Les Racines Du Mal – Septième Partie : Jean et le bras de Joseph

Important :

« Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite. »

police sous attaque

Jean Métallos

Rioz, France.

La voiture de Jean démarra en trombe et fonça dans la rue, la musique déversée par les haut-parleurs menaçant de lui déchirer les tympans. Sa hache reposant sur ses genoux, il manœuvra habilement entre les voitures stationnées, enfonçant l’accélérateur, voulant gagner le plus de vitesse possible avant d’atteindre sa cible.

Le bruit du moteur, la voix criarde de « James Hetfield » ou la simple apparition du véhicule attira l’attention des flics qui se tenaient dehors, devant l’église. Ils se retournèrent vers lui, tout d’abord par curiosité, mais ils découvrirent rapidement que sa trajectoire et son accélération n’avaient qu’un but.

Les écraser!

Riant à gorge déployée et en pleine érection, Jean projeta son véhicule comme un projectile véloce et meurtrier dans la masse colorée des policiers et de leurs voitures. L’impact fut monumental, bruyant et suivi par une pluie de débris. Sa bagnole emboutit l’une des voitures de police sur le côté, happant par le fait même les jambes d’un des agents, son corps désarticulé exécutant un vol plané remarquable. Il ne vit pas son atterrissage, n’entendit pas son crâne se fracasser sur le trottoir bétonné et ne vit pas la flaque qui se forma tout de suite après.

Sa bagnole se retrouva ensuite coincée entre deux voitures de flic, sa ceinture de sécurité l’empêchant de subir le contrecoup de l’arrêt brutal, d’être blessé. Il avait réussi son entrée en scène, rendu inutilisables la plupart des véhicules.

Le bruit de ferraille tordue, de son moteur qui s’étouffait et des débris qui retombaient prirent la relève à cette musique rugissante qui s’était tue. Jean ôta sa ceinture et se glissa dans l’ouverture créée par la vitre qu’il avait préalablement laissée ouverte. Il avait prévu que les portières puissent être bloquées et donc impossible à ouvrir.

On criait au loin, alors que tout près on se lamentait, s’éveillait du choc inattendu. Jean prit la direction de mouvements qu’il détecta sur sa droite, traversant des filets de fumée et côtoyant un enjoliveur vagabond qui s’était perdu, ne trouvant plus la roue qu’il devait abriter.

Jean riait toujours, Furie sa légendaire hache levée à bout de bras. Un des policiers était à genoux, contre le flanc cabossé d’un véhicule immobilisé. Il leva la tête en entendant des pas, croisa le regard de l’homme défiguré qui se penchait sur lui et un sifflement rapide mit fin à tout processus de pensée, tout mouvement corporel ordonné par son cerveau court-circuité. La dernière chose qu’il vit fut le démon laid et vicieux qui venait lui enlever la vie. Il s’écroula comme un pantin sans vie, sa tête libérée décida de faire la cour à cet enjoliveur luisant qu’elle tenta désespérément de rattraper, laissant une empreinte rougeâtre.

Le tueur à gages pivota aussitôt, recherchant la prochaine victime potentielle de son carnage. Il vit tout de suite les deux hommes en uniformes contre le mur de brique de l’église. L’un d’eux était au sol, se relevait péniblement, les avant-bras et les coudes en sang, ses cheveux en bataille. L’autre était adossé contre le mur, possiblement en état de choc, puisqu’il restait sur place sans bouger, la bouche entrouverte et le regard vacillant. La brutalité de l’attaque-surprise avait été d’une efficacité remarquable.

Celui qui se tenait debout avait une blessure au front, qui saignait en une coulée sinueuse le long de sa joue, dans son cou. Il avait reçu un débris. Dans sa confusion, il n’avait même pas encore amorcé le geste, pourtant essentiel dans une telle situation, de dégainer son arme de service.

Jean excellait dans les moments de crises, dans le chaos et la confusion. À la guerre, c’était au front qu’il était au sommet de sa forme, piétinant les carcasses inertes des soldats, écoutant siffler les projectiles et hurler les mourants. Ce n’était évidemment pas le cas pour les deux jeunes policiers de campagne inexpérimentés, leurs pensées devaient être dirigées vers ces jeunes épouses qui les attendaient à la maison, vers les gamins pleurnichant et morveux qu’ils aimaient tant.

Ils avaient peur de mourir!

