2014

2014

L’enfant se redressa sur la couchette sale et puante. Nu, il se gratta la tête, faisant fuir les insectes qui rampaient sur son cuir chevelu. Il se mit debout sur le matelas aux ressorts ayant protesté de ses mouvements durant sa courte nuit agitée. Il renifla et cracha au sol.

Une faible luminosité venant de l’extérieur filtrait par des interstices à la fenêtre. Celle-ci avait naguère été bouchée à la hâte avec des planches de bois. Les rayons grisâtres qui perçaient tout juste les ténèbres ambiantes révélèrent un document qui tapissait le mur. Couvert de poussière, on ne pouvait en lire le contenu.

L’enfant bâilla, se jetant au bas de la couchette d’un bond agile. L’impact de ses pieds nus sur le carrelage froid fit déguerpir un vieux chat au pelage n’ayant subsisté que par endroit. Un hurlement de colère suivit la fuite de l’animal rendu fou par la faim. On l’entendit dans le couloir sombre qui butait contre les murs, faisant chuter des boîtes ou des débris quelconques.

Lorsque le silence retomba à nouveau, incapable de déterminer si c’était le jour ou la nuit, le petit qui ne devait avoir que huit ans s’approcha du document. À mi-chemin, il s’immobilisa, une grimace sur le visage. Il urina à même le sol, sachant fort bien qu’il ne reviendrait jamais dans cet endroit, qu’il lui faudrait poursuivre son errance.

Il s’était habitué au froid, à la faim qu’il arrivait temporairement à combattre. Capturer des rats et nettoyer les carcasses d’animaux morts consistaient en ses repas quotidiens. Les insectes lui offraient aussi une bonne source de protéines. Le problème était de trouver de l’eau potable, les pluies acides laissaient des souillures noires sur les surfaces, traversant péniblement les nuages opaques qui bloquaient le ciel en permanence.

L’enfant se plaça finalement devant le document, qu’il épousseta d’une main. Il reconnut un calendrier, aux pages qu’on pouvait tourner afin de dévoiler une image différente pour chaque mois.

Il était ouvert sur janvier 2014.

À cet instant, les explosions reprirent, faisant trembler le sol et les rugissements des bombardiers s’élevaient comme le chant funèbre d’insectes s’abattant sur une récolte vulnérable. Il sut que le jour s’était levé.

La photographie du calendrier, pour le mois en question, représentait une forêt verdoyante longée par un pré dont l’herbe était courbée sous une brise invisible. L’image était belle, symbole d’une période à jamais révolue. Il ne restait plus rien de tout cela, les cités, les campagnes n’étaient plus que dévastation, débris et destructions. La mort peuplait les anciennes capitales de ces contrées enlisées dans un conflit sans fin, sans but, sans logique.

De la poussière tombait du plafond instable et qui menaçait de s’effondrer à tout moment. Le gamin hésita à s’emparer du document, mais préférait ne pas s’encombrer, il lui était plus facile de fuir ainsi.

Il s’élança donc vers le couloir, puis vers la sortie du bâtiment, ses pas accompagnés par le tumulte régulier des explosions, des bombes qui rasaient la cité.

Il se devait de fuir avant l’arrivée des troupes terrestres, qui n’épargnaient personne.

Il disparut au bas de l’escalier devant le repaire qu’il abandonnait, longeant les immeubles encore debout afin de s’éloigner du centre de la ville en décombres. Des colonnes de fumée montaient et rejoignaient les gros nuages noirs qui bloquaient les rayons du soleil ou de Lune.

Non loin derrière lui, le chat trottait à sa suite.

 

 

 

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