Système d’exploitation de Vincent Germain.

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House Made of Dawn est une petite maison d’édition numérique que j’aime bien. C’est donc toujours avec plaisir que je découvre leurs nouveautés.

Aujourd’hui, je vous présente Système d’exploitation. En découvrant le titre et en voyant la couverture intrigante, ma première idée était que ce serait un roman où les machines finiraient par dominer le monde, un récit où l’homme se ferait supplanter par les robots, les ordinateurs. Je me suis trompé.

Il ne faut jamais en venir trop rapidement aux conclusions, en particulier dans le monde de l’imaginaire.

Système d’exploitation est à mi-chemin entre plusieurs genres littéraires. Du moins, je le pense.

Il y a l’horreur :

Horreur littéraire : Caractère de ce qui provoque une impression d’effroi, de répulsion, ou de ce qui suscite l’indignation, une très forte réprobation : Une scène de carnage d’une horreur insoutenable. (Larousse.fr)

Ce roman peut facilement vous procurer des sentiments d’horreurs – par son traitement de certaines actions, par la psychologie troublante de son personnage, par l’envahissement d’éléments extérieurs des plus ténébreux.

Il a y le thriller :

Film ou roman (policier ou d’épouvante) à suspense, qui procure des sensations fortes. (Larousse.fr)

Système d’exploitation ne vous laisse pas indifférent. Il y a un amalgame de policier et d’épouvante, des sensations fortes reliées à ce que le personnage principal vit, à ce qu’il accomplit, à ce qu’il pense. Un bon thriller vous tient captif, éveille des doutes – est-ce que le personnage va vraiment faire cela? Va-t-il vraiment aller à cet endroit?

N’oublions pas la psychologie :

Relatif au psychisme de quelqu’un, à la psychologie d’un groupe : Avoir des problèmes psychologiques. Qui s’intéresse à l’analyse des caractères, des états d’esprit : Roman psychologique. (Larousse.fr)

Bingo! Ce roman vous plonge sans la moindre hésitation dans la psyché de son héros ou plutôt de son antihéros.

 Résumé :

Arthur Verkamp est un Nolife. Toute sa vie tourne autour de son PC et de sa connexion Internet, grâce auxquels il rejoint le monde d’Asgard.

Mais un jour, son PC ne s’allume plus… et la descente aux enfers commence pour Arthur.

 Commentaire :

Le roman Système d’exploitation décrit à la fois l’engrenage inévitable dans lequel nous sommes tous prisonniers, du système d’existence moderne d’une société qui vous tient par les couilles, sans la moindre intention de vous lâcher. Qui ne s’est jamais questionné sur la vie, le travail, la logique de notre quotidien routinier et épuisant? Qui n’a jamais voulu la liberté complète?

C’est pour nous échapper de la morne banalité carcérale de nos existences que la plupart de nous s’évadent dans les jeux vidéo, les films, les livres, l’alcool et les drogues.

Prétendre à la liberté de choix n’est que propager l’illusion.

Dans Système d’exploitation, Arthur est un de ces « gamer » sans travail, sans vie sociale, sans relations humaines autres qu’une communication sporadique avec une mère éloignée. Le contact de sa souris, les caresses sur le clavier, le bourdonnement de son ordinateur, le reflet de l’écran sur sa peau sont les seules intrusions affectives dans sa vie recluse. Il est une espèce de rejet, de geek, d’intellectuel solitaire.

Pour la plupart d’entre nous, son mode de vie est impensable. Vivre de prestations de chômage, des visites à Pôle emplois, des nuits entières à voyager dans des univers imaginaires remplis de créatures sanguinaires pour dormir durant le jour. Ne communiquer qu’avec d’autres joueurs tout aussi perdus que lui, n’ayant que des contacts irréels, basés sur le jeu. On l’imagine, trop pâle, mangeant des pâtes à chaque repas, on finit par trouver qu’il fait pitié, lâche et égoïste.

Système d’exploitation, c’est l’autre vie. Celle que la plupart des lecteurs tiennent pour acquise comme la seule solution à notre présence terrestre.

Est-ce qu’Arthur est vraiment à plaindre? Ses missions aventureuses, les contrées visitées, les légendes qui se construisent sur ses exploits sont-elles vraiment une perte de temps?

Et si on se trompait?