Jean courut, sauta et glissa sur le capot défoncé d’une voiture, pour retomber sur ses pieds non loin des deux hommes. Il hurla et sans la moindre hésitation, abattit la hache sur celui qui se tenait debout, le frappant à la poitrine, le projetant contre le mur, son dos absorbant le choc du béton. Le regard du pauvre policier trop lent s’agrandit, sa main chercha à lui agripper le bras, mais Jean se retira aussitôt avec la hache qui dégoulinait d’hémoglobine. Le jeunot s’écroula lentement, révélant une entaille à l’endroit où l’arme avait touché le mur.

Son copain qui venait tout juste de se redresser ne chercha pas à dégainer son arme, tout ce qu’il voulait était fuir. Il se retourna, gémissant comme une écolière effrayée par une araignée qu’on lui plaçait sous le nez. Il tenta de déguerpir au pas de course. Jean ne lui en donna pas la chance, il s’élança vers l’homme, ses bottes claquant bruyamment contre le sol, c’était le tumulte du balancier qui sonne le glas. Le tueur était rapide, fit trois enjambées et dès qu’il se trouva à portée de main, frappa le dos à découvert du policier fuyard. Il avait visé la colonne vertébrale, sentit le choc de l’impact et l’homme s’écroula au sol. Jean relâcha le manche de son arme, s’immobilisant tout près de la victime qui gigotait encore. Il plaça un pied sur son postérieur et retira la hache d’un gémissement d’effort. Le sang coula aussitôt, le policier se retournant afin de lui faire face. Ses yeux étaient remplis de larmes, sa main tendue dans une demande irréfléchie de pitié. Il avait pissé dans son pantalon et pleurnichait. Jean leva la hache, sentit une goutte de sang lui toucher la joue et abattit l’arme directement dans le cou de sa victime. Il mourut sur le coup, mais une deuxième frappe fut nécessaire pour détacher la tête qui roula jusqu’au caniveau.

Les yeux du policier se fixèrent sur lui, à jamais vides, et le tueur se détourna.

Un coup de feu résonna, un éclat sur sa droite fit voler des morceaux de béton. On venait de lui tirer dessus et en se jetant contre une voiture, accroupi, il vit le policier agenouillé de l’autre côté de sa bagnole.

Le représentant des forces de l’ordre avait le visage trempé de sueur, la main qui tenait l’arme pointée dans sa direction tremblait tellement, qu’il était incapable de la stabiliser sur une cible fixe. Le brave à la voix de chèvre en rut hurla néanmoins.

–          Jetez votre arme!

Jean s’adossa contre le flanc métallique dans son dos. Il leva les bras, sans cesser de sourire, Furie levée bien haut vers le firmament, comme l’étendard de son instinct meurtrier. Il voulut rassurer celui qui le tenait en joue, endormir sa méfiance.

–          Ça va, j’ai compris!

Le policier se redressa un peu, cherchant à adopter une meilleure position pour garder l’homme dans sa ligne de tir. Il devait tenter de gagner du temps, espérant que les deux autres confrères armés se présenteraient en renforts. Debout, Jean se retourna afin de faire face à son adversaire, sa poigne sur le manche boisé restait ferme.

Il devait agir avant l’arrivée des autres enfoirés. C’est pourquoi, sans prévenir, il abaissa avec force le bras qui tenait la hache en l’air, l’envoyant valser droit devant lui. Jean se jeta de côté, juste au cas.

Un autre coup de feu se fit entendre, alors que la hache atteignait sa cible en plein visage, c’était un lancer qu’il avait pratiqué durant des heures, mais rarement exécuté dans la vraie vie. Il était fier de voir que cela fonctionnait vraiment.

S’étant déplacé d’un pas sur la droite, il sentit l’éveil d’une douleur à son épaule. Il toucha l’endroit sensible et les bouts de ceux-ci revinrent ensanglantés, il avait été touché.

Jean la brute hurla de colère, se pencha afin de ramasser le revolver du policier qu’il avait tué contre le mur. Il s’assura que l’arme était bien chargée, ne prit toutefois pas le temps de chercher d’autres munitions. Le temps était compté avant l’arrivée des renforts et il ne fallait pas repousser l’idée de citoyens voulant jouer les héros. Il s’approcha ainsi rapidement de la porte de l’Église, longeant le mur en fouillant la scène du regard. Les coups de feu avaient été entendus par les confrères policiers à l’intérieur et ces derniers avaient amplement eu le temps de dégainer. Le son d’une radio se fit entendre, on confirmait l’envoi de renfort, beaucoup de renfort.

