Lecture de Stephen King -11/22/63

22-11-63

 

11/22/63

Lire un roman de Stephen King est toujours un plaisir et une aventure. Parce qu’on parle rarement d’un petit roman de cent vingt pages. Dans le cas présent, c’est un livre de près de huit cents pages, une brique.

Il est inutile de présenter Stephen King, de parler de son talent, de son influence sur les jeunes et moins jeunes auteurs de notre génération. Certains le considèrent comme un maître, d’autres croient qu’il est sur le déclin. Il ne fait pas l’unanimité et c’est tout à fait normal. Les goûts sont dans la nature.

Personnellement, j’ai rarement eu de déceptions en lisant une de ses œuvres. Même avec les plus distantes de son genre de prédilection. Ses écrits sur le monde carcéral ou le baseball font, à mon avis, partie de son cheminement littéraire et valent la peine d’être découverts.

Dès mes premières lectures de King, j’ai été grandement impressionné par la variété de ses personnages, leurs profondeurs psychologiques et leur étrangeté. Je me disais que cet écrivain avait un talent fou pour créer des êtres loufoques, compliqués, énigmatiques et parfois complètement fous. Je lui concède le talent d’être en mesure de les détailler sur papier, sauf que je suis prêt à faire une déclaration concernant ses personnages. Je sais, certains vont vouloir me lapider pour oser dire une chose aussi horrible. J’ai vécu au Maine durant une dizaine d’années. J’ai habité dans un petit village de moins de mille habitants, au centre de l’État, et j’ai côtoyé la population locale. Mon impression de ces gens ou du moins de certains d’entre eux est qu’ils sont tout droit sortis d’un roman du King. Ce qui me pousse à dire ceci : Stephen a le mérite de faire vivre ses personnages, mais il ne fait que s’inspirer des gens auprès desquels il vit. Je me souviens d’un après-midi d’hiver où un des habitants du village m’a accosté dans l’unique « Supermarket » de la localité. Bien entendu, on entre dans la banque et l’épicerie avec son fusil sur l’épaule, sa veste à carreaux et son long couteau à la taille. Le visage tordu d’une grimace, non rasé et avec son haleine d’oignon, il m’annonce qu’il va gravir le clocher de la petite église pour s’y placer, dans l’attente de voir le facteur et lui tirer dessus avec son fusil de chasse. Les autres, qui nous écoutent, hochent la tête, comme s’ils détestaient aussi le facteur, qu’ils comprenaient sa haine pour cet individu. Je lui demande timidement pourquoi il veut faire une chose pareille. Il me regarde comme si j’étais un imbécile, parce que pour lui, cela doit sauter aux yeux. « Mais parce qu’il est de la C.I.A ». Je ne sais pas s’il est passé aux actes, mais il se promenait avec un fusil et des munitions.

Bon, je m’égare, mais durant mes années de vies dans cet état, j’ai appris à ne plus être surpris par les gens aux comportements étranges.

Revenons au roman, voulez-vous?

Le voyage dans le temps. Un sujet largement exploité, que j’ai même utilisé dans un de mes manuscrits soumis à des éditeurs. C’est un sujet exploité, souvent surexploité. Comment s’en tire King avec 11/22/63? Je crois qu’il s’en tire très bien. Parce qu’il ne se contente pas d’utiliser le sujet, mais il lui donne une forme bien spéciale, le modifie selon ses conditions. Son voyage dans le temps est peut-être un prétexte pour nous faire découvrir les années cinquante et soixante d’un pays en pleins changements. Mais on s’y laisse facilement guider, en raison de sa facilité à nous raconter la vie des autres. Ses détails sont juteux. Il a basé son récit sur une importante recherche historique qu’il avouera à la fin du livre. Une véritable équipe l’a aidé à rendre les éléments de son récit le plus vraisemblable possible.

Ce qui diffère dans son voyage dans le temps et qui m’a bien plut, ce sont les conditions qui entourent ledit voyage. Il ne suffit pas de programmer une date, d’y aller et de revenir une fois sa besogne accomplie. Cela serait trop facile dans le monde du King de Bangor. C’est un processus avec des conditions mises en place par des forces obscures et impénétrables. L’erreur de plusieurs écrivains est souvent d’en dévoiler trop, de passer tout leur temps à vous expliquer le pourquoi et le comment des choses, au détriment du voyage lui-même. J’aime prendre l’avion, mais je n’ai aucun intérêt à connaitre les lois de la physique qui rendent possible une telle chose. J’accepte toutefois de monter dans l’avion.

Son voyage dans le temps se veut aussi un prétexte pour explorer un mythe culturel et historique le plus ancré dans la conscience collective d’une nation narcissique. L’assassinat du président Kennedy. Un jour ou l’autre, nous avons tous lu, visionné un film, entendu des histoires au sujet de cet évènement. Il existe des films de fictions, d’archives et des millions de théories du complot qui circulent sur Internet. C’est un sujet riche qui me fascine personnellement. King n’a pas la prétention de nous dévoiler qui est le vrai tueur, qui est à l’origine des supposés complots. Il est toutefois intéressant de suivre les déboires du personnage principal dans une Amérique sur le point de sombrer dans l’horreur.

Imaginez le pouvoir de sauver Kennedy de la mort? De réécrire les livres d’histoires? Mais être obligé de vivre dans ce passé durant cinq ans. C’est ce qui arrive ici au personnage principal. Une suite d’aventure, de déboire qui se perdent parfois sur un sentier qui semble nous éloigner du sujet principal. Mais avec King, les forces de l’ombre veillent à nous ramener constamment du bon côté de la folie.

Certaines des critiques que j’ai lues au sujet de ce livre, une fois la lecture terminée, déplorent deux choses. La raison du voyage dans le temps, la motivation du personnage principal est mis en doute. Un copain propriétaire d’un restaurant à hamburger qui convainc un banal enseignant de risquer sa vie pour sauver un président mort dans une autre époque. Est-ce que c’est plausible? Je dis, quant à moi, que oui. Les raisons que les gens ont de poser des gestes ne tiennent pas toujours de la pure logique. Il l’a fait pour son ami, mais je crois qu’il le fait davantage pour lui. Il a ses raisons.

L’autre critique que j’ai lue à maintes reprises concerne cette propension du King à nous renvoyer vers des lieux ou personnage de ses autres romans. Dans ce livre, l’auteur à intégrer la ville de Derry et ses mystères dans l’action. Est-ce un problème? Je n’en vois pas. Il a créé tout un univers et son talent lui donne tous les droits dans ses propres livres. J’aime bien les références aux autres personnages ou lieux précédemment explorés. C’est le monde qu’il a enfanté.

Outre sa mission principale, le personnage se fait une vie toute coquette dans les États-Unis de l’époque, dans un monde de guerre froide et de soda à cinq sous. Au début, j’étais perplexe, puisque nous nous éloignons de notre objectif principal. Mais le talent de l’auteur m’a captivé, m’a gardé prisonnier dans ce récit au cœur du récit. Les forces obscures y sont toujours, ajoutons un peu de romance et de tragédie, vivre dans l’univers du King est parfois périlleux. Ce roman m’a quelque peu fait penser à « Bag of Bones », sans trop savoir pourquoi.

Je crois que l’unique point négatif (si c’est vraiment négatif) est la fin qui n’en finissait plus. On croit le roman terminé et un autre chapitre s’ajoute. Puis un autre. Mais à la fin, on se rend compte qu’il n’a fait que nous éclairer, répondre à nos questions. Aurais-je préféré une fin plus brusque? Peut-être.

C’est un très bon roman. Une lecture à conseiller pour ceux qui aiment Stephen King. Ceux qui aiment l’histoire et n’ont pas peur d’une petite escapade amoureuse. Les forces du passées, l’étrangeté de la vie, et de la mort font partie de ce roman intense.

Ma note 9/10

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Anatomie d’un tueur !

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Durant plusieurs jours, j’ai tout tenté pour éviter ce face à face, sans parvenir à mes fins. Il me fallait bien assumer mes responsabilités d’enquêteurs au service des homicides. Prendre place de ce côté-ci de la table boisée, raide et nerveux sur la chaise froide, m’offrait l’étrange sensation d’être vulnérable. Faire face à cette limace accusée d’avoir mis fin à plusieurs vies humaines avec une violence inouïe me troublait, me fascinait aussi un peu.

