Le Prisonnier

Prisonnier

Je dois être en train de vivre un cauchemar particulièrement réaliste ou encore flotter dans une fantaisie de film d’horreur tiré de ma grande imagination. C’est la seule explication. Mon dernier souvenir remonte à cette promenade en soirée, longeant le trottoir luisant en raison d’une averse récente. La fraîcheur nocturne m’avait fait grand bien et les odeurs qui flottaient dans le quartier me rassuraient. Un mélange heureux de fleurs épanouies, de terre humide et cette constante brise salée qui venait de l’océan, à moins d’un kilomètre à l’est. C’était une belle nuit, calme et parfaite pour une errance solitaire, pour réfléchir et se dégourdir les jambes.

Voilà que je me réveille dans une sorte de cellule improvisée, dans une pièce sombre au sol souillé d’urine, sale et couvert par endroits de paille séchée. Dans un coin de la petite pièce, il y a des excréments à l’odeur détestable. C’est un endroit très sale. Avec une porte métallique et une fenêtre avec des barreaux. Les murs et le sol sont en ciment, toute tentative de fuite me semble futile.

Comme je l’ai dit, je n’ai aucune idée de la raison de ma présence ici. Je ne suis pas un criminel, ne croit pas avoir d’ennemi et ma vie est tellement banale. C’est incompréhensible.

Je patiente adossé dans le coin le moins insalubre de la pièce. J’ai soif et faim, très froid. Je me sens si seul, personne ne vient me voir, la voix humaine me manque tant. Je me demande quand les miens vont s’inquiéter, ce qu’ils vont faire. Où me retrouver? Par où commencer leur quête afin de venir me sauver, parce que je sais qu’ils viendront?

J’ai dormi, me suis réveillé en sursaut et quelque peu désorienté, repoussant difficilement la panique perfide qui menaçait de me gagner. Je ne souffre aucunement de claustrophobie, loin de là, j’adore les espaces clos et les endroits exigus. Mais j’exige néanmoins un minimum de propreté.

Il me faut une ou deux secondes pour découvrir que je ne suis plus seul. Une ombre se tient dans l’entrée de la porte ouverte, c’est probablement ce qui m’a réveillé. Un homme d’aspect menaçant, vêtu de couleurs sombres, une barbe masquant sa mâchoire et déformant sa bouche. Ses yeux sont aussi noirs que son habillement, il est sans expressions. Le nouveau venu dépose un bol rempli d’eau au sol, jette négligemment quelques croquettes à même le plancher sale.
Sans un mot, il se retourne et referme la porte qui claque bruyamment.

J’ai peur, ne comprends pas où sont mes maîtres, ce petit gamin insupportable qui me court toujours après pour me tirer la queue. Ils me manquent tant.

Je n’aurais jamais dû quitter la cour par ce trou creusé durant la journée. Je croyais qu’une promenade serait une bonne idée, peut-être même une occasion idéale de retrouver cet enfoiré de chat qui hurle toute la nuit et me rend dingue.

C’est à ce moment-là que j’entends, très faiblement, les autres jappements.

Je ne suis pas le seul prisonnier dans cet endroit abject.

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3 réflexions sur “Le Prisonnier

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