Il avait laissé Furie derrière lui, plantée dans le visage de sa dernière victime. C’était un choix stratégique, puisqu’il ne pouvait se permettre de perdre un temps fou à la récupérer. Il aurait aussi fallu passer devant l’entrée de porte qui donnait dans l’église, tombant peut-être dans la ligne de mire de ceux qui s’y barricadaient. Il reviendrait plus tard pour la prendre.

Jean décida de passer à l’action, il aurait pu rebrousser chemin, tenter de fuir, mais il n’abandonnait jamais un contrat, son honneur était en jeu. Il doutait aussi que les policiers barricadés dans l’église aient souvent eu l’occasion de tirer sur des hommes. Une seconde d’hésitation à enfoncer la détente pouvait faire la différence.

Le tueur s’assura d’un coup d’œil dans la rue qu’il n’y avait aucune menace de ce côté-là, ne vit personne et en fut satisfait. Il se souvenait d’un séjour en Écosse, d’une mission qui avait failli échouer. C’était un contrat simple, abattre un vieil homme chez lui, dans une cabane au flanc de la montagne. Le problème est qu’il n’avait pas cru bon de mettre un silencieux sur son arme, le coup de feu avait alerté quelques chasseurs dans les bois environnants. Il avait appris à ses dépens que les Écossais se tenaient les coudes, se protégeait les uns les autres. Il avait failli y laisser sa peau, fuyant sous une pluie de plomb.

Un certain calme s’était installé dans le quartier, on devait s’être barricadé et déserté la rue. Jean respirait comme un taureau, la douleur dans son épaule le dérangeait un peu. Il leva l’arme devant lui et avec un cri de guerre rauque, fonça dans l’entrée, tirant sur tout ce qui tombait dans son champ de vision et avait une silhouette vaguement humaine.

Banc d'église

Il vit qu’un des policiers se trouvait agenouillé derrière un banc d’église, sur sa droite. Jean tira dans cette direction, fit sauter des éclats de bois sur le dossier tout près, moins d’une dizaine de centimètres devant l’autre. Surpris, l’homme se jeta au sol, maintenant hors de vue. Jean se demandait s’il l’avait touché.

Il ne vit pas l’autre policier, mais eut le temps de tirer sur d’autres formes humanoïdes. Il atteignit Marie qui tenait l’enfant, Jean le baptiste fut touché et un agneau vit une de ses pattes s’envoler en éclats, créant une pluie de débris. Le chargeur vide, l’arme chaude avait perdu son pouvoir de mort. Le tueur n’eut d’autres choix que de se dissimuler derrière le banc le plus proche.

Il reprit son souffle, adossé contre le bois froid du dossier. Le silence n’était rompu que par sa respiration rapide, ses battements de cœurs frénétiques. Il dut réprimer une envie de rire avec nervosité, puisqu’il adorait l’action et était bien servi dans cette petite aventure. Comme il avait chaud et suait, il dut s’essuyer le front, les yeux. Il entendit à ce moment un glissement tout juste perceptible non loin de lui, révélant l’emplacement du policier sur lequel il avait tiré. S’assurant que l’arrière de l’église était toujours désert, que d’autres cons de flics n’étaient pas arrivés sur les lieux, il se débarrassa de l’arme vide.

Il était contrarié de ne pas avoir vu l’autre policier ou le prêtre qu’il protégeait, mais s’imaginait qu’ils devaient être allés dans le presbytère adjacent à l’édifice. Un passage devait relier les lieux. Il s’en occuperait plus tard. Pour l’instant, il se coucha à même le sol, son visage à quelques centimètres du plancher. Il vit ainsi le policier touché qui rampait en grimaçant de douleur. Son arme à la main, il ne l’avait pas encore vu, mais ne tarderait pas à le faire. Il était occupé à surveiller une attaque pouvant venir du haut.

Jean se releva aussitôt, enjambant le siège du banc, se tenant debout sur ce dernier. Exposé, il prit le soin de jeter des regards furtifs vers l’autel, les colonnes latérales et autres endroit où on aurait pu se dissimuler. Il se doutait que l’autre flic se trouvait avec le prêtre, lui offrant une protection rapprochée.

