Lecture d’Eldorado de Samuel Lévêque

Résumé :

Il y a trente ans, une catastrophe a causé la destruction de tous les appareils électriques, ramenant la plupart des nations occidentales à la barbarie. Nicolas Meyer, immigré débarqué d’une France revenue à la féodalité et aux cités états, s’engage volontairement dans l’armée canadienne, qui jette les nouveaux arrivants dans une guerre sans fin ni but contre les restes de l’U.S Army. Le théâtre d’opérations? Le No Man’s Land, un immense territoire en ruines, pollué, peuplé de bêtes sauvages et de survivants hostiles.

 Commentaire :

Le Canada, super puissance mondiale? Et pourquoi pas, c’est une idée charmante que j’aime bien. Non, sans rigoler, Eldorado, c’est un récit au thème guerrier, je dis bien guerrier, puisque même si nous avons quelques combats, c’est avant tout un roman d’action, la guerre n’étant qu’un prétexte que l’auteur se donne pour nous plonger dans son univers complexe d’émotions et de désespoir.

Notre personnage principal, Nick, est un Français qui s’inscrit volontairement dans l’unité presque suicidaire qui s’en va au front, suicidaire parce que peu en reviennent vivant. Il n’a pas le choix, le contexte politique et social de notre monde en plein conflit le force à suivre son destin. Mais quel est son véritable destin? Pourquoi son attitude détachée face à la mort? Face au conflit lui-même? Que cherche-t-il en s’enfonçant irrémédiablement là où personne d’autre ne veut aller?

Un roman très bien écrit, que je qualifierais en trois temps. Qu’est-ce que je veux dire? Voilà, vous avez au moins 70 % du roman qui décrit l’avancée de notre héros dans le « No man’s land », après s’être volontairement enrôlé dans l’unité de la mort. C’est ma partie préférée du roman, un mélange savant et audacieux d’une histoire post-apocalyptique avec un petit quelque chose qui rappelle la guerre civile américaine. Voilà l’atmosphère de ce roman. C’est dans une région mystérieuse qu’il progresse, avec des descriptions puissantes, évocatrices.

La passivité du personnage principal (du moins en apparence) est un très bon prétexte pour nous faire découvrir le monde autour de lui, le contexte politique et humain dans une ère de perdition. Un contexte politique très bien détaillé et ingénieux parce que cohérent dans l’éventualité d’un monde aux communications presque médiévales, aux économies écroulées.

La deuxième partie est un peu plus nébuleuse, elle s’étend entre la rencontre de notre personnage principal et une demoiselle en cheval, je n’en dis pas plus. C’est une nouvelle aventure qui commence, une quête qui se définit peu à peu. Des questions apparaissent, des énigmes se tissent, se compliquent et vous n’attendez qu’une chose, le dénouement.

Ce dénouement est la troisième partie du texte, une fin qui vous surprendra, qui n’a rien de classique, certaines réponses nous sont offertes, d’autres questions les remplacent.

C’est un roman riche en détail, en histoire et en actions qui m’a diverti. Un de ces bouquins en apparence linéaire, mais une histoire remplie d’intrigues secondaires et qui fait réfléchir sur la condition humaine et la société. J’ai aussi un faible pour les situations politiques de fin du monde ou tout simplement tordues. Les temps sont difficiles dans la société que l’auteur a créée, une crise mondiale engendrée par les États-Unis, logique responsable de cette catastrophe que nous attendons tous. Les immigrants sont peu respectés, arrivent par masses au Canada. C’est un parallèle intéressant avec les situations actuelles qui impliquent l’immigration en France et au Canada. Un débat d’actualité à approfondir.

Dans ce roman – notre personnage principal, Nick Meyer, est un homme qui suinte de désespoir. Nous ressentons l’idée d’une justice illusoire à être apportée, une certaine implication de vengeance à assouvir. Dans cette guerre qui dure depuis longtemps et s’éternisera tout aussi longtemps, un étendard d’espoir soulève les ragots et les questions. Qui est cette femme qu’on dit aveugle voyageant dans un train et qui continue à se battre, une légende vivante? Le lien avec un modèle d’encouragement pour les troupes comme « Jeanne d’Arc » m’a traversé l’esprit. Le mystère restera quelque peu flou, mais la vie est parfois ainsi, l’imagination peut faire le reste.

C’est un roman très réussi, qui joue avec le passé et ses mystères, nous fait ressentir la condition parfois misérable des personnages et nous comprime sous le poids des jeux politiques. Vous aurez, tout comme moi, l’impression d’être coincé dans le brouillard, traqué par une chose, une créature sanguinaire. Tenez-vous bien, c’est une aventure que je recommande, la destination saura vous surprendre.

Ma note :

8.5/10

Liens utiles : L’ivre-book

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3 réflexions sur “Lecture d’Eldorado de Samuel Lévêque

  1. Monsieur Sylvain Johnson,

    Je suis obligé de vous adresser mon mécontentement à la face de tous. En effet, hier déjà, j’étais assez motivé par le titre de ce roman auquel vous nous conviez sur une autre plateforme mais là, au regard de votre critique, je me dois de l’acheter en lieu et place d’un pack de Michelobs… Je ne vous dis pas bravo !

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