H2NO de Jean-Marc Renaudie

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 Résumé du livre :

« Depuis le Grand Cataclysme, les règles de vie ont évolué. L’existence de l’homme se résume à vivre, travailler, et mourir dans une tour, avant d’y être incinéré.

Abedo appartient au comité. Il représente l’autorité.

Quand l’affaire des cuves d’eau contaminées par le virus biotechnologique H2NO éclate, Abedo se prépare à résoudre un cas d’école. Mais le meurtre d’un autre agent change la donne. De traqueur, il devient traqué. Pour s’en sortir, il devra dénouer les fils d’une intrigue qui l’entraînera dans les souterrains creusés sous NéoToulon. Soutenu par GN345, il remontera les pistes jusqu’au plus haut sommet de l’État : le comité des 20.

En parallèle, un vent de révolte souffle dans les rangs des non-repertoriés. Le pays est au bord de l’effondrement. »

 Commentaire :

Jean-Marc Renaudie nous présente ici sa première incursion dans le monde de la science-fiction. Jean-Marc est toutefois le genre d’auteur difficile à qualifier, étiqueter ou encore catalogué en raison de la diversité de son talent. Dans ce roman il flirte avec plusieurs genres à la fois. Nous entraînant dans une histoire de science-fiction, dans un récit politique, mais aussi dans un polar d’un genre nouveau doublé d’un récit d’aventures. Pour avoir déjà lu plusieurs écrits de cet écrivain passionné de la langue française, je peux vous garantir que c’est un nom à ne pas oublier.

Le personnage principal du roman, Abedo, est un flic honnête équipé de la meilleure technologie possible, presque militaire pour pratiquer son métier. Un homme consciencieux qui devra faire face à des situations extraordinaires. Mais attention, il n’est pas question de personnages noirs et blancs, bons ou mauvais. L’écriture de Renaudie transcende les clichés de la littérature. Tout est gris, changeant, inquiétant, réaliste, troublant. L’humanité et la robotique se confrontent, font chemin ensemble avec toutes les complications imaginables. Les personnages du roman, en particulier le personnage principal, nous surprennent par leur vulnérabilité tout à fait humaine. Le lecteur se reconnait ainsi dans certaines situations, dilemmes d’Abedo.

La plus grande qualité de Jean-Marc Renaudie est sa capacité à intégrer les détails dans l’histoire, tout en nous épargnant les descriptions futiles. Il s’en tient à l’essentiel, choisissant ses mots avec justesse, nous donnant une image de l’action qui s’imprègne dans notre esprit. Il évite l’erreur des phrases trop longues, il va directement au but, ajouter ici et là des mots frappants, touchant sa cible. L’écriture de l’auteur est mature, il excelle dans la construction d’une trame captivante.

« La nocivité de son humour me touchait, mais je ne bronchai pas. Je gardais ma fureur ancrée dans mon cœur. »

Au début, je me suis questionné sur la narration à la première personne, en particulier parce qu’on me l’avait reproché en tant qu’écrivain. Mais ici, c’est l’unique narration possible, puisque les pensées d’Abedo sont essentielles, logiques, et elles ajoutent au récit une qualité exceptionnelle. L’auteur possède un texte de qualité, solide, un modèle de science-fiction et d’écriture en général.

Ce qui m’a grandement plu dans H2n0 est la complexité de la relation entre les hommes et les machines. Nous sommes inévitablement conviés à débattre les questions éthiques, morales et religieuses de la présence de ces choses robotisées que nous avons créées, qui prennent de plus en plus de place dans nos vies.

Bref, il ne fait aucun doute que ce roman est à conseiller. Pour son personnage principal, les thèmes soulevés et l’action qui aura à plusieurs reprises fait monter ma pression sanguine. C’est une course contre l’ennemi, un marathon littéraire jusqu’à la conclusion. Un roman intelligent.

Ma note : 9.5/10

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Jean-Marc Renaudie

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Awen de Gaëlle Dupille

Awen - Gaelle DupilleAwen est une nouvelle qu’il ne faut pas, mais vraiment pas lire.

Pourquoi?

Parce que cette dernière risque de vous mener vers un état de confusion avancé, de bouleverser vos illusions et préconceptions au sujet de l’humanité et des apparences. Je m’explique. Awen, c’est une nouvelle de Gaëlle Dupille. La première chose que vous faites, en l’achetant, c’est de découvrir la photographie de l’auteur, une jeune femme jolie et souriante. Vous imaginez donc que ce récit sera gentil et doux. Une telle fille ne peut qu’écrire au sujet de papillons et de fleurs, d’amour millénaire et de prince charmant. Faux. Son sourire angélique n’est qu’une façade pour son âme perverse. J’ai même entendu dire que c’est d’elle que s’inspire le diable pour ses méfaits. Elle possède un doigté glacial laissant sur le clavier son empreinte maléfique. Son désir est de vous guider sur l’étroit sentier qui mène de la folie à la lucidité et elle réussit très bien.

Quoi d’autre? Vous aimez les chats? Ils sont doux, gentils et marrants? Cette histoire décrit la rencontre entre un auteur un peu moche et Awen, une charmante créature féline très particulière. Je vous entends d’ici – « Quelle bonne idée, j’adore les chats »… avec Gaëlle, ce n’est jamais aussi simple. Un chat entre les mains de mademoiselle Dupille, c’est comme une paire de ciseaux entre les mains d’un tueur en série. Faut se méfier.

Donc, si vous aimez les chats et croyez ici lire de la romance, détrompez-vous. Cette histoire, une courte nouvelle, explore deux éléments importants de la vie d’un auteur. Tout d’abord, l’imagination, la provenance du talent énigmatique. Ensuite, le prix à payer pour le succès.

Awen est une histoire sombre, tranchante et qui reflète l’imagination fertile et le talent de son auteur. À conseiller, même pour ceux qui aiment les chats.

Note : 9/10

Liens d’achats : L’Ivre-Book

Site de Gaëlle Dupille

Qu’est-ce que les Fossoyeurs de Rêves ?

Qu’est-ce que les Fossoyeurs de rêves?

Vous avez vu ce nom quelque part? Lu dans ma biographie ou celles de mes amis? Ce nom vous semble un peu hautain? Vous vous demandez bien en quoi il consiste ?

Commençons par la définition officielle d’un collectif d’artistes, puisque les écrivains sont bien entendu des artistes.

Définition de Wikipédia :

« Un collectif d’artistes est un groupe d’artistes travaillant ensemble de leur propre initiative, le plus souvent sous leur propre direction, vers des objectifs communs. »

C’est simple. Cela n’a rien à voir avec une secte religieuse, même si notre idéologie commune ou notre passion presque religieuse pour la littérature nous emmène à prêcher pour la beauté d’une complète liberté d’écriture.

