Mon bilan de l’année 2016

Mon bilan de l’année 2016

En 2016, il y a eu:

  • 12 mois.
  • 52 semaines.
  • 366 jours.
  • 8784 heures.
  • 527 040 minutes.
  • 3.162e+7 secondes.

 

Voilà donc mon bilan de l’année 2016.

En passant, j’ai aussi publié un roman : Un Dieu parmi les hommes.

Ainsi que deux nouvelles : « Racines Assoiffées » dans le premier tome « Les Vilains contes de l’Ivre-Book » et « La plage » dans le deuxième tome « Les Vilains contes de l’Ivre-Book n.2 ».

Bonne année 2017 à tous!

Advertisements

Interview d’Huguette Conilh – Les Ignobles et Cas Mille.

24032756Huguette Conilh a fait son apparition dans mon petit monde littéraire en se joignant à la famille des écrivains de L’ivre-Book. J’ai découvert sa nouvelle littéraire « Cas mille » offerte gratuite pour tous les amateurs de nouvelles littéraires numériques. La couverture et le titre m’ont tous deux intrigué et je me suis donc plongé dans cette lecture.

Vous trouverez ma critique ici :

Cas Mille

Quelque temps après cette lecture, est sorti le premier roman numérique d’Huguette dans le catalogue de L’ivre-Book, l’incontournable boutique pour faire ses achats numériques.

« Les ignobles » voyait le jour le 19 janvier 2015.

 ignobles-ivre-book-numerique-moins-grosRésumé du livre :

 « Ils sont les ignobles, victimes de leur différence, souffre-douleur des cours d’école, les proies de l’ignorance que l’intolérance met en marge de la société. Pour échapper au tableau des opprobres, Camille a préféré couper les ponts avec sa famille.

Jusqu’au jour où la mort de ses parents dans l’incendie de leur maison l’oblige à reprendre le chemin de la Vienne. Il recueille alors son frère cadet, Mathis, un adolescent torturé par la culpabilité de n’avoir pu sauver ses parents. »

Charmé par la plume honnête de cet auteur, j’ai décidé de vous la faire découvrir. Voyons d’abord ce qu’en dit l’éditeur :

« Huguette Conilh est née un jour de janvier, à Monségur (33), dans une maternité qui n’existe plus aujourd’hui. Sa passion pour la lecture et l’écriture se manifeste dès le primaire. Plus tard, des personnages hantent ses années collège et prennent vie dans une première romance éditée en 2010. Un roman noir destiné à un public de jeunes adultes suivra en 2013.

Par vocation, elle exerce pendant vingt ans le métier d’Aide Médico Psychologique auprès de personnes très déficitaires. Cette pratique au plus près de la relation d’aide lui permet de développer une sensibilité à la différence. Les Ignobles, son troisième roman, bientôt chez L’ivre-Book met en scène cette différence et l’intolérance qui en découle. »

En définitive, chacun a sa définition de la réalité, alors qu’il n’existe pas une réalité, mais des réalités. Et je ne parle même pas de la normalité, un terme qui, si on y réfléchit bien, ne veut pas dire grand-chose.

index

Interview :

Bonjour Huguette.

Bonjour Sylvain! Merci de m’accueillir dans votre cocon chaleureux. Il faisait un peu frais dehors.

  1. Pourquoi écrivez-vous?

J’écris parce que je ne peux pas faire autrement. J’écris parce que c’est un besoin vital qui m’habite depuis… presque toujours. Et encore, je suis moins obsédée par les mots que je ne l’étais à l’époque de mon premier roman où je me levais la nuit pour noter mes idées, et où je ne me déplaçais pas sans mon carnet, même sur un banc du lycée de ma fille en attendant la réunion parents/profs.

J’écris parce que j’ai des choses à dire, qui sont à ma mesure, pas forcément des grandes idées, juste celles qui me tiennent à cœur. Et Dieu sait à quel point je suis assez entière pour défendre avec passion les idées auxquelles je tiens.

Et, surtout, j’écris parce que je prends un réel plaisir à mettre en scène des personnages, à m’attacher à leurs pas, à découvrir des lieux, à y entrer en même temps qu’eux, à les regarder vivre. À les rendre vivants.

  1. Dites-nous quelque chose de particulier à votre sujet, un détail troublant, choquant, un petit quelque chose d’unique?

Je vis dans un autre monde, dans un ailleurs qui se trouve quelque part au fond de moi. Je suis une sauvage, une rebelle qui refuse de se taire. Qui se promet tous les jours d’apprendre à dire les choses autrement, qui tous les jours se trompe, se maudit pour ça, puis se rend à l’évidence : je ne suis pas diplomate, je ne sais pas le faire, je suis à l’état brut.

  1. Votre métier d’aide Médico Psychologique auprès de personnes très déficitaires devait être très exigeant. D’où vient ce besoin d’aider les autres?

Il n’y a pas de secret, en aidant les autres on s’aide soi-même. On n’entre jamais dans ces métiers de la relation d’aide par hasard. C’est ce qu’on cherche à faire croire aux autres et à soi-même dans un premier temps, jusqu’à ce que l’on parvienne à acquérir suffisamment de recul pour découvrir que certains hasards relèvent de l’inconscient. D’ailleurs, on confond parfois empathie et pitié. On entre dans ces métiers parce que, franchement, ces pauvres gens il faut bien que quelqu’un leur vienne en aide. Tout juste si on ne voudrait pas les sauver d’eux-mêmes et pourquoi pas les guérir. Jusqu’au jour où l’on comprend cet évident cliché (j’aime les clichés, ils sont pleins de vérité) : l’autre n’est pas soi. Un psychotique n’a pas la même construction mentale qu’un névrosé. La cuisine bordélique du névrosé qui a décidé de transférer le lit à la place du frigo existe bel et bien. Pas chez le psychotique. Ce n’est pas que la cuisine soit vide, c’est qu’elle n’existe pas. Ce n’est donc pas la peine de lui en parler, il ne sait pas ce que c’est. C’est vous qui êtes fou d’imaginer qu’une telle pièce existe.

Voilà pourquoi je suis entrée dans ce métier. Je voulais faire médecine quand j’étais au collège, la psychiatrie, les comportements humains me passionnaient déjà. Je peux dire que l’exercice très particulier de ce métier a enrichi ma vie.

  1. À quel point votre expérience vous a-t-elle influencé dans l’écriture du roman « Les ignobles »?

Quand j’ai commencé à réfléchir à la structure de cette histoire, l’évidence de créer un personnage atteint d’un handicap physique m’est apparue assez vite. C’est en réalité ce que je connais le mieux en matière de différence. L’homosexualité faisait partie d’un possible pour moi. C’est ce que l’on « intègre » en pratiquant ces métiers du social, du médico-social ou du médical. On croise au cours de sa carrière ce que j’appelle des possibles : un homme qui tient des conversations avec Dieu, un autre qui à 50 ans ne sait pas se moucher et dont on essuie le nez comme à un enfant, ou celui-ci qui ne sait pas se décalotter et à qui on montre les gestes de manière professionnelle, mais qui nous interroge quand on regarde la situation avec recul. Puis un jour, mais ça nous était déjà arrivé, on croise une personne homosexuelle et on accepte son amitié parce que la personne dans son ensemble correspond au profil que nous apprécions chez les autres. C’est en tout cas ce qui devrait, ce qui pourrait être, mais ne l’est pas pour tout le monde. C’était de ça que je voulais parler dans ce roman, et du fait que, parce que j’en ai été témoin, les différents se jugent aussi entre eux. L’autre est toujours plus atteint que soi. Une personne handicapée victime du regard négatif de la société peut être homophobe. « Oui, tu comprends, ce n’est pas pareil, lui a choisi, pas moi. » Il faudra du temps à Norbert pour comprendre que l’homosexualité n’est pas un choix, pas plus que lui-même n’a choisi « cette vie montée sur roulettes », comme il la décrit.

  1. Présentez votre roman « Les ignobles » en trois mots?

En trois mots?… Flûte, j’ai déjà atteint le quota. Différence, tolérance, amour.

  1. Lisez-vous beaucoup? Quels auteurs vous ont inspirés? Motivés? Influencés?

Je lisais beaucoup, moins depuis quelques années. Ce sont des périodes en fait, de grosses boulimies de lectures ou de vide intersidéral. Tous les amoureux du livre connaissent ça. Donc, franchement, je ne sais pas qui m’a inspirée, motivée ou influencée. J’ai passé une grande partie de ma vie à écumer la littérature générale, je dirais. Dans mes années collège j’ai lu Cronin, Pearl Buck que j’appréciais beaucoup. Très peu de policiers, ce n’était pas mon truc. La fille qui tenait la bibliothèque du collège voulait à tout prix me faire découvrir Agatha Christie. J’ai bien aimé Le Meurtre de Roger Ackroyd, mais ce n’est pas allé plus loin. Par la suite, je me suis focalisée sur les romans historiques de tout pays, puis sur les biographies, aussi bien de romanciers, de poètes que de rois. Un jour, je ne sais pas comment, j’ai découvert la littérature fantastique et j’avoue que j’ai eu du mal à m’en écarter depuis.