Dès mon lever, le matin même, tout s’était mis à aller de travers. D’abord, le rasage qui devint une séance de torture, me laissant avec le cou tailladé, le visage à la peau irrité et les nerfs en boule. La voiture, bien que neuve, refusa de démarrer et le métro bondé m’accueillit comme une vulgaire prostituée sale et vorace. Les gens puaient, me poussaient, prenaient trop de place et étaient trop bruyants. La laideur quotidienne de la ville et de cette humanité qui m’entourait, dans le sous-sol de la ville, me rendit rapidement malade. Je risquais ma vie à protéger ces gens, ces êtres pitoyables et frisant l’indécence. Il fallait se questionner : comment une race aussi belle et pure à l’origine, prétendant encore aujourd’hui à un rôle de créature suprême sur le globe pollué, en était-elle venue à s’enlaidir ainsi, s’appauvrir mentalement, physiquement et génétiquement? Ils se tuaient à coups de nourriture avariée, de manque d’exercice et d’activités électroniques débilitantes.

Pour éviter la rencontre matinale, j’ai prétexté des malaises inimaginables, exotiques, des maux internes irréversibles, incurables et aux noms imprononçables. Il n’y avait personne pour m’écouter ou me croire, personne ne voulait ma place ou jouer mon rôle. Cette petite parcelle lucide de mon cerveau réclamait la confrontation avec l’être abominable qui m’attendait au poste, cherchant à lutter contre mon désespoir et ma peur. Cette morbidité interdite ne cessait d’éveiller la curiosité du voyeur et du profiteur en moi, elle m’entraînait trop souvent dans les bas-fonds obscurs de ma conscience.

L’idée farfelue de relire l’épais dossier de la chose assoiffée de sang me vint, c’était une pathétique tentative de me calmer, de maitriser mes tremblements. Je pris le temps d’étudier les détails de tous ces meurtres, que je connaissais très bien, pour les avoir notés sur les documents. C’était moi qui avais relevé les dépositions de plusieurs témoins, retranscrit les rapports préliminaires et définitifs du service scientifique, balistique et du coroner. J’ai revisité les scènes de crimes en revoyant les photographies, des tableaux crus où dominait le rouge dans toutes ses glorieuses teintes. Se posaient sur moi les regards vides et brisés de celles qui n’étaient plus, dont les corps pourrissaient déjà sous terre, dans ces cercueils qu’on avait gardés fermés pour éviter aux familles des spectacles dégradants.

Le nombre connu des victimes de ce monstre me donnait des étourdissements, la rare violence des actes perpétrés sur ces corps chauds cherchant à se retirer de son emprise donnait à réfléchir. Aucun autre détective n’avait accepté de prendre cette affaire, puisque les images de ces horreurs finissaient par s’imprégner dans le cerveau, sur les rétines, creuser la conscience pour y semer une récolte de cauchemars et de sueurs froides. Les images qui défilaient sous mes yeux, avant de les remettre dans le dossier, me hantaient jour et nuit, comme des spectres s’acharnant à dépeupler un vieux manoir abandonné de ses nouveaux occupants indésirables.

Les visites essentielles et obligatoires sur les scènes de tout nouveau crime étaient de longues séances de tortures mentales. Peu s’y habituaient. Il fallait pénétrer dans les pièces sombres imprégnées des horreurs qui s’y étaient déroulées, circulé dans le repaire ou le dépotoir humain d’une chose sans sentiments, sans crainte, sans culpabilité. C’était aussi revivre les derniers moments de ces femmes esseulés dans la folie tangible d’un destin combien tragique! Imaginer leur terreur, leurs supplications, les excréments et l’urine, les larmes et la trop réelle agonie. Poser le pied sur le même sol que le meurtrier, souvent quelques heures à peine après son crime, offrait au témoin une perspective visuelle et émotionnelle qui choquait. Les regards des victimes scrutaient le néant des murs sales et couverts de graffitis, tandis que les membres tendus et figés dans une pose impossible signalaient à quel point la fin avait été atroce.

Le moment de cette rencontre était enfin arrivé. Il me fallait respirer le même air vicié que cet être détesté, malade et incompris. Tout cela me donnait la nausée. Devant moi se tenait un homme capable de détruire des vies, de broyer la chair, de vider le crâne de toute sa matière pour s’en sustenter, tout en maintenant une érection. Le regard qui croisait le mien n’avait pas seulement contemplé l’horreur suprême, mais l’avait perpétré avec une joie enfantine. Son sourire me donnait envie de le frapper, de lui cracher au visage. Je me mis à penser à l’arme à ma ceinture, pour aussitôt l’oublier en voulant éviter des conséquences désastreuses. J’avais une envie folle de lui réciter les noms de ses victimes : Mélanie, Johanne, Julie, Gabrielle, Morgane et toutes les autres. J’étais tenté de lui jeter les photographies au visage et de lui demander pourquoi. Pourquoi toute cette souffrance infligée à ces pauvres femmes innocentes, vulnérables, fragiles qui avaient eu le malheur de croiser son existence?

Se retrouver seul devant un tel individu était une expérience des plus marquantes, blessante et détestable.

C’est en frissonnant que je tentais de deviner ce qui se tramait derrière ce regard dément. Rêvait-il aux outils luisants avec lesquels il avait labouré les orifices sanglants de ses victimes, sous leurs cris répétés? Revivait-il le moment exaltant de la chasse, des filatures nocturnes dans les ruelles sombres, les entrées par effractions dans leurs appartements pour les enlever? Jouissait-il à l’évocation du démembrement final?

Le monstre était silencieux. Il me souriait avec une arrogance moqueuse, et je restais muet, intimidé par sa présence et son charisme.

J’entendis de légers coups frappés sur la porte entrouverte de la salle d’interrogation, mais je refusais de tourner le dos à ce monstre, ce boucher tant redouté des masses. Un de mes subalternes se racla la gorge avant de m’annoncer d’une voix grave :

  • Ils en ont trouvé une autre!

Ces mots me glacèrent d’effroi et me secouèrent de la tête aux pieds. Mon collègue se retira en traînant les pieds, tandis que je fixais le meurtrier devant moi, ce fameux tueur en série, cette bête insatiable qui ne cessait de me défier de son impassibilité exaspérante.

Puis, avec lenteur, j’abaissais le miroir que je tenais d’une main tremblante, dévoilant la chaise vide qui me faisait face.

 

http://ivrebook.wordpress.com/2014/09/26/le-tueur-des-rails-de-sylvain-johnson/

 

 

Confession d’un tueur.

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Donner la mort fut d’une facilité déconcertante. La peur, le regret, la montée d’adrénaline et une forme d’excitation sexuelle jamais connue représentent une juste énumération de ce que j’ai ressenti. Le premier meurtre, mon baptême du sang, le sacrilège entre tous dans cette société aveuglée par des lois désuètes.

Qui sont-ils pour me dire quoi faire? Pourquoi veulent-ils que je réprime ces instincts humains qui sont en moi, qui me viennent de mes ancêtres et de leurs propres ancêtres?

N’ont-ils pas compris que la mort n’est qu’un acte logique et décent pour les membres de notre misérable race?

Tuer est un moyen de survivre, de dominer, de corriger les erreurs d’une nature trop généreuse. C’est nous, les humains effrayés de notre pouvoir sur la faune et la flore et consternés par notre destin destructeur, qui avons mis en place toutes ces lois impossibles à gérer.

Nous avions peur de notre potentiel.

Pourquoi dois-je tuer?

Pour vous montrer à tous que cette société fragile n’est qu’une utopie. Qu’adviendrait-il de nous si toutes les lois écrites dans le sang de nos pères étaient soudainement condamnées par notre race?

Éliminons les services policiers, l’armée, les lois et les codes de conduites. Empêchons les juges, les geôliers et les avocats de pratiquer leur métier. Arrêtons de condamner, de culpabiliser, de construire et élaborer des moyens pour diminuer ce que nous sommes. Prenons ces codes de lois, ces livres que nous idolâtrons pour les mensonges qu’ils contiennent et brûlons-les.

Ce qui vous empêche de tuer, de torturer, de dominer, de violer, de décapiter, de voler, de profaner, sont toutes ces maudites lois sur lesquelles je crache. Elles ne sont qu’une illusion.

Je tue parce que la mémoire de notre humanité est une mosaïque d’horreurs, de violence, de crimes impunis ou parfois célébrés.

Je tue parce que c’est en moi et en vous tous. Je me suis constitué une république libre, où les seules lois sont celles de la survie et de l’existence. En quelque sorte, je suis plus libre que vous ne le serez jamais.

