H2NO de Jean-Marc Renaudie

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 Résumé du livre :

« Depuis le Grand Cataclysme, les règles de vie ont évolué. L’existence de l’homme se résume à vivre, travailler, et mourir dans une tour, avant d’y être incinéré.

Abedo appartient au comité. Il représente l’autorité.

Quand l’affaire des cuves d’eau contaminées par le virus biotechnologique H2NO éclate, Abedo se prépare à résoudre un cas d’école. Mais le meurtre d’un autre agent change la donne. De traqueur, il devient traqué. Pour s’en sortir, il devra dénouer les fils d’une intrigue qui l’entraînera dans les souterrains creusés sous NéoToulon. Soutenu par GN345, il remontera les pistes jusqu’au plus haut sommet de l’État : le comité des 20.

En parallèle, un vent de révolte souffle dans les rangs des non-repertoriés. Le pays est au bord de l’effondrement. »

 Commentaire :

Jean-Marc Renaudie nous présente ici sa première incursion dans le monde de la science-fiction. Jean-Marc est toutefois le genre d’auteur difficile à qualifier, étiqueter ou encore catalogué en raison de la diversité de son talent. Dans ce roman il flirte avec plusieurs genres à la fois. Nous entraînant dans une histoire de science-fiction, dans un récit politique, mais aussi dans un polar d’un genre nouveau doublé d’un récit d’aventures. Pour avoir déjà lu plusieurs écrits de cet écrivain passionné de la langue française, je peux vous garantir que c’est un nom à ne pas oublier.

Le personnage principal du roman, Abedo, est un flic honnête équipé de la meilleure technologie possible, presque militaire pour pratiquer son métier. Un homme consciencieux qui devra faire face à des situations extraordinaires. Mais attention, il n’est pas question de personnages noirs et blancs, bons ou mauvais. L’écriture de Renaudie transcende les clichés de la littérature. Tout est gris, changeant, inquiétant, réaliste, troublant. L’humanité et la robotique se confrontent, font chemin ensemble avec toutes les complications imaginables. Les personnages du roman, en particulier le personnage principal, nous surprennent par leur vulnérabilité tout à fait humaine. Le lecteur se reconnait ainsi dans certaines situations, dilemmes d’Abedo.

La plus grande qualité de Jean-Marc Renaudie est sa capacité à intégrer les détails dans l’histoire, tout en nous épargnant les descriptions futiles. Il s’en tient à l’essentiel, choisissant ses mots avec justesse, nous donnant une image de l’action qui s’imprègne dans notre esprit. Il évite l’erreur des phrases trop longues, il va directement au but, ajouter ici et là des mots frappants, touchant sa cible. L’écriture de l’auteur est mature, il excelle dans la construction d’une trame captivante.

« La nocivité de son humour me touchait, mais je ne bronchai pas. Je gardais ma fureur ancrée dans mon cœur. »

Au début, je me suis questionné sur la narration à la première personne, en particulier parce qu’on me l’avait reproché en tant qu’écrivain. Mais ici, c’est l’unique narration possible, puisque les pensées d’Abedo sont essentielles, logiques, et elles ajoutent au récit une qualité exceptionnelle. L’auteur possède un texte de qualité, solide, un modèle de science-fiction et d’écriture en général.

Ce qui m’a grandement plu dans H2n0 est la complexité de la relation entre les hommes et les machines. Nous sommes inévitablement conviés à débattre les questions éthiques, morales et religieuses de la présence de ces choses robotisées que nous avons créées, qui prennent de plus en plus de place dans nos vies.

Bref, il ne fait aucun doute que ce roman est à conseiller. Pour son personnage principal, les thèmes soulevés et l’action qui aura à plusieurs reprises fait monter ma pression sanguine. C’est une course contre l’ennemi, un marathon littéraire jusqu’à la conclusion. Un roman intelligent.

Ma note : 9.5/10

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Jean-Marc Renaudie

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Comment choisir une tablette pour vos lectures.

Comment choisir une tablette pour vos lectures.

Voilà une bonne question. On me la pose souvent. Je vais faire de mon mieux pour y répondre.

Vous aimez la lecture? Vous pensez qu’il est franchement temps de vous procurer une tablette pour toutes vos lectures?

Je suis là pour vous aider.

La première chose à faire, c’est de décider quels matériaux utiliser.

Les choix sont les suivants :

  • Le bois. Très souvent utilisé, puisque facile à travailler, se découpe bien et s’adapte facilement aux dimensions voulues. Peu dispendieux, facile à colorer et à manier.
  • Le contreplaqué. Cette option vous permet d’insérer des vis normales, sans outils particuliers. Résiste aussi à l’eau et ne s’use pas aussi rapidement.
  • Le mélaminé. Ce choix vous offre une grande flexibilité, que ce soit concernant les options de couleurs ou de textures. Ne va pas très bien avec l’eau et peut se déformer si une grande exposition survient. Ce matériau s’effrite et exige des outils particuliers, surtout dans le cas d’installations de charnières.
  • Le latté. C’est un assemblage de tasseaux avec une feuille de plaquage. Il faut toutefois noter que les lattes du panneau ne sont résistantes que sur la longueur. Peu dispendieux, ce matériau n’aime toutefois pas l’eau. Alors, évitez les fuites.
  • L’aluminium. Solide, peu d’entretien exigé. Facile à trouver.
  • Le verre. Pas conseiller dans une maison avec des gamins, facilement cassable, mais d’un certain charme.
  • L’acier. Solide, se peint assez bien avec de la peinture spécialement conçue pour l’acier. L’assemblage peut nécessiter des outils spéciaux. Très durable.

Ensuite, il faut trouver un bon emplacement. Ce peut être dans une chambre, un salon, une salle de bain ou pourquoi pas, une cuisine? Vous êtes le seul maître de ce choix. Pensez au côté pratique. Qui pourra accéder à vos lectures? Préférez-vous garder cette tablette dans l’intimité ou un endroit très fréquenté?

Un autre point à établir, c’est le format de votre tablette. Vous la voulez horizontale, verticale, oblique, au niveau du sol ou non. Une seule tablette, deux tablettes, trois et ainsi de suite. Des panneaux latéraux ou non. Couleurs et textures.