Nous ne sommes pas un groupe d’alcooliques vagabondant la nuit dans les ruelles sombres tout en hurlant notre désespoir et crachant notre venin. Enfin, nous vivons assez loin les uns des autres, sinon qui sait? Mes amis connaissent plusieurs établissements pas trop snob à la bonne bière froide.

Nous ne demandons aucun don d’argent, nous ne vendons que nos livres, ne possédons pas de siège social ou encore de contrat nous retenant prisonniers les uns envers les autres.

Nous sommes une famille. Quatre étrangers avec une passion commune, un bon sens pratique et une volonté de faire partager notre art. Nous croyons au bien fait de la liberté d’expression, en la littérature d’horreur, fantastique, gore et tout ce que les supposés experts au lourd passé classique voient souvent comme de la sous-littérature. Nous avons été réunis par le destin? Le diable? Peut-être. Une chose est certaine, nous nous comprenons dans nos métiers respectifs, dans notre métier d’écrivain et dans nos déboires contre le foutu monde littéraire, une vraie jungle où la justice se fait souvent à l’aide d’amis, de contacts ou encore de fellations dans les ruelles sombres de la capitale.

Nous n’avons pas peur de nous critiquer les uns les autres. C’est en fait le plus grand signe d’amitié que de dire le fond de notre pensée. Nous nous protégeons les uns les autres contre les forces extérieures voulant nous faire taire. Nous étouffer dans la complaisance et l’inutilité. Nous ignorons les académismes et la normalité, parce que cette normalité est une bêtise humaine pour noyer la masse dans l’ignorance.

Notre groupe a subi une épuration, une solidification importante.

Nous aimons lire, écrire et discuter, nous sommes ouverts aux critiques, aux commentaires.

Qui sommes-nous donc?

Romain Billot – Gaëlle Dupille – Jean-Marc Renaudie – Sylvain Johnson.

Y a-t-il un chef dans notre collectif? Un cerveau nous contrôlant? Décidant de notre sort? Non, nous sommes des égaux, des frères et sœurs, une famille unie.

Vous voulez connaître nos écrits? Nous envoyer un message? Facile, voici notre page Facebook et nos pages individuelles.

Mais attention, toute visite est à vos risques et périls.
Merci à nos lecteurs et aux autres.

Liens utiles :
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Jean-Marc Renaudie (John Steelwood)

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Gaëlle Dupille

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Sylvain Johnson

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Romain Billot

Romain Billot

Interview d’un FDR : Sylvain Johnson

Les Fossoyeurs de rêves est un collectif de jeunes auteurs francophones issus des différents horizons de l’imaginaire : Horreur, Fantastique, Science Fiction, Fantasy, Thriller…

Leurs noms : Romain Billot, Gaëlle Dupille, Sylvain Johnson & John Steelwood…



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Question 1 de John Steelwood :

Quel est ton livre favori? Et maintenant, je veux que tu écrives une chronique négative sur ce livre, mais de manière justifiée.

Réponse :

Mon livre favori? Dead Zone de Stephen King. Une chronique négative sur ce livre? J’en suis tout simplement incapable. Désolé!

 

Question 1 de Gaëlle Dupille :

Si un génie sortait soudain de la bouteille de bière que tu viens d’ouvrir et te proposait de réaliser 3 vœux en rapport avec ta carrière d’auteur, que choisirais-tu?

Réponse :

En rapport avec ma carrière? Facile. Je voudrais l’assurance que ma muse ne cesse jamais de m’inspirer et que les idées continuent à me venir. Perdre l’inspiration serait un cauchemar. Ensuite, obtenir un gros succès. Pour me faire connaître et me donner une certaine autonomie financière et littéraire. Ne plus avoir à travailler, mais écrire tous les jours, quel rêve ! Pour terminer, que mes livres deviennent des films à succès, parce que j’aime le cinéma. En passant, maintenant qu’un gros génie sale vient de sortir de ma bière, va me falloir aller en chercher une autre.

 

Question 2 de Gaëlle Dupille :

Un mafieux influent te demande d’assassiner sa femme (que tu n’as jamais vue) et en échange te garantit que grâce à ses relations haut placées dans le monde de l’édition et du cinéma, il fera très vite de toi un auteur riche, célèbre et adulé, dont tous les romans seront adaptés à l’écran un à un dès leur parution. Acceptes-tu?

Réponse :

Voici mon adresse courriel pour m’envoyer la photo de sa femme… sylvain_johnson@yahoo.com

 

Question 2 de John Steelwood :

Tu es assis sur un banc et tu vois passer : un vieux, une cougar, un chihuahua et un emballage de hotdog. Bien entendu, cette vision t’inspire pour écrire un petit texte d’une dizaine de lignes. À ton stylo

Réponse :

Johnnie venait tout juste de célébrer son anniversaire, soufflant péniblement les quatre-vingt-dix bougies du gâteau. Sa petite-fille Constance le lui avait apporté, elle était bien la seule à encore venir visiter le vieux bonhomme. La plupart des gens refusaient d’entrer dans son appartement, tout cela à cause de son chihuahua Marcel qui ne cessait pas de grimper sur les jambes de ses visiteurs pour tenter une impossible copulation. En vérité, s’il gardait son chien détestable, c’était justement pour cette raison, qu’on lui foute la paix. Depuis la mort de sa femme, vingt ans plus tôt, il préférait la solitude et son mode de vie luxueux dans son immense domaine. Il en avait hérité de sa femme, une cougar plus âgée et riche qu’il avait séduit devant un stand à hotdog de Central Park. Il l’avait rattrapé pour lui offrir un hotdog, non sans écrire son numéro de téléphone sur l’emballage, ne croyant pas nécessairement qu’elle finirait par l’appeler. Elle le fit pourtant, deux jours plus tard.

 

Question :

Imagine une mort pour chacun des autres membres des Fossoyeurs. Décris cette mort!

Réponse :

Romain

Tuer Romain est compliqué. Je dois me rendre dans le Cantal. Mon premier soir, j’ai décidé de louer une chambre dans une auberge et y passer la nuit, afin de me préparer. Première erreur. Les « habitants » du coin sont de vraies brutes, de gros bûcherons sadiques et alcooliques. J’ai vu lors de ma soirée à l’auberge des comportements vaguement humains et animaux qui auraient fait rougir Satan. Il me faudra deux douches et trois comprimés pour dormir, mon séjour dans l’auberge et le bar adjacent me donnera des cauchemars durant des mois, sinon des années.

Prendre la route dans le Cantal, c’est voyager dans un autre monde. Premièrement, mon cellulaire ne capte plus de signal. Les routes, parfois, sont davantage adaptées aux animaux ou aux piétons que ma voiture de location. C’est tout un périple qui m’emmène non loin de la résidence répertoriée du célèbre écrivain Romain Billot. Des légendes font état de touristes venus le rencontrer, quémander un autographe et qu’on n’a jamais revus. Le grand Billot de déclarer dans une entrevue télévisée quelques mois plus tôt : « Sans corps, y a pas meurtre ». Cela n’a fait que raviver l’intérêt du public pour sa légende.

