Le mal d’écrivain.

Machine à écrire

Quand on parle des écrivains, il est si facile de tomber dans le piège des stéréotypes véhiculés par la télévision et le cinéma. De s’imaginer qu’un écrivain est un être lâche qui se la coule douce chez lui, au lieu de travailler.

Pour la majorité des gens, de nos connaissances, de notre famille, être écrivain se résume peut-être à ceci :

  • Pas besoin de se rendre au travail. Rester chez soi tous les jours, sans devoir se soucier des embouteillages, des autoroutes bondées ou des ponts en pleine réparation qui ne laissent passer les véhicules qu’au compte-goutte. L’écrivain évite les longs trajets monotones dans le métro, le détour des autobus sans air conditionné, les transferts imprévus et les attentes interminables sous la pluie froide ou le soleil brûlant. Ils évitent aussi la proximité des clochards qui vous reluquent d’un mauvais œil, la main glissée dans leur pantalon et un filet de bave coulant sur leur menton velu.
  • Être romancier signifie écrire durant quelques heures au matin, pour être libre le reste de la journée. Il est aussi de notoriété publique qu’il faut boire plusieurs carafes de café durant le jour, consommer abusivement de l’alcool tous les soirs. Que tous les prétextes sont bons pour faire une sieste, visionner un film, aller flâner sur Facebook, lire un livre ou simplement ne rien faire.
  • De ne pas avoir à se rendre au centre-ville, à l’autre bout du village ou en campagne pour bosser, c’est être bien assis à longueur de journée dans une pièce chauffée, sans souffrir des intempéries ou des évènements météorologiques imprévisibles. Quel confort!
  • Un écrivain n’a pas d’uniforme, ne doit pas revêtir de lourdes vestes pare-balles, de souliers à talons hauts pénibles, de complets inconfortables, d’habits de poulet jaune pour déambuler dans la foule et vanter le goût incomparable des croquettes de poulet d’un restaurant minable. Tout le monde sait qu’un écrivain passe ses journées à se promener dans la maison en sous-vêtements, sans se raser, ne prenant de douche que lorsque les mouches le fuient ou restent coincées dans la substance gluante qui macule sa peau. Les écrivains ont les cheveux longs, les ongles noircis et s’ils ont des dents, elles sont pointues.

Les auteurs se plaignent sans cesse de ne pas faire beaucoup d’argent, d’être pauvres. Vraiment? Alors, comment expliquer qu’ils ne retournent pas au travail? Qu’ils ne se décident pas à se manier le cul pour mériter un salaire et ainsi payer les factures, payer des impôts, pour contribuer à mettre de la bouffe sur la table et rembourser le prêt octroyé par le beau-père? Au lieu de perdre tout ce temps en rêveries puériles.

Détrompez-vous!

 La vérité des écrivains est bien différente et vous est aujourd’hui révélée en primeur.

  • Les auteurs préfèreraient de beaucoup être dehors à respirer l’air frais. Ils veulent quitter cette pièce sombre et empuantie où ils sont enfermés, faire une promenade en forêt ou sur le bord d’un lac. Ils veulent épier les gens dans le métro à la recherche d’éléments pouvant les inspirer, éviter les crottes de nez collés sous les sièges d’autobus qu’ils ont peut-être eux-mêmes laissées en place la semaine d’avant. Un embouteillage, un détour ou une autoroute au trafic routier lent est une occasion en or de monter le volume de la radio au maximum, les vitres baissées et de hurler tout en gesticulant comme un malade mental qui vient de s’échapper de l’asile.