 

 

« Test Drive » de mon roman ?

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Avant d’acheter une voiture, il est grandement recommandé d’en faire l’essai sur la route. En amour, il est souvent préférable de fréquenter une personne durant quelque temps avant de la marier.

Ce conseil s’applique aussi à l’achat d’un livre.

Pourquoi ne pas découvrir mon roman « Le Tueur des Rails » en lisant un extrait gratuit?

Il n’y a aucune obligation de votre part, pas de petits caractères illisibles qui défileront au bas de l’écran trop rapidement pour être lus. Aucune arnaque.

L’extrait est bien meilleur qu’une relation amoureuse. Si vous n’aimez pas l’extrait et mettez fin à l’aventure, il ne vous suivra pas de loin durant vos déplacements en prenant des photographies de vous. Ne laissera pas une centaine de messages sur votre répondeur, vous espionnant au travail, forçant votre serrure pour aller renifler vos sous-vêtements lorsque vous êtes absents. Il ne s’installera pas dans votre grenier en mangeant vos restants de tables tout en vous observant sous la douche. Il ne se rendra pas dans un quartier louche pour faire l’acquisition d’une poupée qui vous ressemble afin d’y planter des aiguilles en récitant des incantations mystérieuses. Il ne laissera pas des carcasses de chats morts sur votre balcon.

Encore mieux qu’une relation, si vous décidez de faire l’achat du livre et d’en parcourir les pages avec joie, il vous fera rêver, découvrir un autre monde. Vous n’avez aucun risque d’attraper des maladies aux noms imprononçables et qui vous brûlent en urinant. Aucun besoin de partager vos avoirs, de faire des plans, de vous excuser, vous expliquer. Le livre numérique vous aime, vous comprend, sera là pour vous jour et nuit.

Lisez l’extrait gratuit en ligne et faites votre choix.

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Extrait gratuit – c’est ici !

L’Ivre-Book

Lecture de Sang d’Encre d’Atef Attia.

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Qui est Atef Attia :

Atef est né en 1980 à Tunis. Il est diplômé de l’École Supérieure de Commerce, mais sa passion première demeure la littérature. Grand consommateur de livres, spécialement de Fantasy et de Polar, il se met à l’écriture en 2005. Sa nouvelle « Affliction » lui vaut le premier prix du concours littéraire organisé par le Programme des Nations Unies pour le Développement, en 2013. « Sang d’Encre » est son premier recueil.

Résumé du livre :

Pour Steven Hicks, la chute des premiers flocons de neige est un funeste présage, celui du renouveau d’un cycle sanglant. À Londres, Olyphant Blitch use de méthodes peu orthodoxes pour régler « définitivement » certains pépins administratifs. Ailleurs, les confessions d’un mari désespéré prennent une tournure inattendue. Quant à Ronnie McTiernan, tueur à gages sur le retour, sa vie rangée bascule lorsqu’il se fait rattraper par les fantômes du passé.

Commentaire :

La première chose que l’on remarque, c’est le format intéressant du livre. J’ai pour ma part tout de suite aimé le format de poche, plus petit et facile à transporter, à ranger et à lire au lit. Facile à tenir d’une main. La couverture est belle, intrigante à souhait et avec suffisamment de classe pour ne pas tomber dans l’inutile macabre.

Ce recueil est d’un genre particulier de l’imaginaire, puisqu’il n’explore pas les avenues du fantastique, de la science-fiction ou du surnaturel. Le lecteur est plutôt adroitement dirigé vers les méandres beaucoup plus sombres de l’esprit humain, de la nature de cette race destructrice et mystérieuse que nous sommes. C’est une vraie incursion dans la déviance de l’humanité, dans ce qu’il y a de plus bas en chacun de nous.

D’où vient ce mal, Atef?

L’écriture de l’auteur est franche, belle et poétique par endroit, c’est un beau français qui nous laisse deviner une influence américaine dans le traitement des actions et de l’intrigue. C’est un français qui m’a semblé un brin aristocratique. (Me fait penser à un ami du Maine qui a été élevé dans les deux langues) J’aime bien.

Les histoires :

Un boulot comme un autre :

Cette première nouvelle nous donne le ton du recueil. Elle frise la critique sociale ouverte, s’amuse à jouer avec notre imagination et notre esprit déjà tordu. Olyphant Blitsch est un employé de banque dévoué, au service de cette institution qui saigne les clients à blanc. Dans un monde où l’argent est maître, où est la limite entre la raison et la folie? Suivez le guide, vous verrez bien!

Frantic:

Cette seconde nouvelle nous démontre la grande souplesse de l’auteur. Tout au cours du récit, en fait dans toutes les histoires, il nous fait voyager de par le monde, avec des personnages aux noms évocateurs et inhabituels. Tappalooza, Aroostook, Magnus, Lorely, Olyphant Blitsch, Bérénice Altman. Ses références culturelles, sociales et autres sont d’une pertinence appréciable, ajoutant à l’histoire une validité et un talent qui surprend.

C’est le récit d’un pauvre bougre qui s’est installé dans une ville où il était de passage. Son passé incertain l’oblige à rester en contact avec son agent de remise en liberté conditionnelle, il est un donc un ancien criminel.

Steven est devenu un homme sans histoire, du moins c’est un peu l’idée qu’on se fait. Très vite, le doute nous envahit et l’étrangeté de cet individu nous captive. L’hiver semble avoir un impact important sur lui et c’est au cours d’une suite d’évènements violents, macabres, que sa vraie nature nous sera dévoilée. C’est une belle plongée dans la véritable Amérique profonde, celle qu’on croit connaître, qui porte un masque souriant, sous lequel un rictus de haine nous attend. La fin est tout simplement machiavélique à souhait.

« Il est temps, l’hiver est là et les vieilles habitudes ont la peau dure. »

Nuit du jugement :

Nous découvrons ici un tueur à gages. Un homme troublé, mais efficace, au passé tragique et qui, comme tous les hommes d’un certain âge, en viennent à se questionner sur leur vie. Certains s’achètent une voiture sport, fréquentent des jeunes femmes dans la vingtaine, d’autres entendent des voix. L’auteur vient ici nous prouver que les tueurs à gages ont aussi une conscience!

Une séparation :

Quoi de mieux pour clore ce recueil qu’une lettre d’amour? Un homme qui pleure la femme perdue, celle qui devait être l’amour de sa vie et qui l’a quittée pour un autre. À travers ses mots désespérés, il revit le premier moment, le premier baiser et la vie commune, le quotidien en dent de scie. Mais cet homme, sous la plume d’un Atef qui refuse de nous laisser en paix, ouvrira son cœur d’une manière vraiment approfondie. La vérité est parfois plus choquante et troublante que le mensonge. L’escalade de la folie apparaît avec la valse des mots, des idées et des images poignantes. Cette lettre termine le recueil en beauté, mais c’est une beauté sanglante.

« Sang d’Encre » est un voyage dans les méandres de l’esprit humain, le long de ce corridor sombre où les portes ne se referment que temporairement sur l’horreur, le temps de nous convaincre que le danger est passé, mais ce n’est qu’un leurre.
C’est à souhaiter de pouvoir lire bientôt le nouveau Atef Attia.
Bonne lecture.

Liens utiles:

Pour acheter le livre

 

Lecture de 35MM de Christophe Collins

35MM

Qui est Christophe Collins:

Né en 1970, Christophe Collins a publié plusieurs romans fantastiques, d’aventures, et d’actions, à la fin des années ’90. Il a également touché au théâtre, au seul-en-scène, à la radio, à la télévision, à la critique littéraire ou encore à la poésie.
Depuis dix ans maintenant, sous le nom de Christophe Corthouts, il travaille avec Henri Vernes, sur les aventures romanesques de Bob Morane.

En 2011, il publie « L’Etoile de L’Est », la première enquête du Commissaire Sam Chappelle (avec deux « p ») de la Police de Liège. En 2012, « L’Equerre et la Croix », la seconde enquête de Chappelle est dans les librairies.

Avec 35 MM, il publie son premier thriller.

Résumé du livre : (Sur le site de l’éditeur) :

Un cadavre retrouvé dans la chambre froide d’un restaurant.  Un ancien agent du FBI, brisé par le passé. Des autorités locales aveuglées par le profit. Un tueur déterminé.

Vous pensiez avoir tout lu ? Vous vous trompiez.

Commentaire sur le livre :

Très belle couverture ! C’est la première chose que j’ai remarqué au sujet de ce livre numérique.

