vu sourire. Son air triste la rendait encore plus belle.

Son nom de code était Lissa. Elle s’arrêta non loin de lui, lui tendant une enveloppe épaisse. De sa voix fatiguée, elle lui parla.

–          Comme d’habitude. 10 000 $ en argent américain comme tu l’as demandé et le reste quand le travail sera terminé. Tu as deux jours. Des questions?

Jean reluqua les cuisses de la femme, ouvrant l’enveloppe et y voyant les billets verts, une photographie et quelques notes dactylographiées. Il se leva, empochant les documents et l’argent.

–          Tu as des préférences sur la manière de s’occuper de notre ami?

–          Je te fais confiance, amuse-toi. On se revoit ici la semaine prochaine.

Lissa se détourna, sans rien ajouter et il n’osa bouger que lorsqu’elle était hors de vue, la vision du corps majestueux l’avait enivré. Il se secoua.

L’adresse laissée par la jeune femme était gravée dans sa mémoire et c’est là qu’il se trouvait maintenant, dans le petit patelin de Rioz, suivant la rue Charles De Gaules.

En fait, l’adresse qu’on lui avait donnée était celle de l’église au clocher bulbeux typiquement comtois. La photographie était celle d’un prêtre.

Jean immobilisa sa voiture deux rues plus loin, retirant le coffret qu’il gardait sous son siège. Il enfila ensuite des gants noirs, ses lunettes fumées et jeta un coup d’œil sur la rue. Déserte. Il n’était pourtant que quatorze heures. C’était mieux ainsi et il souleva le couvercle du coffret, ressentant toujours autant de plaisir à contempler ses jouets. Il devait réfléchir. Sa victime serait un prêtre. Dans la cinquantaine. Vivant seul. Il laissa ses doigts parcourir la surface des objets dans le coffre et en s’exclamant de joie, retira l’arme qu’il lui fallait. Il avait délibérément ignoré le revolver trop bruyant, le flacon de venin et les fléchettes empoisonnées, tout comme la grenade. Les couteaux l’avaient tenté, sans plus. Ce fut le poing américain doré qu’il choisit et retira. Cela lui permettrait un corps à corps idéal, le plaisir de briser les os, de fracturer le visage et de faire souffrir. De faire ruisseler le sang.

Poing Américain

Sans plus attendre, il replaça sa trousse sous le siège, glissant le poing dans la poche de son manteau. La rue était toujours déserte et il quitta la voiture, verrouillant les portes. Il remonta ensuite le trottoir, scrutant chaque fenêtre, prenant en note la position des portes, tous les détails susceptibles de l’aider en cas de besoin.

La rue qu’il suivait courbait vers la droite et l’église se dévoila directement devant lui, toutes en pierre et au clocher qui s’élançait vers le firmament partiellement couvert.

Jean s’arrêta. Six voitures de police étaient stationnées devant l’immeuble, des agents armés montaient la garde.

Son portable vibra dans la poche arrière de son pantalon et tout en se déplaçant, changeant de trottoir afin d’être hors de vue, il s’empara de l’appareil. Le numéro sur l’écran lui était inconnu, le nom n’était pas listé. En haussant les épaules, il prit l’appel.

Une voix murmura à l’autre bout du fil, qu’il reconnut tout de suite. Qu’il n’avait jamais cru entendre à nouveau. Il reconnaissait avant tout l’accent québécois.

À suivre bientôt….

 

Pour lire la deuxième partie c’est ici.

 

Lecture du roman – Ainsi parle le Saigneur de Claude Forand

 

Ainsi parle le Saigneur

 

Biographie de l’auteur :

(tiré de Wikipedia.fr)

Claude Forand habite à Toronto. Après des études en science politique et en journalisme, il a exercé le métier de journaliste auprès de magazines scientifiques et financiers ainsi qu’à Radio-Canada. Il est aujourd’hui traducteur agréé et mène en parallèle une carrière d’écrivain de polars.

 

Description du livre par l’éditeur :

Le Saigneur. Un fanatique religieux qui assassine ceux qui ne vivent pas selon les préceptes de la Bible. Fou de Dieu ou fou tout court? À Chesterville, P.Q., ce tueur en série fera ses premières victimes : deux adolescents meurent tragiquement dans leur voiture incendiée en faisant l’amour. Dans ses messages au journal local, le Saigneur implore : « Arrêtez-moi, avant que je recommence! » L’enquêteur Roméo Dubuc, lui, croyait que tout s’arrêterait là. Mais il n’avait rien vu. Et surtout, il ne pouvait pas deviner que la dernière victime du Saigneur subirait le sacrifice ultime. Que Dieu lui vienne en aide… Ainsi parle le Saigneur, une véritable partie d’échecs qui se joue entre un tueur en série et la police régionale. Intrigue menée à fond de train, suspense soutenu, les fausses pistes et les cadavres s’accumulent.

 

Ce que j’en pense :

L’action prend place dans une petite ville du Québec où les policiers sont lourdauds, maladroits et surtout très humains. En même temps plus réaliste que le détective de roman habituel. J’aime quand les personnages ne sont pas que des surhommes sans défauts, indestructibles et infaillibles. On est loin ici des policiers stéréotypés de NCIS – CSI et de toutes ces autres séries télévisées qui polluent les ondes.

L’écriture est simple, adroite et très Québécoise, facile à lire.

L’enquête sur laquelle les personnages travaillent est intéressante, l’effet de suspicion est très réussi, le suspense dure jusqu’à la fin. Difficile de prévoir qui est le meurtrier.

L’auteur va droit au but – soit nous raconter quelque chose d’intéressant, sans longueurs et sans descriptions inutiles. Malgré leur humanité palpable et leur gaucherie, les personnages principaux, les policiers, sont très attachants. On pense à un de nos voisins, un de nos oncles ou même un de nos parents quand ils nous sont décrits.

Un des points forts du récit est que l’histoire est courte et bien ficelée.

Je me suis demandé quel était le public cible du roman, puisque même si les personnages sont attachants, leur psychologie est simple et leurs agissements un peu problématiques, pour ne pas dire précipité. Exemple du policier qui se rend dans un bar et se fait donner une raclée. Ou alors celui qui va en apparence très bien et qui tout d’un coup disparaît, se retrouve saoul dans un chalet. J’ai noté un petit problème de transition à ce moment. J’ai relu pour être certain de n’avoir pas manqué une partie de texte.

J’ai lu le roman en fichier ÉPUB – et j’ai noté que les dialogues et les endroits où il n’y avait pas de dialogues étaient écrits de la même façon, sans séparations. Le problème venait peut-être de ma lectrice numérique désuète? D’un fichier défectueux? J’ai tout de même pu continuer la lecture.

La fin? Je ne m’étais vraiment pas attendu à l’identité du coupable, mais vraiment pas. L’action qui se déroule dans l’église, vers la fin, m’a déçu. On dirait un peu de remplissage et cela m’a agacé, aurait pu profiter d’un peu plus de développement.

L’atmosphère m’a aussi fait penser au film « Seven » avec Brad Pitt et Morgan Freeman.

Bref, je lui donne 3 étoiles sur 5.

Je le recommande pour les amateurs de roman policier. Je vais très certainement d’autres œuvres de cet écrivain.

 

Où se le procurer : Les éditions David