Système d’exploitation c’est l’autre côté du miroir, un voyage périlleux dans la peau de cet homme, un regard sur notre vie par ses yeux rougis en raison de beaucoup trop d’heures devant l’écran.

Après quelques pages, on s’étonne de la pensée de cet être, on se demande comment il peut imaginer le monde de cette manière. Mais l’auteur réussit avec brio à nous faire dévier de notre trajectoire. Qu’est-ce donc que la réalité? Notre emploi, notre vie de couple, notre existence tout entière en sont chamboulés. Le regard d’Arthur sur notre quotidien nous le rend presque indésirable, ridicule et pas si loin d’un esclavage aveugle.

Ce roman est le combat d’un homme seul contre une société qui le défavorise, contre la banalité, contre un mal intense qui prolifère en chacun de nous. La folie, la raison, le rêve et l’évasion ne seront plus que des accessoires pour nous manipuler.

Vincent germain possède une écriture incisive, nous inonde de commentaires justes, acerbes et profonds. Son analyse du quotidien, appuyé de descriptions colorées nous offrent un texte humoristique, cinglant, sombre, humain et sarcastique. La réalité et l’illusion se fondent l’un dans l’autre.

C’est une lecture que je conseille.

Ma note : 8/10

Lien vers l’éditeur :

House Made of Dawn

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Lecture d’Eldorado de Samuel Lévêque

Résumé :

Il y a trente ans, une catastrophe a causé la destruction de tous les appareils électriques, ramenant la plupart des nations occidentales à la barbarie. Nicolas Meyer, immigré débarqué d’une France revenue à la féodalité et aux cités états, s’engage volontairement dans l’armée canadienne, qui jette les nouveaux arrivants dans une guerre sans fin ni but contre les restes de l’U.S Army. Le théâtre d’opérations? Le No Man’s Land, un immense territoire en ruines, pollué, peuplé de bêtes sauvages et de survivants hostiles.

 Commentaire :

Le Canada, super puissance mondiale? Et pourquoi pas, c’est une idée charmante que j’aime bien. Non, sans rigoler, Eldorado, c’est un récit au thème guerrier, je dis bien guerrier, puisque même si nous avons quelques combats, c’est avant tout un roman d’action, la guerre n’étant qu’un prétexte que l’auteur se donne pour nous plonger dans son univers complexe d’émotions et de désespoir.

Notre personnage principal, Nick, est un Français qui s’inscrit volontairement dans l’unité presque suicidaire qui s’en va au front, suicidaire parce que peu en reviennent vivant. Il n’a pas le choix, le contexte politique et social de notre monde en plein conflit le force à suivre son destin. Mais quel est son véritable destin? Pourquoi son attitude détachée face à la mort? Face au conflit lui-même? Que cherche-t-il en s’enfonçant irrémédiablement là où personne d’autre ne veut aller?

Un roman très bien écrit, que je qualifierais en trois temps. Qu’est-ce que je veux dire? Voilà, vous avez au moins 70 % du roman qui décrit l’avancée de notre héros dans le « No man’s land », après s’être volontairement enrôlé dans l’unité de la mort. C’est ma partie préférée du roman, un mélange savant et audacieux d’une histoire post-apocalyptique avec un petit quelque chose qui rappelle la guerre civile américaine. Voilà l’atmosphère de ce roman. C’est dans une région mystérieuse qu’il progresse, avec des descriptions puissantes, évocatrices.

La passivité du personnage principal (du moins en apparence) est un très bon prétexte pour nous faire découvrir le monde autour de lui, le contexte politique et humain dans une ère de perdition. Un contexte politique très bien détaillé et ingénieux parce que cohérent dans l’éventualité d’un monde aux communications presque médiévales, aux économies écroulées.

La deuxième partie est un peu plus nébuleuse, elle s’étend entre la rencontre de notre personnage principal et une demoiselle en cheval, je n’en dis pas plus. C’est une nouvelle aventure qui commence, une quête qui se définit peu à peu. Des questions apparaissent, des énigmes se tissent, se compliquent et vous n’attendez qu’une chose, le dénouement.

Ce dénouement est la troisième partie du texte, une fin qui vous surprendra, qui n’a rien de classique, certaines réponses nous sont offertes, d’autres questions les remplacent.

