Mathias de Mathieu Fortin

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Dans ce livre, nous découvrons le personnage principal, Mathias, un adolescent en deuil de son père et aux prises avec un problème d’obésité. Victime de la cruauté de quelques brutes et de l’indifférence générale, il est la risée de son école. Avec la fin de l’année scolaire et l’été qui s’annonce, Mathias décide de prendre sa vie en main, de tenter l’impossible et d’éviter de subir le même sort que son père, décédé en raison de son excès de poids. Ce ne sera pas facile, les obstacles sont nombreux et les tentations aussi.

Au premier abord, nous pouvons croire que c’est uniquement un livre sur l’obésité, mais détrompez-vous. C’est beaucoup plus que cela. C’est un récit sur l’adolescence, la complexité des relations humaines, familiales et amoureuses. Un récit sur le deuil, la dépendance et la persévérance.

Mathieu Fortin nous démontre ici que sa plume, d’une efficacité indéniable et souvent diabolique, est d’une diversité enrichissante. Prenez place avec le bouquin, quelques collations santé, et préparez-vous pour une lecture poignante et émouvante. Si vous avez une dépendance quelconque ou connaissez quelqu’un dans une situation similaire, vous serez à même de féliciter l’auteur pour la justesse de son récit et les réactions de ses personnages.

Un coup de cœur littéraire pour la fin de 2016.

Je vous invite d’ailleurs à découvrir le blogue de l’auteur, pour ses écrits, mais aussi pour son honnêteté et sa générosité, puisqu’il partage avec nous son combat contre le diabète et sa perte de poids.

J’ai connu Mathieu Fortin par l’entremise d’un éditeur commun et je l’ai rencontré au « Salon du livre de Montréal ». Je n’ai qu’une chose à dire à son sujet : la grande classe.

Bien voilà, vous n’avez plus aucune raison de ne pas découvrir Mathias!

Ma note : 5/5

Site de l’auteur : Le petit fort

Site de l’éditeur : Guy Saint-Jean

Sylvain Johnson et Mathieu Fortin
Sylvain Johnson et Mathieu Fortin – Novembre 2012

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H2NO de Jean-Marc Renaudie

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 Résumé du livre :

« Depuis le Grand Cataclysme, les règles de vie ont évolué. L’existence de l’homme se résume à vivre, travailler, et mourir dans une tour, avant d’y être incinéré.

Abedo appartient au comité. Il représente l’autorité.

Quand l’affaire des cuves d’eau contaminées par le virus biotechnologique H2NO éclate, Abedo se prépare à résoudre un cas d’école. Mais le meurtre d’un autre agent change la donne. De traqueur, il devient traqué. Pour s’en sortir, il devra dénouer les fils d’une intrigue qui l’entraînera dans les souterrains creusés sous NéoToulon. Soutenu par GN345, il remontera les pistes jusqu’au plus haut sommet de l’État : le comité des 20.

En parallèle, un vent de révolte souffle dans les rangs des non-repertoriés. Le pays est au bord de l’effondrement. »

 Commentaire :

Jean-Marc Renaudie nous présente ici sa première incursion dans le monde de la science-fiction. Jean-Marc est toutefois le genre d’auteur difficile à qualifier, étiqueter ou encore catalogué en raison de la diversité de son talent. Dans ce roman il flirte avec plusieurs genres à la fois. Nous entraînant dans une histoire de science-fiction, dans un récit politique, mais aussi dans un polar d’un genre nouveau doublé d’un récit d’aventures. Pour avoir déjà lu plusieurs écrits de cet écrivain passionné de la langue française, je peux vous garantir que c’est un nom à ne pas oublier.

Le personnage principal du roman, Abedo, est un flic honnête équipé de la meilleure technologie possible, presque militaire pour pratiquer son métier. Un homme consciencieux qui devra faire face à des situations extraordinaires. Mais attention, il n’est pas question de personnages noirs et blancs, bons ou mauvais. L’écriture de Renaudie transcende les clichés de la littérature. Tout est gris, changeant, inquiétant, réaliste, troublant. L’humanité et la robotique se confrontent, font chemin ensemble avec toutes les complications imaginables. Les personnages du roman, en particulier le personnage principal, nous surprennent par leur vulnérabilité tout à fait humaine. Le lecteur se reconnait ainsi dans certaines situations, dilemmes d’Abedo.