  1. La nouvelle « Cas mille » adresse un sujet hélas encore tabou dans plusieurs milieux, plusieurs familles. L’homosexualité et le désir de pouvoir ouvertement l’exprimer. Pourquoi un tel sujet soulève-t-il encore des discussions houleuses?

Là, je ne vais pas partir dans de grands débats que d’une part je ne saurais pas tenir et qui d’autre part seraient plus fastidieux qu’autre chose. Je crois que les gens éprouvent le besoin de classer et de mettre des noms sur tout. Que du coup certains se retrouvent dans la case des pestiférés, et pas que les homosexuels. Que tout un chacun de par l’éducation qu’il a reçu, et sûrement aussi d’une part de l’inconscient collectif (sans parler de la religion), est attaché à des valeurs, des croyances dont il a du mal à se défaire. Comme il est dit dans le roman, aux yeux de Mathis, deux hommes (ou deux femmes) qui font l’amour ensemble, c’est comme une pièce qui refuserait de s’emboîter (vous voyez déjà l’image que cela suscite dans votre esprit) et qui fausserait le puzzle dans son ensemble.

Pour beaucoup de personnes, l’homosexualité est contre nature alors que justement elle existe dans la nature. Mais même cette réalité ne change rien aux opinions.

En définitive, chacun a sa définition de la réalité, alors qu’il n’existe pas une réalité, mais des réalités. Et je ne parle même pas de la normalité, un terme qui, si on y réfléchit bien, ne veut pas dire grand-chose.

De la sorte, par un effet de projection, l’opprobre rejaillit sur tout l’entourage de la personne homosexuelle qui finit par se retrouver seule quand elle ose « sortir du placard ». Je trouve inadmissible qu’un jeune de 15 ans soit mis à la porte de chez lui parce qu’il est homosexuel. Je trouve incroyable que des assos comme le Refuge aient à exister. Je trouve impensable qu’un jeune se suicide parce qu’il n’ose pas être lui-même. Je trouve tellement dommage que des hommes se marient avec des femmes pour faire comme tout le monde.

  1. Si vous aviez à donner un conseil aux jeunes écrivains débutants?

Armez-vous de patience, le temps joue pour vous : pour laisser naître l’idée, la peaufiner, l’apprivoiser. Pour l’écrire, la relire, la remanier et la relire encore pour la réécrire. Pour la voir peut-être un jour entre d’autres mains que les vôtres. Bref, soyez forts! Ayez la patience que je n’ai pas.

  1. Quels genres littéraires privilégiez-vous en tant qu’auteur (dans votre écriture)?

Malheureusement, si je suis une fan de la littérature fantastique, je ne sais pas en écrire. J’écris de la littérature contemporaine/générale/blanche, et il semble qu’il faille se battre davantage pour la faire connaître que la littérature de genre. Alors, allons-y.

  1. Quels sont les projets sur lesquels vous travaillez?

J’ai un roman en cours sur l’adoption et la recherche du père, dont j’ai arrêté l’écriture à son exacte moitié pour reprendre un autre projet.

J’ai un synopsis prêt pour une autre histoire sur le même thème que Les Ignobles. J’y bousculerai mes vieux codes du bien sage « gabarit chapitres ».

Et un autre projet que je vais privilégier parce que les personnages commencent à me hanter un peu trop. Mais c’est un projet secret, alors, motus.

  1. Un dernier mot?

Je prendrais bien un autre café…

Merci.

Merci à vous, Sylvain, j’ai presque peur d’affronter de nouveau le froid. Il fait si bon chez vous.

Liens utiles : L’ivre-Book

Livres papier ou livre numérique? Le débat?

shutterstock_159665864

Êtes-vous comme moi? Ennuyé par cet éternel débat qui revient dans l’actualité à intervalle régulier? Avec l’intrusion de toute nouvelle technologie, il semble que nait aussi le besoin de débattre cette technologie.

Pour moi, le litige entre le livre papier et celui en format numérique est un peu comme si l’on débattait les préférences individuelles des gens. Préférences inébranlables venant des besoins et intérêts divergents d’une personne à l’autre. Parce qu’il faut bien l’avouer, ce qui est bon pour monsieur X ne l’est pas pour madame Z. Par exemple, l’arrivée depuis quelques années du livre numérique et le besoin de se défendre contre cette intrusion maléfique et diabolique pourrait se transposer dans d’autres domaines. Tout comme le rejet sans précédent de certains lecteurs pour le papier sale et puant, encombrant, poussiéreux et désuet, pourrait engendrer des situations cocasses dans la vie de tous les jours.

Par exemple :

Je n’aime pas les chats. Tout simplement. Ils sont mignons, mais je n’ai aucune envie, aucune intention ou le moindre désir d’en posséder un. Je préfère les chiens. Devrions-nous débattre de cette préférence? pourriez-vous me faire abandonner mon intérêt pour les chiens en me faisant voir les avantages de posséder un chat?

Non. Je vais toujours préférer un gros toutou poilu qui jappe et me saute dessus.

Un autre exemple, voulez-vous?

Notre quartier est doté du meilleur restaurant chinois de la ville (ne parlons pas de chat ici, parce que certains pourraient être offensés). Depuis un mois, un restaurant italien a ouvert ses portes non loin. Est-ce que l’inauguration du restaurant italien fera fermer les portes de celui spécialisé en nourriture chinoise? Est-ce que la nouveauté culinaire menace l’établissement déjà bien ancré dans la communauté depuis très longtemps? Non, parce que beaucoup aiment manger des Egg Rolls et du riz, continueront à vouloir déguster ces mets de choix. La présence des deux restaurants devrait constituer un complément, pas une guerre ouverte du genre : « J’aime manger au restaurant chinois et comme l’italien ne supplantera jamais le précédent, il faut lui faire fermer ses portes. » Pourquoi ne pas cohabiter et laisser à certains le plaisir de manger des pâtes et d’autres le riz frit?

Je pourrais trouver beaucoup d’autres exemples.

Mais je vois déjà les grands titres pour notre premier exemple. « Si la tendance se maintient, les gens adoptant plus de chat que de chiens dans notre pays, nous prévoyons donc que d’ici 20 ans il n’existera plus de spécimens canins sur notre territoire. »

De là mon découragement avec ce genre de débat. D’où vient donc la nécessité de choisir lequel de ces formats va gagner l’incroyablement violente bataille du marché des lecteurs? Pourquoi se limiter à un seul format? Est-ce que les amateurs de livres papier se sentent menacés d’extinction? Est-ce que les utilisateurs de liseuses pour livres numériques craignent de ne jamais supplanter l’adversaire papier?

C’est un débat, à mon humble avis, qui n’est qu’une excuse pour défendre son point de vue personnel.

Metallica ou Megadeth ? Hot Dog ou Hamburger? Ferrari ou Lamborghini?

Je vais oser faire des prédictions, ici même, et libre à vous de venir me corriger dans dix ans suite à ces terribles déclarations apocalyptiques que je suis sur le point de vous jeter au visage avec effronterie.

Vous êtes prêt?

1 – Le livre papier ne disparaîtra pas. Il est ici pour rester. Beaucoup aiment ce format particulier et continueront à l’aimer. Pour toutes sortes de raisons valables.

Autre prédiction :

2 – Les livres numériques continueront à prendre une place du marché des livres, continueront à séduire des lecteurs, et les pourcentages d’utilisateurs de liseuses, téléphones intelligents et autres, grimperont peu à peu.

Autre prédiction :

3 – Il y aura toujours (sauf si tous les arbres de la planète disparaissent et qu’il n’existe aucune technologie pour créer un papier artificiel viable) des bouquins en papier. Tout comme le numérique (à moins d’un blackout mondial et prolongé détruisant toute source d’énergie électrique, électronique ou de fabrication de matière plastique) continuera à avoir sa place.

Alors, pourquoi constamment chercher à vouloir imposer son point de vue? J’ai lu des commentaires et des articles presque aussi accusateurs que les juges de l’Inquisition, aussi aberrant que les proclamations nazies de la Deuxième Guerre mondiale. D’où vient ce besoin de se défendre, d’attaquer sur un sujet aussi peu important dans notre monde en constant changement?

Ces deux médias de lecture vont cohabiter durant un bon moment, et c’est bien ainsi, selon les goûts de chacun.

Je me suis essayé à compiler une petite liste des avantages de chaque format. Ce n’est pas une liste complète et officielle, ne m’envoyez pas de messages pour m’agresser si j’ai oublié des points importants. Vous pouvez me les signaler et je les ajouterais à la liste. Merci.