Une fois tous ces détails réglés, vous êtes fin prêts à installer et utiliser votre tablette pour toutes vos lectures.

Voici quelques exemples de tablettes.

 

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Maintenant que vous avez une tablette pour vos lectures, puis-je vous suggérer deux bons romans numérique à placer dans votre tablette et sur cette tablette ?

 

Extrait de la Mémoire du Tueur

 

Memoire du Tueur, La - Sylvain JohnsonLa Mémoire du Tueur est le deuxième tome du cycle « Le Tueur des Rails ».

Il est maintenant disponible dans toutes les bonnes boutiques numériques.

Vous pouvez en lire un extrait ci-dessous ou encore télécharger le fichier EPUB de l’extrait pour votre liseuse.

Merci et bonne lecture!

 

Pour télécharger l’extrait en format EPUB – cliquez ici!

 

Extrait :

La Mémoire Du Tueur

1

 Le 12 octobre 1962

Maine.

 Sheridan s’appuyait d’une main contre le mur, plié en deux, tout en vomissant douloureusement. Il était étourdi, son corps recouvert d’une sueur froide et malsaine. Drainé de toute énergie, il craignait de s’effondrer. Mais il parvint à rester debout, et une fois son estomac vidé du contenu de son lointain déjeuner, il se sentit un peu mieux. Se redressant, il observa l’espace restreint entre les deux bâtisses où il s’était réfugié en toute précipitation. Deux longs murs de briques se trouvaient de chaque côté de lui, créant un passage entre une arrière-cour qu’il pouvait entrevoir devant lui et la rue de laquelle il était venu.

Émergeant du malaise qui avait temporairement voilé sa lucidité, il se retourna en direction de la rue, heureux de constater que l’entrée de la ruelle était déserte. Il n’y avait eu aucun témoin de l’incident. Il s’essuya le front, reprit son souffle et se décida à quitter son refuge. Le goût acide du vomi refusait de quitter sa bouche, s’attardait dans sa gorge, lui brûlait l’estomac.

Il se trouvait dans un petit village de campagne dont la rue principale, étroite et ne comportant qu’une dizaine d’établissements, était déserte. Il était encore tôt.

Sheridan quitta la ruelle sombre afin de rejoindre le trottoir, tout à fait conscient de son apparence maladive. La vision de sa Chevrolet Cameo 1957, garée devant l’établissement qu’il était sur le point de visiter, le rassura. C’était une ancre de réalité dans la folie qui sévissait en lui, l’empêchant de dériver et de se perdre dans l’océan des ténèbres de sa maladie. Le soleil passager, luttant contre de lourds nuages remplis de promesses pluvieuses, se reflétait sur la carrosserie blanche.

Il n’allait pas bien, et ce fut avec difficulté qu’il franchit la courte distance le séparant de la porte de l’établissement qu’il voulait visiter. Il cherchait à se concentrer sur la tâche à accomplir, tentait de maîtriser les tremblements qui l’animaient de la tête aux pieds. Son corps tout entier lui faisait mal et un assourdissant vrombissement emplissait son ouïe. Le phénomène avait pris naissance très tôt le matin même et s’était ensuite amplifié, se propageant dans tout son être, pour ne lui laisser aucun doute sur son origine. Ce qui l’avait forcé à quitter son domicile de manière précipitée, titubant jusqu’à son véhicule pour prendre la direction de ce village pittoresque.

Sheridan ouvrit la porte boisée devant lui, une clochette révélant son intrusion matinale dans la boutique dont le nom avait été peint sur la façade. « Produits agricoles Tanger et fils. » L’odeur le frappa aussitôt, un mélange de foin séché et d’excréments, d’urine et de poussière accumulée depuis longtemps. L’endroit était vaste et la partie du magasin dans laquelle le visiteur pénétrait était réservée aux articles nécessaires pour le soin des bêtes. Nourritures, selles, cordes et sangles en cuir, jouets pour les animaux domestiques et outils de travail pour les bêtes de fermes. Une grande partie des stocks était exclusivement réservée aux gâteries, pouvant satisfaire la plupart des races, du chien en passant par les oiseaux. On trouvait de tout, un large éventail de produits qui révélaient la vocation agricole de la municipalité et des environs.

La porte se referma dans son dos et Sheridan se retourna vers le comptoir, vide de tout employé. Il patienta un court moment, s’attendant à ce que quelqu’un vienne le rejoindre, mais seul un bruit métallique provenant de l’arrière de la boutique se fit entendre. Il hésita brièvement, pour ensuite s’avancer dans cette direction. Quelques pas le conduisirent devant une barrière métallique qui séparait l’intérieur de la vaste pièce en deux. Un écriteau demandait de refermer la clôture derrière soi, ce qu’il fit consciencieusement une fois passé de l’autre côté. Cette subdivision de la boutique était l’endroit où les animaux destinés à la vente se trouvaient, au sol bétonné couvert de terre, de crottin et de foin. Elle se composait de plusieurs compartiments où les animaux étaient entreposés selon leurs races.

L’odeur animale s’intensifiait à mesure que Sheridan avançait. La puanteur le rendait malade, éveillait les reliquats d’une nausée qu’il avait pourtant cru éradiquer de son être. Il s’immobilisa, savait que son calvaire serait bientôt terminé et rassembla son courage pour poursuivre, rester sur place et de ne pas s’enfuir au pas de course. Il parvint tant bien que mal à conserver son calme et put avancer d’un pas lent entre les subdivisions boisées, passant tout d’abord devant les plus gros animaux : vaches, porcs, chevaux et bœufs. Une vingtaine de pas le conduisirent, sous un concert de hennissements et de beuglements, vers les créatures de tailles moyennes. Ce qu’il recherchait. Il s’arrêta devant la première stalle susceptible de l’intéresser et, les mains sur les barreaux de métal, observa les bêtes qui broutaient inlassablement. Il entendit à ce moment-là des pas humains raclant le sol, se rapprochant de lui. Un coup d’œil par-dessus son épaule lui permit de voir une porte au fond de la salle qui se refermait en silence. Un homme avait pénétré dans la pièce et se rapprochait à grandes enjambées, s’essuyant les mains sur le vieux tablier qu’il portait.