La plus grande qualité de Jean-Marc Renaudie est sa capacité à intégrer les détails dans l’histoire, tout en nous épargnant les descriptions futiles. Il s’en tient à l’essentiel, choisissant ses mots avec justesse, nous donnant une image de l’action qui s’imprègne dans notre esprit. Il évite l’erreur des phrases trop longues, il va directement au but, ajouter ici et là des mots frappants, touchant sa cible. L’écriture de l’auteur est mature, il excelle dans la construction d’une trame captivante.

« La nocivité de son humour me touchait, mais je ne bronchai pas. Je gardais ma fureur ancrée dans mon cœur. »

Au début, je me suis questionné sur la narration à la première personne, en particulier parce qu’on me l’avait reproché en tant qu’écrivain. Mais ici, c’est l’unique narration possible, puisque les pensées d’Abedo sont essentielles, logiques, et elles ajoutent au récit une qualité exceptionnelle. L’auteur possède un texte de qualité, solide, un modèle de science-fiction et d’écriture en général.

Ce qui m’a grandement plu dans H2n0 est la complexité de la relation entre les hommes et les machines. Nous sommes inévitablement conviés à débattre les questions éthiques, morales et religieuses de la présence de ces choses robotisées que nous avons créées, qui prennent de plus en plus de place dans nos vies.

Bref, il ne fait aucun doute que ce roman est à conseiller. Pour son personnage principal, les thèmes soulevés et l’action qui aura à plusieurs reprises fait monter ma pression sanguine. C’est une course contre l’ennemi, un marathon littéraire jusqu’à la conclusion. Un roman intelligent.

Ma note : 9.5/10

Site de l’éditeur :

L’ivre-Book

Où achetez le livre?

Page Facebook de l’auteur :

Jean-Marc Renaudie

Awen de Gaëlle Dupille

Awen - Gaelle DupilleAwen est une nouvelle qu’il ne faut pas, mais vraiment pas lire.

Pourquoi?

Parce que cette dernière risque de vous mener vers un état de confusion avancé, de bouleverser vos illusions et préconceptions au sujet de l’humanité et des apparences. Je m’explique. Awen, c’est une nouvelle de Gaëlle Dupille. La première chose que vous faites, en l’achetant, c’est de découvrir la photographie de l’auteur, une jeune femme jolie et souriante. Vous imaginez donc que ce récit sera gentil et doux. Une telle fille ne peut qu’écrire au sujet de papillons et de fleurs, d’amour millénaire et de prince charmant. Faux. Son sourire angélique n’est qu’une façade pour son âme perverse. J’ai même entendu dire que c’est d’elle que s’inspire le diable pour ses méfaits. Elle possède un doigté glacial laissant sur le clavier son empreinte maléfique. Son désir est de vous guider sur l’étroit sentier qui mène de la folie à la lucidité et elle réussit très bien.

Quoi d’autre? Vous aimez les chats? Ils sont doux, gentils et marrants? Cette histoire décrit la rencontre entre un auteur un peu moche et Awen, une charmante créature féline très particulière. Je vous entends d’ici – « Quelle bonne idée, j’adore les chats »… avec Gaëlle, ce n’est jamais aussi simple. Un chat entre les mains de mademoiselle Dupille, c’est comme une paire de ciseaux entre les mains d’un tueur en série. Faut se méfier.

Donc, si vous aimez les chats et croyez ici lire de la romance, détrompez-vous. Cette histoire, une courte nouvelle, explore deux éléments importants de la vie d’un auteur. Tout d’abord, l’imagination, la provenance du talent énigmatique. Ensuite, le prix à payer pour le succès.

Awen est une histoire sombre, tranchante et qui reflète l’imagination fertile et le talent de son auteur. À conseiller, même pour ceux qui aiment les chats.

Note : 9/10

Liens d’achats : L’Ivre-Book

Site de Gaëlle Dupille

Invisible Kid d’Atef Attia.

Invisible Kid d’Atef Attia.

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J’ai découvert Atef lors de la sortie de son premier roman Sang d’encre. Un type sympa, talentueux et très généreux de son temps. J’avais aimé son roman – voir ma critique sur le lien suivant – critique de Sang d’Encre. Ce fut donc tout un honneur de pouvoir lire son nouveau roman intitulé « Invisible Kid ». Il y a de ces écrivains au talent indéniable dont on ne se lasse pas. Il en fait partie.