Lune-Écarlate est une de ces petites maisons d’édition à découvrir. Avec un catalogue en pleine expansion, ils nous offrent un choix divers de livres numériques dans de multiples genres. Ce n’est pas leur premier texte que je critique et probablement pas le dernier non plus.

« 35MM » est l’exemple parfait du polar à l’américaine écrit avec une touche française. Une recette à mon avis particulièrement réussie et qui m’a tenu captif de la première à la dernière page.

Qu’est-ce que « 35MM »? C’est une histoire qui se déroule dans une petite ville dirigée par des politiciens, disons corrompus, manipulateurs et prêts à tous pour assouvir leurs soifs de pouvoirs. Une petite ville qui me fait penser à celles dans lesquelles le grand Stephen King fait évoluer ses personnages. Coïncidence? Je n’y crois pas, l’auteur me semble trop tordu pour cela. On ajoute ensuite un flic en exil, au destin tragique et victime de ses angoisses les plus sombres. Parsemons le tout de quelques crimes mystérieux, des meurtres venant jeter de l’ombre sur un grand tournoi international de golf. Vous croyez que cela s’arrête là? Placez ici et là des personnages particuliers ou des références cinématographiques, culturelles, et vous obtiendrez un amalgame d’éléments qui saura vous captiver, vous faire sourire.

L’écriture de l’auteur s’apparente à celle des polars américains et un peu à celle de Maxime Chattam. On peut facilement imaginer Christophe Collins dans son bureau, une cigarette au bec, tapant sur une vieille machine à écrire dont il manque une ou deux touches.

Le roman est bien écrit, truffé d’éléments cinématographiques se rattachant à l’intrigue et que les amateurs de cinéma pourront suivre à leur propre rythme. Comme un jeu où l’on cherche les éléments de films oubliés, à déchiffrer l’intrigue en espérant des indices non dévoilés.

« 35MM » est un suspense noir, humoristique et sarcastique. On parvient à ne pas tomber dans les clichés, sans pour autant nous priver de clins d’œil amusants. L’auteur maitrise son genre et s’avère un bon conteur d’histoire.
Il a le souci des détails, tisse son enquête avec lenteur, nous faisant languir et nous surprenant à plus d’une occasion. C’est en fait un très bon roman, qui saura vous divertir.

Ma note : 8/10

Liens Utiles :

Site de l’auteur – Christophe Collins

Site de l’éditeur – Lune-Écarlate

 

Lecture de Cancer de Mathieu Fortin

Cancer

Mathieu Fortin est un écrivain québécois originaire de La Tuque, en Mauricie. Bien connu des lecteurs de l’imaginaire, sa bibliographie est impressionnante et aussi le reflet de son incroyable talent. Il est aussi un des mes écrivains préférés.

J’ai eu le privilège de discuter avec Mathieu à quelques reprises et même de le rencontrer au Salon du livre de Montréal en 2012.

J’avais lu « Le Serrurier », « Le Protocole Reston », « La volonté d’Odi » et « Le loup du sanatorium ». J’ai aujourd’hui l’immense plaisir de vous faire découvrir son petit dernier aux Éditions Coups de tête.

Cancer.

Il s’agissait à l’origine d’une nouvelle littéraire publiée dans la revue québécoise « Solaris » et qui fut retravaillée afin d’en faire un roman. Je n’ai malheureusement pas eu la chance de lire la nouvelle originale, elle manque à ma collection d’écrits de Mathieu Fortin.

 Voici un résumé de l’histoire :

Éthan souffre d’un cancer fulgurant. Son médecin lui propose un traitement révolutionnaire non homologué, dans une clinique secrète du Texas. Éthan, au bout de ses ressources et désirant survivre peu en importe le prix, accepte. Tandis qu’il se retrouve dans ce centre médical ultra secret et dont on ne protège pas tant les entrées que les sorties, et où une série d’effets secondaires inattendus l’assaillent, plusieurs morts suspectes surviennent dans des hôpitaux de la ville de Québec. Le sergent détective et sa collègue chargés de l’enquête se buteront à de nombreuses portes fermées, mais leur instinct finira par les mener sur la bonne piste, lorsqu’une mort de plus attirera leur attention sur un traitement génétique inconnu de tous et de toutes.

 Ce que j’en pense :

Comme dans ses autres livres, Mathieu écrit comme il pourrait nous parler, sur un ton de confidence, sans nous compliquer la vie de phrases inutiles et de jeux de mots intellectuels ennuyants. Une belle plume qui nous charme, un ton complice et intime qui nous permet de nous rapprocher des personnages, de mieux vivre les actions auxquelles ils sont confrontés.

Dans Cancer, nous suivons les méandres d’une enquête policière qui s’amorce dans un centre hospitalier. À ce point, on pourrait parler d’un roman policier, avec une panoplie de détails scientifiques cohérents et vulgarisés. Nous suivons donc la dynamique ambigüe de deux inspecteurs, que j’imagine facilement redécouvrir un jour dans une série d’enquêtes, puisqu’ils sont attachants. Une suite Mathieu?

J’ai grandement apprécié la manière dont l’action est scindée entre les détectives et les patients de l’institut. Avec expérience et savoir-faire, on nous permet de naviguer dans l’enquête du point de vue des inspecteurs et parallèlement de vivre l’action avec les patients de l’institut, des autres personnages du récit. Les éléments s’imbriquent les uns aux autres à mesure que nous tournons les pages.

Ma plus grande surprise dans ce roman est venue dans la révélation des résultats du traitement d’Éthan. Passons-nous ici de roman policier à une histoire de science-fiction? Je m’attendais à presque tout, sauf à cela. C’est le genre de moment où l’on se retrouve avec la bouche grande ouverte, un petit filet de bave sur le menton. D’habitude, dans mes lectures, j’aime émettre des hypothèses sur ce qui s’en vient, me préparer au choc final qui souvent est un pétard mouillé.

Ici, j’ai été battu à mon propre jeu.

Sans dévoiler la fin, je dois dire qu’elle m’a grandement étonnée.

Bref, c’est une lecture que je conseille, un livre qui se lit très bien et qui saura vous divertir.

Sylvain Johnson et Mathieu Fortin - Novembre 2012

Sylvain Johnson et Mathieu Fortin – Novembre 2012

Site des Éditions Coups de tête.

Cancer en librairie.

 

Les Racines du Mal – Huitième partie – Georgia, lève-toi et marche !

Important :

« Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite. »

Sous terre

Georgia

Bordeaux, France

Elle respirait difficilement, les yeux clos, couverte de sueur en raison de la chaleur intense qui sévissait dans la fosse l’emprisonnant. Au-dessus d’elle, des grondements répétés lui avaient appris que la résidence enflammée avait commencé à s’écrouler, bloquant inévitablement toute possibilité de fuite. Elle était vraiment dans la merde et c’était une question de secondes avant qu’elle n’étouffe dans l’espace restreint, ses poumons se remplissant de fumée.

Étrangement, la jeune femme souriait, son souffle s’était transformé en un son rauque pitoyable, ses larmes laissaient des traces sur ses joues sales. Les tremblements qui animaient son corps s’étaient arrêtés depuis peu.

Georgia avait un statut particulier dans leur groupe hétéroclite. Son pouvoir était différent, rare et difficile à invoquer. Elle repensa aux autres, à Réal qui était un monstre sanguinaire, puissant et millénaire, une bête errant dans la nature en faisant régner la terreur. Il était à moitié humain et animal, un objet de légende et de mythe dans plusieurs civilisations passées, éteintes et même à venir. Les archives de l’humanité étaient remplies des traces de son passage. Il était une sorte de dieu parmi les hommes.

Jean était quant à lui un tueur sans pitié, à la force inégalée, au tempérament calculateur et sans le moindre égard pour ses victimes. Il aimait faire souffrir, aurait pu tuer un poupon innocent en lui brisant le cou sous les yeux de sa mère. Il ne connaissait que la destruction et ne trouvait de plaisir que dans l’acte de mort qu’il offrait avec efficacité. Sa tolérance à la douleur était tout aussi légendaire que sa capacité à guérir de ses blessures en un temps record.

Georgia avait un talent caché, qu’elle n’avait utilisé qu’une seule fois auparavant et dont les conséquences se faisaient toujours sentir, même aujourd’hui. L’utilisation de son pouvoir modifiait sa personnalité, effritait un peu de cette lucidité et de cette humanité qui gisait quelque part en elle. Viendrait surement le jour où elle franchirait le point de non-retour. Ce n’était toutefois pas pour cette nuit.

