Lecture de : Folie(s) 18 textes échappés de l’asile des éditions des artistes fous.

 Un recueil de nouvelles sur la folie. Voilà qui risque fort de plaire aux plus fous d’entre nous. Dieu sait qu’il y en a légions par les temps qui courent. Mais qu’est-ce que la normalité? La folie? Il m’arrive de voir en l’asile un refuge contre la vraie folie. Pas celle qui nous pousse à discuter avec un être imaginaire ou à faire des lampes avec les peaux de nos victimes. La véritable folie ne consiste pas à se nettoyer les mains 120 fois par jour, par peur immodérée des germes et microbes. Se parler et se répondre tout seul n’est peut-être pas si fou que cela. En tant qu’écrivain, ce sujet me touche particulièrement. Il m’arrive souvent de basculer d’un côté ou de l’autre de la raison, traverser la frontière qui sépare la santé mentale et la déchéance absolue, sans trop savoir ce qui est acceptable ou non.

Ce recueil nous dévoile ce qui gît en nous, ce petit quelque chose d’inquiétant qu’on oublie, qu’on repousse en croyant que ce n’est rien. Jusqu’au jour où notre monde s’écroule, notre raison bascule, et n’est plus qu’un souvenir d’une autre époque.

Plongeons donc dans la lecture et prions pour notre retour sain et sauf. Le tout agréablement accompagné d’illustrations pour chaque nouvelle.

Les nouvelles:

 Nuit blanche – Sylvie Chaussée-Hostein

Cette nouvelle est un choix judicieux pour amorcer l’anthologie. Un très bon texte, bien écrit, représentatif du thème. Une normalité fragile, qui peu à peu se détériore. C’est un voyage dans le doute qui attend le lecteur. Un parcours semé de moments de confusions, pour lentement préparer la venue d’un éclatement dangereux.

C’est un bon suspense psychologique qui m’a tout de suite captivé et dont les descriptions vivides nous font ressentir l’ambiance froide et neigeuse de cette route déserte, du danger imminent auquel le personnage fait face.

 La couleur de la folie – Éric Udéka Noël

C’est une nouvelle de folie à grande échelle. On y parle de maladies mentales, de guérisons et de dons. Mais aussi, et surtout, de couleurs. De couleurs particulières et importantes. De la venue d’un enfant pas comme les autres. C’est une histoire qui, à un moment donné, m’a fait penser à un récit sur les zombies, en particulier la scène dans le village où les deux héros sauvent le gamin. Ceci dit, ce n’est pas une mauvaise chose, l’auteur est parvenu à nous faire comprendre l’horreur du moment et la folie passagère des villageois.

La fin est remplie d’espoir, le genre d’espoir né dans la tragédie.

 Cauchemar – Maniak

Une de mes préférées. C’est une histoire déroutante, autant par son ambiance faite d’angoisse et de mystère, que par sa lente progression vers un dénouement tout comme la nouvelle, absurde et très efficace. Sans trop savoir pourquoi, le début m’a fait penser au film « Hellraiser ». On nous transporte dans l’horreur, la réalité et un mélange des deux.

 Coccinelle — Émilie Querbalec

Un récit qui s’amorce avec l’appréhension d’une mère face à son nouveau-né. Un sujet d’actualité, parce que ma femme devrait accoucher au mois de mars. Comment réagir face à cette petite chose inhumaine et rosée, qui ne ressemble qu’à une créature venue d’un autre monde? L’auteur à bien mit en place le sentiment contradictoire de la mère envers le bébé envahissant. L’intrusion des coccinelles fait chavirer la certitude. La fin nous laisse tirer nos propres conclusions, folie ou autre chose?

 Le même sang coule dans mes veines — NokomisM

La folie. Une maladie? Que dire de ceux qui se coupent et se blessent volontairement? C’est sous cet angle énigmatique et pourtant très réel que l’auteur accueille le lecteur dans son récit. Pour avoir travaillé durant plusieurs années dans le réseau de la santé mentale, je trouve la psychologie du personnage de l’adolescente problématique très bien représenté.

C’est la fascination d’un acte incompréhensible. Pourquoi souffrir volontairement? S’imposer des blessures pénibles? Le choix est-il vraiment là?

L’auteur ne s’arrête pas là. L’intrusion d’un autre personnage, le père, viendra complètement bouleverser la vie de l’adolescente et du lecteur. Le sang est un véhicule génétique très important, qu’en est-il de notre mémoire ancestrale, collective?

C’est un bon texte qui nous guide dans une direction, pour aussitôt nous faire pivoter vers une autre. Sombre et troublant.

 Marie-Calice, Missionnaire de l’extrême — Nelly Chadour

Le caractère religieux convient très bien à la folie. Il suffit de penser à tous les prophètes, visionnaires ou autres. Leurs visions ne sont-elles pas un signe de folie? Des buissons en feu? Une mer qui se sépare en deux? Un homme qui marche sur les eaux? C’est la folie religieuse des masses. J’aime bien le personnage de la sœur, prise avec ses propres démons, sa bonne volonté d’accomplir une mission.