Résumé du quatrième de couverture :

« Il y a des jours où Issour Danielovitch se sentirait presque devenir invisible. Entre un père despotique, des frères aînés absents, des ennuis de santé, les railleries de ses camarades et un premier amour tué dans l’œuf, il mène une vie plutôt mouvementée pour un adolescent de quinze ans. Une vie qui serait somme toute banale, mais c’était sans compter la cruauté et l’acharnement de certains de ses camarades qui poussent la farce un peu trop loin. Et lorsque leur dernier canular tourne au drame, ils ne se doutent pas de la force maléfique qu’ils déchaînent et qui changera la vie d’Issour à tout jamais. »

Mon Commentaire :

Un détail qui nous accroche dès les premières pages est cette capacité de l’auteur à nous rapprocher de ses personnages. Son talent de raconteur et l’intimité de ses propos nous offrent une perspective unique sur la vie du personnage principal. Le petit Issour, un gamin de 15 ans. L’écriture d’Atef se transforme à mesure que nous tournons les pages. L’analyse quotidienne de la vie du petit est un leurre, un appât séduisant qui flirte avec nos souvenirs de cette époque lointaine où nous étions nous-mêmes sur les bancs d’école. Comme le poisson qui mord à l’hameçon, les premières pages nous capturent, elles nous emprisonnent dans l’étroit tunnel de la désillusion. Qui ne revit pas occasionnellement ces moments de beauté propres à l’enfance et à l’innocence? Atef le sait et exploite notre mémoire, nos souvenirs de déceptions, de peurs, d’isolements ou de solitude. Tout ce qui fait de l’adolescence une période bien difficile pour beaucoup d’entre nous.

« La préméditation avait du bon. »
P.143

Dès que nous sommes prisonniers, imbibés des détails et personnages très réussis, il ouvre la porte sur nos peurs, nous libère de notre zone de confort, pour ensuite nous faire descendre les différents paliers menant à l’enfer fantastique de nos instincts de violence, de notre folie passagère.

C’est une balade en douceur sur les eaux calmes d’un lac, un ciel qui se couvre de nuages noirs, les vagues qui grossissent et la pluie glaciale qui tombe. Mais il est déjà trop tard, vous avez franchi le point de non-retour et vous ne pouvez que tanguer au rythme des moments intenses décrits par Atef.

« C’était une masse noire et amorphe qui semblait hésiter sur la forme à adopter. Une aberration en mutation perpétuelle. Elle était ici et ailleurs en même temps, comme un trou noir, une brèche dans un autre espace-temps remplissant l’air d’électricité statique qui hérissait tous les poils d’un Issour tétanisé. »
P. 133-134

Ma seule déception, même si ce n’est qu’une déception provisoire menant à un moment de joie est l’idée qu’une suite se prépare. Une suite qui éveille mes neurones et me permet de penser à tous les scénarios possibles. Une suite que je vais indéniablement lire.

Comme si le récit principal ne suffisait pas, il y a une petite surprise à la fin. Une nouvelle qui devrait bientôt paraître dans un recueil. Une nouvelle littéraire tout à fait différente du roman. Un texte qui nous transporte au Mexique, une histoire de séduction, de tromperie, de survie. J’ai aussi adoré.

Et, Monsieur Atef, comment ignorer vos références cinématographies ou littéraires. Je vous laisse les découvrir.

Les thèmes du roman :

Amour, enfance, abandon, vengeance, mort.

En conclusion :

Ben voilà, que faites-vous ici, allez vite vous procurez ce roman. Une des bonnes lectures de 2016.

Ma note :

9/10

Liens utiles :

Site de l’éditeur PopLibris

Site d’Atef

Lecture « Et la mort perdra tout empire – Jean Bury »

Résumé :

La guerre totale entre les hommes et les bêtes est engagée et il est maintenant évident qu’aucun camp n’en sortira vainqueur. Mais la lutte doit continuer jusqu’à la dernière munition, jusqu’au dernier soldat, jusqu’à la dernière étincelle. Dans ce brouillard de sang et de poudre, une musique perce timidement : celle du fifre. Et quelques vers dont l’origine est inconnue résonnent en chœur avec elle. Un texte qui nous emmène au cœur du maelström, au milieu des corps sans vie des soldats, de la boue, de la fumée et des cris. Une expérience synesthétique dont vous ne sortirez pas indemne.