Je patiente sur une colline jusqu’à la nuit tombée. L’air se rafraichit et j’entends toute sorte de bêtes sauvages. On se croirait à une autre époque, complètement abandonné dans la nature sans merci pour les visiteurs non préparés comme moi. Il est minuit lorsque je décide de bouger. Je dois m’approcher du repaire de l’écrivain sans faire de bruit. Je ne suis pas encore en vue de sa cabane qu’une puissante musique se fait entendre. On dirait bien que monsieur Billot est en train de faire une petite fête. Il n’y a aucune voiture devant chez lui, il est donc probablement seul. Je m’approche et découvre sa porte d’entrée entrebâillée. Une sorte de gros chat blanc et gris se tient non loin et me regarde, sans bouger. Je déteste les chats et pointe mon fusil de chasse en direction de cette bête dont je me méfie. La musique qui monte de la cabane devrait être suffisante pour couvrir les déflagrations de mon arme. Je pousse la porte, une forte odeur de cigare me chatouille le nez et une faible luminosité venant d’une lampe à pétrole m’offre une vue sur l’intérieur.

C’est un salon des plus ordinaires, si ce n’est la silhouette couchée sur le canapé. Un homme mince, assez grand, avec une barbiche et des tatoues sur les bras. Il porte un chandail noir et quelques bouteilles de bière vides gisent sur la moquette trouée de brûlures de cigarettes. Je m’avance dans l’antre de la bête, pointe mon canon sur l’homme couché. J’ai lu son dossier médical et sais fort bien que vingt litres d’alcool par jour sont nécessaires afin de l’empêcher de tomber dans le coma. Il est complètement inerte et j’hésite un moment. Je me sens comme Mark David Chapman, mon nom sera connu de tous et trouvera sa place dans les livres d’histoire. J’ai un frisson et fais feu à six reprises, coupant littéralement le corps de ma victime en deux. Les déflagrations sont à peine perceptibles, mais un dernier coup de feu bien placé vient fermer la gueule de Lenny qui hurle comme un malade.

Satisfait, sachant que personne n’aura l’idée de venir avant le matin, je décide de fouiller la baraque. Une idée me vient soudain… et si je volais un manuscrit du célèbre auteur? Excité, je me rends dans son bureau macabre, pour y fouiller les armoires, les tiroirs et finalement ne rien trouver qui ressemble à un manuscrit. En fait, il n’y a aucun ordinateur, aucune machine à écrire.

Un sifflement aigu me fait sursauter. Le chat blanc et gris est monté sur le corps ensanglanté de son maître et me toise avec une certaine méchanceté. Je vais devoir passer non loin de lui pour sortir. Devrais-je lui tirer dessus? Je dépose mon fusil de chasse, sans numéro de série et sans la moindre empreinte digitale, puisque je porte des gants. Je préfère ne pas l’emporter. En fait, j’espère être un jour capturé pour pouvoir profiter de ma célébrité, on dira de moi que j’ai tué une légende et mis fin à une très grande carrière.

Je sors mon revolver de son étui à ma taille. Je tiens la bête en joue tout en m’approchant. Je remarque alors quelque chose sous le canapé, entre les nombreuses bouteilles d’alcool. Une mallette? Je m’agenouille tout près du corps et trop près de la bête, pour tendre la main vers la poignée noire de la valise. Une main froide m’agrippe soudain la gorge et un cri de mort emplit mes oreilles, tandis que la carcasse mortellement blessée de l’écrivain se dresse. Assis, son visage est au même niveau que le mien et j’ai peur. Du sang coule de sa bouche, ses yeux sont d’un blanc spectral, sa peau visqueuse de sueur. Il empeste la morte et la bière. Sa poigne me blesse et je vide mon chargeur dans sa poitrine.

Il retombe sur le canapé avec un râle et des gargouillis. Son hémoglobine se répand au sol, trempant mes genoux. Je me relève aussitôt et me rue dehors, la mallette en main. Le froid et le semi-silence de la nature me font grand bien. Je m’arrête à quelques pas de la cabane, sur une table en bois muni de deux chaises. Je dépose la mallette et décide de l’ouvrir. À l’intérieur, une petite machine à écrire, ainsi qu’une pile de feuilles. Je prends la première de la pile, excité de pouvoir être le premier être humain à lire les mots d’un Billot non publié.

« … il me croyait mort. Mais comme toute légende, je suis immortel, indestructible, invulnérable. L’homme armé, cet idiot arrogant, pensait mettre fin à mon existence. En fait, au moment où il lisait les pages de mon manuscrit, je m’approchais de lui, ma tronçonneuse en main prête à lui trancher la gorge… »

Je levais les yeux au moment où le ronronnement de l’engin s’élevait dans la nuit.

 

Gaëlle

C’est avec tristesse que je dois t’éliminer. Pour ce faire, il faut être patient. Tu es très occupée. Pour t’atteindre, je dois passer par ta mère, que je trouve dans la rue un mardi matin lors de ses courses au marché. Devant le poissonnier, je l’accoste et entreprends une discussion banale sur la température, le prix des saumons et la beauté du Québec. Voilà, elle me parle de sa fille qui aime tant le Canada et je l’invite à une terrasse pour un verre. Elle accepte, je fais le beau et elle accepte de me présenter à sa fille.

Le lendemain, c’est au Coq d’Argent que nous devons nous rencontrer. J’ai engagé un acteur assez séduisant pour jouer mon rôle. Bien entendu, je n’ai pas révélé mon identité à ta mère. Tu arrives sur place, toute souriante, pas trop certaine pourquoi tu as laissé ta mère te convaincre d’accepter ce souper. Tout va bien, le mec te plaît, vous discutez, il connaît ta biographie et il parvient à garder ton intérêt en abordant des sujets présélectionnés. Vous parlez d’Écosse, de livres, de cinéma. Après le repas, il offre de te reconduire, ce que tu acceptes. Il conduit une belle voiture et te ramène chez toi avec prudence. Tu le fais entrer et j’en profite, parce qu’il déverrouillera la porte pour moi dès que tu auras le dos tourné. Des buissons, quelques minutes plus tard je fais mon chemin dans ton vestibule, puis dans la salle de bain. Vous êtes tous les deux au salon, il tente de te séduire, un verre de vin à la main. Il joue son rôle à merveille.

