Dossier 2 : « La Mémoire du Tueur »

Dossier « La Mémoire du Tueur » est un texte explicatif destiné à vous faire découvrir le deuxième tome de ma série.

Bienvenue dans mon univers !

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Memoire du Tueur, La - Sylvain Johnson

Dossier 2 : « La Mémoire du Tueur »

Nous sommes en décembre 2015. Le 23, pour être plus précis. Le deuxième tome du cycle « Le Tueur des Rails » voit finalement le jour. C’est un moment important dans ma carrière d’écrivain. Non seulement parce qu’il s’agit d’une autre publication, mais parce que ce roman me libère d’un énorme fardeau. Le doute. Il a fallu 5 ans pour que la suite trouve sa place dans les librairies numériques. 5 ans pour que le roman initial cesse de me hanter. 5 ans pour passer à autre chose.

La suite n’était pas prévue, du moins après l’écriture du premier. Le Tueur des rails devait être un bouquin unique, mais les choses ne se passent presque jamais comme prévu.

Sheridan, le tueur légendaire de mon histoire, devait me hanter. Les lecteurs voulaient en savoir plus, je voulais en dire plus, découvrir pourquoi ce personnage m’habitait avec autant de passion.

Au fil des jours, des nuits, naissait peu à peu la matrice de ce nouveau roman « La Mémoire du Tueur ».

Océan Park

« Quand il avait rencontré Jodie, elle venait tout juste de faire l’acquisition d’une immense résidence dans une petite ville côtière nommée Ocean Park, dans l’état du Maine. Comme son nom l’indiquait, la communauté était située tout près de l’océan et de la ville plus connue d’Old Orchard Beach. C’était une destination de vacances très populaire, que ce soit des Canadiens recherchant la plage et le soleil ou des Américains des États voisins privés de l’océan. La résidence datait du siècle dernier, avait été aménagée en hôtel avec des chambres et des suites, que la femme avait l’intention de louer. »

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Au moment de l’écriture de ce tome, je vivais sur la côte du Maine, dans une énorme auberge pour touriste fermée durant l’hiver. Nous avions loué une chambre pour la durée de la saison morte, avec vue sur l’océan. Nous y avons passé deux hivers. C’est dans cette petite communauté d’Océan Park que je commençais à écrire « La Mémoire du Tueur ». Je me questionnais sur la possibilité qu’un meurtrier maniaque et torturé par un mal millénaire puisse s’intégrer dans la société. Est-ce que Sheridan pourrait arriver à se fondre dans la foule, à s’établir quelque part et enfin vivre? Je l’imaginais, souffrant et luttant contre ses pulsions, tout cela pour avoir la chance de devenir « normal ». Une femme devait être sa motivation.

Mais comme toute belle chose, il arrive que le destin se retourne contre vous et c’est exactement ce qui s’est passé pour Sheridan. Le mal qui vit en lui, qui l’anime jour et nuit, ne pouvait être contenu. Un meurtrier sanguinaire laisse des traces sur son passage, des ennemis s’élèvent parfois dans la foule pour leur faire face. Le passé vous suit, vous hante et ne vous laisse jamais seul.

Sur la berge venteuse et enneigée de la côte du Maine, je me suis laissé inspirer par l’ambiance macabre et j’ai mis sur papier les premiers chapitres.

Sheridan ne pouvait nier sa nature, la dissimuler un moment, peut-être, mais pas éternellement. Ce fut une silhouette sombre, une masse furtive qui vint le ramener dans la réalité malsaine de son état de tueur en série.
Je vous épargnerais les détails, mais disons que la pire chose qu’un tueur puisse rencontrer est un autre tueur.

DogTown

« Le sentier s’était rapidement élargi au point d’être suffisant pour permettre le passage d’une voiture, quoiqu’il n’en vit aucune trace sur le sol de terre battue. Seules des empreintes de pas humains s’étaient fossilisées dans la boue durcie. Il comprit qu’il avait atteint sa destination quand il vit un panneau en bois artisanal qui pendait de travers à une branche. Sur la pièce boisée et usée par le temps, les intempéries, on avait peint un nom en lettres noires. DogTown »