Commentaire :

Un autre récit court – 70 pages sur ma tablette, un format auquel je me suis habitué si la qualité et l’imagination sont au rendez-vous. C’est ici le cas. L’éditeur « House Made of Dawn » est fidèle à son habitude et nous offre un texte agréable et d’une qualité littéraire palpable.

« Et la mort perdra tout empire » est un récit futuriste et guerrier. L’action se déroule dans un monde dévasté par la guerre où les « Lycans » (loup qui se change en homme) livrent une terrible bataille à une humanité délabrée, à bout de souffle. Bien entendu, ce ne sont pas ici des « Lycans » tout droit sortis du centre sportif avec du mascara et un look vaguement homosexuel pouvant plaire aux adolescentes facilement influençable. C’est ici un texte dont les bêtes sont dignes de ces classiques comme « Le loup-garou de Londres ». Nous parlons de monstres féroces, affamés et destructeurs. Ils font face aux hommes armés, désespérés et en pleine tentative de survie dans un monde qui se meurt à petit feu.

« Ce ne sont pas des loups, ce sont des créatures d’ailleurs, d’un autre temps, d’un autre monde. On ne trompe pas leur flair. »

Les descriptions du conflit, de ce que vivent les personnages, sont très réussies, on plonge rapidement dans une ambiance assez macabre, on retient notre souffle, on sent la boue froide qui cherche à nous garder prisonniers dans ce champ froid où nous sommes exposées aux ennemis. On repousse les cadavres de nos ennemis pour se frayer un chemin, un guette la nuit pour le moment où la mort nous tombera dessus.

Le récit est une valse narrative entre quelques personnages qui n’ont rien à voir les uns avec les autres, mais que la vie réunira à un moment donné pour les conduire à une finale surprenante. Nous retrouvons un capitaine, un fifre, un sergent, un médecin et un caporal. Ils auront tous un rôle à jouer et l’auteur est parvenu à les décrire, les faire vivre de plumes différentes. Chez le fifre peu éduqué, on retrouve le langage et l’esprit des gens de basse naissance. Pour le médecin, le caporal et le sergent, c’est l’univers médical et militaire qui nous est exposé. On saute d’une section à l’autre avec excitation, car on veut comprendre où toute cette misère humaine, guerrière les conduira.

Bref, c’est un petit texte qui vous restera en mémoire. La laideur des conflits, la fragilité de notre équilibre en tant que race dominante et surtout la tragédie des guerres, des sacrifices et de la mort.

Je le conseille sans hésiter.

Note de lecture 4/5

Lien vers l’éditeur :

House Made of dawn

Lecture de Malhorne IV – La matière des songes

Résumé :

Tout a commencé avec la découverte, par l’ethnologue Franklin Adamov, d’une statue en Amazonie. Puis, la rencontre inoubliable avec Malhorne, l’horreur de sa disparition, le retour d’Ilis et la révélation d’Anasdahala, la reine sumérienne aux deux visages. Éternels, ils perpétuent le souvenir d’un secret enfoui depuis près de quarante mille ans : l’Aratta, le pouvoir des eaux du monde, la matière des songes. Un trésor inestimable dont ils ont oublié jusqu’aux origines.

Car de l’évolution des espèces à la naissance des religions, de l’extinction des hommes de Neandertal aux civilisations disparues, des mystères de l’univers aux arcanes de l’inconscient collectif, toutes ces énigmes trouvent leur réponse dans l’Aratta.
Toutes, absolument toutes!

À présent, Franklin et ses amis n’ont jamais été aussi proches de l’ultime vérité.
Mais un homme veille. Un meurtrier sanguinaire qui n’a pas intérêt à ce que l’Aratta soit révélée à la multitude. Un monstre capable de semer la terreur et la mort aux quatre coins de la planète.
Alors, pour tenter de donner une dernière chance à l’humanité, Franklin Adamov devra faire des choix, fuir ou se battre, tuer et peut-être même mourir…

Commentaire :

La matière des songes est le tome final de cette série que j’ai découverte et que j’ai adorée. Le genre de série qu’on termine de lire avec regret, le regret de devoir dire adieux à tous ces personnages avec qui nous avons vécu tant d’aventures durant plusieurs mois.