C’est un roman riche en détail, en histoire et en actions qui m’a diverti. Un de ces bouquins en apparence linéaire, mais une histoire remplie d’intrigues secondaires et qui fait réfléchir sur la condition humaine et la société. J’ai aussi un faible pour les situations politiques de fin du monde ou tout simplement tordues. Les temps sont difficiles dans la société que l’auteur a créée, une crise mondiale engendrée par les États-Unis, logique responsable de cette catastrophe que nous attendons tous. Les immigrants sont peu respectés, arrivent par masses au Canada. C’est un parallèle intéressant avec les situations actuelles qui impliquent l’immigration en France et au Canada. Un débat d’actualité à approfondir.

Dans ce roman – notre personnage principal, Nick Meyer, est un homme qui suinte de désespoir. Nous ressentons l’idée d’une justice illusoire à être apportée, une certaine implication de vengeance à assouvir. Dans cette guerre qui dure depuis longtemps et s’éternisera tout aussi longtemps, un étendard d’espoir soulève les ragots et les questions. Qui est cette femme qu’on dit aveugle voyageant dans un train et qui continue à se battre, une légende vivante? Le lien avec un modèle d’encouragement pour les troupes comme « Jeanne d’Arc » m’a traversé l’esprit. Le mystère restera quelque peu flou, mais la vie est parfois ainsi, l’imagination peut faire le reste.

C’est un roman très réussi, qui joue avec le passé et ses mystères, nous fait ressentir la condition parfois misérable des personnages et nous comprime sous le poids des jeux politiques. Vous aurez, tout comme moi, l’impression d’être coincé dans le brouillard, traqué par une chose, une créature sanguinaire. Tenez-vous bien, c’est une aventure que je recommande, la destination saura vous surprendre.

Ma note :

8.5/10

Liens utiles : L’ivre-book

Averia 5 de Patrice Cazeau

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L’auteur :

Le nom Patrice Cazeault vous dit sûrement quelque chose, non? Il est ce jeune auteur dynamique, prolifique, père de l’initiative du 12 août 2014 : « J’achète un livre québécois ». Cette activité qui a beaucoup fait parler dans la francophonie.

La série Averia :

Vous n’avez jamais lu un seul des volumes de la série Averia? Ne le dites pas tout haut, on pourrait vous entendre. Alors, ne lisez pas cette critique, allez plutôt vous procurer le tome 1 ou, pour vous donner une idée, lisez mon commentaire sur le premier chapitre de cette inoubliable saga.

Lecture d’Averia 1 – Sylvain Johnson

Vous avez lu les numéros précédents et voulez découvrir le tome 5, bienvenue dans mon univers de critique pas trop professionnel, mais très honnête. Il y a maintenant plus d’un an, je lisais le premier tome de cette série. Je termine aujourd’hui le dernier disponible en librairies depuis peu. Je suis heureux de vous faire part de mes impressions de lecture.

Qu’est-ce qu’Averia? C’est un monde futuriste où les humains et les Tharisiens se font la guerre. Deux peuples déchirés, que ce soit les hommes avec leur nature destructrice ou les Tharisiens en grands conquérants galactiques. Dans cet univers de science-fiction se trouve Averia, la planète au centre de l’action, l’épicentre d’un groupe de personnages principaux des plus intéressants. Il y a la grande sœur Seki Jones, forte et lucide, la petite sœur Myr, irréfléchie et aux actions engendrant des conséquences irréversibles. Les aventures qui nous les ont fait découvrir se poursuivent, toujours à un rythme endiablé, sans être amoindri en danger et en actions périlleuses.

Le roman débute dans la tragédie. Laïka se meurt, Seki à son chevet perd la tête dans un deuil déjà amorcé et qui menace de détruire les relations fragiles avec ceux qui l’aiment. Les deux sœurs s’éloignent, le dialogue se détériore et les deux jeunes femmes s’entredéchirent. La guerre est imminente, la révolution bat son plein et du début à la fin, c’est une suite d’épreuve, de combats, de lutte pour la survie.

Les évènements du passé les rattrapent, les protagonistes de cette histoire ne sont plus des gamins. Ils vivent des situations adultes, et durant tout le roman plane l’ombre d’une fatalité désarmante qui menace de s’abattre.

Le récit est parfois sombre, triste, et nous sommes les témoins privilégiés d’un changement dans la vie de tous ces héros. Des personnages prisonniers d’un monde en ruine, où les politiciens bougent des pions sur l’échiquier de la vie, sans égard pour les citoyens victimes.