Une petite liste des avantages du livre papier :

  • Le confort du contact avec le papier, de sentir ses doigts tourner les pages et effleurer la surface couverte d’encre, l’odeur particulière du document et la nostalgie du contact.
  • On peut exhiber sa collection de bouquins dans notre bibliothèque, se bâtir avec fierté une collection enviable.
  • Le plaisir de se rendre en librairie, en bibliothèque, et de chercher, de fouiller les étagères propres ou poussiéreuses, de feuilleter les pages, de lire le quatrième de couverture ou des extraits en ouvrant le livre au hasard.
  • On peut le présenter ou le vendre dans un salon du livre. Faire les librairies pour discuter avec des groupes, pour faire des séances de signatures. Des conférences dans les écoles.
  • Pas besoin de recharger les piles.
  • Pas de bogue, de bris de l’appareil ou d’écran bleu de la mort. Pas de liseuse, téléphone intelligent et tablette.
  • Moins dommageable qu’un écran pour les yeux?
  • Pour ceux qui utilisent les téléphones intelligents – pas de risque d’expositions aux ondes peut-être néfastes.

Une petite liste des avantages du livre numérique :

  • Le confort du contact tactile avec la liseuse ou le téléphone intelligent, qui tient dans une main et se consulte rapidement.
  • Le média informatique permet de passer d’un chapitre à l’autre, de faire des recherches par mots, phrases ou de placer des « signets », de souligner des passages, de faire un copier-coller de certaines citations à retenir, de partager par courriel des éléments découverts sur le champ directement du texte.
  • On peut lire dans une pièce sombre, sans déranger les autres. On peut diminuer la luminosité de l’écran, lire en mode nuit, augmenter ou diminuer la grosseur des caractères.
  • C’est compact et permet d’être transporté en avion, train, voiture ou en métro, sans prendre beaucoup de place. On peut lire partout, sans devoir prévoir d’emporter un livre juste au cas, puisqu’on peut lire de notre téléphone. La lecture sera automatiquement ajustée à dernière page lue sur les autres appareils que vous utilisez.
  • Le prix est souvent plus abordable.
  • L’achat est immédiat. Pas besoin de sortir de chez vous, de monter en voiture ou d’aller en librairie. Il est minuit, vous êtes au lit et vous mourrez d’envie de lire le nouveau Romain Billot? Suffit d’aller sur une boutique en ligne, de cliquer à quelques endroits et de charger le fichier dans votre lecteur. C’est rapide et très accessible.
  • C’est pratique pour ceux qui vivent, comme moi, aux États-Unis ou loin des librairies. Pas besoin de payer pour la livraison du Canada, de France ou ailleurs.
  • Pas besoin de source lumineuse, pourvu que la tablette soit chargée ou connectée à l’alimentation électrique.
  • Si le fichier est endommagé ou perdu, certaines boutiques et certains éditeurs vous permettent de télécharger à nouveau le fichier directement de votre dossier d’achat. La maison d’édition traditionnelle ne vous offrira pas une nouvelle copie papier du livre si votre chien le dévore.
  • Bonne alternative aux personnes âgées qui lisent des livres à gros caractères. Moins lourds pour les mains aux prises avec l’arthrite.

Les deux formats :

Il y a de plus en plus de rapprochement entre le numérique et le papier. Il est maintenant possible de faire dédicacer ses fichiers numériques par les auteurs, souvent sans se déplacer, simplement en envoyant un courriel. Il est aussi possible d’emprunter les livres numériques en bibliothèques. L’apparition du numérique dans les Salons du livre est une réalité.

En ce qui a trait à l’environnement, il faut se demander lequel des deux formats pollue le plus. Les livres papier venant des arbres, traités dans des usines, imprimés et souvent plus faciles à détruire. Ou les liseuses plastiques? Un matériau qui résiste très longtemps, qui utilise l’électricité, l’Internet et des serveurs pour envoyer et recevoir les messages? Difficile à dire, je suis incapable de me prononcer.

Conclusion :

Bref, c’est un débat qui n’aura aucun vainqueur, parce qu’il n’existe pas de réponse spécifique. C’est une zone grise. Pour moi, le numérique est le format idéal, pour vous qui lisez, c’est peut-être le papier.

Il suffit d’être tolérant et l’important, c’est de lire et d’encourager les écrivains de chez vous, les petites boîtes qui tentent de rester en vie. Il y a tellement d’écrivains de talent, d’éditeurs de qualité, qu’il suffit de visiter leurs sites, leurs boutiques, découvrir leurs catalogues pour s’en rendre compte. Que vous lisiez des livres en papier ou des fichiers numériques, je vous souhaite une bonne lecture.

Merci.

Vous pouvez découvrir mon roman numérique:

Les Éditions L’ivre-book – Le Tueur des Rails

Vous pouvez découvrir mes romans en papier:

Le Tueur des Rails et l’Esprit des Glaces

Petites maisons d’éditions à découvrir :

http://www.livre-book-63.fr/

http://housemadeofdawn.com/

http://www.editions-la-madoliere.com/cata.htm

http://lune-ecarlate.com/

Les auteurs Francophones ont du talent !

Dans le cadre du regroupement d’auteurs « l’invasion des grenouilles », je participe à l’évènement « Les auteurs francophones SFFFH ont du talent ».

Dans le cadre de cette super initiative, vous pouvez découvrir le premier chapitre de mon roman « Le Tueur des Rails » disponible en version numérique dans toute bonne boutique en ligne.

L’Ivre-Book pour le roman en entier.

 

Le Tueur des Rails

 

Le Tueur des Rails
Sylvain Johnson
Éditions L’ivre-Book

1

LUNDI, 28 OCTOBRE

Thomas marchait sous la pluie depuis près d’une demi-heure. Il était trempé, frigorifié et son corps tout entier était parcouru de frissons intenses. Le temps était morose, le ciel de cet après-midi froid d’octobre couvert de nuages gris. Il avait quitté la large artère commerciale presque déserte afin d’emprunter le chemin pavé menant à une vaste étendue verdâtre. Le sol était couvert de flaques d’eau et il marchait sans regarder ses pieds, sans prêter la moindre attention aux éclaboussures. Il aimait le silence, parfois interrompu par le bruit de la pluie s’abattant tout autour ou par le sifflement du vent qui s’était levé et bruissait dans la végétation de plus en plus dense, qui caressait sa chevelure imbibée, plaquée contre son front sans protection. Il avait les mains dans les poches de son manteau et un bref regard vers le ciel lui permit de prédire que l’averse allait durer. Il était tout juste quatre heures de l’après-midi et déjà l’obscurité enveloppait le paysage. Ce n’était qu’une question de minutes avant que les ténèbres ne soient complètes. Thomas avait remonté le chemin sur près d’une centaine de mètres, jusqu’à un vaste portail
métallique encadré de hautes colonnes en béton, surmontées de têtes de lions. La grille avait été fermée et une lourde chaîne en bloquait l’accès. Un bref regard à la ronde confirma au jeune homme qu’il était vraiment seul, et sans hésiter il escalada la grille. Il ne lui fallut que peu d’efforts pour franchir l’obstacle ; après tout, l’endroit recelant peu de contenu de valeur – sinon sentimentale –, la protection était minimale.

Thomas retomba lourdement sur ses pieds, dans l’enceinte même du vieux cimetière qui s’étendait presque à perte de vue. Se redressant, il tendit l’oreille, afin de s’assurer que son entrée bruyante n’avait rien réveillé. Silence. Du côté d’où il venait, seuls quelques phares d’automobiles circulant au loin sur le boulevard étaient visibles. Aucun risque de ce côté, et le fait que la grille ait été verrouillée lui garantissait que personne n’était sur les lieux. Satisfait, essuyant son visage trempé du revers de sa manche, il localisa, dans la pénombre, un point de repère qui lui avait déjà servi et se mit en marche sans perdre de temps. Il aurait pu venir durant les heures d’ouverture, mais il ne voulait pas faire de rencontres indésirables. Cette manière illicite de visiter l’endroit lui assurait une complète solitude et tout le temps voulu. Le cimetière était vaste, séparé en six sections rectangulaires. Les plus anciennes tombes, datant du début de la colonie, se trouvaient tout au fond. Les plus récentes se rapprochaient de la sortie, au fur et à mesure que l’espace était utilisé. C’était l’un des premiers cimetières de l’île de Montréal. Le champ mortuaire était parcouru de sentiers semblables à des rues portant des noms, et des numéros étaient assignés à chaque bout de terre utilisé. C’était un moyen rapide de trouver un membre de la famille ou un ami décédé. Comme une adresse. Le comptoir d’accueil offrait même des cartes détaillées indiquant les noms des secteurs. Thomas n’en avait pas besoin. Il savait très bien où il se dirigeait, puisqu’il venait ici toutes les semaines depuis plus de vingt ans. Un rituel auquel il n’avait jamais dérogé, du moins de son plein gré.