Dans la salle de bain, j’en profite pour préparer la drogue qui t’endormira. Suffit que l’autre en mette quelques gouttes dans ton verre. Il t’annonce qu’il a besoin de vider sa vessie et tu lui indiques où aller. Parfait. Il entre, je lui donne la drogue, mais il hésite. Il te trouve jolie, ne veux plus participer. Il menace de tout aller te dire, c’est inacceptable, je dois donc lui donner un uppercut sous le nez. Il tombe inconscient et je dépose son corps dans la douche. Changement de programme, je sors le Beretta, m’assurant qu’il est chargé, et quitte la salle de bain. Tu n’es plus dans le salon. Tu appelles de l’étage supérieur « Viens, je suis dans ma chambre. » Ta voix sensuelle et douce me donne des frissons. Les lumières sont tamisées, une petite musique monte d’une radio invisible. L’arme en main, je monte l’escalier d’un pas prudent, évitant de faire craquer les marches en bois. Un couloir m’accueille et il y a trois portes, dont une entrouverte. C’est de là que vient la musique. Ta chambre? Je m’y dirige, le doigt sur la gâchette. Je pousse très lentement la porte, découvrant les meubles, puis le lit. Une pièce de tissu rouge posée sur la lampe afin de rendre l’atmosphère plus mystérieuse. Le sol est couvert d’une épaisse moquette blanche. Je m’avance donc vers le lit. Une bouteille de champagne et deux coupes reposent sur la table de nuit. Des condoms tout à côté. Je me fige. La silhouette dans le lit remue et les couvertures qui la dissimulent se déplacent. Je crie au moment où ta mère se lève toute nue, le corps couvert de pustules mauves et muni de plusieurs tentacules. Elle émet une sorte de hurlement guttural, sa chevelure qui n’était qu’une perruque glisse de son crâne chauve. Sa bouche contient beaucoup trop de dents, de langues fourchues et ses yeux sont injectés de sang. Son énorme sexe laisse ruisseler une substance verdâtre qui perce le tissu qui brule, les couvertures s’enflamment.
Dans mon dos, j’entends ta voix.
– Quelle surprise!

Je me retourne et tu es là, toi aussi nue. Tes six bras velus et tes deux énormes têtes me fixent. Ta langue ne cesse de frapper ce qui ressemble à ton menton et de la bave coule sur tes quatre seins aux pointes dressées vers moi. Je n’ai pas le temps de réagir, que tu parles à nouveau.
– C’est le temps de manger maman!

Je hurle ensuite comme un malade, tandis que je rebrousse chemin pour quitter cette chambre à l’odeur nauséabonde. Un des tentacules de maman m’agrippe au mollet et je perds pied, mon corps à moitié dans la chambre. J’entends des bruits et un choc violent m’annonce que mon pantalon vient d’être déchiré, mon fessier soudain révélé dans toute sa laideur masculine. Un des tentacules de maman me frappe les fesses et elle hurle « Vient voir maman, j’ai faim. »

C’est là que je me reprends. Bon Dieu, j’ai une arme à feu! Je me retourne sur le dos, difficilement, d’autres tentacules m’agrippent. Le sexe de maman s’est ouvert comme la caverne d’Ali Baba et je ne serais pas surpris de voir quarante voleurs en sortir, tant l’orifice est béant. Je pointe mon arme vers un de tes visages défigurés par la rage et j’appuie sur la détente, vidant le chargeur dans ta direction. Ton hurlement m’annonce que j’ai touché la cible. Les tentacules me lâchent et c’est à votre tour de tenter de fuir. En me relevant, le fessier à l’air, je recharge rapidement l’arme. Maman s’est jetée par la fenêtre, il est trop tard pour la rattraper, mais toi tu es au sol, ton corps mortellement blessé se métamorphose en la jolie Française que je connais. Sauf que tu n’as plus de blessure, ta capacité à te régénérer est incroyable, elle ne s’applique toutefois pas lorsque tu es humaine.

Tu es inconsciente et j’en profite pour t’ouvrir la bouche et te faire avaler la fiole de cette puissante drogue que j’ai emportée. Il me faut maintenant t’emmener au plus vite dans la voiture, avant que les flics rappliquent. Les voisins ont surement déjà appelé les secours.

Tu te réveilles avec un terrible mal de tête, ligoté sur une chaise. Tu hurles, me craches dessus et menace de me faire la peau. Je reste là à t’épier en silence, une vraie furie! Lorsque tu te calmes, je peux enfin te montrer la fenêtre protégée par des barreaux. On y voit un quartier résidentiel. En fait, tu découvres avec horreur qu’il s’agit de Westmount, à Montréal. Un ami dans l’armée américaine m’a permis de transporter ton corps hors de France à bord d’un cargo militaire pour atterrir à Toronto. De là, nous avons fait une balade en voiture, j’ai malheureusement dû te redonner de la drogue à quelques reprises.

Tu paniques, cherche à te transformer, mais tu n’y arrives pas. La drogue permet aussi d’endormir la chose qui gît en toi, cette créature millénaire et féroce. Je t’indique la petite porte sur notre droite et tu l’observes un moment, sans comprendre. Elle s’ouvre enfin et une silhouette apparaît. Je me recule tandis que l’anglophone, le Canadien Anglais s’avance vers toi. Comme les bêtes de son espèce, il est vorace, dangereux et c’est aussi ta Kryptonite. L’homme te sourit et tu deviens folle, en particulier lorsqu’il se met à parler, à débiter des mensonges de son ton fielleux. Ses mots sont comme des glaives dans tes oreilles, ton cerveau, ton système nerveux incapable de tolérer cette langue machiavélique aussi habilement manipulée.

Je sors de la pièce et la referme derrière moi, pour ensuite jeter un œil dans le petit carreau vitré et pare-balle. L’anglophone continue son baratin de jaloux incompétent et tu t’effondres en pleine crise de convulsions, ton coeur incapable de maintenir le rythme. Retenue par les cordes sur la chaise, ton inertie encourage l’autre à s’approcher. L’inévitable se produit, il te touche et ce contact détestable t’enflamme comme une vulgaire poupée de chiffon imbibée d’essence. Il recule, mais il est trop tard, ta tête explose tel un melon bourré d’explosifs.

Je me détourne lorsqu’il se met à lécher le plancher couvert de ton sang, des morceaux de chairs et de tes fluides libérés.

 

John

Pas facile de tuer l’homme à la hache. Cela vaut toutefois la peine d’essayer. John est présent au Salon du livre de la ville de Fromage. Il est installé au stand numéro 12 qu’il partage avec James Patterson. Ses livres sont fièrement exhibés devant lui et quelques passants lui en achètent des copies. Je l’observe de ma cachette, derrière le stand d’une certaine maison d’édition à l’éditrice vaguement ensommeillée, l’ombre de sa massive silhouette me permet de trouver un peu de fraîcheur. James finit par prendre une pause, laissant John tout seul à sa table et c’est le moment que je choisis pour m’approcher. Il me sourit alors que j’achète son roman H2O et la suite – CO2. Je lui demande de signer pour Laurent et le supplie d’utiliser mon crayon spécialement conçu pour l’occasion. Il accepte, trop généreux et dévoué aux lecteurs. Je m’éloigne ensuite avec mes deux bouquins et me dépêche de monter dans mon auto. Il est treize heures, je n’ai pas beaucoup de temps devant moi. Je roule à toute vitesse, jetant de fréquents coups d’œil sur l’horloge dans le tableau de bord. J’espère que John ne remarque pas que j’ai laissé mon crayon sur sa table.