Cette série est une véritable saga qui vous fera voyager d’une époque à l’autre, d’un monde à l’autre, et cela au travers des multiples personnages intéressants et inquiétants qui nous sont présentés. C’est parfois un peu grandiloquent, prétentieux, arrogant, mais pourquoi faire les choses à moitié, pourquoi ne pas attaquer toutes les mythologies, les croyances humaines et toutes les théories sur notre origine pour chambouler et réinventer notre façon de voir le monde? Pourquoi se limiter?

L’auteur y a mis le paquet, croyez-moi.
La fin? Comment ne pas terminer une telle épopée sans un coup d’éclat? En fait, ce roman ne se termine pas tout à fait ainsi. Déçu de la fin? Peut-être un peu, elle m’a semblé américanisée, simplifiée, diluée dans l’afflux d’informations qui nous bombardent depuis le début de ce livre particulier. Ce n’est toutefois pas une raison pour éviter de lire ce bouquin.

Les thèmes du roman sont irréprochables, la manière de construire le récit, le suspense et le style littéraire sont à la hauteur de cet écrivain que j’admire.
Je conseille grandement cette série.

Site de l’éditeur : Bragelonne
Site de l’auteur : Jérôme Camut

Interview d’Huguette Conilh – Les Ignobles et Cas Mille.

24032756Huguette Conilh a fait son apparition dans mon petit monde littéraire en se joignant à la famille des écrivains de L’ivre-Book. J’ai découvert sa nouvelle littéraire « Cas mille » offerte gratuite pour tous les amateurs de nouvelles littéraires numériques. La couverture et le titre m’ont tous deux intrigué et je me suis donc plongé dans cette lecture.

Vous trouverez ma critique ici :

Cas Mille

Quelque temps après cette lecture, est sorti le premier roman numérique d’Huguette dans le catalogue de L’ivre-Book, l’incontournable boutique pour faire ses achats numériques.

« Les ignobles » voyait le jour le 19 janvier 2015.

 ignobles-ivre-book-numerique-moins-grosRésumé du livre :

 « Ils sont les ignobles, victimes de leur différence, souffre-douleur des cours d’école, les proies de l’ignorance que l’intolérance met en marge de la société. Pour échapper au tableau des opprobres, Camille a préféré couper les ponts avec sa famille.

Jusqu’au jour où la mort de ses parents dans l’incendie de leur maison l’oblige à reprendre le chemin de la Vienne. Il recueille alors son frère cadet, Mathis, un adolescent torturé par la culpabilité de n’avoir pu sauver ses parents. »

Charmé par la plume honnête de cet auteur, j’ai décidé de vous la faire découvrir. Voyons d’abord ce qu’en dit l’éditeur :

« Huguette Conilh est née un jour de janvier, à Monségur (33), dans une maternité qui n’existe plus aujourd’hui. Sa passion pour la lecture et l’écriture se manifeste dès le primaire. Plus tard, des personnages hantent ses années collège et prennent vie dans une première romance éditée en 2010. Un roman noir destiné à un public de jeunes adultes suivra en 2013.

Par vocation, elle exerce pendant vingt ans le métier d’Aide Médico Psychologique auprès de personnes très déficitaires. Cette pratique au plus près de la relation d’aide lui permet de développer une sensibilité à la différence. Les Ignobles, son troisième roman, bientôt chez L’ivre-Book met en scène cette différence et l’intolérance qui en découle. »

En définitive, chacun a sa définition de la réalité, alors qu’il n’existe pas une réalité, mais des réalités. Et je ne parle même pas de la normalité, un terme qui, si on y réfléchit bien, ne veut pas dire grand-chose.

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Interview :

Bonjour Huguette.

Bonjour Sylvain! Merci de m’accueillir dans votre cocon chaleureux. Il faisait un peu frais dehors.

  1. Pourquoi écrivez-vous?

J’écris parce que je ne peux pas faire autrement. J’écris parce que c’est un besoin vital qui m’habite depuis… presque toujours. Et encore, je suis moins obsédée par les mots que je ne l’étais à l’époque de mon premier roman où je me levais la nuit pour noter mes idées, et où je ne me déplaçais pas sans mon carnet, même sur un banc du lycée de ma fille en attendant la réunion parents/profs.

J’écris parce que j’ai des choses à dire, qui sont à ma mesure, pas forcément des grandes idées, juste celles qui me tiennent à cœur. Et Dieu sait à quel point je suis assez entière pour défendre avec passion les idées auxquelles je tiens.

Et, surtout, j’écris parce que je prends un réel plaisir à mettre en scène des personnages, à m’attacher à leurs pas, à découvrir des lieux, à y entrer en même temps qu’eux, à les regarder vivre. À les rendre vivants.