L’individu se plaça aux côtés de Sheridan, se retenant contre la barre d’acier dans une pose similaire et son regard fier s’attarda sur les bêtes indolentes. Il souriait en dévoilant une dentition usée, jaunie. Il devait avoir la soixantaine passée, non rasé, mince et grand. Il était le parfait exemple de ce à quoi un fermier devait ressembler. La peau bronzée de son visage craquelé témoignait d’une grande exposition au soleil et aux intempéries. Son corps semblait être un amalgame de nerfs et de muscles, sculptés par des années d’efforts physiques. Il était vêtu d’une salopette et d’une chemise en coton, de lourdes bottes de travail brunes. Ses vêtements salis racontaient l’histoire de son travail exigeant et difficile. Ils échangèrent un salut poli, d’un simple mouvement de tête commun.

Devant eux, trois chèvres et deux moutons mâchouillaient une nourriture qu’ils puisaient dans un contenant métallique au centre de l’enclos. Ils paraissaient en bonne santé, pas trop maigres, ni trop gras. L’homme les regardait avec une fierté presque paternelle.

 — Russel Brand. C’est moi le propriétaire.

— Walter Jenkins.

 Il avait bien entendu donné un faux nom.

 — Dites-moi, monsieur Jenkins, vous n’êtes pas d’ici ?

— Non. Je suis de Portland. Je passais dans le secteur et j’ai décidé de m’arrêter.

— Bienvenue à Fairmont. C’est un petit village, mais nous sommes très accueillants.

— Merci.

 Le vieillard se recula, retirant bruyamment un verrou qui lui permit de faire glisser le portail vers l’extérieur. Les deux hommes furent contraints de reculer de quelques pas, et Russel pénétra ensuite dans l’enclos, dont il referma la barrière derrière lui. Sheridan l’observait en silence. L’homme entreprit alors de lui vanter les mérites d’une bête en particulier, en commençant par ses dimensions, la texture de son pelage et ses capacités de production de lait. Les vrombissements dans son crâne l’empêchèrent de bien comprendre les explications du vendeur.

 — Si vous voulez une chèvre, c’est celle-ci qu’il vous faut !

— Vraiment ?

— Je le crois. Elle vient d’une lignée de plusieurs générations de chèvres destinées à l’élevage et à la reproduction.

— C’est une belle bête.

 Russel souriait de plaisir, et alors qu’il caressait l’animal d’une main, se retourna afin d’épier Sheridan.

 — La meilleure. Dites-moi donc, que comptez-vous en faire ?

— Pardon ?

— La chèvre ? C’est pour quoi ?

— Pour le lait…

 On ne lui avait jamais posé de question sur la raison de ses achats et il fut pris au dépourvu. Il avait répondu la première chose qui lui avait traversé l’esprit et l’homme parut ne pas avoir décelé son hésitation. Russel passa une corde autour du cou de l’animal qui voulut brièvement se débattre, mais c’était inutile. L’éleveur était trop habile, l’animal trop docile. Il entraîna ensuite la chèvre auprès de la barrière, pour que le futur acheteur puisse l’admirer. Sheridan recula d’un pas, sans réfléchir, de manière tout à fait instinctive. Il avait été pris au dépourvu par la soudaine proximité de l’animal et par la peur que cette dernière n’amplifie ses impulsions déjà difficiles à contenir. Le vieillard avait capté cette incertitude inhabituelle, s’immobilisant afin d’observer l’acheteur potentiel d’un air pensif. Sheridan était nerveux, pâle, son front couvert de sueur. En fait, rien dans son allure ne donnait à penser qu’il puisse être un éleveur. Il était trop bien vêtu, d’une propreté qui excluait le travail agricole et témoignait d’une certaine crainte inexplicable envers la bête inoffensive qu’il avait sous les yeux. L’acheteur n’avait posé aucune des questions habituelles sur l’animal et paraissait n’avoir aucune connaissance à ce sujet. Mais c’était avant tout son recul involontaire et la lueur imprévue de peur qui avait voilé son regard qui inquiétèrent Russel.

 — Est-ce que ça va, monsieur ?

— Oui, bien sûr. J’ai eu une longue semaine et j’ai trop bu hier soir. Je ne me sens pas très bien.

L’homme plus âgé le toisa brièvement. Il cherchait à déterminer si Sheridan lui mentait. Il repassa son explication précipitée dans son esprit, voyant le teint pâle et la sueur qui luisait sur le front plissé de son cadet. Il avait vraiment l’air malade, donnait l’impression d’être la victime d’une gueule de bois terrible. Russell était un buveur invétéré, ne refusait jamais l’attrait de quelques verres et était un abonné des lendemains de veille. Il compatissait avec Walter, alias Sheridan, et eut un sourire en se remémorant le bon temps passé. Quand il avait lui-même la trentaine, travaillant durant le jour pour faire la tournée des bars la nuit venue.

Il se détendit et reporta son attention vers la bête, qui bêla.

— Que dites-vous de celle-là ? Je l’ai baptisée Amélie.

— Je crois qu’elle fera l’affaire.

— Alors, suivez-moi.

Sheridan accompagna l’homme et l’animal vers l’avant de l’établissement. Le vendeur était joyeux et caressait Amélie tout en lui parlant gentiment. Il lui faisait ses adieux.

Son comportement avait failli éveiller les soupçons, et Sheridan se promettait d’être plus prudent dans le futur. Il devait pour l’instant sortir d’ici au plus vite, retrouver l’air frais du dehors. Il n’en pouvait plus. Le vrombissement à ses oreilles était de plus en plus fort, son corps tout entier était parcouru de tremblements et il se sentait fiévreux. Il faisait de son mieux pour éviter de regarder l’homme, de se laisser tenter. Tout en s’approchant du comptoir, il extirpa son portefeuille de la poche arrière de son pantalon, ses doigts maladroits incapables de le retenir, et ce dernier s’envola pour effectuer une chute libre vers le sol. Le bruit de l’objet percutant le plancher en béton fit sursauter l’animal qui s’élança d’un bond vers l’avant, entraînant le vieil homme qui n’avait pas prévu le mouvement. Il parvint néanmoins à maîtriser la chèvre et pivota vers Sheridan qui ramassait son portefeuille.