Le pilote monte dans son avion, un tout nouveau Mirage 2000. Il a reçu ses instructions de vol, son avion lourdement armé doit retrouver le porte-avion Charles de Gaule pour être déployé au Moyen-Orient. Il reçoit le feu vert et s’élance sur la piste, tout content de prendre quelques semaines de congé, puisque pour lui, s’éloigner de la France c’est tout un congé. Sa femme lui tombe sur les nerfs, ses enfants chialent sans arrêt et l’action lui manque. Il atteint la vitesse et l’altitude de croisière, le ciel est merveilleusement clair, d’un bleu limpide et seulement quelques nuages l’empêchent de voir le paysage sous lui.

Une alarme résonne soudain dans le cockpit. Des voyants lumineux s’animent et le pilote reste perplexe un moment. Quelque chose d’anormal se passe. L’avion change de trajectoire et il est incapable de reprendre le contrôle. Sur ses écrans, paniqué, il découvre que son radar à non seulement détecté un signal, mais que le système de lancement des missiles s’est activé. C’est un système très sophistiqué qui permet de choisir des cibles au sol, à l’aide d’un désignateur laser. Il semblerait ici qu’une cible ait été choisie, ce qui est impossible. Il tente de contacter sa base, sans succès. Prisonnier d’un appareil qui ne lui obéit plus, il entend soudain le bruit très facilement reconnaissable et troublant de missiles lancés de son avion. Devant lui, de sous ses ailes, deux engins de mort s’élancent dans le ciel français.

John termine sa journée avec une vingtaine de ventes, pas si mal. Il ramasse ses effets personnels, incluant ce très beau crayon qu’un acheteur semble avoir oublié. Il a soif, est fatigué et place sa boîte de livres invendus dans le coffre de sa voiture . Quelqu’un le hèle et il se retourne, c’est Gustave George Leduc, un « ami » écrivain qui l’appelle. Merde ! Il n’a vraiment pas envie de discuter avec ce mec-là, en particulier parce qu’il ne cesse de le draguer. Il se dépêche donc à monter dans sa voiture, verrouillant les portes, lorsqu’un son étrange attire son attention vers l’extérieur. Devant lui, dans le stationnement du parc où se tenait le Salon du livre, tout le monde s’est immobilisé et observe le ciel. John est troublé, curieux, il sort de sa voiture afin de voir ce qui se passe.

C’est là que les deux missiles, guidés par un système compliqué, répondent au marquage dont il a été la victime, mon crayon n’étant autre qu’une toute nouvelle technologie militaire comprenant une puce reliée au système de guidage de l’avion. Un des avantages de cette technologie, c’est qu’elle permet d’avoir des avions sans pilotes, les contrôles de l’appareil soumis à la directive d’éliminer la cible. C’est bon d’avoir des amis dans l’armée de l’air.

Je suis dans ma voiture immobilisé le long d’un boulevard, tenant à la main la tablette directement connectée aux caméras surveillant la place où se tenait le Salon du livre. Il ne reste plus que cendres, fumée et flammes. C’est là que je vois une silhouette sortir du néant, une silhouette humanoïde qui aurait dû être couverte de brûlures. Impression de déjà vu, je repense à Bastien quittant l’incendie de son immeuble sans la moindre brûlure. Mais qui est Bastien et pourquoi son thème astral m’intrigue-t-il à ce moment précis? Ce doit être l’émotion, puisque je cligne les yeux et découvre que ce n’était rien, le vent jouant avec la fumée pour créer des formes diverses.

John est bien mort, vive John.

 

Question de l’ami des Fossoyeurs – Atef Attia : (Merci camarade pour la question)

En tant que Nord-Américain, comment vois-tu le monde de l’édition en France? Dirais-tu que les choses sont plus faciles ou le contraire, notamment dans tout ce qui touche à la littérature de genre?

Réponse :

Merci de ta question Atef. Pour être honnête avec toi, je ne crois pas qu’il y ait tant de différences que cela. La France offre un bassin de lecteurs plus important, donc probablement plus de copies vendues lors d’un éventuel succès. Mais les maisons d’édition sont toutes débordées de manuscrits, publient souvent leurs copains ou des auteurs connus. À la suite de discussions avec plusieurs écrivains, on peut facilement comparer les deux machines éditoriales et trouver beaucoup de points communs. C’est bien entendu pour la littérature de genre, je ne saurais répondre pour toutes les littératures. Je peux toutefois affirmer avoir trouvé beaucoup d’amateurs de fantastiques en France et de très bons lecteurs.

 

Site des Fossoyeurs de Rêves

Site de l’Ivre-Book « Le Tueur des Rails »

 

Interview d’un FDR : Romain Billot

Les Fossoyeurs de rêves est un collectif de jeunes auteurs francophones issus des différents horizons de l’imaginaire : Horreur, Fantastique, Science Fiction, Fantasy, Thriller…

Leurs noms : Romain Billot, Gaëlle Dupille, Sylvain Johnson & John Steelwood…



Aujourd’hui – découvrez l’un d’eux : Romain Billot.

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Question 1:

Peux-tu nous écrire le dernier paragraphe de ta biographie officielle – celle qui sera publiée après ta mort.

Réponse : 

« Bon vivant, épicurien, jouisseur invétéré, il appliqua à la lettre la devise de tonton Bukowski (“Find what you love and let it kill you”) : il fut donc tué par ce qu’il aimait le plus au monde : le bon vin, la bonne chair et les excès en tout genre que la morale nous interdit de citer ici pour ne pas corrompre la jeunesse… De toute façon, ne vous bilez pas, il vous dit : Rendez-vous sur l’autre rive… On se reverra bientôt! » Un truc du genre.

Question 2 :

Parmi tous les Fossoyeurs, ton profil semble faire de toi le plus susceptible de se retrouver en prison pour meurtre. Qu’elle est ta motivation pour ne pas exploser et commettre l’irréparable?

Réponse :

Un meurtre sans cadavre n’est pas encore un meurtre, c’est une disparition, cher ami… Plus sérieusement, le fait que je vis quand même bien isolé du reste de mes semblables sur mes terres du Cantal, ça joue et ça me préserve d’un dérapage! Enfin hors période touristique, bien sûr! Là, c’est assez dur de se contenir, j’avoue, vraiment trop tentant! (rire)

Question 3 :

Imagine une mort pour chacun des autres membres des Fossoyeurs. Décris cette mort!