C’est un roman intense, un cri contre l’injustice raciale, un cri d’alarme pour faire cesser un conflit qui dure depuis trop longtemps. Un conflit qui fait des victimes, qui laisse des traces, des marques indélébiles dans l’esprit et le corps.

La fin nous laisse entrevoir un tome 6 palpitant, où se retrouveront nos personnages, à l’aube d’une paix nouvelle ou d’une guerre sans merci. La fragilité des liens de nos héros trouve sa source dans cette vie coloniale décousue, dans leur existence affectée par toutes ces années de guerres. Personne ne peut espérer la paix, faire des traités, lutter contre des milices ou une race entière sans se faire d’ennemis. Les ennemis d’hier deviennent souvent des héros, les amis de la veille de meurtriers obstacles à notre quotidien.

J’ai bien aimé l’écriture mature, le ton dramatique, sincère et confident. C’est une série québécoise de qualité, à découvrir.

Ma note :

8.5/10

Liens utiles:

Lecture d’Averia 1 – Sylvain Johnson

Site de l’éditeur : ADA

Le site de l’auteur :  Patrice Cazeault

Cas Mille aux Éditions l’Ivre-Book.

24032756 Présentation de la nouvelle :

Camille s’apprête à tout quitter : maison, famille, amis et jusqu’à la région où il vit depuis vingt ans. Tandis que son petit frère, à qui il vient de faire ses adieux, s’est endormi dans ses larmes, le jeune homme se souvient de ce qui a motivé sa décision. En laissant son passé derrière lui, il emportera aussi son secret.

Mon commentaire: 

C’est tout à fait par hasard que je suis tombé sur cette nouvelle. Une nouvelle gratuite (bonne aubaine) qui nous est offerte depuis peu sur le site des éditions L’ivre-Book. Je connaissais Huguette Conilh pour son excellent « Apocalypse Snow » et n’avait aucune idée du sujet de ce texte. Mon attention avait été captivée par la belle couverture conçue par Vael Cat et le titre énigmatique de ce livre numérique.

Je tiens à préciser que c’est une courte nouvelle littéraire, mais comme un hors-d’œuvre qui titille vos papilles gustatives, le texte vous permet de découvrir l’écriture et l’humanité de l’auteur.

Le titre : Cas mille? Qu’est-ce que c’est? Une expérience de laboratoire, une maladie rare que contracte une personne sur mille? Un simple jeu de mots innocent? Une énigme?

C’est plus et mieux que tout cela. C’est la voix, parfois violente, brutale, honteuse, méprisante, souffrante ou encore humiliée d’un pourcentage de la population. C’est le récit humain et touchant d’un courage, d’un appel à l’aide qui ne peut vous laisser indifférent.

Ce texte n’est pas une fiction, ce n’est que la triste réalité d’un monde qui se dit civilisé, sans toutefois l’être véritablement. Où les préjugés, le racisme, l’intolérance prolifèrent sans obstacle. C’est la détermination d’un homme à faire face à ses choix.

Un beau texte, qui nous prépare à ce roman qu’Huguette sortira bientôt « Les ignobles » et qui est à surveiller.

Ma note : 8/10

Liens Utiles:

Les éditions l’Ivre-Book.

Critique d’Apocalypse Snow – Par moi-même !

Apocalypse Snow – Lune Écarlate

Lecture de : Folie(s) 18 textes échappés de l’asile des éditions des artistes fous.

 Un recueil de nouvelles sur la folie. Voilà qui risque fort de plaire aux plus fous d’entre nous. Dieu sait qu’il y en a légions par les temps qui courent. Mais qu’est-ce que la normalité? La folie? Il m’arrive de voir en l’asile un refuge contre la vraie folie. Pas celle qui nous pousse à discuter avec un être imaginaire ou à faire des lampes avec les peaux de nos victimes. La véritable folie ne consiste pas à se nettoyer les mains 120 fois par jour, par peur immodérée des germes et microbes. Se parler et se répondre tout seul n’est peut-être pas si fou que cela. En tant qu’écrivain, ce sujet me touche particulièrement. Il m’arrive souvent de basculer d’un côté ou de l’autre de la raison, traverser la frontière qui sépare la santé mentale et la déchéance absolue, sans trop savoir ce qui est acceptable ou non.