Il remonta l’allée principale, puis bifurqua à deux reprises. Au fur et à mesure qu’il se rapprochait de sa destination, une vague d’émotion grandissait et s’étendait en lui, le faisant trembler, des larmes naissantes au coin des yeux. C’était pareil à chaque fois. Il dut finalement quitter le sentier de gravier et traverser la pelouse, en direction de la tombe recherchée. Une pierre banale, comportant quelques inscriptions, mais dont la forme, la couleur et la position étaient gravées dans son esprit. Après quelques pas sur la pelouse trempée, ses souliers produisant des bruits de succion en raison de l’herbe mouillée, il s’immobilisa au numéro 23 de l’allée des Anges.

Il refusa de baisser les yeux, scrutant tout d’abord le paysage, attentif au vent qui entremêlait son chant laborieux aux sons du trafic routier, au loin. Un klaxon insistant refusait de se taire. Puis, serrant ses poings dans les poches de son manteau, il baissa lentement son regard embué, et découvrit la pierre d’un gris foncé qui portait le nom de son jeune frère, décédé vingt ans plus tôt.

Éric Pelletier 1980 — 1987.

En guise d’épitaphe, c’était tout. Aucun message, aucune autre gravure. La banalité de la pierre tombale était due à la tristesse subite et puissante qui avait pris d’assaut la famille Pelletier, lors de la disparition de son plus jeune membre. Ils ne s’en étaient jamais remis et le sujet était rapidement devenu tabou, même dans l’intimité.

Thomas prit de profondes respirations, sentit la tension se relâcher et put enfin contempler le lieu de repos de son petit frère avec plus de calme et de sérénité.

Il avait froid et ses lunettes voilées de gouttes d’eau réduisaient sa vision. Le vent augmenta en intensité et le souvenir de ce lointain été, presque trop ancien pour faire partie de cette vie présente, refit surface. C’était un élément constant de ce pèlerinage pénible, puisque la mort de l’enfant n’avait jamais été résolue, ni acceptée ni comprise. Aucun suspect n’avait été arrêté, pas même une piste à suivre. Sans hésiter, maintenant, il laissa le souvenir remonter et se revit en cette matinée caniculaire, vêtu d’une salopette en jeans, marchant le long d’une voie ferrée, tout juste derrière leur résidence de l’époque. La famille Pelletier avait eu deux garçons, fierté du père mécanicien et de la mère sans emploi, occupée à élever ses enfants. Thomas avait alors onze ans et Éric, tout juste sept. C’était un samedi, ils avaient fini de regarder les dessins animés qu’ils ne manquaient jamais au réveil. Leur père n’était toujours pas rentré ; il travaillait de nuit pour une compagnie de transport, réparant les véhicules durant les heures mortes. Les deux enfants à l’imagination fertile et fébrile avaient décidé de suivre la voie ferrée et de chercher des « trésors », ce qui signifiait à peu près n’importe quoi, du vieux vélo rouillé aux bouteilles vides qu’ils pourraient revendre. Il faisait chaud, trop chaud pour longer les rails déposés sur un tapis de pierre et les arbres de la forêt, de chaque côté de la voie, ne créaient que de brèves et inefficaces zones d’ombre. Thomas était heureux. Son statut de frère aîné lui conférait un caractère magique, sage et puissant. Il savait que son petit frère l’idolâtrait. Ils fredonnaient tous les deux des chansons tirées de leurs dessins animés préférés. Leur collecte allait bon train ; ils avaient déjà récolté quelques pièces diverses qu’ils entendaient utiliser dans leur repaire secret : le sous-sol de la maison.

Le temps filait lors de leurs aventures et de leurs expéditions, en ces années d’innocence où les parents croyaient encore qu’il était possible de laisser les enfants seuls dehors durant des heures, sans surveillance. C’était avant l’alerte Amber et les sites web diffusant les photos et les noms des prédateurs sexuels, enregistrés après leur libération dans une banque de données accessible au public. Une ère paradoxale de risque et de naïveté. Ils avaient marché, ramassé des objets divers durant une bonne partie de l’avant-midi. Éric avait quitté un moment la voie et s’était enfoncé légèrement dans le sous-bois, pour y uriner. Craintif, il avait demandé à son grand frère de rester où il était. Thomas avait patienté quelques secondes avant de reprendre la marche, non pas par impatience, mais parce qu’il voyait des pièces métalliques non loin devant lui, et il était curieux de les examiner. Il s’était éloigné, avait fouillé dans une pile de pièces rouillées d’appareils ménagers, avant de réaliser que son petit frère prenait beaucoup de temps pour se soulager. Loin d’être inquiet – il était surtout contrarié –, il fit demi-tour et regagna l’endroit où le gamin s’était enfoncé dans la végétation. Il l’appela à deux reprises, criant son nom. L’enfant ne répondant à aucun de ses appels, il eut un premier mauvais pressentiment. Puis, ses cris devinrent plus insistants et fermes, toujours sans résultat. Frustré et inquiet, Thomas se lança à la recherche d’Éric : il s’enfonça dans la végétation, hurlant son nom d’une voix de plus en plus paniquée.

Il sut que quelque chose clochait quand il découvrit la casquette rouge et l’un des souliers de son frère. Le coeur battant, il courut dans toutes les directions, fouillant la végétation du regard, soulevant les fougères, scandant le nom d’Éric, mais en vain. La peur au ventre, il prit la décision la plus difficile de sa courte vie : il devait quitter les lieux et aller chercher l’aide des adultes. Ses exhortations demeuraient sans réponse et il craignait maintenant pour sa propre sécurité. Le temps avait filé, il n’en avait plus à ce moment-là qu’une vague notion. Depuis combien de temps Éric avait-il disparu ? Marchant à reculons, progressant lentement et prudemment, Thomas rejoignit la voie ferrée. Il était convaincu que quelqu’un ou quelque chose l’observait en silence, tapi dans les buissons. Une fois à découvert, le garçon se mit à courir, paniqué, et ne s’arrêta que lorsqu’il eut rejoint la première rue adjacente au chemin de fer, celle-là même où ils vivaient. Quand il entra dans sa maison, Thomas était au bord de l’hystérie.

Il ne revit jamais son petit frère. Le corps sans vie et désarticulé d’Éric allait être retrouvé six heures plus tard. Le cadavre affichait des blessures distinctives sur les paumes et les avant-bras – signe que le garçon avait tenté de se défendre – et des écorchures sur les jambes. Sa mère, qui avait prévenu la police, s’écroula quand on lui annonça la découverte du corps de son fils ; son père rentra alors que les policiers étaient toujours sur place afin de questionner la famille. Il n’avait pas reçu le message, puisqu’il était sur la route.
La famille de Thomas ne fut plus jamais la même.
On ne retrouva jamais le tueur, malgré de nombreuses hypothèses qui ne furent, hélas, jamais étayées, faute de pistes.

***

Thomas était resté dans le cimetière longtemps. La force du souvenir et celle de ses sentiments avaient effacé chez lui toute notion du temps. La pluie avait cessé, et si le vent était toujours aussi insistant, le bruit du trafic routier s’était maintenant tu. La nuit était définitivement tombée. Émergeant de l’état de transe dans lequel il avait été plongé, il frissonna en regardant tout autour. La noirceur donnait au lieu désert un aspect macabre. Il jeta un dernier regard vers la tombe et frotta ses mains l’une contre l’autre, afin de trouver un peu de chaleur. Puis, il se détourna et s’éloigna, ressentant la même tristesse qu’à chaque fois, comme s’il abandonnait Éric de nouveau, le laissait tomber, et devenait en quelque sorte responsable de sa mort. Responsable de ses derniers instants de vie, qui avaient probablement été horribles et terrifiants. Il retourna à la grille, qu’il escalada à nouveau, retombant au sol presque sans bruit. État négligé, vêtements trempés et expression maussade : il offrait un bien pathétique spectacle, en ce soir glacial. Il se remit en marche ; il avait l’air d’un spectre cherchant à ravir les âmes des innocents durant leur sommeil.
Bien qu’il détestât voir ses facultés affaiblies, il avait besoin d’un verre.

***

Thomas marcha durant presque deux heures, hagard, tel un navire dans le brouillard. Au terme de son errance, il se retrouva à observer, de l’autre côté de la rue, une grande maison victorienne à la façade grise et au toit ocre. C’était une immense demeure, vieille, mais bien entretenue. La pelouse était déjà moins verte, prélude à l’hiver qui s’annonçait.

C’était la maison de ses parents, l’endroit où ils avaient emménagé après la mort d’Éric. Le lieu où lui-même avait logé durant cinq ans, avant d’en être expulsé de manière cruelle. Il ferma les yeux, s’adossa contre un poteau qui soutenait les fils électriques desservant la rue. Un pilier couvert de clous et agrafes utilisés pour placarder des affiches que le temps avait emportées, ne laissant que les ancres métalliques. Il prit une grande respiration, gagné par les frissons et les sanglots. La rue en cul-de-sac était déserte, hormis quelques voitures garées le long du trottoir. Dans l’habitation, quelques lumières éclairaient le balcon encombré d’articles divers. Ses parents étaient chez eux, comme tous les soirs et Thomas n’avait aucun doute sur l’état déjà avancé d’ébriété de son père. L’homme, inconsolable, s’était mis à boire après la mort de son fils ; sans raison apparente, il avait toujours préféré Éric à Thomas. Ses beuveries s’étaient multipliées et son comportement avait dégénéré : il était devenu violent et cruel avec sa famille. La vie avait changé profondément cet homme jadis si bon, si généreux et si honnête. Après le décès d’Éric, la famille – du moins ce qui en restait – avait arrêté de communiquer et de passer du temps ensemble. Ils avaient cessé d’être une famille. Sa mère continuait pitoyablement à jouer le jeu, à prétendre que rien n’avait changé, mais ses sanglots nocturnes et ses yeux cernés ne bernaient personne.

