Interview d’Atef Attia

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Aujourd’hui, je suis heureux de partager avec vous une interview de mon ami et écrivain de talent Atef Attia.

Qui est Atef Attia?

Voici comment il se décrit sur son blogue :

Pour ceux que ça intéresse, je suis né en 1980 à Tunis où je réside. Je suis titulaire d’une maîtrise en Commerce international obtenu à l’École Supérieure de Commerce de Tunis. Je dis ça comme ça, parce que pour ce que j’en ai branlé du diplôme…

J’ai commencé l’écriture (si je me souviens bien) en 2001, un peu pour déconner, avec un texte court « ‘Under Pressure »’, puis je me suis pris au jeu au fil des lignes, toujours en privilégiant la nouvelle.

Je m’oriente principalement vers le noir et le fantastique/épouvante, tout simplement parce que c’est ce que je lis le plus : Stephen King, Serge Brussolo, Clive Barker, Dean Koontz, mais aussi John Irving, John LeCarré, Michael Connelly, James Ellroy, Patricia Cornwell ou d’autres plus  »Pulp » comme Ed McBain, James Hadley Chase ou Donald Westlake.

En 2013, ma nouvelle « ‘Affliction »’ reçoit le prix littéraire du Programme des Nations Unies pour le Développement. Cette même année sort mon premier recueil de nouvelles « ‘Sang d’encre »’.

Questions et Réponses :

Q : Je vous avoue ne pas connaître grand-chose sur votre pays. Parlez-moi de la situation littéraire en Tunisie, en particulier pour les écrivains et éditeurs du genre de l’imaginaire comme le fantastique, le thriller ou l’horreur.

R: Malheureusement, ça va être rapide. Le paysage littéraire tunisien en général n’est pas bien folichon et le livre est constamment en crise. Certains ne le savent peut-être pas mais le pays sort à peine de régimes dictatoriaux successifs qui ont bâillonné la liberté d’expression, surtout lors des 23 années du régime Ben Ali. Dans une politique d’abrutissement total de la population –moins ça réfléchit, plus c’est malléable-, la culture en général et le livre en particulier ont été les premières victimes.
De plus, la Tunisie n’a jamais eu de tradition de littérature de genre malgré quelques essais sporadiques durant les années 70 (Policier, Espionnage principalement). Depuis, et à ce jours, les incursions dans ce genre sont très rares en plus de ne pas toujours être répertoriées. Autant dire que la littérature de l’imaginaire n’existe pratiquement pas en Tunisie.
Depuis la révolution en 2011 et la mort –présumée- de la censure, la société civile (et l’état dans une moindre mesure) essayent d’œuvrer pour la promotion du livre et de la littérature tunisienne.

Q : Vous êtes blogueur littéraire, écrivain, éditeur, blogueur musical, sur le cinéma, collaborateur à un magazine en ligne et je suis certain d’en oublier. Que ne faites-vous pas ? Quel est votre parcours artistique ?

R : Je suis déçu, il n’est pas fait mention de mes talents culinaires extraordinaires. Je sais faire cuire un œuf rien qu’avec de l’eau quand même. (rires)
C’est vrai que dit comme ça, ça fait beaucoup, mais dans ma tête ça fait un tout cohérent, je ne dissocie pas ces passions : le cinéma et la musique se retrouvent très souvent dans mes textes de fictions. Et quand je lis un livre, j’écoute de la musique ou regarde un film qui me plait ou qui m’interpelle, j’aime écrire dessus. Pour résumer, je dirais que tous les moyens sont bons pour m’exprimer et plus particulièrement de partager mes ressentis et mes découvertes via mes différents blogs que j’essaie d’entretenir comme je peux.

Q : Parlez-nous de votre maison d’édition. Comment est né ce projet ? Avez-vous été influencé par votre état d’écrivain ou est-ce que l’écriture est venue après l’édition ?

R : Pop Libris est une jeune maison d’édition crée par deux de mes amis –Sami Mokaddem, Souha Cherni- et moi-même en 2013 avec des moyens très restreints. Sa particularité étant qu’elle se spécialise dans la littérature populaire (d’où le Pop du nom) : Littérature de l’imaginaire, Bande dessinée… Sami, qui est écrivain lui aussi, m’avait proposé cette idée folle puisque nous avions tous deux nos manuscrits déjà prêts mais rejetés par quelques maisons d’éditions locales car ne s’inscrivaient pas dans leur lignes éditoriales. Comme je l’ai mentionné plus haut, la littérature de genre n’existe pratiquement pas en Tunisie, cela nous a donc motivés pour créer une structure qui s’en occuperait en priorité. L’écriture est venue donc avant, et c’est elle qui nous a fait nous rendre compte du vide à combler dans le paysage littéraire tunisien et à encourager d’éventuels auteurs qui se trouveraient dans notre situation. Nous en sommes à notre 5ème publication. Deux autres sont prévus d’ici la fin 2016.

Q : Votre recueil sang d’encre m’avait grandement marqué par la force des récits qu’il contient. Par l’incursion périlleuse et habile dans les méandres de l’esprit humain. Vous imposez à vos lecteurs un rythme endiablé et vous les forcez à s’interroger sur la nature humaine. D’où vient votre talent à décortiquer la démence ?

R : Merci beaucoup, ce ressenti me touche énormément. En fait, je ne sais pas si l’on peut parler de talent, je n’y pense pas particulièrement lors de l’écriture. Mais je crois qu’une constante dans mes histoires est de partir sur des personnages tout ce qu’il y a de plus normaux et de suivre l’évolution de leur mental, confronté à des événements ordinaires ou extraordinaires qui, en s’accumulant, finissent par révéler leur vraie nature. En tant que lecteur, je suis toujours fasciné par la propension de chacun d’entre nous à péter les plombs, à des degrés divers. Je pense que c’est ce qui force les lecteurs à s’interroger sur la démence :  » Comment en est-il arrivé là ? il avait l’air si… normal ».