Son sourire s’estompa et elle se mit à pleurer, les yeux brûlés par la fumée, les poumons douloureux.

Elle allait bientôt pouvoir s’abreuver aux racines du mal.

Un choc sourd se fit entendre et une masse percuta le plafond de bois qui s’incurva, paraissant sur le point de céder. De la poussière pénétra dans sa prison sous forme de pluie sèche, bientôt suivie d’une fumée noire toxique.

Georgia n’eut que le temps d’un hurlement faible, avant que des débris ne la recouvrent avec fracas, broyant son corps, pulvérisant son crâne et ensevelissant sa frêle carcasse qui s’enflamma sous la chaleur.

***

12 ans plus tôt.

La petite Georgia s’éveilla en hurlant. En grattant de ses ongles brisés et du bout de ses doigts déchiquetés les parois malléables du tombeau froid et humide dans lequel l’homme avait enseveli son petit corps inanimé. Elle ignora la douleur des coups qu’on lui avait administrés, taisait la souffrance de ces blessures internes qu’il lui avait infligées. Le sang entre ses jambes ne s’était pas encore coagulé, la semence méprisable de cet être odieux coulait toujours en elle.

L’enfant grattait la terre avec frénésie, toussant, avalant goulûment le peu d’air qu’elle parvenait à capter dans les mouvements du sol qu’elle créait. Elle commençait à paniquer, labourant le toit sombre qui s’alourdissait. Son cri était une plaine d’animal blessé. Personne ne pouvait l’entendre.

Georgia sentit les premiers grains de terre pénétrer sa bouche aux lèvres fendues. Son sourire ne serait plus jamais le même, plusieurs de ses dents avaient été fracassées et sa langue avait été lacérée d’une lame froide agitée avec virtuosité. Elle cracha, redoubla d’effort en creusant. Du seul œil qu’elle put ouvrir, l’autre étant trop enflé, elle vit les premiers rayons lunaires qui l’accueillirent à l’air libre. Ses mains sales rencontrèrent le vide et elle parvint à se propulser hors du trou, roulant le plus loin possible de la sépulture qui lui avait été réservée.

Haletante, elle fixait le ciel clair de cette nuit froide. Nue, sale, couverte de blessures, d’ecchymoses et de plaies, la petite Georgia cessa de pleurer. Les sanglots laissèrent place à une haine malsaine et dévastatrice.

Sans honte pour sa nudité, elle se releva. Son visage était une immense plaie, son bras gauche avait été fracturé, mais elle était étrangement capable de le bouger sans trop de douleur. La brise nocturne la caressa indécemment tandis qu’elle laissait la magie s’opérer en elle.

Elle était morte quelques heures plus tôt. Cet homme qui l’avait suivit à son retour de l’école et qu’elle n’avait pas remarqué, l’avait accosté aux abords du sous-bois à moins d’une centaine de mètres de chez elle. Il l’avait interpellé par son prénom, puisqu’ils se connaissaient. C’était un des amis de son père, avec qui ce dernier buvait et jouait au poker. Il passait ses soirées à la chercher du regard. Elle se souvenait de ses attentions particulières, de ses cadeaux, ses sourires et elle savait aujourd’hui l’immondice qui gisait en lui, le cancer qui le rongeait.

Georgia serait le remède à tous ses maux, puisqu’elle n’aurait de repos que le jour où elle s’abreuverait de son sang, lui trancherait la gorge, broierait ses organes encore chauds. Elle voulait l’entendre hurler de souffrance, pour couvrir ses propres lamentations juvéniles alors qu’il la trainait dans les broussailles. Elle voulait l’entendre supplier, comme elle l’avait fait afin de faire cesser les coups qui pleuvaient, afin de mettre un terme à ses pénétrations douloureuses. La gamine voulait lui rire au visage, alors qu’il se trouverait aux gouffres de la folie, tout comme il s’était amusé à la toiser alors qu’elle gémissait, passant de l’inconscience à l’éveil à plusieurs reprises.

Un son devant elle et elle leva son regard vers l’épaisse végétation sur sa droite. Elle ne tremblait plus, ne souffrait plus. Son corps, un temple à la folie humaine, était devenu un témoignage à la survivance, au courage et à la vengeance.

Une forme encore plus sombre que les ténèbres glissa à la périphérie de sa vision et elle se contenta de rester immobile, les poings serrés, la mâchoire tellement contractée que ses dents restantes grinçaient. Elle se mit à trembler de colère et de détermination. Elle n’était qu’une pauvre petite gamine de 13 ans, innocente et qui n’avait pas voulu de toute cette horreur. Ce qu’on lui avait ravi n’avait pas de prix, elle exigerait toutefois réparation.

Après l’avoir violée et battue pendant plusieurs heures, Georgia avait cru qu’il la laisserait vivre. Qu’elle pourrait se lever et aller chercher de l’aide, que cet être ignoble serait puni par la justice des hommes. Mais les choses s’étaient déroulées bien autrement. Il était resté non loin d’elle, fumant en silence tout en la regardant. Il y avait une certaine folie dans son regard, une satisfaction cruelle qui la terrifiait. L’individu s’était finalement levé, marchant tout autour de la gamine mal en point qui gisait au sol. Ses souliers luisants étaient tout ce qu’elle pouvait voir et sans avertissement, il lui asséna un puissant coup de pied au visage qui l’envoya rouler sur le dos. Une pelle qu’elle n’avait pas remarquée plus tôt fit son apparition, elle heurta l’objet au manche boisé.

Elle tourna la tête dans cette direction et vit le trou.

Elle hurla, voulut se débattre, le combat inégal était à l’avantage de l’homme. L’agrippant par les cheveux, il la tira tout près de la fosse d’à peine trois pieds de profondeur pour l’y pousser sans ménagement. Dans le trou, elle voulut se relever, ignorant la douleur dans son corps, mais il retira un objet de la poche de son veston.

Elle cessa de bouger et contempla le canon du revolver. Elle se souvint qu’il était policier, qu’il devait protéger et servir, non pas blesser et asservir.

Georgia eut le temps de hurler avant que le coup de feu ne l’atteigne au cœur, remplissant la nuit d’un tumulte assourdissant. Ce fut tout, puisqu’elle se réveilla sous terre, son assaillant croyant l’avoir enterrée morte, mais elle était vivante d’une nouvelle existence improbable.

Maintenant qu’elle se tenait debout non loin du trou, une forme mystérieuse tapie dans l’obscurité, elle baissa son regard sur sa poitrine. Elle vit une large plaie et du sang séché. Cette blessure mortelle était toutefois indolore. Georgia était bien morte, elle pouvait le sentir, le deviner à la consistance énigmatique de l’air, à cette étrange force qui s’écoulait en elle. Tout lui semblait différent, plus intense.

La petite patientait face à la chose près du sous-bois. Sa silhouette s’était immobilisée et lui faisait face. Sa forme était vaguement humanoïde, quoique floue comme si elle refusait d’être définie. Elle décida de s’adresser à la créature.

–        Qui êtes-vous?

Elle fut surprise de l’aplomb de sa voix, de son courage. La petite gamine maigrichonne et meurtrie n’avait plus peur. Elle avait connu l’horreur. L’ombre lui répondit d’une voix à mi-chemin entre le murmure et le grognement de bêtes sauvages.

–        Je suis celui que tu voulais rencontrer.

Intriguée, Georgia fit un pas vers l’avant, mais une sorte d’aboiement fiévreux retentit et un souffle putride l’atteignit, la forçant à garder ses distances. Sur la défensive, elle parla.

–        Que me voulez-vous?

Un regard scintilla dans la masse obscure de la nuit et l’enfant sentit l’odeur de putréfaction qui émanait de la chose, plus forte que l’effluve du sang, de la terre et de la sueur qu’avait laissé sur elle le monstre qui l’avait violenté.

–        Je peux te redonner une vie similaire à celle qui te fut enlevée.

Morte, elle était bien morte et c’était le diable qui se tenait devant elle. Ce n’était pas la peur qui dominait, mais le désir de vengeance. Sa capacité à transformer sa colère en détermination ferait d’elle une femme redoutable. L’enfant n’était toutefois pas dupe, elle pouvait bien voir que ce qu’on lui proposait n’était pas une offre généreuse. Sa voix naguère douce sonnait comme celle d’une adulte.

–        Quel est le prix?