Thomas contemplait la demeure, écoutant le silence paisible de la nuit, cherchant le courage de bouger et d’agir ; quand il crut avoir atteint un état d’âme satisfaisant, il fit les premiers pas. Il traversa la rue, rejoignant le trottoir opposé, devant les marches du balcon. Il était si près du bâtiment ; c’était un sentiment étrange, à la fois révoltant et grisant. Pour la première fois de son existence, il avait l’impression de se contrôler, de posséder un certain pouvoir.

Son père ne lui avait jamais pardonné la mort d’Éric et l’avait constamment blâmé, l’accusant ouvertement d’avoir causé la perte du gamin. Les coups de poings et de pieds étaient souvent accompagnés d’insultes et d’accusations, proférées avec une haleine empestant l’alcool. Il avait enduré cela durant cinq ans, sans véritable soutien de la part de sa mère, qui n’intervenait jamais, un peu par peur d’être la prochaine victime, mais surtout parce qu’elle aimait toujours son mari et éprouvait de la pitié pour lui. Un sentiment plus fort que l’amour de son enfant, que son devoir de le protéger. Elle était peut-être encore plus pathétique que son mari.

Thomas fit les quelques pas le séparant des marches du perron fort de sa nouvelle assurance. Il jeta un bref regard autour de lui : une voiture se garait dans l’allée d’un voisin, sur la gauche. La nuit était paisible, irréelle et semblait si sereine. Il mit pied sur la première marche, se remémora les échos de la voix colérique de son père, l’accusant avec hargne d’avoir tué son unique fils. Sur la seconde marche, il revit son père jetant ses vêtements et articles personnels sur la pelouse, une bière à la main, l’écume aux lèvres et la rage dans le regard. Sur la troisième marche, c’est le rire d’Éric qui retentit dans sa tête ; celui-ci révélait que le garçon savait que tout ce que Thomas avait fait durant son existence, et tout ce qu’il s’apprêtait à faire ce soir était pour lui seul.

Maintenant directement placé sous la lumière illuminant la porte d’entrée et l’adresse scintillante accrochée au mur, Thomas hésita un instant. Il toucha sa ceinture ; ses doigts rencontrèrent la forme boisée d’une crosse d’arme à feu, dont la présence et le poids lui donnaient un courage hors du commun. Il n’avait jamais été confronté à l’homme qui l’avait poussé à l’internement. Celui qui l’avait tellement brisé psychologiquement qu’il avait dû passer la plus grande partie de sa vie d’adulte en institution, à consommer toutes sortes de médicaments et à recevoir d’interminables traitements. Ce soir, les choses allaient changer, les rôles s’inverser.

Il baissa les yeux sur la poignée en argent et entendit le son étouffé du téléviseur – sans doute un match de hockey qu’écoutait son père, en vociférant des commentaires alcoolisés. Cela lui donna une puissante nausée.

Enfin, il frappa à la porte, ses jointures résonnant contre la surface boisée avec la puissance d’un coup de tonnerre, d’un canon commémorant le jour du Souvenir. Trois coups frappés l’un après l’autre. Il attendit quelques secondes et cogna de nouveau, palpant l’arme à sa taille, dans un réflexe injustifié, puisqu’il savait que c’était sa mère qui allait répondre. C’était toujours elle qui effectuait les tâches jugées indignes du rang supérieur d’homme que s’attribuait son mari. Thomas entendit la voix rauque de son père hurler un ordre, le son de la télévision diminuer volontairement et des pas s’approcher de l’autre côté, raclant la surface boisée du plancher. Thomas recula d’un pas. L’émotion de revoir sa mère, qu’il avait souvent eu l’occasion d’épier de loin, dissimulé de l’autre côté de la rue, l’affectait. Il la détestait parce qu’elle ne l’avait jamais aidé, fermant les yeux devant les abus de son mari – elle avait même signé les papiers permettant son internement, se faisant complice du monstre – et pourtant il l’avait aimée : elle l’avait créé de sa chair et de son sang. Mais cet amour était bien loin maintenant. La poignée tourna sur elle-même, la porte bougea lentement et s’ouvrit.

L’odeur particulière de la cuisine maternelle précéda le jet de lumière venant de l’intérieur, suivie par la voix d’un commentateur sportif résumant un jeu quelconque. C’était un moment irréel, qu’il avait imaginé à de multiples reprises, mais qu’il n’aurait jamais cru avoir le courage de vivre. Enfin, avec un sourire innocent, le visage de sa mère s’encadra dans la porte, ses cheveux en bataille, sans maquillage et visiblement sur le point d’aller se coucher. Son sourire resta sur ses lèvres l’espace d’une seconde, avant que son regard bleu ne s’assombrisse, qu’un voile de ténèbres et de crainte ne couvre ses yeux. Ses lèvres se crispèrent en un rictus de honte et de peur, de regret et de colère. Derrière elle, la voix sourde de son mari demanda qui était là, faisant trembler la femme de la tête aux pieds. Elle secoua la tête de droite à gauche, avec l’air d’implorer le jeune homme de partir, de ne pas créer de problèmes. Mais Thomas ignora les muettes imprécations de sa mère et poussa la porte. Elle recula, lisant dans le regard de son fils une détermination qui la terrorisa. Alors elle fit un pas rapide vers l’avant, pour le chasser hors de la demeure mais Thomas poussa la femme contre le mur avec une telle force, qu’elle perdit pied et s’effondra. Elle était terrifiée. Thomas la toisa avec mépris. À cet instant précis, il la détesta comme jamais il avait détesté un autre être humain, plus que son père, mille fois plus. Mais déjà il se désintéressait d’elle, l’enjambant afin de se diriger vers le salon, la voix cette fois inquiète et mal assurée de son père demandant ce qui se passait.

Il avait fallu vingt ans à Thomas pour trouver le courage d’affronter son père, et rien ni personne ne pourrait l’arrêter en ce jour fatidique. Même pas sa mère.

C’était l’heure de régler les comptes.

En marchant de la porte d’entrée vers le salon, Thomas rejoua dans sa tête, en accéléré, le film des cinq derniers jours, sans coupure ni montage.
Cinq jours qui avaient suffi à faire de lui l’homme convaincu et calculateur qu’il était en ce moment.
Tout avait commencé un mercredi.

2

MERCREDI, 23 OCTOBRE

Thomas fixait le miroir devant lui et sa tête tournait. Il se tenait contre le lavabo des toilettes, dans un bar particulièrement morbide et pourtant rempli à craquer, si tôt dans la semaine. Il était tard, près de deux heures du matin, et la musique faisait rage dans l’établissement, un mélange de punk et de dance music. Le comptoir, comme le reste de l’étroite pièce, était sale, taché. L’odeur qui montait à ses narines était un mélange de sueur et d’alcool, auquel venait s’ajouter l’odeur âcre du tabac. Les nuages de fumée voguaient au rythme des portes qui s’ouvraient et se fermaient, des courants d’air frivoles. Si la nuit au-dehors était glaciale, l’intérieur était comme une fournaise, chauffé par de nombreux corps animés trop près les uns des autres. Il sentit la nausée vagabonder entre son estomac et sa gorge. Il se pencha légèrement et aperçut son reflet dans la glace, pitoyable vision qui lui causa un pincement au coeur. Il n’était pas rasé, ses cheveux, mouillés par la sueur, étaient plaqués sur son front et il avait de profondes poches sous les yeux. Il avait l’air drogué – et en fait il l’était, car il avait pris ses médicaments contre l’anxiété, dont il tenait présentement le flacon –, et pire encore : il avait beaucoup bu, ce soir, ce qui était contre-indiqué avec sa médication, de sorte qu’il était passablement ivre… et nauséeux. Son estomac vide de toute nourriture avait amplifié l’effet enivrant de l’alcool.

Thomas soupira. Il détestait ce qu’il voyait, mais plus que tout, c’est ce qu’il ne pouvait plus voir dans son visage qui l’attristait. Il aurait aimé retrouver cette étincelle d’espoir qui vacillait encore parfois dans les tréfonds de son âme. Mais elle s’était lentement éteinte, noyée un peu plus à chaque nouvelle bière.

