Au royaume de la merde, les bébés sont rois !

81j2finhGbL._SL1500_Voici une mise en situation nécessaire. Je reste à la maison pour m’occuper du petit lorsque ma femme travaille. Notre bébé a maintenant 4 mois et ne s’est nourri qu’au sein. Cette semaine, le docteur m’a aussi gentiment annoncé que j’avais une pneumonie et que je devais rester au lit. Impossible, je dois m’occuper du petit lorsque mon épouse travaille.

Ma femme reçoit donc, au matin, un appel urgent du travail lui demandant de s’y rendre pour un quart de travail supplémentaire. Tu veux que je refuse? Que je reste à la maison pour que tu te reposes? Non chérie, va au boulot et j’ai la situation en main. Je t’assure.

Me voilà donc seul avec le petit. Comme le quart de travail en question n’est que de quelques heures, cela devrait se passer sans anicroche, non? On va s’amuser, baver un peu partout, rire aux éclats et apprendre plein de choses éducatives. On va aussi se mettre n’importe quoi dans la bouche. Nous allons nous amuser comme des fous!

Je dépose ma femme à son lieu de travail, puisque sa voiture est au garage. Le petit nous accompagne, trop heureux des balades sur la route. Dès que maman n’est plus dans l’auto, le petit décide que sa vie est une tragédie grecque d’une intensité mortelle et que le monde autour de lui est en train de s’écrouler. Sans possibilité de garder les yeux sur la poitrine nourricière, il devient rouge de colère et réclame probablement sa mère. Notre bébé possède différents niveaux de cri et de hurlements. Celui qui vous apprend que vous avez un problème, c’est le cri de la chèvre. Sa bouche grande ouverte, sa petite langue qui frétille comme une anguille prise au piège, ses gencives roses qui sont ainsi dévoilées. Il verse des larmes et s’agite comme un écrivain dans une fête d’enfant où l’alcool est interdit. Je décide de ne pas m’arrêter le long de l’autoroute, puisqu’il exigera probablement d’être détaché et tenu dans mes bras pour le consoler. Il me faut aller à la maison au plus vite, je ne veux pas me faire emboutir sur le bord de la route par un gros camion au conducteur à moitié endormi.

Nous arrivons finalement à la maison. Je libère le bébé de son siège et il se retrouve dans mes bras. Je le calme un peu et voilà qu’il décide de me faire comprendre ce qu’il veut maintenant. Il me suce le pouce, cherche désespérément mes mamelons et ouvre la bouche comme un poisson hors de l’eau et qui suffoque.

Il a faim!

Ma femme m’a laissé 9 onces de lait qu’elle a pompé ce matin. Vache humaine, son rôle consiste à se vider le corps pour garder cette petite chose en vie. Son enveloppe corporelle n’est qu’un contenant susceptible d’être vidé à tout moment par une chose affamée. Quel procédé intéressant quand même de voir l’amour de sa vie avec une pompe et des tubes reliés à ses mamelons! Je prépare donc une bouteille avec 3 onces, cela devrait suffire. Pendant que je réchauffe le contenu, il reprend ses cris et éveille en moi l’impression de ne pas être un bon parent. C’est la deuxième fois qu’il pleure depuis la séparation d’avec ma femme. Notre bébé est d’habitude tranquille et de voir cette crise naissante me trouble un peu. Faut dire qu’il est aussi malade, le rhume envahissant son nez d’un mucus généreux que nous récoltons et partageons.

Le petit boit son lait et tout redevient d’un calme monotone. C’est fou comme la nourriture possède un pouvoir sans limites sur les mâles. Mettez-nous quelque chose dans la bouche, que ce soit de la nourriture ou de l’alcool, et on se tait. Je peux enfin me reposer, cette petite épreuve suffit à me faire tousser comme une vieille voiture sur le point de rendre l’âme. J’ai chaud et un peu de fièvre.

Pour distraire le petit et me permettre de prendre une bouchée, je place le bébé dans cet appareil intriguant, fait d’un siège monté sur des ressorts et qui permet au petit de sauter sur place sans danger. Il s’amuse comme un fou, je prends une collation en profite pour respirer.

Après quelques minutes, le visage du petit change. Il s’assombrit, fait la grimace et me fait savoir qu’il en a assez, qu’il veut sortir de là. C’est avec plaisir que je m’approche et le soulève dans mes bras. Tiens, pourquoi mon bras est-il mouillé? Qu’est-ce qui coule sur ma jambe? Je baisse les yeux et je comprends être victime d’une couche mal ajustée, gracieuseté d’un papa empressé. J’ai le bras couvert de merde, qui s’écoule aussi les jambes du petit. Il a dû s’agiter dans le siège et faire remonter la substance chaude le long de son dos. Le siège est aussi taché par endroit.