— Êtes-vous en état de conduire, jeune homme ?

— Oui… bien entendu. Ça m’a juste glissé entre les mains. Ça va. Ne vous en faites pas.

Russel fixa Sheridan durant ce qui lui parut être une éternité. Il l’étudiait et bien qu’il ait l’air malade, savait que ce n’était pas une raison suffisante pour ne pas lui vendre l’animal. Le sourire timide et presque sincère du jeune homme le rassura. Satisfait, il lui tendit la corde retenant Amélie et se rendit derrière le comptoir, où il chercha quelque chose dans un petit livre en cuir, tout en marmonnant. Il trouva rapidement ce qu’il cherchait et lui dévoila le montant d’argent nécessaire pour faire l’acquisition de la bête. C’était raisonnable et l’argent fut versé au vendeur qui l’empocha gaiement. Sheridan enroula la corde autour de son poignet, de crainte qu’une fois dehors l’animal tente de se sauver.

— Vous avez besoin d’un coup de main ?

— Non ça va, je vous remercie.

— C’est plutôt moi qui devrais vous remercier, jeune homme.

Sheridan se détourna du comptoir et se dirigea vers la porte d’entrée. Amélie n’offrit que l’illusion d’une résistance temporaire, le suivant ensuite en faisant claquer ses sabots contre le sol poussiéreux.

Tout juste avant qu’il ne pose la main sur la poignée de la porte, Russel l’interpella.

— Hé ?

Sheridan s’immobilisa et sans pivoter son corps, se tordit le cou afin de jeter un œil vers le vieil homme.

— Vous venez de Portland ?

— Oui.

Le vendeur se tenait accoudé au comptoir, se passant une main sur la barbe, songeur. Sheridan avait chaud, devait sortir et faire taire les vrombissements. Il commençait à se sentir de plus en plus malade. À faiblir.

— Mon cousin Léopold, qui vit au nord de Portland, m’a parlé d’un type qui se balade dans les villages et qui achète des chèvres et des moutons.

— Ah oui ?

— Ouais. Il paraît qu’il lui en a acheté une dizaine l’année dernière. Puis il s’est mis à aller ailleurs. Plusieurs autres l’ont vu.

— Étrange. Mais pourquoi me dites-vous cela ?

— Ce ne serait pas vous par hasard ?

Le jeune homme, qui avait très chaud, chercha à maîtriser sa détresse et à se confectionner un masque de surprise.

— Moi ? Qu’est-ce qui vous fait penser que c’est moi ?

— Eh bien, mon cousin m’a dit que le type a l’air malade… et comme vous semblez…

Sheridan n’écouta pas la suite. Il se retourna, ouvrit la porte et se rua au-dehors, dans l’air frais du jour au ciel couvert. L’animal le suivait toujours sans résistance. Il se rendit à l’arrière de sa camionnette et, tandis que le vendeur sortait de sa boutique à sa suite, ouvrit le hayon à la hâte. Il souleva ensuite maladroitement la chèvre et la plaça à l’arrière de son véhicule. Le contact physique fut pénible et faillit le mener à l’abandon, à repousser cette parcelle d’humanité qui lui inculpait la maîtrise. Il tenta d’ignorer la proximité immédiate avec les côtes saillantes de la bête, le pelage et la chaleur qui se dégageait du corps si fragile. Les battements frénétiques de son cœur. Il se délesta rapidement de son fardeau, dut prendre une ou deux secondes afin de se ressaisir, se retenant contre l’acier réconfortant du camion. Il était étourdi. L’animal le fixait en broutant toujours ce qu’il avait dans la gueule, calme et sans la moindre idée du destin qui l’attendait. Sheridan contourna ensuite le camion, tout en titubant d’une ivresse inexplicable, afin de monter dans l’habitacle. Russel s’était approché du côté passager et se pencha, lui parlant au travers de la vitre abaissée.

— C’est vous, n’est-ce pas ?

— Écoutez, je suis pressé. Je ne sais pas de quoi vous parlez.

— Qui êtes-vous ? Que faites-vous avec tous ces animaux ?

— Vous ne comprendriez pas…

Et Sheridan démarra, son interlocuteur n’ayant d’autre choix que de se reculer. Dans le rétroviseur, alors qu’il s’engageait le long de la rue principale du village, il put voir que l’homme était resté sur place, épiant le véhicule qui s’éloignait à toute vitesse.

Sur la route, soulagé d’être en mouvement, il put respirer avec plus de facilité. Par contre, le vrombissement ne faisait qu’amplifier. Il enfonça la pédale de l’accélérateur sans prendre en considération la possibilité d’être intercepté par un agent de police. C’était un risque qu’il acceptait. Il portait toutefois une attention particulière à la route, évitant les nids-de-poule ou les obstacles pouvant rendre le trajet difficile pour l’animal à l’arrière. Il voulait s’assurer que la chèvre atteigne la destination saine et sauve. La perte de l’animal pourrait avoir des conséquences catastrophiques. Irréversibles.

Il fonçait sur la route pavée sinueuse en tenant fermement le volant à deux mains. Il n’avait pas quitté le magasin depuis cinq minutes que déjà sa vue se brouillait. Il avait chaud, malgré l’air frais qui envahissait l’habitacle en le fouettant au passage. Une puissante vague de nausée tordit son estomac, le faisant gémir de douleur, s’ajoutant aux percussions soudaines qui tambourinaient son crâne. Il croisa deux voitures ; aucune n’était de la police et il espérait que Russel n’avait pas contacté les autorités. Il ignorait que ses activités énigmatiques avaient été remarquées et qu’elles faisaient l’objet des ragots. Qu’un étranger qu’il rencontrait pour la première fois puisse le reconnaître. Il était choqué.

Pour ses prochains achats, il serait contraint d’aller encore plus loin, et cela même s’il se trouvait déjà dans un comté voisin. La distance qu’il devait effectuer augmentait à chaque nouvel épisode et un tel désavantage l’agaça. Car d’ordinaire, le temps était limité. Tout se déroulait trop rapidement et était impossible à planifier. Il devrait peut-être considérer la possibilité de réserves.