Ce recueil nous dévoile ce qui gît en nous, ce petit quelque chose d’inquiétant qu’on oublie, qu’on repousse en croyant que ce n’est rien. Jusqu’au jour où notre monde s’écroule, notre raison bascule, et n’est plus qu’un souvenir d’une autre époque.

Plongeons donc dans la lecture et prions pour notre retour sain et sauf. Le tout agréablement accompagné d’illustrations pour chaque nouvelle.

Les nouvelles:

 Nuit blanche – Sylvie Chaussée-Hostein

Cette nouvelle est un choix judicieux pour amorcer l’anthologie. Un très bon texte, bien écrit, représentatif du thème. Une normalité fragile, qui peu à peu se détériore. C’est un voyage dans le doute qui attend le lecteur. Un parcours semé de moments de confusions, pour lentement préparer la venue d’un éclatement dangereux.

C’est un bon suspense psychologique qui m’a tout de suite captivé et dont les descriptions vivides nous font ressentir l’ambiance froide et neigeuse de cette route déserte, du danger imminent auquel le personnage fait face.

 La couleur de la folie – Éric Udéka Noël

C’est une nouvelle de folie à grande échelle. On y parle de maladies mentales, de guérisons et de dons. Mais aussi, et surtout, de couleurs. De couleurs particulières et importantes. De la venue d’un enfant pas comme les autres. C’est une histoire qui, à un moment donné, m’a fait penser à un récit sur les zombies, en particulier la scène dans le village où les deux héros sauvent le gamin. Ceci dit, ce n’est pas une mauvaise chose, l’auteur est parvenu à nous faire comprendre l’horreur du moment et la folie passagère des villageois.

La fin est remplie d’espoir, le genre d’espoir né dans la tragédie.

 Cauchemar – Maniak

Une de mes préférées. C’est une histoire déroutante, autant par son ambiance faite d’angoisse et de mystère, que par sa lente progression vers un dénouement tout comme la nouvelle, absurde et très efficace. Sans trop savoir pourquoi, le début m’a fait penser au film « Hellraiser ». On nous transporte dans l’horreur, la réalité et un mélange des deux.

 Coccinelle — Émilie Querbalec

Un récit qui s’amorce avec l’appréhension d’une mère face à son nouveau-né. Un sujet d’actualité, parce que ma femme devrait accoucher au mois de mars. Comment réagir face à cette petite chose inhumaine et rosée, qui ne ressemble qu’à une créature venue d’un autre monde? L’auteur à bien mit en place le sentiment contradictoire de la mère envers le bébé envahissant. L’intrusion des coccinelles fait chavirer la certitude. La fin nous laisse tirer nos propres conclusions, folie ou autre chose?

 Le même sang coule dans mes veines — NokomisM

La folie. Une maladie? Que dire de ceux qui se coupent et se blessent volontairement? C’est sous cet angle énigmatique et pourtant très réel que l’auteur accueille le lecteur dans son récit. Pour avoir travaillé durant plusieurs années dans le réseau de la santé mentale, je trouve la psychologie du personnage de l’adolescente problématique très bien représenté.

C’est la fascination d’un acte incompréhensible. Pourquoi souffrir volontairement? S’imposer des blessures pénibles? Le choix est-il vraiment là?

L’auteur ne s’arrête pas là. L’intrusion d’un autre personnage, le père, viendra complètement bouleverser la vie de l’adolescente et du lecteur. Le sang est un véhicule génétique très important, qu’en est-il de notre mémoire ancestrale, collective?

C’est un bon texte qui nous guide dans une direction, pour aussitôt nous faire pivoter vers une autre. Sombre et troublant.

 Marie-Calice, Missionnaire de l’extrême — Nelly Chadour

Le caractère religieux convient très bien à la folie. Il suffit de penser à tous les prophètes, visionnaires ou autres. Leurs visions ne sont-elles pas un signe de folie? Des buissons en feu? Une mer qui se sépare en deux? Un homme qui marche sur les eaux? C’est la folie religieuse des masses. J’aime bien le personnage de la sœur, prise avec ses propres démons, sa bonne volonté d’accomplir une mission.