Soudain, la porte s’ouvrit abruptement et un flot d’odeurs, de musique et de clients envahit la pièce. Deux hommes riant aux éclats se glissèrent dans une des cabines de toilette. Il les entendit rire et s’embrasser. Imaginer leurs caresses le fit sortir de sa torpeur. Il jeta les comprimés restant dans le lavabo, fit couler l’eau jusqu’à ce qu’ils soient dilués ou emportés par le flot. Puis, il empocha le contenant vide et leva les yeux sur le reflet que lui renvoyait le miroir : l’homme devant lui paraissait dix ans de plus que ses trente et un ans. Il ne portait pas ses lunettes ce soir, mais plutôt des verres de contact qui lui brûlaient les yeux, à cause de la fumée. Il avait soif d’alcool, malgré les maux physiques qui l’accablaient et bien que son corps en soit saturé. Un peu comme s’il avait voulu se noyer dans le nectar ambré et enivrant. Thomas se détourna du miroir, refusant de contempler plus longuement le résultat de son déclin. Il avait honte.

La porte s’ouvrit de nouveau sur un jeune homme ivre qui trébucha, se retenant contre le mur en riant aux éclats. Le nouveau venu voulut lever la tête et sourire à Thomas, mais un jet de vomi gicla devant lui, le courbant en deux et il s’affaissa au sol. Un de ses copains – ou un simple client entrant par hasard – se porta aussitôt au secours du jeune homme en détresse, ce qui permit à Thomas de quitter la pièce sans être remarqué. Il n’avait aucune envie d’aider qui que ce soit, il n’était même pas en mesure de s’aider lui-même.

Retournant dans le bar enfumé, il réalisa que les médicaments et l’alcool avaient sur lui un effet plus intense que prévu. Il arrivait à peine à distinguer les visages dans la masse informe qui bougeait au rythme de la musique. Seules les couleurs lui parvenaient avec clarté. Les bras tendus devant lui, il se fraya un chemin en direction du bar, qu’il savait à l’opposé de la pièce. Quelqu’un parut s’adresser à lui dans la masse, qu’il ignora, et il poursuivit sa traversée de la marée humaine, jusqu’à ce qu’il bute contre le bar. Il se retourna. Il faisait trop chaud et sa tête paraissait sur le point d’exploser. Il parvint néanmoins à trouver un tabouret libre et s’y assit. Sa vision s’améliora, et au moment où il prenait une grande respiration, afin de se calmer, quelqu’un lui toucha l’épaule gauche. Surpris, il se retourna. Une serveuse s’adressait à lui, lui demandant ce qu’il voulait boire. Elle semblait si jeune. Il n’avait pas entendu les mots, la musique était trop forte, mais il comprit ce qu’elle lui demandait. Il pointa l’une des bouteilles de bière posées sur le comptoir et elle acquiesça.

Dans l’attente du liquide bienfaiteur, Thomas examina la foule qui s’activait, ce flot continu de jeunes femmes et de jeunes hommes qui paraissaient heureux, bien portants et souvent d’une certaine beauté. Il y avait beaucoup de jeunes femmes dévoilant leurs attributs, entourées d’hommes salivant et participant à cette loterie humaine, dans l’espoir de remporter le gros lot sexuel. Parce que voilà bien ce dont il s’agissait : un groupe de prédateurs, masculins comme féminins, relâchés dans un enclos, s’examinant et se flairant. C’était un jeu conscient et probablement intéressant. Pour sa part, il n’avait ni le physique ni l’attitude pour s’adonner à ce rituel millénaire de la séduction et de l’accouplement. Il était dans la catégorie des perdants, des oubliés et des délaissés.

La serveuse revint et posa une main chaude sur son bras dénudé. Elle lui sourit avec une tendresse qui le troubla et il prit le temps de la détailler avec plus d’attention. Il voulut payer sa bière, mais elle refusa. C’est un geste qui l’émut, parce qu’il ne connaissait de la bonté humaine que ce qu’il avait lu ou vu dans les livres, dans les films et dans ses rêves. La jeune femme se détourna et se dirigea vers un autre client, qu’elle servit de manière impersonnelle. Il pouvait presque croire qu’elle avait délibérément été plus amicale avec lui.

Il l’observa, soudain tout intérêt pour la masse disparu. Elle n’avait guère plus de vingt ans et sa juvénilité, comme sa vulnérabilité, semblaient déplacées dans cet endroit. Elle aurait dû travailler dans un restaurant, ou alors fréquenter un collège. En fait, elle pouvait fort bien être encore à l’école et payer sa scolarité avec cet emploi. Elle avait une abondante chevelure noire, qui tombait sur ses épaules, un teint bronzé, de grands yeux bruns et des lèvres généreuses. Elle portait une mini-jupe en cuir noir et un chemisier blanc, ouvert sur un cou parfait et dévoilant la rondeur d’une poitrine qui n’avait pas terminé sa croissance, ou qui était simplement menue. C’était néanmoins un spectacle agréable. Elle était mince, plus petite que lui, peut-être un mètre soixante. Ses jambes étaient musclées et ses épaules délicates. Elle bougeait avec un naturel désarmant. Elle n’était pas provocante, simplement authentique, et elle était la plus rafraîchissante des visions.

Absorbé par sa contemplation, il suivait les moindres mouvements de la jeune femme, qui passait d’un client à l’autre avec un sourire professionnel. De temps à autre, elle jetait un regard furtif à Thomas, sans jamais se formaliser de l’examen dont elle faisait l’objet. Quand sa bière fut terminée, il voulut en commander une autre, mais un costaud annonça que l’établissement était sur le point de fermer et pria les clients de vider les lieux. Il n’était ni poli ni impoli, simplement ferme.

L’endroit avait commencé à se vider : la porte d’entrée, grande ouverte, laissait la fumée se dissiper, et l’air se rafraîchissant, Thomas apprécia une brise inattendue. Il reposa son regard sur la jeune femme, qui nettoyait des tables et ramassait des verres empilés et des cendriers pleins à ras bord. Lorsqu’elle releva la tête, leurs regards se croisèrent et son air sérieux fit place à un large sourire. Ce n’est peut-être que l’illusion causée par les médicaments et l’alcool mélangés, pensa Thomas. Peu importe, il était temps de quitter l’endroit.

Thomas se leva, titubant maladroitement, et trouva l’adresse et le courage pour traverser la salle sans trébucher. Il avait l’impression de se donner en spectacle, avec sa démarche alcoolisée, et il s’en voulut. Rapidement il rejoignit la sortie et jeta un dernier regard vers l’intérieur ; cette fois, il ne vit pas la jeune femme. Poussé par le flot humain qui se dissipait, il se laissa guider vers le trottoir. Au coin de la rue, à sa droite, il vit deux voitures de police, garées de manière à avoir une vue imprenable sur le troupeau humain qui se déversait dehors.

Il se mit à marcher, se sentant de mieux en mieux à mesure que ses poumons se dégageaient et que le froid le réveillait. Il longea le mur de l’établissement avant d’aboutir dans une ruelle obscure, où il décida de s’engouffrer, afin d’uriner. Il venait à peine de commencer à se soulager quand il entendit des pas – des talons hauts – résonner à proximité. Dissimulé dans l’ombre d’un conteneur métallique, il tourna la tête sans bouger son corps, afin de ne révéler sa présence à personne. À quelques mètres de lui, la serveuse s’engouffrait dans un passage, son sac à main sous le bras. Elle marchait d’un pas rapide, et il s’empressa de rentrer son engin encore dégoulinant. Il attendit quelques secondes avant de lui emboîter le pas, pour ne pas qu’elle le remarque. Il ignorait pourquoi il la suivait, mais c’était plus fort que lui. Elle lui rappelait vaguement l’actrice Éva Longoria. Une comparaison qui lui ferait sûrement fait plaisir, se dit-il.

Il fallait se décider. Devait-il suivre son intuition – son impulsion malsaine – et la filer, au risque de les mettre en danger tous les deux, en raison de son esprit malade ? Il s’était promis de ne plus jamais céder à ce démon qui le poussait à suivre des femmes et qui l’avait si souvent placé en eaux troubles. Mais elle exerçait un attrait puissant, une force hypnotique à laquelle il ne pouvait ni ne voulait résister. Il décida de la suivre, excité : cette filature imprévue et la beauté de la femme venaient de réveiller en lui ce besoin aussi impérieux qu’immoral.

La dernière fois qu’il avait cédé à son penchant pervers, quelque six mois auparavant, il avait suivi une jeune femme dans un parking de supermarché, obsédé par la jupe courte et révélatrice qu’elle portait ; une voix interne lui murmurait alors qu’elle lui était destinée, que son sourire, un instant plus tôt, était un signe indubitable qu’elle souhaitait se donner à lui. Il l’avait suivie, et derrière elle, il avait lentement zigzagué entre les voitures. Il l’avait rejointe alors qu’elle déposait ses sacs sur la banquette arrière, penchée vers l’avant. Conscient de la position de vulnérabilité dans laquelle elle se trouvait, mu par une pulsion sexuelle puissante, il s’était préparé à fondre sur elle, tremblant, quand il avait soudain réalisé qu’une vieille dame se trouvait dans la voiture voisine, le regardant avec méfiance. La stupeur devant ce qu’il s’était apprêté à faire l’avait conduit à déguerpir, paniqué et en furie. Il avait couru longuement, trouvant refuge dans les toilettes d’un restaurant, où il avait pleuré de rage, d’impuissance devant son désir et d’humiliation.