Une fois le village hors de sa vue, les maisons se firent de plus en plus rares. À quelques reprises, les conditions routières le forcèrent à ralentir, à épier le paysage de la campagne. Le décor d’une Nouvelle-Angleterre encore largement dépendante de son industrie agricole et fermière. Il dépassa un panneau routier métallique troué de projectiles, indiquant que le prochain village était à moins de douze kilomètres. À peine une centaine de mètres plus loin, il vit du coin de l’œil une petite route en terre battue qu’il dépassa rapidement. Sans hésiter, il arrêta le véhicule, fit marche arrière et s’enfonça dans le sentier qui rétrécissait rapidement, mais pouvait toujours accueillir son camion. Sheridan ne vit aucun panneau ou signe le long du sentier pouvant indiquer qu’il s’agisse d’un chemin privé.

Il était maintenant entouré de végétation et cela accentua l’intensité du vrombissement. De sa main libre, l’autre tenant le volant, il essuya la sueur qui coulait sur son visage, qui brûlait ses yeux. Il dut ralentir, des branches frottaient les parois métalliques du véhicule. Il se foutait des possibles éraflures, incapable de maîtriser les symptômes qui animaient son corps. Il se sentait comme un toxicomane privé de ses drogues depuis trop longtemps.

Le chemin ne devait pas être très fréquenté, puisque l’herbe envahissait le sol, cherchant à recouvrir toute trace de présence humaine antérieure. Les chances de croiser quelqu’un étaient très minces. Un coup d’œil dans le rétroviseur lui assura que la route principale était hors de sa vue. Et comme il n’en pouvait plus, Sheridan immobilisa le véhicule, se retenant au volant de ses deux mains tout en inspirant profondément. Étourdi, il s’extirpa du camion, aussitôt attaqué par les broussailles le long de la route. Les repoussant avec colère, il marcha rapidement afin de se rendre à l’arrière du véhicule, ignorant une flaque boueuse qui chercha à s’emparer de son soulier droit. Il ouvrit le hayon et la chèvre à la barbiche jaunâtre vint auprès de lui, l’observant de son regard innocent. Elle était blanche et paraissait calme, curieuse sans pour autant le craindre. Il refusa de croiser son regard.

Le vrombissement parut s’accentuer, comprimer son cerveau et menacer de broyer ses neurones, le faisant hurler de douleur. Il tomba à genoux, son front heurtant le hayon ouvert et le choc fut ignoré, insignifiant face à ce qu’il subissait. Une goutte de sang perla sur l’arête de son nez, venant d’une coupure superficielle sur son front.

De profonds changements s’opéraient autour de lui. Le son qui l’avait assailli, naissant dans son cerveau malade, se répandait maintenant autour de lui, dans les buissons, les arbres, le sol. Sheridan eut l’impression d’être surveillé, que des témoins arrogants le défiaient.

Il se redressa pour s’emparer de la corde reliant l’animal au camion, la défit et attira Amélie plus près de lui. Insouciante, elle se laissa faire. Sheridan la prit dans ses bras, la souleva, et son odeur le fit tressaillir. Ivre du contact de la chair, pouvant sentir le sang qui affluait dans les veines gonflées de la bête, il se mit à respirer plus rapidement. Excité à la manière d’un prédateur, il pouvait sentir une énergie animale l’envahir. La naissance d’un instinct primitif et impossible à réprimer. Il la déposa au sol et tomba à genoux à ses côtés, entourant le cou de l’animal d’un bras à la poigne solide. Cette fois, Amélie sentit que quelque chose clochait. Elle se mit à regarder tout autour d’eux, paraissant chercher quelque chose dans la nature les entourant. En vain. Entendait-elle les vrombissements ? Ces insectes maudits issus de sa folie ? Il l’ignorait et sortit de sa poche un canif à la lame repliable. Il exerça plus de force sur l’emprise qu’il avait de l’animal, et ce dernier se mit à se débattre. Il avait peur, paniquait, et une lutte s’amorça, sûre, injuste et brève. La lame du couteau fut déployée et scintilla dans la faible luminosité. Puis, accompagné par le chant énigmatique des insectes, par le vrombissement qui l’assourdissait, Sheridan frappa le flanc de la chèvre. La lame pénétra la chair sous les cris de furie de l’animal. Il frappa encore et encore, brisant les côtes, touchant les organes internes. Le sang fusait, coulait, l’odeur de la mort s’infiltrait parmi les parfums forestiers, les recouvrant. Sheridan pleurait et frappait, du moins jusqu’à ce que le chant macabre s’arrête, que le vrombissement stoppe aussi abruptement qu’il avait commencé.

Il relâcha alors le couteau ensanglanté, laissa choir l’animal mort, poignardé à une vingtaine de reprises, sa blancheur n’étant plus qu’un souvenir. L’homme se laissa tomber sur le dos, se tenant la tête à deux mains et savourant le silence qui était enfin revenu. Son corps meurtri paraissait déjà regagner des forces.

Il épia le ciel et une petite tache bleue qui se démarquait au-dessus de lui. La brise l’atteignit et voulut sécher la sueur qui lui couvrait le visage. À la manière d’un automate, il se leva, sans un regard vers l’animal, sans le moindre désir de reprendre son arme. Il était soulagé d’un immense fardeau.

Sheridan monta à bord de son camion, ses larmes s’étant résorbées et le silence qui le gagnait était sans prix. Il en jouissait.

Il quitta la route déserte avec la certitude qu’il avait sauvé une vie humaine, au prix de celle d’un animal innocent.

Tout irait maintenant pour le mieux, du moins jusqu’à la prochaine crise. Jusqu’à ce qu’il soit contraint de recommencer le rituel, de se procurer une autre bête. Mais pour l’instant, il devait quitter l’endroit, retourner chez lui, poursuivre son existence. Continuer comme si de rien n’était.

Il avait gagné quelques semaines de liberté.


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Trio de Lecture : Le Québec à l’affiche !