Une grande partie de l’action, dont la fin du roman, se déroule à « Dogtown » dans l’état du Massachusetts. Un lieu réel, bien que différent de la description dans le livre. Je suis tombé sur cet endroit par hasard et son histoire m’a charmé, m’a poussé à en faire la visite. Je ne fus pas déçu, puisque l’histoire riche et mystérieuse de « Dogtown » s’est avérée parfaite pour mon récit. Imaginez un endroit colonisé dans les années 1600 sur la côte du Massachusetts, un lieu considéré idéal afin de se protéger contre les pirates et les Amérindiens. Lors du conflit de 1812 et en raison des risques de bombardements, plusieurs habitants abandonnèrent leurs résidences pour un lieu plus sécuritaire. Le résultat fut que ces maisons se virent habitées par des vagabonds et itinérants. Les femmes de soldats ou marins qui ne revinrent jamais se dotèrent de chiens pour se protéger et plusieurs de ces animaux se retrouvèrent à l’état sauvage et donnèrent à l’endroit son surnom. Parmi les derniers habitants, on en suspectait certains de pratiquer la sorcellerie. Avec un si riche passé, l’endroit fut aménagé pour devenir un petit réseau de sentiers pédestres, au paysage rocheux particulier. D’ailleurs, un des bienfaiteurs de la région installa plusieurs rochers le long des sentiers, avec des mots ou phrases gravés dans la pierre pour éveiller la curiosité.

En écrivant ce roman, je me libérais de Sheridan, tout en permettait aux lecteurs d’en apprendre plus. J’espère qu’ils aimeront cette suite qui se déroule chronologiquement avant le premier tome. C’est donc un tueur plus jeune que le lecteur découvrira.

Je vous invite à découvrir ces 3 articles intéressants sur Océan Park et surtout « Dogtown ». Malheureusement, deux de ces articles sont en anglais et celui en français est incomplet.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Dogtown
https://en.wikipedia.org/wiki/Dogtown, _Massachusetts
https://en.wikipedia.org/wiki/Ocean_Park, _Maine

Pour découvrir le premier tome de la série :

Le Tueur des Rails

Pour découvrir le deuxième tome de la série :

La Mémoire du Tueur

Le site de mon éditeur :

L’Ivre-Book

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Lecture de Stephen King -11/22/63

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11/22/63

Lire un roman de Stephen King est toujours un plaisir et une aventure. Parce qu’on parle rarement d’un petit roman de cent vingt pages. Dans le cas présent, c’est un livre de près de huit cents pages, une brique.

Il est inutile de présenter Stephen King, de parler de son talent, de son influence sur les jeunes et moins jeunes auteurs de notre génération. Certains le considèrent comme un maître, d’autres croient qu’il est sur le déclin. Il ne fait pas l’unanimité et c’est tout à fait normal. Les goûts sont dans la nature.

Personnellement, j’ai rarement eu de déceptions en lisant une de ses œuvres. Même avec les plus distantes de son genre de prédilection. Ses écrits sur le monde carcéral ou le baseball font, à mon avis, partie de son cheminement littéraire et valent la peine d’être découverts.

Dès mes premières lectures de King, j’ai été grandement impressionné par la variété de ses personnages, leurs profondeurs psychologiques et leur étrangeté. Je me disais que cet écrivain avait un talent fou pour créer des êtres loufoques, compliqués, énigmatiques et parfois complètement fous. Je lui concède le talent d’être en mesure de les détailler sur papier, sauf que je suis prêt à faire une déclaration concernant ses personnages. Je sais, certains vont vouloir me lapider pour oser dire une chose aussi horrible. J’ai vécu au Maine durant une dizaine d’années. J’ai habité dans un petit village de moins de mille habitants, au centre de l’État, et j’ai côtoyé la population locale. Mon impression de ces gens ou du moins de certains d’entre eux est qu’ils sont tout droit sortis d’un roman du King. Ce qui me pousse à dire ceci : Stephen a le mérite de faire vivre ses personnages, mais il ne fait que s’inspirer des gens auprès desquels il vit. Je me souviens d’un après-midi d’hiver où un des habitants du village m’a accosté dans l’unique « Supermarket » de la localité. Bien entendu, on entre dans la banque et l’épicerie avec son fusil sur l’épaule, sa veste à carreaux et son long couteau à la taille. Le visage tordu d’une grimace, non rasé et avec son haleine d’oignon, il m’annonce qu’il va gravir le clocher de la petite église pour s’y placer, dans l’attente de voir le facteur et lui tirer dessus avec son fusil de chasse. Les autres, qui nous écoutent, hochent la tête, comme s’ils détestaient aussi le facteur, qu’ils comprenaient sa haine pour cet individu. Je lui demande timidement pourquoi il veut faire une chose pareille. Il me regarde comme si j’étais un imbécile, parce que pour lui, cela doit sauter aux yeux. « Mais parce qu’il est de la C.I.A ». Je ne sais pas s’il est passé aux actes, mais il se promenait avec un fusil et des munitions.

Bon, je m’égare, mais durant mes années de vies dans cet état, j’ai appris à ne plus être surpris par les gens aux comportements étranges.

Revenons au roman, voulez-vous?