  1. Dites-nous quelque chose de particulier à votre sujet, un détail troublant, choquant, un petit quelque chose d’unique?

Je vis dans un autre monde, dans un ailleurs qui se trouve quelque part au fond de moi. Je suis une sauvage, une rebelle qui refuse de se taire. Qui se promet tous les jours d’apprendre à dire les choses autrement, qui tous les jours se trompe, se maudit pour ça, puis se rend à l’évidence : je ne suis pas diplomate, je ne sais pas le faire, je suis à l’état brut.

  1. Votre métier d’aide Médico Psychologique auprès de personnes très déficitaires devait être très exigeant. D’où vient ce besoin d’aider les autres?

Il n’y a pas de secret, en aidant les autres on s’aide soi-même. On n’entre jamais dans ces métiers de la relation d’aide par hasard. C’est ce qu’on cherche à faire croire aux autres et à soi-même dans un premier temps, jusqu’à ce que l’on parvienne à acquérir suffisamment de recul pour découvrir que certains hasards relèvent de l’inconscient. D’ailleurs, on confond parfois empathie et pitié. On entre dans ces métiers parce que, franchement, ces pauvres gens il faut bien que quelqu’un leur vienne en aide. Tout juste si on ne voudrait pas les sauver d’eux-mêmes et pourquoi pas les guérir. Jusqu’au jour où l’on comprend cet évident cliché (j’aime les clichés, ils sont pleins de vérité) : l’autre n’est pas soi. Un psychotique n’a pas la même construction mentale qu’un névrosé. La cuisine bordélique du névrosé qui a décidé de transférer le lit à la place du frigo existe bel et bien. Pas chez le psychotique. Ce n’est pas que la cuisine soit vide, c’est qu’elle n’existe pas. Ce n’est donc pas la peine de lui en parler, il ne sait pas ce que c’est. C’est vous qui êtes fou d’imaginer qu’une telle pièce existe.

Voilà pourquoi je suis entrée dans ce métier. Je voulais faire médecine quand j’étais au collège, la psychiatrie, les comportements humains me passionnaient déjà. Je peux dire que l’exercice très particulier de ce métier a enrichi ma vie.

  1. À quel point votre expérience vous a-t-elle influencé dans l’écriture du roman « Les ignobles »?

Quand j’ai commencé à réfléchir à la structure de cette histoire, l’évidence de créer un personnage atteint d’un handicap physique m’est apparue assez vite. C’est en réalité ce que je connais le mieux en matière de différence. L’homosexualité faisait partie d’un possible pour moi. C’est ce que l’on « intègre » en pratiquant ces métiers du social, du médico-social ou du médical. On croise au cours de sa carrière ce que j’appelle des possibles : un homme qui tient des conversations avec Dieu, un autre qui à 50 ans ne sait pas se moucher et dont on essuie le nez comme à un enfant, ou celui-ci qui ne sait pas se décalotter et à qui on montre les gestes de manière professionnelle, mais qui nous interroge quand on regarde la situation avec recul. Puis un jour, mais ça nous était déjà arrivé, on croise une personne homosexuelle et on accepte son amitié parce que la personne dans son ensemble correspond au profil que nous apprécions chez les autres. C’est en tout cas ce qui devrait, ce qui pourrait être, mais ne l’est pas pour tout le monde. C’était de ça que je voulais parler dans ce roman, et du fait que, parce que j’en ai été témoin, les différents se jugent aussi entre eux. L’autre est toujours plus atteint que soi. Une personne handicapée victime du regard négatif de la société peut être homophobe. « Oui, tu comprends, ce n’est pas pareil, lui a choisi, pas moi. » Il faudra du temps à Norbert pour comprendre que l’homosexualité n’est pas un choix, pas plus que lui-même n’a choisi « cette vie montée sur roulettes », comme il la décrit.

  1. Présentez votre roman « Les ignobles » en trois mots?

En trois mots?… Flûte, j’ai déjà atteint le quota. Différence, tolérance, amour.