Réponse :

Gniak, gniak, gniak !
Hé bien, alors commençons par ces dames. Pour mon amie, Gaëlle Dupille, je choisis une méthode dite « classique » de l’Inquisition espagnole avec les sorcières et comme elle aime les chats, je l’enfermerai dans un sac en toile de jute avec plein de matous hystériques que je balancerai dans un lac. Une mort douce, quoi!

Pour le camarade Johnny-boy, étant un pervers de la pire espèce et d’un sadisme à toute épreuve, je l’attacherai à un poteau et je paierai un bourreau, genre crieur public, pour qu’il lui lise à voix haute 50 Nuances de Grey et Twilight jusqu’à ce que mort s’ensuive… Oui là, je délègue, n’ayant pas envie de dégueuler du sang en entendant pareilles abominations! J’suis quelqu’un de sensible!

Finissons par mon maudit québécois préféré, pour lui, le supplice du pal… Mais pas avec un bout pointu qui perce les organes et entraîne une hémorragie, non! Trop rapide! Avec un bout arrondi comme font les Chinois, histoire de juste déplacer les organes, ça dure plus longtemps, des jours entiers et c’est plus fun à regarder…

Question 4:

Raconte-nous quelque chose de particulièrement ennuyant te concernant, fais-nous bâiller d’ennui?

Réponse :

Tu sais très bien que dans ma bouche de conteur, même la plus soporifique et ennuyeuse des histoires devient une aventure hors-norme et extraordinaire! Oooooh! Comment il s’la pète, ce con! (rire) Mais j’évite ainsi de répondre à ta question en bon politicien que je suis!

Question 5 :

Tu te retrouves dans un bar (on sait bien que c’est de la fiction, les écrivains ne fréquentent pas ces endroits du diable) et tu dois choisir trois personnes célèbres, vivante ou morte, pour faire les trois choses suivantes : avoir une relation sexuelle agréable – avoir une relation sexuelle désagréable – commencer une pagaille générale dans l’établissement et tout foutre en l’air.

Réponse :

Pour la relation sexuelle agréable, je choisis Brigitte Bardot jeune, époque Gainsbourg : bustier et cuissardes…
Pour la désagréable, et bien la même, mais vieille!
En ce qui concerne la bagarre générale dans le saloon et tout foutre en l’air : encore une fois je pense à Charles Bukowski sans hésiter…

 

Question de l’ami des Fossoyeurs – Atef Attia : (Merci camarade pour la question)

Tu es l’instigateur de nombreux projets littéraires dont l’excellent « ‘Freaks Corp »’ qui a été un tremplin pour de nombreux artistes (illustrateurs, écrivains…). Verrons-nous dans l’avenir la résurrection du magazine?

Réponse :

A l’époque, j’ai sacrifié toute mon énergie, mes maigres économies et beaucoup d’amitiés pour donner une chance à cette revue, malheureusement le manque de soutien que ce soient des lecteurs et des instances compétentes a coûté la vie à Freaks. Nous avons un numéro 7 spécial Fantasy, nouveau format, du genre comic-book, avec une couverture de Jean-Sébastien Rossbach tout simplement magnifique, qui est terminé depuis des années, près à sortir, mais plus aucun rond pour l’imprimer… Cependant, je ne désespère pas un jour que tel le phœnix, Freaks renaisse de ses cendres, le problème étant qu’à présent je suis très occupé et qu’il sera difficile de m’accorder du temps pour ça. Mais si des généreux mécènes veulent nous aider pour l’impression du 7e numéro, pourquoi pas! Qui vivra verra!

Question bonus :

Est-il vrai que tu es un ami personnel de Chtuhlu et que tu t’adonnes à des messes sataniques dans ton cantal?

Réponse bonus :

Ce qui se passe dans ma montagne du Cantal, reste dans ma montagne du Cantal… Il est vrai que je suis un adorateur des Grands Anciens lovecraftiens, un Shoggoth, un cultiste, en revanche ne croyant pas au Dieu unique, je ne crois donc pas au Diable… Nos rites sont païens, mon bon monsieur, aucunement sataniques!

Note de l’auteur de cet article :

Romain Billot

Si ce nom devait trouver sa place dans une encyclopédie, on le décrirait probablement de la sorte :

Le Romain Billot est une créature difficile à comprendre, puisque complexe, mais d’une honnêteté dérangeante et déroutante. Le Romain Billot est d’origine française, mais plus que cela, c’est un Cantalou qui ne s’en laisse pas imposer. On connaît peu de choses sur ses origines, mais on peut deviner une souffrance vive enfouie dans les tréfonds de ce cœur endurcie par les épreuves. Il a su s’adapter à son environnement, sans pour autant changer. On le fuit parfois, parce qu’il dit ce qu’il pense, qu’il dérange par ses idées et ses opinions. Il n’est pas un suiveur, parce qu’il déteste l’incompétence, l’arrogance et est bien trop intelligent pour croire que le monde est blanc ou noir, que les titres et les liens du sang donnent un pouvoir ultime à des individus tout à fait banals. Il n’est pas un leader, en raison de sa morale qui empêcherait la tolérance de la corruption, la délinquance, le mensonge et il botterait le cul à tous ceux qui se croient plus fort, tous ceux qui osent se remplir les poches au profit de la masse travailleuse.

Le Romain Billot impressionne, sa rencontre virtuelle ou (nous l’imaginons) en personne ne laisse pas indifférente. On le voit avec sa barbe de quelques jours, son cigare au bec, son air de rebelle ne refusant jamais une bonne bagarre. Avec ses tatous, on l’imagine truand, et à son air belligérant on comprend qu’il est sérieux et demande le respect.

Le Romain Billot possède un talent littéraire enviable, ses écrits hantent les lecteurs de la France au Québec, en passant par tous les îlots francophones.
Si jamais vous croisez le Billot, n’hésitez pas à lui payer une bière, mais attention, ne vous foutez pas de sa gueule, il vous en couterait.

Site de Romain Billot

Site des Fossoyeurs de Rêves

Interview d’un FDR : Gaëlle Dupille

Les Fossoyeurs de rêves est un collectif de jeunes auteurs francophones issus des différents horizons de l’imaginaire : Horreur, Fantastique, Science Fiction, Fantasy, Thriller…

Leurs noms : Romain Billot, Gaëlle Dupille, Sylvain Johnson & John Steelwood…



Aujourd’hui – découvrez l’un d’eux : Gaëlle Dupille.

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Photo Crédit : Éric D.

Question 1:

Tu te réincarnes dans la peau d’un autre écrivain… mais attention… pas n’importe qui… tu te réincarnes en Stephenie Meyer. Les seules histoires que tu es capable d’écrire mettent en scène des vampires homosexuels et risibles. Que fais-tu?