Un rire déchira la nuit, la forme se précisa et la gamine comprit. Elle sut que le prix à payer pour sa vengeance serait élevé et que l’accepter ferait d’elle une atrocité parmi les humains. Mais c’était préférable à la mort, l’oubli et le silence. Sa vie n’était pas terminée. Elle aurait dût se prolonger de manière naturelle.

 De son œil ouvert, avec son petit corps ravagé et brisé, elle s’avança vers la forme menaçante.

–        J’accepte.

La petite Georgia s’enfonça alors dans le sous-bois avec la créature ténébreuse. Elle était prête à payer le prix demandé.

***

Aujourd’hui.

Georgia adulte, survivante du brasier, se tenait dans une ruelle sombre. Épiant la porte arrière d’un établissement. La fraîcheur de l’air nocturne ne l’incommodait plus et sa patience n’avait pratiquement aucune limite.

La journée avait commencé du bien mauvais pied, par sa deuxième mort. Heureusement, elle détenait un avantage particulier que la plupart des mortels ne pouvaient soupçonner. C’était le choix de poursuivre sa vie interrompue prématurément aux mains des hommes. Elle devait verser aux choses de la nuit un tribut coûteux, malgré les conséquences mentales et physiques évidentes qui en découlaient.

La jeune femme préférait ne plus y penser, du moins pour le moment. Elle avait quitté le brasier de cette maison où Sébastien l’avait trompé, humilié et piégé. Georgia ignorait les détails de la mission du jeune homme, ignorait pourquoi il avait attendu aussi longtemps avant d’essayer de la tuer.

Un mouvement dans la ruelle attira son regard, non loin de la porte. Un homme obèse quittait l’établissement, son pas traînant faisant fuir quelques chats de gouttière dissimulés dans les ordures qui jonchaient le sol. Ce n’était pas l’homme qu’elle cherchait.

Une fois le prix payé, elle avait quitté les flammes et rampée loin des débris. Sans ressentir la douleur, submergée par la colère et non loin de la folie, elle s’était dissimulée dans les buissons d’une résidence adjacente. Le chaos de la scène lui avait permis de passer inaperçu, les pompiers et les nombreux curieux épiant le brasier qui se propageait déjà aux résidences voisines. Dans la cour arrière, elle était passée d’un cabanon à un autre, baignée par la luminosité des flammes et des gyrophares. Elle traversa une clôture et découvrit une résidence plongée dans les ténèbres, ce qui ne pouvait que signifier une chose avec tout ce bruit : personne ne s’y trouvait. Elle brisa une fenêtre et pénétra à l’intérieur, soulagé de ne pas entendre d’alarme. À l’étage, elle trouva des vêtements qui feraient l’affaire et sur une table de nuit, quelques billets enroulés. Des clés de voiture s’y trouvaient aussi et elle s’en empara. Dans le garage, elle parvint à faire démarrer une vieille voiture allemande qui semblait dater d’un autre siècle et en raison de l’agitation plus loin dans la rue, elle put s’éclipser sans attirer l’attention.

Maisons en feu

Elle avait roulé dans la nuit, suivant la piste de Sébastien. Elle se rendit d’abord au bar où il rencontrait ses copains débiles pour boire comme un trou et questionna le barman. Celui-ci n’avait pas vu Sébastien, mais savait que son groupe jouait le soir suivant au bar « De la somme ». Elle remercia l’employé qui ne put s’empêcher de la déshabiller du regard. Elle trouva ensuite une chambre dans un motel minable, elle avait besoin de repos et plusieurs heures devant elle.

La nuit était tombée et Georgia se trouvait maintenant derrière l’établissement, avec une vue imprenable sur la sortie arrière, là où les membres du groupe finiraient par sortir avec leurs instruments de musiques, tout l’équipement. Il était près de trois heures du matin.

Georgia ferma les yeux un instant, respirant profondément.

Une porte claqua et alors qu’elle ouvrit les yeux, vit Sébastien qui titubait dans la ruelle, son bras passé autour du cou d’une jeune femme en jupe très courte, au décolleté provocant. Elle dut se défaire de ses talons hauts, les lançant tout simplement contre le mur et cela les fit éclater de rire.

Georgia souriait aussi, mais pour une tout autre raison.

Elle sortit de l’ombre…

À suivre…

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Les Racines Du Mal – Septième Partie : Jean et le bras de Joseph

Important :

« Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite. »

police sous attaque

Jean Métallos

Rioz, France.

La voiture de Jean démarra en trombe et fonça dans la rue, la musique déversée par les haut-parleurs menaçant de lui déchirer les tympans. Sa hache reposant sur ses genoux, il manœuvra habilement entre les voitures stationnées, enfonçant l’accélérateur, voulant gagner le plus de vitesse possible avant d’atteindre sa cible.

Le bruit du moteur, la voix criarde de « James Hetfield » ou la simple apparition du véhicule attira l’attention des flics qui se tenaient dehors, devant l’église. Ils se retournèrent vers lui, tout d’abord par curiosité, mais ils découvrirent rapidement que sa trajectoire et son accélération n’avaient qu’un but.

Les écraser!

Riant à gorge déployée et en pleine érection, Jean projeta son véhicule comme un projectile véloce et meurtrier dans la masse colorée des policiers et de leurs voitures. L’impact fut monumental, bruyant et suivi par une pluie de débris. Sa bagnole emboutit l’une des voitures de police sur le côté, happant par le fait même les jambes d’un des agents, son corps désarticulé exécutant un vol plané remarquable. Il ne vit pas son atterrissage, n’entendit pas son crâne se fracasser sur le trottoir bétonné et ne vit pas la flaque qui se forma tout de suite après.

Sa bagnole se retrouva ensuite coincée entre deux voitures de flic, sa ceinture de sécurité l’empêchant de subir le contrecoup de l’arrêt brutal, d’être blessé. Il avait réussi son entrée en scène, rendu inutilisables la plupart des véhicules.

Le bruit de ferraille tordue, de son moteur qui s’étouffait et des débris qui retombaient prirent la relève à cette musique rugissante qui s’était tue. Jean ôta sa ceinture et se glissa dans l’ouverture créée par la vitre qu’il avait préalablement laissée ouverte. Il avait prévu que les portières puissent être bloquées et donc impossible à ouvrir.

On criait au loin, alors que tout près on se lamentait, s’éveillait du choc inattendu. Jean prit la direction de mouvements qu’il détecta sur sa droite, traversant des filets de fumée et côtoyant un enjoliveur vagabond qui s’était perdu, ne trouvant plus la roue qu’il devait abriter.

Jean riait toujours, Furie sa légendaire hache levée à bout de bras. Un des policiers était à genoux, contre le flanc cabossé d’un véhicule immobilisé. Il leva la tête en entendant des pas, croisa le regard de l’homme défiguré qui se penchait sur lui et un sifflement rapide mit fin à tout processus de pensée, tout mouvement corporel ordonné par son cerveau court-circuité. La dernière chose qu’il vit fut le démon laid et vicieux qui venait lui enlever la vie. Il s’écroula comme un pantin sans vie, sa tête libérée décida de faire la cour à cet enjoliveur luisant qu’elle tenta désespérément de rattraper, laissant une empreinte rougeâtre.

Le tueur à gages pivota aussitôt, recherchant la prochaine victime potentielle de son carnage. Il vit tout de suite les deux hommes en uniformes contre le mur de brique de l’église. L’un d’eux était au sol, se relevait péniblement, les avant-bras et les coudes en sang, ses cheveux en bataille. L’autre était adossé contre le mur, possiblement en état de choc, puisqu’il restait sur place sans bouger, la bouche entrouverte et le regard vacillant. La brutalité de l’attaque-surprise avait été d’une efficacité remarquable.

Celui qui se tenait debout avait une blessure au front, qui saignait en une coulée sinueuse le long de sa joue, dans son cou. Il avait reçu un débris. Dans sa confusion, il n’avait même pas encore amorcé le geste, pourtant essentiel dans une telle situation, de dégainer son arme de service.

Jean excellait dans les moments de crises, dans le chaos et la confusion. À la guerre, c’était au front qu’il était au sommet de sa forme, piétinant les carcasses inertes des soldats, écoutant siffler les projectiles et hurler les mourants. Ce n’était évidemment pas le cas pour les deux jeunes policiers de campagne inexpérimentés, leurs pensées devaient être dirigées vers ces jeunes épouses qui les attendaient à la maison, vers les gamins pleurnichant et morveux qu’ils aimaient tant.

Ils avaient peur de mourir!