 La nuit où le sommeil s’en est allé — Cyril Amourette

Une très bonne nouvelle littéraire. Possiblement une des meilleures du recueil. C’est une histoire de fin du monde étrange, sans explication, sombre et catastrophique. C’est troublant à souhait. L’auteur n’utilise que peu d’artifice, se repose sur les mots. Le texte est bien structuré, nous passons d’une étape à l’autre de la folie, dans le corridor de la déchéance humaine. Narration très efficace, très forte.

 Entre-deux — Louise Revoyre

Ce texte ne m’a pas interpellé. Est-ce qu’on y parle bien de folie? Ou simplement de manque de maturité? La manière dont la nouvelle a été écrite porte à confusion. Je ne doute pas des bonnes intentions de l’auteur ou de son talent.

 La convenance de la bête — Leith

C’est un récit bien insolite. On débute avec un peu d’humour, on y ajoute la fin du monde et une situation déconcertante. L’histoire m’a fait penser un moment aux épisodes de l’incroyable Hulk. On y parle aussi d’extraterrestres. C’est un mélange hétéroclite de genres et d’idées qui me font demander : est-ce bien de la folie? Cet homme détient-il vraiment les pouvoirs dont il fait mention? Où est-ce une désillusion de maniaque? Le texte ne nous donne aucun indice et me laisse perplexe, même à la toute fin.

 C15 — Herr Mad Doktor

Intéressant voyage journalistique. Folie? Certainement, puisque l’humanité possède indéniablement une nature démente, une folie décuplée par une libération complète. Très bonne ambiance, décor et descriptions d’un texte solide. Le mystère sur le moment des 15 minutes est maintenu jusqu’à la fin, même si on devine rapidement en quoi cela consiste. Références amusantes (Tom Cruise et Obama). Beauté poétique des descriptions (Central Ashstray park).

 Jour gras — Southeast Jones

Petit conte prévisible. Se lit bien. Amusant, par son sujet et son traitement.

 Le maitre des bélugas — Julie Conseil

C’est un questionnement sur l’ordre établi des choses. On y fait un parallèle entre la folie et le rêve. Les rêves éveillés qui nous obsèdent, qui se mélangent à nos désirs, à notre réalité individuelle. Un voyage dans l’absurdité des rêves, des comportements, et croyances énigmatiques pour le commun des mortels. Bon texte qui nous fait réfléchir. Qui sont les vrais fous? Agréable lecture.

 Maman de Martin — Morgane Caussarieu

Bonne nouvelle littéraire. Relations tordues et complexes entre une mère et son fils. Comment élever un enfant en souffrant de problèmes mentaux? En étant aux prises avec une folie incurable? Le récit est un adroit mélange de surnaturels, de pouvoirs intriguant. Texte bien écrit, avec d’intenses descriptions. Histoire tordue à souhait.

 Europe — Pénélope Labruyère

Sans aucun doute ma préférée de l’anthologie. C’est une bonne nouvelle de science-fiction, au traitement très cinématographique. Le texte est solide, le langage nous charme d’une justesse surprenante. Un récit d’action, d’espoirs, et avant tout une tragédie humaine à grande échelle. Folie et solitude se mélangent avec douceur, s’insinuent dans l’esprit du lecteur pour nous captiver. La psychologie et la profondeur des émotions des personnages sont bien travaillées. Ce texte serait un super point de départ pour un roman.

 Sanguines — Adam Roy

Un autre très bon texte du recueil. Un texte dur, percutant. On y parle de la folie d’un espoir qui se perd dans l’ultime folie. Un récit sombre, apocalyptique, fataliste. Un de ceux qui nous font tourner les pages (même pour un livre numérique)

 Transfert — Julien Heylbroeck

Ce texte humoristique se transforme en un dialogue déroutant. C’est une conversation avec un patient d’asile. Un questionnement qui se retourne contre celui qui ose troubler la paix d’un patient désigné comme fou. L’auteur parvient à détourner l’attention, pour nous faire demander : qui est le vrai fou?

Une étude sur la démence qui s’insinue dans le langage, dans un dialogue qui dérape. Un petit brio.

 Les soupirs du voyeur — Corvis

C’est un autre de mes textes préférés de l’anthologie. Attention, pas seulement en raison du sexe. Parce que ce récit est sans la moindre censure. C’est très érotique, vivide, et bourré de fantaisie les plus tordues les unes que les autres. Corvis serait-il un écrivain d’histoires érotiques? Il en a surement le talent. Il transforme le sujet de l’impuissance sexuelle en un récit à faire pâlir d’embarras « 50 Shades of Grey ». Nous plongeons ici dans le plaisir coupable, honteux et jouissif. Il emmène le lecteur à se questionner. Qu’est-ce que la réalité? Un récit malade et sombre à souhait. Violent.

 Le décalage — Ludovic Klein

Un texte bien choisi pour terminer ce bouquin. Un récit touchant et d’une beauté poétique. Une histoire qui traite de la tristesse de ce pénible moment qu’on appelle l’après. Bon choix éditorial pour conclure.

 Ma note : 7.5/10

Les éditions des artistes fous

 

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