 La nuit où le sommeil s’en est allé — Cyril Amourette

Une très bonne nouvelle littéraire. Possiblement une des meilleures du recueil. C’est une histoire de fin du monde étrange, sans explication, sombre et catastrophique. C’est troublant à souhait. L’auteur n’utilise que peu d’artifice, se repose sur les mots. Le texte est bien structuré, nous passons d’une étape à l’autre de la folie, dans le corridor de la déchéance humaine. Narration très efficace, très forte.

 Entre-deux — Louise Revoyre

Ce texte ne m’a pas interpellé. Est-ce qu’on y parle bien de folie? Ou simplement de manque de maturité? La manière dont la nouvelle a été écrite porte à confusion. Je ne doute pas des bonnes intentions de l’auteur ou de son talent.

 La convenance de la bête — Leith

C’est un récit bien insolite. On débute avec un peu d’humour, on y ajoute la fin du monde et une situation déconcertante. L’histoire m’a fait penser un moment aux épisodes de l’incroyable Hulk. On y parle aussi d’extraterrestres. C’est un mélange hétéroclite de genres et d’idées qui me font demander : est-ce bien de la folie? Cet homme détient-il vraiment les pouvoirs dont il fait mention? Où est-ce une désillusion de maniaque? Le texte ne nous donne aucun indice et me laisse perplexe, même à la toute fin.

 C15 — Herr Mad Doktor

Intéressant voyage journalistique. Folie? Certainement, puisque l’humanité possède indéniablement une nature démente, une folie décuplée par une libération complète. Très bonne ambiance, décor et descriptions d’un texte solide. Le mystère sur le moment des 15 minutes est maintenu jusqu’à la fin, même si on devine rapidement en quoi cela consiste. Références amusantes (Tom Cruise et Obama). Beauté poétique des descriptions (Central Ashstray park).

 Jour gras — Southeast Jones

Petit conte prévisible. Se lit bien. Amusant, par son sujet et son traitement.

 Le maitre des bélugas — Julie Conseil

C’est un questionnement sur l’ordre établi des choses. On y fait un parallèle entre la folie et le rêve. Les rêves éveillés qui nous obsèdent, qui se mélangent à nos désirs, à notre réalité individuelle. Un voyage dans l’absurdité des rêves, des comportements, et croyances énigmatiques pour le commun des mortels. Bon texte qui nous fait réfléchir. Qui sont les vrais fous? Agréable lecture.

 Maman de Martin — Morgane Caussarieu

Bonne nouvelle littéraire. Relations tordues et complexes entre une mère et son fils. Comment élever un enfant en souffrant de problèmes mentaux? En étant aux prises avec une folie incurable? Le récit est un adroit mélange de surnaturels, de pouvoirs intriguant. Texte bien écrit, avec d’intenses descriptions. Histoire tordue à souhait.

 Europe — Pénélope Labruyère

Sans aucun doute ma préférée de l’anthologie. C’est une bonne nouvelle de science-fiction, au traitement très cinématographique. Le texte est solide, le langage nous charme d’une justesse surprenante. Un récit d’action, d’espoirs, et avant tout une tragédie humaine à grande échelle. Folie et solitude se mélangent avec douceur, s’insinuent dans l’esprit du lecteur pour nous captiver. La psychologie et la profondeur des émotions des personnages sont bien travaillées. Ce texte serait un super point de départ pour un roman.

 Sanguines — Adam Roy

Un autre très bon texte du recueil. Un texte dur, percutant. On y parle de la folie d’un espoir qui se perd dans l’ultime folie. Un récit sombre, apocalyptique, fataliste. Un de ceux qui nous font tourner les pages (même pour un livre numérique)

 Transfert — Julien Heylbroeck

Ce texte humoristique se transforme en un dialogue déroutant. C’est une conversation avec un patient d’asile. Un questionnement qui se retourne contre celui qui ose troubler la paix d’un patient désigné comme fou. L’auteur parvient à détourner l’attention, pour nous faire demander : qui est le vrai fou?

Une étude sur la démence qui s’insinue dans le langage, dans un dialogue qui dérape. Un petit brio.

 Les soupirs du voyeur — Corvis

C’est un autre de mes textes préférés de l’anthologie. Attention, pas seulement en raison du sexe. Parce que ce récit est sans la moindre censure. C’est très érotique, vivide, et bourré de fantaisie les plus tordues les unes que les autres. Corvis serait-il un écrivain d’histoires érotiques? Il en a surement le talent. Il transforme le sujet de l’impuissance sexuelle en un récit à faire pâlir d’embarras « 50 Shades of Grey ». Nous plongeons ici dans le plaisir coupable, honteux et jouissif. Il emmène le lecteur à se questionner. Qu’est-ce que la réalité? Un récit malade et sombre à souhait. Violent.