C’était la peur d’un autre épisode de la sorte qui le gagnait. Ce désir sexuel puissant, qui coulait en lui comme un tsunami de perversion. Il détestait son obsession du corps féminin, et il méprisait encore plus sa solitude et son incapacité à avoir une petite amie, une partenaire avec qui savourer l’intimité. Il réalisa que la jeune femme qu’il suivait avait bifurqué, s’engageant dans une rue perpendiculaire qui remontait en direction du quartier Mont-Royal. Ils étaient seuls dans les rues désertes, quelques timides lumières oubliées vacillant à des fenêtres, le trafic routier presque absent. Elle marchait rapidement et il dut accélérer le pas afin de ne pas la perdre. L’exercice et l’air frais lui faisaient un bien incroyable, sa vigueur s’était restaurée, tout comme son acuité mentale. Avec le Mont-Royal en toile de fond, il progressait rapidement et discrètement, puisque jamais elle ne se retourna. Quelques voitures klaxonnèrent en passant près d’elle, des hommes lançant des remarques salées et d’autres des commentaires honteux, mais jamais elle ne ralentit le pas. Elle semblait déterminée à se rendre quelque part, sans doute chez elle.
Ils marchaient depuis peut-être une heure, dans l’obscurité angoissante, quand la femme se mit à ralentir ; Thomas réalisa qu’elle tenait quelque chose à la main, qu’il n’avait pas remarquée auparavant. Il dut lui-même diminuer son rythme et passer sous le couvert d’un arbre puis d’un autre, ces derniers bordant les deux côtés de la rue résidentielle. Les maisons étaient d’époque, transformées en appartements à deux ou trois étages. Datant de l’ère industrielle du début du siècle, alors que les préoccupations économiques prévalaient, les architectes avaient conçu un nouveau mode de bâtiment, tout en longueur et tout d’un bloc, avec une façade qui s’étendait d’un coin de rue à l’autre, économisant le chauffage qu’aurait créé une rupture entre les logements. De nombreux escaliers en colimaçon montaient aux étages, surplombant un mince espace de verdure qui donnait l’illusion d’avoir du terrain. Cette architecture était typique du quartier et lui conférait un certain charme, puisque les façades étaient peintes de multiples couleurs vives, donnant de la chaleur à ces structures centenaires.

C’était devant l’une de ces maisons que la jeune femme venait de s’immobiliser. Thomas resta en retrait, dissimulé derrière un immense érable aux branches dénudées. Il cessa à son tour de bouger. La jeune femme, dans l’ombre, s’était retournée afin de faire face à la maison. Elle demeura ainsi durant presque une minute, avant de déposer au pied d’un arbre ce qu’elle avait tenu dans ses mains. Se relevant aussitôt, elle jeta cette fois un regard à la ronde et il eut le temps de se glisser complètement derrière l’arbre qui lui servait de bouclier. Il cessa de respirer, tendu, et patienta quelques secondes. Il craignait d’avoir été découvert. Il entendit alors les pas de la femme s’éloigner, claquant contre le pavé et il tenta un coup d’oeil timide, réalisant qu’elle s’éloignait du même pas rapide qu’auparavant. Il n’y avait aucune lumière dans les fenêtres bordant la rue, tout semblait désert, hormis les voitures stationnées. Reprenant sa progression d’espion, il rejoignit discrètement l’arbre où elle avait laissé ce qu’elle avait transporté : un bouquet de tulipes.
Il jeta un oeil dans la direction de l’appartement, n’y décelant rien de particulier. Il était pourtant manifestement spécial pour elle. Désireux de ne pas la perdre, il mit cette question de côté et reprit sa filature…

Pour pouvoir lire la suite, vous pouvez l’acheter ICI.

Les auteurs de SFFFH francophones ont du talent !

Gaëlle Dupille, Fondatrice de l’Invasion des Grenouilles vous présente :

Les auteurs de SFFFH francophones ont du talent !

Du 1er novembre au 1er décembre, je propose à tous les auteurs de SFFFH (science-fiction/fantastique/fantasy/horreur) francophones qui le souhaitent de poster sur leurs blogs et sites Internet l’extrait d’un roman, novella ou nouvelle dont ils sont les auteurs et qu’ils souhaitent faire découvrir à leurs lecteurs.

Inscrivez-vous ici-même en tant qu’auteur ou lecteur et laissez dès le 1er novembre un lien vers le blog, site ou page comportant l’extrait que vous souhaitez faire découvrir.

Afin de montrer que vous participez, il suffira d’apposer sur votre blog/site Internet (ou page Facebook, ou même encore sur ces 3 médias !) le logo « Du 1er novembre au 1er décembre, je participe à l’opération les auteurs de SFFFH francophones ont du talent » (voir ci-dessous), puis, de copier l’extrait choisi de votre roman/nouvelle, d’une longueur d’environ 7000 à 15 000 caractères (espaces comprises).

A la fin de l’extrait, ajoutez un lien vers le site marchand de votre éditeur ou d’une librairie afin que les lecteurs puissent directement acheter votre roman/novella/recueil, s’ils sont conquis.

Si vous êtes édité, n’oubliez pas de contacter votre éditeur afin de lui demander l’autorisation de publier votre long extrait.

Voici une belle manière pour les auteurs de SFFFH francophones (déjà publiés ou non) de prouver qu’ils ont du talent !

 

Visitez la page Facebook de l’événement :

Les auteurs de SFFFH francophones ont du talent !

L’Invasion des Grenouilles

 

 

Mes doigts – ces merdes mouvantes!

Vampire

L’écrivain est bien installé sur le canapé, son ordinateur portable repose sur ses genoux en produisant un faible vrombissement. Une table basse devant lui offre l’option d’y poser les pieds. Il recherche le confort ultime, la position parfaite. Une bouteille d’eau, une pomme et quelques friandises à portée de main l’aideront à faire taire les besoins primaires de consommation. Une couverture est placée à sa droite, en cas de fraicheur matinale indésirable. Il ne prend pas la peine de nourrir à nouveau le feu dans la cheminée, quelques bûches jetées plus tôt devraient suffire. Les portes et fenêtres sont verrouillées, le téléphone fixe débranché, et son « téléphone intelligent » en mode vibration. Il est seul, n’attends personne jusqu’à ce soir, une note sur la porte d’entrée interdit de frapper. La plupart de ses connaissances sont au courant de sa routine inébranlable.

Il est donc fin prêt à écrire. C’est l’unique moment de joie de son existence.

L’écrivain observe l’écran blanc devant lui, le traitement de texte soumis à ses caprices. Une idée qui germe dans son esprit malade depuis quelques semaines décide enfin d’être violemment éjaculée sur le document vierge. Une histoire macabre de créatures démoniaques qui surgissent dans la nuit afin d’attaquer les gens. Pas trop original, mais il espère que son écriture particulière et des actions bien pensées sauront faire oublier cet évident manque d’originalité. Il ne faut pas se leurrer, il est impossible de réinventer la littérature, la plupart des livres ou films qui sortent n’ont de nouveau que cela, leur nouveauté.

Le crépitement de ses doigts sur le clavier est comme une rafale d’arme automatique, les victimes de ces projectiles auditifs sont les personnages malchanceux qui tombent sous les griffes des monstres inventés. Il imagine les morts les plus atroces, décrit les immondices avec détails. Il s’amuse comme un fou. Le temps passe, les fesses engourdies et la bouche sèche, il remplit les pages à un rythme incroyable.

L’écrivain s’arrête après un moment pour relire un passage, frottant ses yeux fatigués, remuant ses doigts glacés. C’est à voix haute qu’il fait la lecture.

« C’est ainsi que l’homme s’avança vers la silhouette svelte qui se tenait dans la pièce. Son corps nu révélait sa musculature, son ventre lisse et la force qui émanait de lui. Le vampire glissa sans bruit, son mouvement était invisible à l’œil humain trop lent. Il prit l’homme dans ses bras, sentit le corps robuste contre le sien, leur nudité était une expérience lui procurant des frissons. Guillaume le vampire laissa ses mains découvrir le corps ainsi offert, ses doigts caressant les muscles, le cou, le bas du dos. La bouche frémissante du vampire et ses lèvres affamées entrèrent en contact avec la peau salée de sa victime soumise. Sa langue exploratrice remonta dans le cou, le menton et bientôt leurs bouches s’entremêlèrent… »

L’écrivain, perplexe, relut la totalité du texte. Son vampire, Guillaume, était blond et aux yeux bleus. Les femmes tombaient amoureuses de lui, les hommes aussi.

Il eut soudainement la nausée et un mal de tête horrible.