Je dois le changer et me rends à la table à langer, y couche le petit, ce qui a pour effet de souiller cette table. Je déshabille le bébé, qui se débat et roule davantage dans le caca liquide. Dès qu’il est nu et débarrassé de sa couche inefficace, je décide d’enlever mon chandail et mes shorts tachés de la belle matière brune. Je me retrouve en sous-vêtements devant la table à langer. Vite, je tends la main vers la petite boite plastifiée qui dispense les serviettes humides pour nettoyer le bébé. Surprise, elle est vide. Je regarde autour de moi et vois des serviettes de tables que j’agrippe. Je nettoie le petit de mon mieux, mais on dirait que la merde refuse de quitter son corps. Elle se retrouve partout et j’en décèle même une trace dans mon cou.

La toux empire, mes poumons produisent le même bruit qu’une tondeuse à gazon qui manque d’huile. Donner un bain au petit? Voilà une solution. Je me dirige vers l’évier de la cuisine, dans lequel il est encore capable de s’amuser. Bientôt, il sera trop gros pour cela, mais pour l’instant c’est l’idéal. Une parole entendue ce matin me traverse alors l’esprit. Ma femme qui me dit « Je vais faire la vaisselle » et moi qui réponds, gentleman « Je m’en occupe. »

Le crétin ne s’en est pas occupé et l’évier déborde. D’une main, je tiens le bébé contre moi, le contact de nos peaux gluantes est étrange. Je sue de plus en plus, ma chevelure est trempée. Je déplace la vaisselle sur le comptoir, j’en laisse tomber quelques pièces au sol par inadvertance. De l’eau éclabousse le plancher, le comptoir et s’égoutte quelque part, je peux l’entendre.

Je lave ensuite le petit. Je me rends compte que j’ai oublié d’emporter un gant de toilette et procède au nettoyage avec mes mains. L’eau est maintenant brune et le petit s’amuse comme un fou. J’essaie de ne pas penser au côté hygiénique d’avoir de l’eau salie éclaboussé le même endroit où nous nettoyons les mets, la vaisselle et préparons les repas.

Le bébé est enfin propre, ma quinte de toux me force à genoux. J’ai tellement chaud que je dois retirer mes lunettes. La sueur me coule du visage, dans le dos, le cou. En sous-vêtements, je me dirige vers le salon, pour y trouver un endroit ou sécher le petit, enfiler une couche et l’habiller.

Il est maintenant propre, je prends une lampée de sirop pour la toux et calme le petit. Toute l’excitation du moment lui a donné soif. Je dois retourner à la cuisine, le gardant dans mes bras. Je sais, je devrais le mettre dans son lit ou sur la table à langer sécuritaire et ensuite aller préparer la bouteille. Mais je suis sensible, les cris du petit me font mal et je refuse de le laisser pleurer tout seul. Docteur Phil prière de vous abstenir de commentaire, ce petit sera notre unique enfant et son arrivée fut pénible, miraculeuse. Il est précieux à nos yeux. Il est né sans respirer.

De retour au comptoir, je prends la bouteille qui contient les dernières 6 onces de laits. Je la dépose sur une portion sèche du comptoir. C’est là que je réalise deux choses. L’unique bouteille propre fut éclaboussée d’eau merdeuse, je dois donc la nettoyer. Ensuite, en me retournant, je renverse négligemment le précieux lait. Quelques jurons québécois plus tard, je découvre qu’il reste moins de 3 onces. Et quelques heures avant le retour de ma femme.

Je nettoie la bouteille, la remplie et retourne au salon. Le bébé se nourrit et le monde redevient calme. Il s’endort dans mes bras et nous sommes heureux.

C’est là que j’entends le son qui monte du petit, de son postérieur pour être plus précis. Il vient à nouveau de remplir sa couche. Je soupire, c’est le temps de le changer. Sur la table maculée d’excréments, sans serviettes pour le nettoyer.

Comment tout cela s’est-il terminé? Nous avons été dans l’obligation de nourrir le petit avec de la formule de lait. Ma femme prenant des médicaments, son flot de liquide nourricier a diminué. Elle est restée plusieurs heures à son travail, incapable de quitter les lieux et le petit a bien entendu encore eu faim. J’ai aussi dû recevoir un traitement respiratoire, cet épisode ayant empiré ma pneumonie.

C’est en voyant le calendrier que j’ai compris la raison de cet incident. Ma femme est ma muse, elle m’inspire dans mes écrits et depuis que nous sommes ensemble, j’écris mieux que jamais. Le petit, en voyant cela, en sachant que c’était la Fête des Pères, aura donc décidé de me donner du matériel d’écriture. C’est sa manière de me souhaiter « Bonne Fête des Pères ».

Au royaume de la merde, les bébés sont rois!

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3 réflexions sur “Au royaume de la merde, les bébés sont rois !

  1. Vous avez fait ma nuit monsieur !
    Après une heure à tourner en rond dans mon lit je me résigne à me lever pour… tirer mon lait. Je tombe alors sur votre article.

    J’aime votre façon d’écrire et j’ai beaucoup rit, non pas de vos malheurs mais de mon quotidien si bien raconté.

    Je vous souhaite avant tout de vous remettre rapidement (de votre pneumonie et de vos émotions) et surtout une excellente fête de super papa !

    Une maman

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