  1. Lisez-vous beaucoup? Quels auteurs vous ont inspirés? Motivés? Influencés?

Je lisais beaucoup, moins depuis quelques années. Ce sont des périodes en fait, de grosses boulimies de lectures ou de vide intersidéral. Tous les amoureux du livre connaissent ça. Donc, franchement, je ne sais pas qui m’a inspirée, motivée ou influencée. J’ai passé une grande partie de ma vie à écumer la littérature générale, je dirais. Dans mes années collège j’ai lu Cronin, Pearl Buck que j’appréciais beaucoup. Très peu de policiers, ce n’était pas mon truc. La fille qui tenait la bibliothèque du collège voulait à tout prix me faire découvrir Agatha Christie. J’ai bien aimé Le Meurtre de Roger Ackroyd, mais ce n’est pas allé plus loin. Par la suite, je me suis focalisée sur les romans historiques de tout pays, puis sur les biographies, aussi bien de romanciers, de poètes que de rois. Un jour, je ne sais pas comment, j’ai découvert la littérature fantastique et j’avoue que j’ai eu du mal à m’en écarter depuis.

  1. La nouvelle « Cas mille » adresse un sujet hélas encore tabou dans plusieurs milieux, plusieurs familles. L’homosexualité et le désir de pouvoir ouvertement l’exprimer. Pourquoi un tel sujet soulève-t-il encore des discussions houleuses?

Là, je ne vais pas partir dans de grands débats que d’une part je ne saurais pas tenir et qui d’autre part seraient plus fastidieux qu’autre chose. Je crois que les gens éprouvent le besoin de classer et de mettre des noms sur tout. Que du coup certains se retrouvent dans la case des pestiférés, et pas que les homosexuels. Que tout un chacun de par l’éducation qu’il a reçu, et sûrement aussi d’une part de l’inconscient collectif (sans parler de la religion), est attaché à des valeurs, des croyances dont il a du mal à se défaire. Comme il est dit dans le roman, aux yeux de Mathis, deux hommes (ou deux femmes) qui font l’amour ensemble, c’est comme une pièce qui refuserait de s’emboîter (vous voyez déjà l’image que cela suscite dans votre esprit) et qui fausserait le puzzle dans son ensemble.

Pour beaucoup de personnes, l’homosexualité est contre nature alors que justement elle existe dans la nature. Mais même cette réalité ne change rien aux opinions.

En définitive, chacun a sa définition de la réalité, alors qu’il n’existe pas une réalité, mais des réalités. Et je ne parle même pas de la normalité, un terme qui, si on y réfléchit bien, ne veut pas dire grand-chose.

De la sorte, par un effet de projection, l’opprobre rejaillit sur tout l’entourage de la personne homosexuelle qui finit par se retrouver seule quand elle ose « sortir du placard ». Je trouve inadmissible qu’un jeune de 15 ans soit mis à la porte de chez lui parce qu’il est homosexuel. Je trouve incroyable que des assos comme le Refuge aient à exister. Je trouve impensable qu’un jeune se suicide parce qu’il n’ose pas être lui-même. Je trouve tellement dommage que des hommes se marient avec des femmes pour faire comme tout le monde.

  1. Si vous aviez à donner un conseil aux jeunes écrivains débutants?

Armez-vous de patience, le temps joue pour vous : pour laisser naître l’idée, la peaufiner, l’apprivoiser. Pour l’écrire, la relire, la remanier et la relire encore pour la réécrire. Pour la voir peut-être un jour entre d’autres mains que les vôtres. Bref, soyez forts! Ayez la patience que je n’ai pas.

  1. Quels genres littéraires privilégiez-vous en tant qu’auteur (dans votre écriture)?

Malheureusement, si je suis une fan de la littérature fantastique, je ne sais pas en écrire. J’écris de la littérature contemporaine/générale/blanche, et il semble qu’il faille se battre davantage pour la faire connaître que la littérature de genre. Alors, allons-y.

  1. Quels sont les projets sur lesquels vous travaillez?

J’ai un roman en cours sur l’adoption et la recherche du père, dont j’ai arrêté l’écriture à son exacte moitié pour reprendre un autre projet.

J’ai un synopsis prêt pour une autre histoire sur le même thème que Les Ignobles. J’y bousculerai mes vieux codes du bien sage « gabarit chapitres ».

Et un autre projet que je vais privilégier parce que les personnages commencent à me hanter un peu trop. Mais c’est un projet secret, alors, motus.

  1. Un dernier mot?

Je prendrais bien un autre café…

Merci.

Merci à vous, Sylvain, j’ai presque peur d’affronter de nouveau le froid. Il fait si bon chez vous.

Liens utiles : L’ivre-Book