Réponse:

Je profite honteusement des fans de ce genre de littérature et j’en rédige 20 tomes pour devenir riche avant de mettre fin à mes jours en me plantant un pieu dans le cœur, honteuse et consciente d’avoir détruit en partie la crédibilité du monde fantastique…

Question 2:

Imagine une mort pour chacun des autres membres des Fossoyeurs. Décris cette mort en détail… parce qu’on est sadique.

Réponse:

Sylvain, à toi l’honneur. 
Pour faire taire les ronflements de Sylvain durant une sieste improvisée sur son canapé, alors qu’il lisait un roman à mourir d’ennui, son fils, âgé de 3 ans, introduisit l’un de ses jouets de bain en mousse dans sa bouche. En se réveillant en sursaut, gêné dans sa respiration, c’est l’horreur : Sylvain avale l’objet, qui se bloque dans sa gorge et meurt étouffé, secoué d’horribles convulsions, se débattant dans le vide. La dernière chose qu’il verra avant de mourir, le visage bleuit et les yeux orbités par l’absence d’oxygène? La fin du chapitre 1 d’une histoire d’amour entre un humain et une femme réincarnée en lampe halogène à cause d’un maléfice, accompagnée d’une couverture si médiocre et niaise qu’elle lui donne envie d’abréger ses souffrances avec le couteau à beurre qui est sur sa table basse…

Romain
Un soir, Romain trouva un chat noir abandonné devant chez lui. L’animal, en bonne santé bien que sentant l’alcool à plein nez, portait un collier en cuir clouté. Grand amoureux des chats, il décida sans hésiter de le recueillir et de le faire entrer chez lui. Pas de chance : le chat était un humano-gothique et, lorsqu’il reprit forme humaine, le poignarda sauvagement dans le dos, comme avaient l’habitude de le faire les créatures de son étrange espèce. La plaie béante provoquée par le poignard, terriblement douloureuse, était si profonde qu’elle laissait apparaître sa colonne vertébrale. Lorsque Romain tomba à terre, l’humano-gothique saisit une paille pliante en métal dissimulée dans son collier et la planta dans le crâne de sa victime d’un coup sec. Il aspira alors sa cervelle afin de lui dérober ses futures idées, car l’homme-chat était auteur médiocre, incapable de créer lui-même des histoires intéressantes. Mais Romain avait rapidement démasqué l’intrus à cause du gel sur sa tête qui l’avait trahi, produit destiné à permettre aux humano-gothiques de changer d’apparence. Avant de rendre son dernier souffle sur le sol de sa cuisine, dans une mare de sang chaud et visqueux, il croqua une capsule contenant de l’eau bénite qu’il conservait sur lui. La créature satanique, contaminée par la capsule en absorbant le cerveau de Romain, fut instantanément empoisonnée et mourut à son tour dans d’horribles souffrances avec de partir en fumée.

John
Une nuit de pleine lune, John se rendit chez une éditrice, car il avait appris qu’elle n’était pas humaine. Ça expliquait bien des choses… Elle l’ignorait, mais le véritable travail de John n’était pas d’être auteur. C’était d’éliminer tous les extra-terrestres en provenance de la planète Gogol 666 qui avaient infiltré le monde littéraire en essayant de se faire passer pour des humains afin de nous forcer « en douce » à lire LEURS livres calamiteux. Il n’était pas dupe, heureusement. Il arriva discrètement chez elle et passa par la fenêtre avec la ferme intention de la tuer. Elle l’entendit et se défendit à coup de Petit Robert, mais il parvint à lui fendre le crâne d’un coup de hache. Manque de bol, les nombreuses abeilles qui vivaient dans la tête de l’éditrice extra-terrestre se jetèrent sur John et le dévorèrent vivant, arrachant de larges lambeaux de chair avec leurs crocs acérés. Pas de bol, c’était bien tenté, pourtant…

Question 3:

Préférais-tu rester belle et te faire constamment draguer ou encore devenir laide et avoir la paix?

Réponse:

Je vais répondre à ta question très honnêtement : je préfèrerais être jolie et envoyer vertement balader les importuns plutôt que d’être disgraciée. Dire le contraire serait un ÉNORME mensonge! J’ai été pendant longtemps une adolescente très laide, je sais donc de quoi je parle!
La beauté intérieure est évidemment importante, mais dans un monde de plus en plus superficiel où l’apparence prime sur tout, un physique avantageux permet tout de même de mieux s’intégrer dans la société. C’est statistiquement prouvé et… c’est moche, je sais… mais c’est vrai.

Question 4:

On veut une anecdote embarrassante à ton sujet?

Réponse:

L’an dernier, j’ai acheté des leggins noirs très jolis et confortables chez Aldo, au centre Eaton de Montréal. J’étais toute fière de mon achat et je les ai portés assez fréquemment parce qu’ils étaient si confortables. J’ai remarqué qu’à chaque fois que je les mettais, j’attirais les regards de manière un peu insistante et je ne comprenais pas trop pourquoi. J’ai réalisé pour quelle raison lorsqu’un ami m’a prise en photo de dos : je ne pouvais pas le voir, mais la maille était si transparente derrière qu’on voyait tous mes sous-vêtements… et mes fesses… Bonjour la honte!

Question 5:

Quel est le premier paragraphe du roman sur ta vie? En passant ton éditeur veut vendre des millions de copies, alors choque-nous!

Réponse:

Gaëlle Dupille n’a jamais existé. Les lecteurs des Fossoyeurs de Rêves furent choqués, lorsque Romain, Sylvain et John révélèrent qu’ils l’avaient inventée pour publier sous son nom les histoires à l’eau de rose qu’ils avaient trop honte de publier sous leurs propres identités. Facile de prendre des photos au hasard et de les truquer avec un logiciel pour faire croire à son existence. Un faux compte Facebook, un faux compte Twitter et le tour était joué. Tout dérapa lorsque, durant un festival littéraire en Auvergne, la perruque que portait Sylvain afin de se faire passer pour Gaëlle se détacha à cause d’un coup de vent durant une séance de dédicace. Leur terrible supercherie fut démasquée et la foule en colère proposa de les brûler immédiatement en place publique pour les punir de ce mensonge. Soudain, Gaëlle apparut. Comment cela était-il possible, puisqu’elle n’existait pas? Quelques jours auparavant, John, frappé par la foudre après avoir vu la série Real Humans avait eu « un éclair » de génie : il avait bricolé dans son garage un androïde ressemblant à Gaëlle. Romain, après avoir fait appel à de puissantes entités mexicaines lors d’une impressionnante cérémonie chamanique, avait réussi à lui donner une conscience. Sylvain, as de l’informatique, était parvenu à programmer son esprit avec toutes les fausses données existant à son sujet. Cet être robotique demanda la clémence de la foule envers ses amis. Émus par sa requête, ils les laissèrent s’en aller. Après la fin du festival littéraire, un problème se posa. L’androïde Gaëlle nécessitait 8 litres de whisky écossais par jour pour fonctionner. C’était beaucoup trop et coûterait trop cher. Ils décidèrent donc de s’en débarrasser. Ils la découpèrent en morceaux et la revendirent au poids à un ferrailleur bulgare, installé près d’une autoroute pour s’acheter une bonne bouteille de Saint-Emilion avec l’argent récupéré.
Cette histoire est authentique et vous n’avez aucune raison d’en douter.