 Le décalage — Ludovic Klein

Un texte bien choisi pour terminer ce bouquin. Un récit touchant et d’une beauté poétique. Une histoire qui traite de la tristesse de ce pénible moment qu’on appelle l’après. Bon choix éditorial pour conclure.

 Ma note : 7.5/10

Les éditions des artistes fous

 

Lecture de l’entretien d’Antoine Gaïani

Qu’est-ce que l’entretien? J’ai réfléchi à la meilleure façon de décrire cette histoire et en suis venu à une seule et unique conclusion.

Il faut vraiment lire ce texte particulier pour en saisir toute l’essence. Il est plus facile de dire ce qu’il n’est pas. N’est pas ennuyeux, n’est pas rempli de clichés, n’est prévisible, n’est pas psychologiquement vide de toute substance.

En lisant l’entretien, je n’avais aucune idée de ce qui m’attendait. La couverture simple m’intriguait. Jamais dans votre existence vous n’aurez la chance, le plaisir, l’horreur ou la folie de vivre un tel entretien d’embauche. Dieu vous en préserve!

L’auteur nous fait découvrir deux individus tout à fait différents l’un de l’autre. Notre personnage principal Laurel Montant qui aurait grandement besoin d’un peu de thérapie, peut-être même de médicaments pour se normaliser. Sauf si on considère la normalité comme une chose malsaine. Il est un homme complexe, avec des manies étranges, des pensées, et une vie que peu de gens voudraient. Nous le retrouvons face à Peter Prite, un embaucheur insistant, confiant, puissant, et tout à fait déconcertant.

C’est donc au travers d’une réunion intime, déstabilisante et absurde que vous pourrez suivre le dialogue de nos deux gaillards. Dans un bureau au sommet d’une tour, où surgit l’imprévisible.

Une profondeur psychologique remarquable, un texte bien écrit, une tournure des évènements intrigante et une fin à l’image du texte. Percutante et complexe. Tout est dans les détails.

C’est donc un petit texte de 90 pages que j’ai adoré, rafraichissant par son traitement de sujets divers, un petit brio littéraire qui m’a surpris. J’ai évité de donner des détails sur ce qui se passe dans ce bureau, parce que c’est à vous de le découvrir.

Faites seulement attention en refermant la porte, qui sait si vous pourrez la rouvrir à nouveau.

Ma note : 9/10

Pour vous procurez le livre numérique : Éditions HOuse MaDe Of DaWn

Lecture d’Abysses de Christophe Rosati

couv-cthulhu-c-rosatiDe quoi avez-vous peur? De vous retrouver dans l’espace, loin de votre terre natale? Sur une planète inconnue? Dans un submersible trop étroit, vulnérable, et prisonnier d’un cercueil d’acier? Au fin fond d’un océan abyssal sombre peuplé de choses étranges et dangereuses?

Pourquoi pas tout cela en même temps? Tant qu’à vous faire peur, aussi bien mettre toutes vos frayeurs ensemble, non?

C’est ce que Christophe Rosati a décidé de faire dans cette nouvelle littéraire de l’excellente et surprenante série « Calling Cthulhu ». Cette série regroupe de nombreux textes d’auteurs talentueux qui se veulent un hommage à la mythologie créée par H.P. Lovecraft.

Dans cette nouvelle, nous suivons les déboires d’un commandant de navire en pleine mission sur une planète étrangère avec son équipage. C’est au travers de son journal de bord tenu au fil des évènements dramatiques que nous le suivons. J’ai trouvé l’écriture et le ton de narration employé par l’auteur très efficace. On se laisse non seulement embarquer, mais c’est une très belle aventure, souvent angoissante, dans un monde visuellement très beau et très bien imaginé. Une science-fiction solide et une odyssée qui fait réfléchir sur la stupidité et l’avidité de notre race bien petite face à l’immensité de notre univers.

Avec son imagerie intense, le texte nous conduit vers une fin tragique et gigantesque.

Une très bonne nouvelle pour une série qui m’a déjà séduite.

Ma note : 9/10