L’écrivain repoussa son ordinateur, le déposant sur la table basse. Il se dirigea vers la cuisine où il prit la bouteille de Jack Daniel’s sur le comptoir. Quelques gorgées ne suffirent pas à effacer les images qu’avait éveillées son écriture. Il se rendit donc à la salle de bain, fouilla jusqu’à trouver les comprimés antidouleurs. Il en avala deux, trois, une dizaine, aidé de l’alcool qui coulait à flots. Dans le miroir, il croisa son regard, découragé, honteux.

Il se retrouva ensuite au salon, prit son « téléphone intelligent » et composa le numéro de son agent. Dès la troisième sonnerie, il tomba sur la boîte vocale et laissa un message.

– Marc? C’est fini. J’ai perdu mon talent!

Il déposa l’appareil sur le canapé, prenant la direction de sa chambre en sans oublier d’avaler plusieurs longues gorgées salvatrices du liquide savoureux. Dans la pièce en question, il ouvrit le tiroir de sa table de nuit, repoussa l’Anthologie 2014 des éditions « Long Shu Publishing » dont il venait tout juste d’amorcer la lecture. Sa main rencontra la crosse froide de l’arme automatique chargée, un cadeau de sa femme reçu lors du dernier Noël.

Il ferma les yeux, enfonçant le canon dans sa bouche, la brûlure du whisky irlandais remplacé par l’acier huilé.

Il pressa la détente.

Le mal d’écrivain.

Machine à écrire

Quand on parle des écrivains, il est si facile de tomber dans le piège des stéréotypes véhiculés par la télévision et le cinéma. De s’imaginer qu’un écrivain est un être lâche qui se la coule douce chez lui, au lieu de travailler.

Pour la majorité des gens, de nos connaissances, de notre famille, être écrivain se résume peut-être à ceci :

  • Pas besoin de se rendre au travail. Rester chez soi tous les jours, sans devoir se soucier des embouteillages, des autoroutes bondées ou des ponts en pleine réparation qui ne laissent passer les véhicules qu’au compte-goutte. L’écrivain évite les longs trajets monotones dans le métro, le détour des autobus sans air conditionné, les transferts imprévus et les attentes interminables sous la pluie froide ou le soleil brûlant. Ils évitent aussi la proximité des clochards qui vous reluquent d’un mauvais œil, la main glissée dans leur pantalon et un filet de bave coulant sur leur menton velu.
  • Être romancier signifie écrire durant quelques heures au matin, pour être libre le reste de la journée. Il est aussi de notoriété publique qu’il faut boire plusieurs carafes de café durant le jour, consommer abusivement de l’alcool tous les soirs. Que tous les prétextes sont bons pour faire une sieste, visionner un film, aller flâner sur Facebook, lire un livre ou simplement ne rien faire.
  • De ne pas avoir à se rendre au centre-ville, à l’autre bout du village ou en campagne pour bosser, c’est être bien assis à longueur de journée dans une pièce chauffée, sans souffrir des intempéries ou des évènements météorologiques imprévisibles. Quel confort!
  • Un écrivain n’a pas d’uniforme, ne doit pas revêtir de lourdes vestes pare-balles, de souliers à talons hauts pénibles, de complets inconfortables, d’habits de poulet jaune pour déambuler dans la foule et vanter le goût incomparable des croquettes de poulet d’un restaurant minable. Tout le monde sait qu’un écrivain passe ses journées à se promener dans la maison en sous-vêtements, sans se raser, ne prenant de douche que lorsque les mouches le fuient ou restent coincées dans la substance gluante qui macule sa peau. Les écrivains ont les cheveux longs, les ongles noircis et s’ils ont des dents, elles sont pointues.

Les auteurs se plaignent sans cesse de ne pas faire beaucoup d’argent, d’être pauvres. Vraiment? Alors, comment expliquer qu’ils ne retournent pas au travail? Qu’ils ne se décident pas à se manier le cul pour mériter un salaire et ainsi payer les factures, payer des impôts, pour contribuer à mettre de la bouffe sur la table et rembourser le prêt octroyé par le beau-père? Au lieu de perdre tout ce temps en rêveries puériles.

Détrompez-vous!

 La vérité des écrivains est bien différente et vous est aujourd’hui révélée en primeur.

  • Les auteurs préfèreraient de beaucoup être dehors à respirer l’air frais. Ils veulent quitter cette pièce sombre et empuantie où ils sont enfermés, faire une promenade en forêt ou sur le bord d’un lac. Ils veulent épier les gens dans le métro à la recherche d’éléments pouvant les inspirer, éviter les crottes de nez collés sous les sièges d’autobus qu’ils ont peut-être eux-mêmes laissées en place la semaine d’avant. Un embouteillage, un détour ou une autoroute au trafic routier lent est une occasion en or de monter le volume de la radio au maximum, les vitres baissées et de hurler tout en gesticulant comme un malade mental qui vient de s’échapper de l’asile.

« You know I’m born to lose, and gambling’s for fools, but that’s the way I like it baby, I don’t wanna live forever, And don’t forget the joker! »

  • Un écrivain ne passe pas tout son temps à la maison devant l’écran de son ordinateur ou la machine à écrire. Pourquoi? Est-ce qu’un policier poursuit les criminels dans le dédale des rues de la ville durant la totalité de son quart de travail, sans prendre le temps de rouler tranquillement dans sa voiture avec une boîte de beignets sur les genoux? Est-ce qu’un médecin passe huit ou douze heures d’affilée à scier les poitrines de victime de crises cardiaques, sans prendre le temps de tripoter la nouvelle petite infirmière? Qui peut se vanter de travailler durant chaque minute, chaque seconde de sa journée sans la moindre pause? Il faut aussi prendre en considération le fait que travailler à la maison peut s’avérer propice aux distractions.
  • Le café? Bien entendu que les auteurs boivent des tonnes de café, c’est essentiel pour la survie, pour rester éveillé. L’alcool? Il ruisselle dans les gosiers voraces des écrivains comme une intarissable source, jour et nuit, jusqu’à ce qu’ils s’écroulent à moitié morts dans une flaque de vomi rosâtre.
  • Travailler à la maison signifie parfois devoir endurer le froid hivernal qui filtre au travers des murs inadéquatement isolés, qui ronge les doigts occupés sur les claviers, qui glisse d’une manière reptilienne sur les jambes inertes sous le bureau. L’été annonce le festival de la sueur, avec au programme le ruissellement dans le cou, la moiteur des aisselles, le cuir chevelu humide et la très plaisante coulée rectale qui s’attarde parfois jusque sous le scrotum.
  • Un écrivain n’a pas besoin d’uniforme, c’est bien vrai. Mais passer ses journées en sous-vêtements? Que croyez-vous? La réalité est qu’ils passent tous leurs temps à poil, dévoilant ces corps aux formes variées, aux attributs beaux ou laids, flasques ou durcis, relevés ou abaissés. Se raser? Quelle perte de temps, aussi bien jouer le jeu de l’animal et rester poilu.
  • Un écrivain faire de l’argent? Pourquoi? Pourquoi travailler quand on peut vivre au bras de la société comme une sangsue, que ce soit sur le chômage, l’aide-sociale ou encore d’un conjoint un peu stupide qui se tue à petit feu en accumulant les journées de travail supplémentaire ou en suçant la vieille queue du patron, pour ne pas perdre son emploi?

Alors, est-ce qu’on a la vie facile, nous les écrivains?

Imaginez les maux de dos, les muscles qui se plaignent de devoir passer des heures dans la même position. Les poignets qui réclament d’autres mouvements que le pianotage des claviers, que le va et vient de la masturbation quotidienne ou du constant lever de la bouteille de bière qui s’alourdit avec les années.

Et le cul, vous y pensez? Les fesses nous aplatissent, la raie s’agrandit et la chaleur de toutes ces heures où on prive ce gentil derrière de respirer est pire que les radiations de Tchernobyl. Vous avez déjà senti la chaise d’un écrivain? C’est un mélange d’odeur de flatulences, de sueurs, de semences répandues et d’urine.

Ce n’est pas tout, nous souffrons de mal de tête. D’abord, parce qu’on n’arrive pas à taire cette foutue machine parlante qui fonctionne jour et nuit, qui débite des conneries dans notre cerveau, qui réveille des voix connues ou inconnues. Nos yeux braqués sur les écrans s’assèchent comme l’organe humide d’une vieille religieuse perverse à la retraite. On se retrouve avec de petits yeux asiatiques injectés de sang, des cernes noircissant notre visage d’une pâleur cadavérique.

Les tempes nous font aussi mal, parce que notre corps est constamment soumis à des positions anormales, des séances trop longues d’inertie.

Le mal d’écrivain est horrible.

Il n’y a pas de solution, pas de cure miracle. Faut vivre avec et l’adopter comme un membre de notre famille.

Pensez-y la prochaine fois lorsque vous croiserez une de ces misérables loques humaines. Faites une bonne action et achetez un livre.