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La littérature du Québec est ici à l’honneur!

Suite à une très belle initiative d’un ami écrivain, le talentueux Patrice Cazeault, auteur de la populaire et remarquable série « Averia », le 12 août 2014 est la journée nationale d’achat du livre d’auteurs québécois. C’est ainsi que j’ai décidé de partager avec vous mes trois lectures de juillet. En espérant vous donner le goût de découvrir de nouveaux auteurs, leurs œuvres et leurs rêves les plus fous.

Célébrons les livres québécois!

 

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Entre les bras des amants réunis – Claude Bolduc

Claude Bolduc est un incontournable de l’horreur québécois, même si je n’avais jamais eu la chance de lire ses écrits. Avec une quantité incroyable de nouvelles publiées dans les magazines de la province et plusieurs romans, Claude Bolduc est un nom qui revient souvent dans les discussions sur les genres de l’imaginaire. Voilà que j’ai enfin eu l’honneur de découvrir l’auteur en question et « Entre les bras des amants réunis » est ma porte d’entrée dans l’univers troublant de monsieur Bolduc.

Résumé de quatrième de couverture :

Une maison, c’est la sécurité. C’est aussi en quelque sorte un signe de réussite, c’est même l’ultime refuge de qui cherche à s’isoler. Lorsque Jacques voit se présenter la chance de quitter son logement miteux et d’emménager dans une petite maison, SA maison, grande est sa confiance de laisser derrière lui la grisaille d’une vie ancienne.

Certes, la maison n’a rien d’un palace, mais, déjà, il s’y sent bien. Bientôt s’estompent les mauvais souvenirs, remplacés par un bien-être qu’il ne se souvient pas d’avoir connu. Ici, tout est parfait. C’est tout juste s’il ne doit pas se faire violence pour sortir et aller faire ses courses. Curieux, tout de même, que les copains du vendredi semblent toujours s’inquiéter de son état. Il est si bien ici, avec son secret bien à lui, découvert au fond de la cave… Puisse la maison veiller sur lui longtemps encore, comme elle l’a si bien fait pour d’autres avant lui.

Car de tout temps, la maison fut.

Mon commentaire :

Claude Bolduc mérite très bien sa réputation, puisque ce roman inquiétant, angoissant et pour le moins macabre est une très bonne introduction dans son univers. C’est avec une écriture poétique, une imagerie précise et recherchée qu’il nous entraîne dans des scénarios invraisemblables, mais tout à fait fascinants. On devient un témoin d’événements particuliers, on veut détourner le regard, reposer le livre, s’éloigner avant que la folie nous gagne, mais c’est inutile, il nous faut découvrir ce qui se trame, allez jusqu’au bout. Les conséquences de cette exploration n’ont plus d’importances.

Bolduc est un de ces raconteurs qui n’a pas besoin d’artifices, de mise en scène grandiose, de monde réinventé de toutes pièces, de guerres et de civilisations construites à coups de chapitres interminables et de héros aux pouvoirs illimités. Il puise dans notre quotidien, notre vie, nos peurs et cette foutue folie qui nous suit, nous harcèle, fait partie de notre quotidien au même niveau que notre prétendue lucidité. C’est d’ailleurs cette apparente simplicité de sujet qui nous trompe, parce qu’en acceptant de plonger avec monsieur Bolduc dans ce récit, c’est tout un éventail de thèmes qui s’impose. La mort, le deuil, la folie et ce petit quelque chose d’indéfinissable qui nous agite et nous rend mal à l’aise, que nous perdons en grandissant. En fait, ce très bon recueil fantastique, d’horreur avec une dose de suspense, nous révèle une des plus importantes vérités sur notre monde : la limite entre les comportements acceptables et la démence est si mince, trop mince pour être parfois reconnue.

Le texte principal est suivi de quelques histoires, des textes dans la même veine, bien pondues et qui sauront vous séduire, vous montrer l’étendue du talent de cet auteur. C’est toutefois l’histoire principale du recueil qui m’a le plus marqué et sur laquelle j’ai insisté dans ce billet. Disons que le reste, c’est comme un gros bonus inespéré.

C’est un bon moment de lecture comme je les aime, mélangeant réflexion existentielle et surprise.

Ma note : 9/10

Liens importants :

Éditeurs Vents d’ouest.

 

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Crystal de Jacques Goyette.

Le polar est un genre que j’apprends à aimer, à la fois pour son rythme souvent endiablé et pour les enquêtes qui nous guident de surprise en surprise. Je me suis laissé tenter par le premier tome d’une série, qui décrit les enquêtes d’une profileuse du FBI, Karen Newman.

Résumé de quatrième de couverture :

Chaque année, des centaines de jeunes femmes, victimes d’une guerre sans merci que se livrent les trafiquants de drogue, sont brutalement assassinées ou disparaissent de Ciudad Juárez, un village mexicain situé à moins de trois kilomètres de la frontière d’El Paso, au Texas. Lorsqu’elle apprend que son « protecteur », Eduardo Cardenas, le chef du cartel de la drogue de Tijuana, a fait assassiner ses parents dans le but d’éliminer des témoins gênants de son commerce illicite, une des disparues, Angela « Crystal » Perez, refait surface avec une seule idée en tête : se venger. Mais elle se rend vite compte qu’elle n’est pas de taille à affronter seule le tout puissant baron de la drogue. Elle accepte donc de collaborer avec Karen Newman, la responsable de la section antidrogue du FBI à New York, la seule personne qui peut empêcher qu’elle ne devienne la prochaine victime du mystérieux tueur à gages qui a exécuté ses parents. Sauf qu’elle ignore que l’agente Newman n’est peut-être pas la seule personne qui puisse l’aider dans sa quête de vengeance. Angela a oublié que les liens familiaux peuvent parfois être plus forts que toutes les épreuves d’une vie.

Commentaire :

Je voulais un polar et c’est exactement ce qu’on m’a offert. Jacques Goyette met en place un scénario vraisemblable dans lequel ses personnages évoluent avec une justesse tout à fait policière. Des personnages attachants, des éléments d’enquêtes et d’adversité surprenants comblent le parcours de nos héros, avec une écriture accessible et des détails généreux. Du Mexique à Montréal, l’auteur nous transporte dans son monde avec une aisance d’un pilote habitué aux longs vols.