Q : J’ai vu plusieurs photos de vous où vous souriez, l’air tout gentil. Est-ce que c’est une façade…est-ce que sous cette apparence se cache une âme troublée ? Qui est le vrai Atef?

R : Alors déjà, merci de me noter les liens de ces photos avec le nom de celui ou celle qui les a publiées. Je pensais les avoir toutes détruites, c’est inadmissible.
Plus sérieusement, je n’ai jamais adhéré au fantasme selon lequel il faut être sérieusement ravagé du ciboulot pour écrire dans le thriller ou l’épouvante. Prenez l’exemple d’un certain Sylvain Johnson (au hasard) : C’est un chic type, hyper chaleureux et drôle. Ça ne l’empêche pas de coucher sur papier des atrocités insoutenables.
En ce qui me concerne j’avoue être un type profondément positif et bien dans ma peau qui n’a jamais rien brandi de plus meurtrier envers son prochain qu’une déclaration d’impôt. Mais si vous me faites chier, je vous tuerai de la façon la plus lente et la plus sophistiquée qui soit. Sur Papier.

Q : L’Issour de « l’invisible kid » a 15 ans. Est-ce qu’il y a un peu de votre propre enfance dans ce récit ?

R : Absolument ! Je joue beaucoup sur la nostalgie dans Invisible Kid et j’y ai mis beaucoup de mes propres souvenirs. Les années collège/lycée sont une période particulière et riche en anecdotes. Qui d’entre nous n’y repense pas avec un soupir nostalgique ?
En parlant d’anecdotes, le Colonel était bien mon prof d’éducation physique et la scène avec Issour et lui s’est passée avec moi presque mot pour mot. Héléna Dearborne existe, je l’ai même épousée ! Alors oui, j’ai mis beaucoup de moi-même dans ce livre.

Q : Quelles sont vos influences littéraires ?

R : J’ai bien peur que ce ne soit pas très original.
Quelqu’un serait-il surpris si je disais Stephen King ? Je ne pense pas. Je suis cet auteur depuis mes 12 ans, quand j’ai bravé pour la première fois l’autorité parentale en forçant mon père à m’acheter Brume-paranoïa. Je suis fidèlement le bonhomme depuis et relis souvent ses romans, surtout maintenant que j’ai commencé à écrire. Tout comme le font plein d’autres auteurs, d’ailleurs.
Les deux autres marches du podium sont occupées par les indéboulonnables John le Carré et John Irving, que j’ai découvert sur le tard mais auxquels je suis très fidèle.
Pour le reste, je lis beaucoup Serge Brussolo, Grangé, Dean R Koontz, Michael Connelly, Jim Thompson. J’envie particulièrement la bibliographie de ces trois derniers.

Q : Offrez-nous le plaisir d’une anecdote étrange, particulière, énigmatique. Avez-vous déjà fait l’expérience d’un événement fantastique, surnaturel ? Ou n’y croyez-vous tout simplement pas.

Alors là je crois que je vais en décevoir quelques-uns, je ne crois pas vraiment aux phénomènes paranormaux. Je n’en ai jamais fait l’expérience de ma vie… C’est peut-être pour ça que j’écris dans le fantastique, qui sait ? I Want To Believe.

Q : Parlez-nous de votre pays. Faites découvrir la Tunisie à ceux qui ne connaissent rien de ce pays.

R :La Tunisie a la pire classe politique que l’on puisse imaginer mais dont les habitants sont des gens formidables. C’est un tout petit pays mais qui est riche de 3000 ans d’histoire. En parlant de la Tunisie, les gens pensent automatiquement à un parasol sur la plage, mais ce n’est pas que ça : les sites archéologiques sont légion, de premier ordre et très variés du fait de toutes les civilisations qui ont y ont régné, toute religions confondues. C’est aussi très diversifié du point de vie naturel puisque c’est l’un des rares pays à pouvoir offrir des plages dorées, des contrées désertiques aux dunes ensablées ainsi que de magnifiques reliefs montagneux à couper le souffle. Je ne vous parle même pas de la gastronomie, il faudra vraiment venir et découvrir par vous mêmes.

Q : Quels sont vos projets futurs ? Avez-vous déjà commencé la suite de votre roman «Invisible Kid ? »

R :Pas tout de suite non. La suite d’Invisible Kid n’est pas encore au programme, mais ça viendra.
En tant qu’auteur je suis en cours d’écriture de mon troisième livre (et deuxième recueil de nouvelles, oui, j’aime ça !). Cette fois-ci les textes verseront plus volontiers dans l’épouvante, le fantastique, la fantasy et la science fiction. Après ça, deux projets de romans (Un polar sombre et un roman d’épouvante) qui me taraudent depuis longtemps et auxquels il faudra bien s’atteler un jour. L’exercice du roman me tétanise, moi qui suis surtout habitué au format court.
Sinon, en tant qu’éditeur je planche actuellement sur les deux prochaines sorties de Pop Libris, complètement différentes l’une de l’autre.
Autant dire que je n’ai pas le temps de m’ennuyer (rires).

Merci pour votre générosité et votre temps Atef Attia !

Liens Utiles :

Critique de Sang d’encre
Critique Invisible Kid

Sites d’Atef.

http://atefmusicblog.blogspot.com/
https://www.facebook.com/StrangeMovies/timeline
http://atefattia.wix.com/auteur#! blog/c1ndg

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2 réflexions sur “Interview d’Atef Attia

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