Le voyage dans le temps. Un sujet largement exploité, que j’ai même utilisé dans un de mes manuscrits soumis à des éditeurs. C’est un sujet exploité, souvent surexploité. Comment s’en tire King avec 11/22/63? Je crois qu’il s’en tire très bien. Parce qu’il ne se contente pas d’utiliser le sujet, mais il lui donne une forme bien spéciale, le modifie selon ses conditions. Son voyage dans le temps est peut-être un prétexte pour nous faire découvrir les années cinquante et soixante d’un pays en pleins changements. Mais on s’y laisse facilement guider, en raison de sa facilité à nous raconter la vie des autres. Ses détails sont juteux. Il a basé son récit sur une importante recherche historique qu’il avouera à la fin du livre. Une véritable équipe l’a aidé à rendre les éléments de son récit le plus vraisemblable possible.

Ce qui diffère dans son voyage dans le temps et qui m’a bien plut, ce sont les conditions qui entourent ledit voyage. Il ne suffit pas de programmer une date, d’y aller et de revenir une fois sa besogne accomplie. Cela serait trop facile dans le monde du King de Bangor. C’est un processus avec des conditions mises en place par des forces obscures et impénétrables. L’erreur de plusieurs écrivains est souvent d’en dévoiler trop, de passer tout leur temps à vous expliquer le pourquoi et le comment des choses, au détriment du voyage lui-même. J’aime prendre l’avion, mais je n’ai aucun intérêt à connaitre les lois de la physique qui rendent possible une telle chose. J’accepte toutefois de monter dans l’avion.

Son voyage dans le temps se veut aussi un prétexte pour explorer un mythe culturel et historique le plus ancré dans la conscience collective d’une nation narcissique. L’assassinat du président Kennedy. Un jour ou l’autre, nous avons tous lu, visionné un film, entendu des histoires au sujet de cet évènement. Il existe des films de fictions, d’archives et des millions de théories du complot qui circulent sur Internet. C’est un sujet riche qui me fascine personnellement. King n’a pas la prétention de nous dévoiler qui est le vrai tueur, qui est à l’origine des supposés complots. Il est toutefois intéressant de suivre les déboires du personnage principal dans une Amérique sur le point de sombrer dans l’horreur.

Imaginez le pouvoir de sauver Kennedy de la mort? De réécrire les livres d’histoires? Mais être obligé de vivre dans ce passé durant cinq ans. C’est ce qui arrive ici au personnage principal. Une suite d’aventure, de déboire qui se perdent parfois sur un sentier qui semble nous éloigner du sujet principal. Mais avec King, les forces de l’ombre veillent à nous ramener constamment du bon côté de la folie.

Certaines des critiques que j’ai lues au sujet de ce livre, une fois la lecture terminée, déplorent deux choses. La raison du voyage dans le temps, la motivation du personnage principal est mis en doute. Un copain propriétaire d’un restaurant à hamburger qui convainc un banal enseignant de risquer sa vie pour sauver un président mort dans une autre époque. Est-ce que c’est plausible? Je dis, quant à moi, que oui. Les raisons que les gens ont de poser des gestes ne tiennent pas toujours de la pure logique. Il l’a fait pour son ami, mais je crois qu’il le fait davantage pour lui. Il a ses raisons.

L’autre critique que j’ai lue à maintes reprises concerne cette propension du King à nous renvoyer vers des lieux ou personnage de ses autres romans. Dans ce livre, l’auteur à intégrer la ville de Derry et ses mystères dans l’action. Est-ce un problème? Je n’en vois pas. Il a créé tout un univers et son talent lui donne tous les droits dans ses propres livres. J’aime bien les références aux autres personnages ou lieux précédemment explorés. C’est le monde qu’il a enfanté.

Outre sa mission principale, le personnage se fait une vie toute coquette dans les États-Unis de l’époque, dans un monde de guerre froide et de soda à cinq sous. Au début, j’étais perplexe, puisque nous nous éloignons de notre objectif principal. Mais le talent de l’auteur m’a captivé, m’a gardé prisonnier dans ce récit au cœur du récit. Les forces obscures y sont toujours, ajoutons un peu de romance et de tragédie, vivre dans l’univers du King est parfois périlleux. Ce roman m’a quelque peu fait penser à « Bag of Bones », sans trop savoir pourquoi.

Je crois que l’unique point négatif (si c’est vraiment négatif) est la fin qui n’en finissait plus. On croit le roman terminé et un autre chapitre s’ajoute. Puis un autre. Mais à la fin, on se rend compte qu’il n’a fait que nous éclairer, répondre à nos questions. Aurais-je préféré une fin plus brusque? Peut-être.

C’est un très bon roman. Une lecture à conseiller pour ceux qui aiment Stephen King. Ceux qui aiment l’histoire et n’ont pas peur d’une petite escapade amoureuse. Les forces du passées, l’étrangeté de la vie, et de la mort font partie de ce roman intense.

Ma note 9/10