Jean courut, sauta et glissa sur le capot défoncé d’une voiture, pour retomber sur ses pieds non loin des deux hommes. Il hurla et sans la moindre hésitation, abattit la hache sur celui qui se tenait debout, le frappant à la poitrine, le projetant contre le mur, son dos absorbant le choc du béton. Le regard du pauvre policier trop lent s’agrandit, sa main chercha à lui agripper le bras, mais Jean se retira aussitôt avec la hache qui dégoulinait d’hémoglobine. Le jeunot s’écroula lentement, révélant une entaille à l’endroit où l’arme avait touché le mur.

Son copain qui venait tout juste de se redresser ne chercha pas à dégainer son arme, tout ce qu’il voulait était fuir. Il se retourna, gémissant comme une écolière effrayée par une araignée qu’on lui plaçait sous le nez. Il tenta de déguerpir au pas de course. Jean ne lui en donna pas la chance, il s’élança vers l’homme, ses bottes claquant bruyamment contre le sol, c’était le tumulte du balancier qui sonne le glas. Le tueur était rapide, fit trois enjambées et dès qu’il se trouva à portée de main, frappa le dos à découvert du policier fuyard. Il avait visé la colonne vertébrale, sentit le choc de l’impact et l’homme s’écroula au sol. Jean relâcha le manche de son arme, s’immobilisant tout près de la victime qui gigotait encore. Il plaça un pied sur son postérieur et retira la hache d’un gémissement d’effort. Le sang coula aussitôt, le policier se retournant afin de lui faire face. Ses yeux étaient remplis de larmes, sa main tendue dans une demande irréfléchie de pitié. Il avait pissé dans son pantalon et pleurnichait. Jean leva la hache, sentit une goutte de sang lui toucher la joue et abattit l’arme directement dans le cou de sa victime. Il mourut sur le coup, mais une deuxième frappe fut nécessaire pour détacher la tête qui roula jusqu’au caniveau.

Les yeux du policier se fixèrent sur lui, à jamais vides, et le tueur se détourna.

Un coup de feu résonna, un éclat sur sa droite fit voler des morceaux de béton. On venait de lui tirer dessus et en se jetant contre une voiture, accroupi, il vit le policier agenouillé de l’autre côté de sa bagnole.

Le représentant des forces de l’ordre avait le visage trempé de sueur, la main qui tenait l’arme pointée dans sa direction tremblait tellement, qu’il était incapable de la stabiliser sur une cible fixe. Le brave à la voix de chèvre en rut hurla néanmoins.

–          Jetez votre arme!

Jean s’adossa contre le flanc métallique dans son dos. Il leva les bras, sans cesser de sourire, Furie levée bien haut vers le firmament, comme l’étendard de son instinct meurtrier. Il voulut rassurer celui qui le tenait en joue, endormir sa méfiance.

–          Ça va, j’ai compris!

Le policier se redressa un peu, cherchant à adopter une meilleure position pour garder l’homme dans sa ligne de tir. Il devait tenter de gagner du temps, espérant que les deux autres confrères armés se présenteraient en renforts. Debout, Jean se retourna afin de faire face à son adversaire, sa poigne sur le manche boisé restait ferme.

Il devait agir avant l’arrivée des autres enfoirés. C’est pourquoi, sans prévenir, il abaissa avec force le bras qui tenait la hache en l’air, l’envoyant valser droit devant lui. Jean se jeta de côté, juste au cas.

Un autre coup de feu se fit entendre, alors que la hache atteignait sa cible en plein visage, c’était un lancer qu’il avait pratiqué durant des heures, mais rarement exécuté dans la vraie vie. Il était fier de voir que cela fonctionnait vraiment.

S’étant déplacé d’un pas sur la droite, il sentit l’éveil d’une douleur à son épaule. Il toucha l’endroit sensible et les bouts de ceux-ci revinrent ensanglantés, il avait été touché.

Jean la brute hurla de colère, se pencha afin de ramasser le revolver du policier qu’il avait tué contre le mur. Il s’assura que l’arme était bien chargée, ne prit toutefois pas le temps de chercher d’autres munitions. Le temps était compté avant l’arrivée des renforts et il ne fallait pas repousser l’idée de citoyens voulant jouer les héros. Il s’approcha ainsi rapidement de la porte de l’Église, longeant le mur en fouillant la scène du regard. Les coups de feu avaient été entendus par les confrères policiers à l’intérieur et ces derniers avaient amplement eu le temps de dégainer. Le son d’une radio se fit entendre, on confirmait l’envoi de renfort, beaucoup de renfort.

Il avait laissé Furie derrière lui, plantée dans le visage de sa dernière victime. C’était un choix stratégique, puisqu’il ne pouvait se permettre de perdre un temps fou à la récupérer. Il aurait aussi fallu passer devant l’entrée de porte qui donnait dans l’église, tombant peut-être dans la ligne de mire de ceux qui s’y barricadaient. Il reviendrait plus tard pour la prendre.

Jean décida de passer à l’action, il aurait pu rebrousser chemin, tenter de fuir, mais il n’abandonnait jamais un contrat, son honneur était en jeu. Il doutait aussi que les policiers barricadés dans l’église aient souvent eu l’occasion de tirer sur des hommes. Une seconde d’hésitation à enfoncer la détente pouvait faire la différence.

Le tueur s’assura d’un coup d’œil dans la rue qu’il n’y avait aucune menace de ce côté-là, ne vit personne et en fut satisfait. Il se souvenait d’un séjour en Écosse, d’une mission qui avait failli échouer. C’était un contrat simple, abattre un vieil homme chez lui, dans une cabane au flanc de la montagne. Le problème est qu’il n’avait pas cru bon de mettre un silencieux sur son arme, le coup de feu avait alerté quelques chasseurs dans les bois environnants. Il avait appris à ses dépens que les Écossais se tenaient les coudes, se protégeait les uns les autres. Il avait failli y laisser sa peau, fuyant sous une pluie de plomb.

Un certain calme s’était installé dans le quartier, on devait s’être barricadé et déserté la rue. Jean respirait comme un taureau, la douleur dans son épaule le dérangeait un peu. Il leva l’arme devant lui et avec un cri de guerre rauque, fonça dans l’entrée, tirant sur tout ce qui tombait dans son champ de vision et avait une silhouette vaguement humaine.

Banc d'église

Il vit qu’un des policiers se trouvait agenouillé derrière un banc d’église, sur sa droite. Jean tira dans cette direction, fit sauter des éclats de bois sur le dossier tout près, moins d’une dizaine de centimètres devant l’autre. Surpris, l’homme se jeta au sol, maintenant hors de vue. Jean se demandait s’il l’avait touché.

Il ne vit pas l’autre policier, mais eut le temps de tirer sur d’autres formes humanoïdes. Il atteignit Marie qui tenait l’enfant, Jean le baptiste fut touché et un agneau vit une de ses pattes s’envoler en éclats, créant une pluie de débris. Le chargeur vide, l’arme chaude avait perdu son pouvoir de mort. Le tueur n’eut d’autres choix que de se dissimuler derrière le banc le plus proche.

Il reprit son souffle, adossé contre le bois froid du dossier. Le silence n’était rompu que par sa respiration rapide, ses battements de cœurs frénétiques. Il dut réprimer une envie de rire avec nervosité, puisqu’il adorait l’action et était bien servi dans cette petite aventure. Comme il avait chaud et suait, il dut s’essuyer le front, les yeux. Il entendit à ce moment un glissement tout juste perceptible non loin de lui, révélant l’emplacement du policier sur lequel il avait tiré. S’assurant que l’arrière de l’église était toujours désert, que d’autres cons de flics n’étaient pas arrivés sur les lieux, il se débarrassa de l’arme vide.

Il était contrarié de ne pas avoir vu l’autre policier ou le prêtre qu’il protégeait, mais s’imaginait qu’ils devaient être allés dans le presbytère adjacent à l’édifice. Un passage devait relier les lieux. Il s’en occuperait plus tard. Pour l’instant, il se coucha à même le sol, son visage à quelques centimètres du plancher. Il vit ainsi le policier touché qui rampait en grimaçant de douleur. Son arme à la main, il ne l’avait pas encore vu, mais ne tarderait pas à le faire. Il était occupé à surveiller une attaque pouvant venir du haut.