« You know I’m born to lose, and gambling’s for fools, but that’s the way I like it baby, I don’t wanna live forever, And don’t forget the joker! »

  • Un écrivain ne passe pas tout son temps à la maison devant l’écran de son ordinateur ou la machine à écrire. Pourquoi? Est-ce qu’un policier poursuit les criminels dans le dédale des rues de la ville durant la totalité de son quart de travail, sans prendre le temps de rouler tranquillement dans sa voiture avec une boîte de beignets sur les genoux? Est-ce qu’un médecin passe huit ou douze heures d’affilée à scier les poitrines de victime de crises cardiaques, sans prendre le temps de tripoter la nouvelle petite infirmière? Qui peut se vanter de travailler durant chaque minute, chaque seconde de sa journée sans la moindre pause? Il faut aussi prendre en considération le fait que travailler à la maison peut s’avérer propice aux distractions.
  • Le café? Bien entendu que les auteurs boivent des tonnes de café, c’est essentiel pour la survie, pour rester éveillé. L’alcool? Il ruisselle dans les gosiers voraces des écrivains comme une intarissable source, jour et nuit, jusqu’à ce qu’ils s’écroulent à moitié morts dans une flaque de vomi rosâtre.
  • Travailler à la maison signifie parfois devoir endurer le froid hivernal qui filtre au travers des murs inadéquatement isolés, qui ronge les doigts occupés sur les claviers, qui glisse d’une manière reptilienne sur les jambes inertes sous le bureau. L’été annonce le festival de la sueur, avec au programme le ruissellement dans le cou, la moiteur des aisselles, le cuir chevelu humide et la très plaisante coulée rectale qui s’attarde parfois jusque sous le scrotum.
  • Un écrivain n’a pas besoin d’uniforme, c’est bien vrai. Mais passer ses journées en sous-vêtements? Que croyez-vous? La réalité est qu’ils passent tous leurs temps à poil, dévoilant ces corps aux formes variées, aux attributs beaux ou laids, flasques ou durcis, relevés ou abaissés. Se raser? Quelle perte de temps, aussi bien jouer le jeu de l’animal et rester poilu.
  • Un écrivain faire de l’argent? Pourquoi? Pourquoi travailler quand on peut vivre au bras de la société comme une sangsue, que ce soit sur le chômage, l’aide-sociale ou encore d’un conjoint un peu stupide qui se tue à petit feu en accumulant les journées de travail supplémentaire ou en suçant la vieille queue du patron, pour ne pas perdre son emploi?

Alors, est-ce qu’on a la vie facile, nous les écrivains?

Imaginez les maux de dos, les muscles qui se plaignent de devoir passer des heures dans la même position. Les poignets qui réclament d’autres mouvements que le pianotage des claviers, que le va et vient de la masturbation quotidienne ou du constant lever de la bouteille de bière qui s’alourdit avec les années.

Et le cul, vous y pensez? Les fesses nous aplatissent, la raie s’agrandit et la chaleur de toutes ces heures où on prive ce gentil derrière de respirer est pire que les radiations de Tchernobyl. Vous avez déjà senti la chaise d’un écrivain? C’est un mélange d’odeur de flatulences, de sueurs, de semences répandues et d’urine.

Ce n’est pas tout, nous souffrons de mal de tête. D’abord, parce qu’on n’arrive pas à taire cette foutue machine parlante qui fonctionne jour et nuit, qui débite des conneries dans notre cerveau, qui réveille des voix connues ou inconnues. Nos yeux braqués sur les écrans s’assèchent comme l’organe humide d’une vieille religieuse perverse à la retraite. On se retrouve avec de petits yeux asiatiques injectés de sang, des cernes noircissant notre visage d’une pâleur cadavérique.

Les tempes nous font aussi mal, parce que notre corps est constamment soumis à des positions anormales, des séances trop longues d’inertie.

Le mal d’écrivain est horrible.

Il n’y a pas de solution, pas de cure miracle. Faut vivre avec et l’adopter comme un membre de notre famille.

Pensez-y la prochaine fois lorsque vous croiserez une de ces misérables loques humaines. Faites une bonne action et achetez un livre.

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5 réflexions sur “Le mal d’écrivain.

  1. Article plein de d’humour on dirait, je le trouve impressionnant ainsi, parfois on se demande si c’est nous qui est d’humeur à rigoler ou ce sont les gens qui nous font rire.

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