L’histoire est bien ficelée, la tension grimpe à mesure que les pages défilent, l’intensité de ce parcours inhabituel dans une enquête qui est tout, sauf banale, nous tient captifs.

Le premier tome ouvre la porte à une série qui promet et c’est le charme, l’efficacité et le professionnalisme de son personnage principal, Karen Newman qui en fait aussi un bon polar.

Ma note : 8/10

Liens utiles :

Éditeur ADA

Page de Jacques Goyette

 

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Passage de Yanick St-Yves

C’est tout d’abord la couverture qui m’a intrigué. Le visuel d’un livre exerce toujours un attrait certain sur moi. Puis, j’ai lu la description et j’ai tout de suite voulu découvrir cet auteur dont je n’avais jamais entendu parler et que j’espère lire à nouveau.

Résumé de quatrième de couverture :

Le curé nous a dit : « Jusqu’à ce que la mort vous sépare. » Ça, je le refuse.

De retour d’un voyage d’affaires, Thomas retrouve sa femme Catherine qui, pendant son absence, s’est métamorphosée. Femme aimante, elle devient agressive; sa douceur devient violence. Thomas n’y comprend plus rien. Aucune piste, aucun indice pour expliquer ce changement. Pour faire la lumière sur cet événement et se réapproprier sa vie, Thomas devra emprunter un passage, qui le mènera au cœur de la pire des tourmentes.

Jusqu’où sera-t-il prêt à aller par amour?

Mon commentaire :

Ce livre se lit très vite. La première partie de cette œuvre de monsieur St-Yves est très bonne, très intense, très énigmatique. J’ai tout de suite embarqué dans le genre horreur et maison hantée, esprit frappeur et terreurs nocturnes. J’ai dévoré ce que je considère la première partie du livre avec rapidité et un intérêt grandissant, puisque le reste est non seulement imprévisible, mais tout à fait différent.

C’est un peu comme si le roman venait de deux histoires complètement différentes. La surprise de passer du genre horreur vers un style plus fantaisiste m’a totalement pris par surprise. Il m’a fallu reculer de quelques pages pour m’assurer de n’avoir rien manqué.

Mais ne vous méprenez pas, ce n’est pas nécessairement une mauvaise chose, je ne m’y attendais tout simplement pas. Cette deuxième partie qui nous conduit à la fin du récit est du type « Dungeon et Dragons », plus fantaisiste. C’est une quête, une aventure dans un monde de créatures aux pouvoirs destructeurs. C’est aussi une quête motivée par l’amour. Tout le long de l’histoire, on évolue dans une ambiance psychologique intense, un mélange entre l’horreur pure et l’angoisse.

C’est bien écrit, malgré quelques petites maladresses de style ou de descriptions dans l’action. Je me suis bien amusé. C’est un roman au dénouement difficile à prévoir, puisqu’on nous transporte, nous ballote d’un genre à l’autre, d’un monde à l’autre. Le roman se lit très bien.

Ma note : 8/10

Liens utiles :

Éditions de Mortagne

 

Pour en savoir plus sur l’événement du 12 août 2014 : Cliquez sur l’image

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Lecture de Sang d’Encre d’Atef Attia.

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Qui est Atef Attia :

Atef est né en 1980 à Tunis. Il est diplômé de l’École Supérieure de Commerce, mais sa passion première demeure la littérature. Grand consommateur de livres, spécialement de Fantasy et de Polar, il se met à l’écriture en 2005. Sa nouvelle « Affliction » lui vaut le premier prix du concours littéraire organisé par le Programme des Nations Unies pour le Développement, en 2013. « Sang d’Encre » est son premier recueil.

Résumé du livre :

Pour Steven Hicks, la chute des premiers flocons de neige est un funeste présage, celui du renouveau d’un cycle sanglant. À Londres, Olyphant Blitch use de méthodes peu orthodoxes pour régler « définitivement » certains pépins administratifs. Ailleurs, les confessions d’un mari désespéré prennent une tournure inattendue. Quant à Ronnie McTiernan, tueur à gages sur le retour, sa vie rangée bascule lorsqu’il se fait rattraper par les fantômes du passé.

Commentaire :

La première chose que l’on remarque, c’est le format intéressant du livre. J’ai pour ma part tout de suite aimé le format de poche, plus petit et facile à transporter, à ranger et à lire au lit. Facile à tenir d’une main. La couverture est belle, intrigante à souhait et avec suffisamment de classe pour ne pas tomber dans l’inutile macabre.

Ce recueil est d’un genre particulier de l’imaginaire, puisqu’il n’explore pas les avenues du fantastique, de la science-fiction ou du surnaturel. Le lecteur est plutôt adroitement dirigé vers les méandres beaucoup plus sombres de l’esprit humain, de la nature de cette race destructrice et mystérieuse que nous sommes. C’est une vraie incursion dans la déviance de l’humanité, dans ce qu’il y a de plus bas en chacun de nous.

D’où vient ce mal, Atef?

L’écriture de l’auteur est franche, belle et poétique par endroit, c’est un beau français qui nous laisse deviner une influence américaine dans le traitement des actions et de l’intrigue. C’est un français qui m’a semblé un brin aristocratique. (Me fait penser à un ami du Maine qui a été élevé dans les deux langues) J’aime bien.

Les histoires :

Un boulot comme un autre :

Cette première nouvelle nous donne le ton du recueil. Elle frise la critique sociale ouverte, s’amuse à jouer avec notre imagination et notre esprit déjà tordu. Olyphant Blitsch est un employé de banque dévoué, au service de cette institution qui saigne les clients à blanc. Dans un monde où l’argent est maître, où est la limite entre la raison et la folie? Suivez le guide, vous verrez bien!

Frantic:

Cette seconde nouvelle nous démontre la grande souplesse de l’auteur. Tout au cours du récit, en fait dans toutes les histoires, il nous fait voyager de par le monde, avec des personnages aux noms évocateurs et inhabituels. Tappalooza, Aroostook, Magnus, Lorely, Olyphant Blitsch, Bérénice Altman. Ses références culturelles, sociales et autres sont d’une pertinence appréciable, ajoutant à l’histoire une validité et un talent qui surprend.