Jean se releva aussitôt, enjambant le siège du banc, se tenant debout sur ce dernier. Exposé, il prit le soin de jeter des regards furtifs vers l’autel, les colonnes latérales et autres endroit où on aurait pu se dissimuler. Il se doutait que l’autre flic se trouvait avec le prêtre, lui offrant une protection rapprochée.

Jean sauta, en tentant de faire le moins de bruit possible, d’un banc à l’autre. Cela lui permit de réaliser qu’ils n’étaient pas ancrés au sol, qu’ils titubaient sous son poids, menaçant de se renverser. Il compta douze bancs avant de s’immobiliser, c’était deux de moins que son estimation de la distance le séparant du policier.

Tendant l’oreille, il entendit la respiration saccadée de ce dernier, ne le voyant toujours pas. Il devait être tout juste devant lui et Jean décida de se jeter au sol, de pousser le banc le plus près avec brusquerie, voulant créer un effet de domino.

Cela fonctionna, trois rangées tombèrent à la renverse avant qu’il n’entende les cris de douleur et de surprise de sa victime. Se frayant un chemin au travers des bancs, il trouva le malheureux sous le piège boisé, son arme toujours en main dirigée vers lui.

Évitant de justesse un coup de feu dont le projectile siffla à ses oreilles, Jean se jeta de côté, voyant et prenant un livre de prières qui reposait au sol. L’utilisant comme projectile, il lança l’objet vers l’individu prisonnier et traqué, déclenchant une autre détonation assourdissante, amplifiée par l’écho de l’immense pièce. Le policier devait ménager ses munitions, puisqu’il tirait uniquement lorsqu’il croyait avoir une chance d’atteindre sa cible. Cet homme avait de l’expérience, n’était pas un agent tout juste sorti de l’école.

Jean connaissait toutefois sa position exacte et se trouvait derrière lui. Il agrippa un banc d’une longueur suffisante pour que six personnes l’occupent, le souleva en retenant un gémissement de force. Il lança ainsi son projectile improvisé vers le policier au sol, se jetant à sa suite en espérant éviter de se faire tirer dessus. Le banc atteignit l’homme de plein fouet, mais il conserva son arme, hurlant de douleur. Il était incapable de se retourner, lui faisait dos et Jean frappa son poignet d’un coup de pied qui brisa le membre d’un claquement sec. L’arme fit un vol plané, retomba au sol et glissa jusqu’à une colonne.

Profitant de l’effet de surprise, Jean fondit sur sa proie, lui entoura le cou de ses bras et d’un mouvement sec, similaire au craquement d’une branche qu’on piétine, lui brisa le cou.

Le corps retomba, inerte, et ses jambes prisonnières toujours invisibles sous les pièces boisées.

Jean se releva tout de suite, aux aguets, cherchant la moindre trace d’un passage par où les autres avaient pu s’enfuir. Il vit l’autel, le confessionnal, des statues et une porte vers la droite. Ce devait être le couloir qu’il recherchait. Il quitta le centre de la pièce, se rendit auprès de Jésus sur son chemin de croix, tout près de la porte.

Il n’avait pas d’arme, décida d’arracher l’un des bras d’un Joseph cocu qui se tenait tout près, espérant que ce dernier lui pardonnerait. Après tout, il avait fermé sa gueule au sujet de sa femme forniquant avec un « ange », pourquoi se plaindrait-il d’un démon?

Jean posa son oreille sur la porte, mais n’entendit rien. Il tendit ensuite la main, toucha l’acier de la poignée froide, la fit tourner très lentement. Elle n’était pas verrouillée. Il offrit une petite poussée à la porte, se reculant dans un angle qui le dissimulait au cas où l’autre crétin aurait eu l’idée de l’attendre avec le doigt sur la détente.

Rien. Sinon un couloir sombre.

Jean n’aimait pas cela, détestait le jeu du chat et de la souris. Il préférait l’attaque de front, la confrontation directe. Courir après ses victimes le faisait chier.

Il entra dans le couloir, quelques pas le conduisirent à une autre porte où il jura à voix basse. Il commençait à en avoir assez, avait suffisamment risqué sa vie dans cette mission. En colère, voulant mettre fin à la chasse, il donna un puissant coup de pied dans l’obstacle qui s’ouvrit en grand, sur une vaste pièce.

C’était l’endroit où le prêtre devait se préparer pour la messe, se changer et y aller de ses bons petits soins avec les enfants de chœur. Des robes et diverses pièces de vêtements étaient accrochées aux murs, des objets entreposés un peu partout sur des étagères. Deux portes sans inscriptions se trouvaient au fond de la pièce.

Jean fit un pas, vit une silhouette sur sa gauche qui lui tournait le dos, vêtue d’une soutane noire. C’était peut-être le curé, à moins qu’il ne s’agisse d’un piège. Il ne pouvait voir les mains de l’homme, dissimulées devant lui et qui pouvaient tenir une arme chargée. Il ne cessait de regarder vers les portes, s’attendant à tout moment à voir le dernier policier surgir et lui tirer dessus. Il devait faire quelque chose et son choix tomba sur une avancée vers la silhouette non loin.

Il fit deux pas, s’arrêta. Son bras de statue levé, Jean brisa son silence.

–          Père?

L’homme ne bougea toutefois pas, ce qui l’agaça grandement. Dans quel jeu de con avait-il mis les pieds? Pourquoi toute cette mise en scène?

Il voulut avancer à nouveau, mais un mauvais pressentiment le retint. Il pivota la tête vers les portes, avec l’impression qu’on l’épiait. Il pouvait jurer qu’on se terrait dans l’une des pièces adjacentes, pouvait sentir un regard glisser sur lui, le profaner avec de mauvaises intentions. Il se décida donc à prendre cette direction, mais avant qu’il ait fait deux pas, la porte de droite s’ouvrit en grand, dévoilant un policier aux cheveux trempé, la lèvre frémissante et le regard voilé par la terreur. L’homme lui parla.

–          Je vous en prie, ma femme est enceinte et…

Jean n’attendit pas la suite de la plainte mélodramatique du policier, il s’élança vers lui. L’agent de la paix était toutefois plus rapide que ses confrères, Jean vit son doigt qui enfonça la détente, les muscles de son avant-bras qui bougeaient sous la peau, se contractant. Malgré tout, rien ne se produisit, l’arme resta silencieuse.

Il avait oublié d’enlever le cran de sûreté.

Jean ne perdit pas de temps en réflexions inutiles. Il fonça en agrippant l’une des robes à portée de main, qu’il lança sur le policier estomaqué par sa propre stupidité et qui se transforma en fantôme noir. Le tueur lui tomba ensuite dessus, frappant comme un enragé avec le bras de Joseph, jusqu’à ce que l’agent s’écroule, perde son emprise sur l’arme. Il persévéra jusqu’à ce que la masse devienne inerte et silencieuse.

Il retira ensuite la robe qui couvrait le malheureux, sans se départir du bras encore intact de la statue, pour lui tâter le pouls. Il était faible, mais présent. Jean ramassa le revolver délaissé, défit le cran de sûreté et visa la tête ensanglantée de l’homme. Il tira deux coups.

Il se retourna ensuite vers le prêtre, qui n’avait pas bougé.

Jean s’approcha, fouillant la pièce du regard, cherchant toute possibilité d’un piège plus élaboré que prévu.

–          Mon père?

Pourquoi cet enfoiré ne le regardait-il pas? Était-ce bien lui?

Jean était maintenant à deux pas de l’individu qui avait offert sa vie au service de Dieu et à l’adoration des gamins nus. Il tendit le bras, celui qui ne lui appartenait pas, touchant la soutane au dos.

Le prêtre se décida enfin à pivoter, à lui faire face.

L’homme qui se trouvait devant lui n’était pas celui de la photo, n’était pas le prêtre qu’il était censé éliminer. Celui qui l’observait avec un rictus moqueur était une de ses veilles connaissances. Avec sa petite barbiche à la Raël, Alex André Giraudeau le fixait de son regard machiavélique. Jean vit ses lèvres remuer au même moment où il apercevait l’arme automatique braquée sur lui, son canon béant prêt à délivrer une sentence de mort irrévocable.

–          Bonjour, Jean, ça fait longtemps. Elle ne vous a pas oublié, vous savez!

Un tonnerre assourdissant se répercuta dans la pièce et l’odeur de la poudre domina durant un très court instant, supplantant l’encens et les lampions se consumant à proximité.

La noirceur tomba sur Jean comme une ex-femme psychopathe et vorace dans un procès pour arrérages de paiement de pension alimentaire : avec froideur.

Revolver au visage

À suivre…

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