Question de l’ami des Fossoyeurs – Atef Attia : (Merci camarade pour la question)

Gaëlle : Je sais qu’un jour tu as eu une idée de roman mettant une scène une petite bourgade qui devient prisonnière d’un mystérieux dôme. Manque de bol un obscur auteur américain t’a pris de court. Ma question : Quelle a été ta réaction lorsque tu as lu « ‘Under the Dôme »’ et quelles précautions prends-tu pour que les Ricains ne pompent plus tes idées?

Réponse :

Et oui Atef, tu connais cette terrible anecdote… Lorsque j’ai appris l’existence du roman, j’ai cru qu’il s’agissait d’une blague, parce que la personne qui m’en a parlé [ma mère!] était au courant du rêve qui m’avait inspiré cette idée et savait que j’allais débuter la rédaction de mon histoire sous peu…
Lorsque j’ai compris que ce n’était pas un canular, j’ai vraiment eu un choc. Le choc s’est amplifié quand j’ai débuté la lecture de ce roman, où les personnages sont bien différents de ceux que j’avais imaginé, mais plusieurs situations y étaient identiques… Je ne suis pas rancunière envers cet auteur qui a « volé mes pensées » puisque j’ai récemment acheté aussi la version originale de Under the Dome [mais je lui en veux toujours un peu, quand même!].
Maintenant, j’ai LA solution pour éviter que les méchants écrivains US me piquent mes idées : je porte un chapeau en aluminium lorsque je dors pour éviter que leurs machines ultras sophistiquées ne captent mes meilleurs rêves! 😉
Plus sérieusement, dès que je tiens un bon sujet de roman, j’évite de jouer à la flemmarde et je le débute sur le champ au lieu d’attendre 10 ans pour m’y mettre! C’est ce que je viens de faire il y a quelques jours. On n’est jamais trop prudent… SK, je t’ai à l’œil!

Site des Fossoyeurs de Rêves

Site de Gaëlle Dupille

Site de l’Ivre-Book

Site d’Atef Attia

La Main du Diable et autres contes macabres de Gaëlle Dupille.

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Avant d’amorcer la lecture des textes de Gaëlle Dupille, il faut un peu mieux comprendre qui est cette auteure fantastique. Membre des Fossoyeurs de Rêves (une bande d’écrivains détraqués et sérieusement malades qui ne devraient pas être en liberté), elle est aussi éditrice, correctrice, traductrice, voyageuse et la liste est presque sans fin.

Ceux qui la croisent ou voient sa photographie peuvent s’imaginer que parce qu’elle est jolie, elle aime les fleurs, les poupées, les licornes multicolores et qu’elle est douce et gentille, pure et innocente.

Peut-être bien, mais lorsque vous la croisez ou que vous discutez avec elle, il y a un endroit dans son esprit tordu où elle se demande quelle mort atroce pourrait vous convenir. Un endroit où elle analyse les différentes tragédies qui pourraient survenir dans votre quotidien. Elle ouvre sa conscience à la nature humaine, à la perversion et l’horreur qui gît en chacun de nous.

Et c’est cette capacité à creuser l’esprit humain pour nourrir l’imagination d’immondices innommables qui fait de Gaëlle une bonne écrivaine. Ses idées sont comme des moustiques qui vous tournent autour… ils dérangent, mais vous n’arrivez plus à les éloigner, les chasser.

Le recueil « La Main du Daible… » est son nouveau projet. Trois histoires assez différentes les unes les autres, mais avec un point en commun : l’intrusion du fantastique dans la vie des personnages. Il ne faut pas sous-estimer la volonté de l’auteur de vous surprendre, de vous convier à des situations mystérieuses et parfois troublantes.

Pour la nouvelle littéraire au titre « La Main du Diable », nous retrouvons une ambiance digne de l’époque tumultueuse de la petite communauté américaine de Salem, où de malheureuses jeunes femmes se sont retrouvées brûlées vivantes sur la place publique. Un texte assez sombre qui traite de la faiblesse humaine, de son désir constant d’acquérir des pouvoirs qu’il ne peut contrôler. C’est une descente aux enfers, le voyage d’un homme dans les méandres de la folie. Ce récit en est un purement fantastique, bien écrit et dont l’ambiance morbide souligne la tragédie humaine dans toute sa splendeur.

La deuxième histoire s’intitule « La poupée ». Avec les enfants, les poupées sont probablement les êtres les plus détestables, effrayants et méprisables que le cinéma et la littérature nous ont donnés. Qui n’a jamais senti le regard vitreux d’une de ces cochonneries bouger lors d’un déplacement, qui n’a jamais entendu un murmure, détecté un mouvement imprécis? Dans la poupée, c’est un suspense surnaturel qui vous attend, écrit avec un rythme endiablé et une détermination sans fin. L’auteur veut vous troubler et elle réussit son pari. Comme toujours, Gaëlle ne fait pas que nous présenter un phénomène, elle nous l’explique et va à la source. Une histoire à lire au cœur de la nuit, dans le lit et avec la lampe éteinte (Luminosité de l’écran de la tablette au minimum).

La troisième histoire est ma préférée. « L’homme en noir ». L’intrigue qui nous attend dans ce récit des plus mystérieux saura vous surprendre. Une femme en proie à un mal étrange, des symptômes inexpliqués et qu’elle seule peut ressentir. Elle rencontre un autre homme comme elle et ensemble ils chercheront à percer le mystère de leur état. Est-ce des hallucinations collectives? Un rêve? Une expérience scientifique dont ils sont les sujets? Non, ce serait trop facile et il ne faut pas chercher à prévoir le dénouement, il faut lire. Avec des thèmes obscurs, des images vives et des personnages en détresses, c’est une nouvelle qui ferait un très bon film. La fin est délicieuse à souhait.

Deux précieux conseils :

  1. Procurez-vous le recueil « La Main du Diable et autres contes macabres ».
  2. La prochaine fois que vous croiserez une jolie femme, demandez-vous quelles atrocités vous lui inspirez… quelle mort elle imagine et quelle torture lui donne ce sourire que vous croyez vous être destiné!

Ma note : 8/10

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