C’est le récit d’un pauvre bougre qui s’est installé dans une ville où il était de passage. Son passé incertain l’oblige à rester en contact avec son agent de remise en liberté conditionnelle, il est un donc un ancien criminel.

Steven est devenu un homme sans histoire, du moins c’est un peu l’idée qu’on se fait. Très vite, le doute nous envahit et l’étrangeté de cet individu nous captive. L’hiver semble avoir un impact important sur lui et c’est au cours d’une suite d’évènements violents, macabres, que sa vraie nature nous sera dévoilée. C’est une belle plongée dans la véritable Amérique profonde, celle qu’on croit connaître, qui porte un masque souriant, sous lequel un rictus de haine nous attend. La fin est tout simplement machiavélique à souhait.

« Il est temps, l’hiver est là et les vieilles habitudes ont la peau dure. »

Nuit du jugement :

Nous découvrons ici un tueur à gages. Un homme troublé, mais efficace, au passé tragique et qui, comme tous les hommes d’un certain âge, en viennent à se questionner sur leur vie. Certains s’achètent une voiture sport, fréquentent des jeunes femmes dans la vingtaine, d’autres entendent des voix. L’auteur vient ici nous prouver que les tueurs à gages ont aussi une conscience!

Une séparation :

Quoi de mieux pour clore ce recueil qu’une lettre d’amour? Un homme qui pleure la femme perdue, celle qui devait être l’amour de sa vie et qui l’a quittée pour un autre. À travers ses mots désespérés, il revit le premier moment, le premier baiser et la vie commune, le quotidien en dent de scie. Mais cet homme, sous la plume d’un Atef qui refuse de nous laisser en paix, ouvrira son cœur d’une manière vraiment approfondie. La vérité est parfois plus choquante et troublante que le mensonge. L’escalade de la folie apparaît avec la valse des mots, des idées et des images poignantes. Cette lettre termine le recueil en beauté, mais c’est une beauté sanglante.

« Sang d’Encre » est un voyage dans les méandres de l’esprit humain, le long de ce corridor sombre où les portes ne se referment que temporairement sur l’horreur, le temps de nous convaincre que le danger est passé, mais ce n’est qu’un leurre.
C’est à souhaiter de pouvoir lire bientôt le nouveau Atef Attia.
Bonne lecture.

Liens utiles:

Pour acheter le livre

 

Lecture de 35MM de Christophe Collins

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Qui est Christophe Collins:

Né en 1970, Christophe Collins a publié plusieurs romans fantastiques, d’aventures, et d’actions, à la fin des années ’90. Il a également touché au théâtre, au seul-en-scène, à la radio, à la télévision, à la critique littéraire ou encore à la poésie.
Depuis dix ans maintenant, sous le nom de Christophe Corthouts, il travaille avec Henri Vernes, sur les aventures romanesques de Bob Morane.

En 2011, il publie « L’Etoile de L’Est », la première enquête du Commissaire Sam Chappelle (avec deux « p ») de la Police de Liège. En 2012, « L’Equerre et la Croix », la seconde enquête de Chappelle est dans les librairies.

Avec 35 MM, il publie son premier thriller.

Résumé du livre : (Sur le site de l’éditeur) :

Un cadavre retrouvé dans la chambre froide d’un restaurant.  Un ancien agent du FBI, brisé par le passé. Des autorités locales aveuglées par le profit. Un tueur déterminé.

Vous pensiez avoir tout lu ? Vous vous trompiez.

Commentaire sur le livre :

Très belle couverture ! C’est la première chose que j’ai remarqué au sujet de ce livre numérique.

Lune-Écarlate est une de ces petites maisons d’édition à découvrir. Avec un catalogue en pleine expansion, ils nous offrent un choix divers de livres numériques dans de multiples genres. Ce n’est pas leur premier texte que je critique et probablement pas le dernier non plus.

« 35MM » est l’exemple parfait du polar à l’américaine écrit avec une touche française. Une recette à mon avis particulièrement réussie et qui m’a tenu captif de la première à la dernière page.

Qu’est-ce que « 35MM »? C’est une histoire qui se déroule dans une petite ville dirigée par des politiciens, disons corrompus, manipulateurs et prêts à tous pour assouvir leurs soifs de pouvoirs. Une petite ville qui me fait penser à celles dans lesquelles le grand Stephen King fait évoluer ses personnages. Coïncidence? Je n’y crois pas, l’auteur me semble trop tordu pour cela. On ajoute ensuite un flic en exil, au destin tragique et victime de ses angoisses les plus sombres. Parsemons le tout de quelques crimes mystérieux, des meurtres venant jeter de l’ombre sur un grand tournoi international de golf. Vous croyez que cela s’arrête là? Placez ici et là des personnages particuliers ou des références cinématographiques, culturelles, et vous obtiendrez un amalgame d’éléments qui saura vous captiver, vous faire sourire.

L’écriture de l’auteur s’apparente à celle des polars américains et un peu à celle de Maxime Chattam. On peut facilement imaginer Christophe Collins dans son bureau, une cigarette au bec, tapant sur une vieille machine à écrire dont il manque une ou deux touches.

Le roman est bien écrit, truffé d’éléments cinématographiques se rattachant à l’intrigue et que les amateurs de cinéma pourront suivre à leur propre rythme. Comme un jeu où l’on cherche les éléments de films oubliés, à déchiffrer l’intrigue en espérant des indices non dévoilés.

« 35MM » est un suspense noir, humoristique et sarcastique. On parvient à ne pas tomber dans les clichés, sans pour autant nous priver de clins d’œil amusants. L’auteur maitrise son genre et s’avère un bon conteur d’histoire.
Il a le souci des détails, tisse son enquête avec lenteur, nous faisant languir et nous surprenant à plus d’une occasion. C’est en fait un très bon roman, qui saura vous divertir.

Ma note : 8/10

Liens Utiles :

Site de l’auteur – Christophe Collins

Site de l’éditeur – Lune-Écarlate