Jean sauta, en tentant de faire le moins de bruit possible, d’un banc à l’autre. Cela lui permit de réaliser qu’ils n’étaient pas ancrés au sol, qu’ils titubaient sous son poids, menaçant de se renverser. Il compta douze bancs avant de s’immobiliser, c’était deux de moins que son estimation de la distance le séparant du policier.

Tendant l’oreille, il entendit la respiration saccadée de ce dernier, ne le voyant toujours pas. Il devait être tout juste devant lui et Jean décida de se jeter au sol, de pousser le banc le plus près avec brusquerie, voulant créer un effet de domino.

Cela fonctionna, trois rangées tombèrent à la renverse avant qu’il n’entende les cris de douleur et de surprise de sa victime. Se frayant un chemin au travers des bancs, il trouva le malheureux sous le piège boisé, son arme toujours en main dirigée vers lui.

Évitant de justesse un coup de feu dont le projectile siffla à ses oreilles, Jean se jeta de côté, voyant et prenant un livre de prières qui reposait au sol. L’utilisant comme projectile, il lança l’objet vers l’individu prisonnier et traqué, déclenchant une autre détonation assourdissante, amplifiée par l’écho de l’immense pièce. Le policier devait ménager ses munitions, puisqu’il tirait uniquement lorsqu’il croyait avoir une chance d’atteindre sa cible. Cet homme avait de l’expérience, n’était pas un agent tout juste sorti de l’école.

Jean connaissait toutefois sa position exacte et se trouvait derrière lui. Il agrippa un banc d’une longueur suffisante pour que six personnes l’occupent, le souleva en retenant un gémissement de force. Il lança ainsi son projectile improvisé vers le policier au sol, se jetant à sa suite en espérant éviter de se faire tirer dessus. Le banc atteignit l’homme de plein fouet, mais il conserva son arme, hurlant de douleur. Il était incapable de se retourner, lui faisait dos et Jean frappa son poignet d’un coup de pied qui brisa le membre d’un claquement sec. L’arme fit un vol plané, retomba au sol et glissa jusqu’à une colonne.

Profitant de l’effet de surprise, Jean fondit sur sa proie, lui entoura le cou de ses bras et d’un mouvement sec, similaire au craquement d’une branche qu’on piétine, lui brisa le cou.

Le corps retomba, inerte, et ses jambes prisonnières toujours invisibles sous les pièces boisées.

Jean se releva tout de suite, aux aguets, cherchant la moindre trace d’un passage par où les autres avaient pu s’enfuir. Il vit l’autel, le confessionnal, des statues et une porte vers la droite. Ce devait être le couloir qu’il recherchait. Il quitta le centre de la pièce, se rendit auprès de Jésus sur son chemin de croix, tout près de la porte.

Il n’avait pas d’arme, décida d’arracher l’un des bras d’un Joseph cocu qui se tenait tout près, espérant que ce dernier lui pardonnerait. Après tout, il avait fermé sa gueule au sujet de sa femme forniquant avec un « ange », pourquoi se plaindrait-il d’un démon?

Jean posa son oreille sur la porte, mais n’entendit rien. Il tendit ensuite la main, toucha l’acier de la poignée froide, la fit tourner très lentement. Elle n’était pas verrouillée. Il offrit une petite poussée à la porte, se reculant dans un angle qui le dissimulait au cas où l’autre crétin aurait eu l’idée de l’attendre avec le doigt sur la détente.

Rien. Sinon un couloir sombre.

Jean n’aimait pas cela, détestait le jeu du chat et de la souris. Il préférait l’attaque de front, la confrontation directe. Courir après ses victimes le faisait chier.

Il entra dans le couloir, quelques pas le conduisirent à une autre porte où il jura à voix basse. Il commençait à en avoir assez, avait suffisamment risqué sa vie dans cette mission. En colère, voulant mettre fin à la chasse, il donna un puissant coup de pied dans l’obstacle qui s’ouvrit en grand, sur une vaste pièce.

C’était l’endroit où le prêtre devait se préparer pour la messe, se changer et y aller de ses bons petits soins avec les enfants de chœur. Des robes et diverses pièces de vêtements étaient accrochées aux murs, des objets entreposés un peu partout sur des étagères. Deux portes sans inscriptions se trouvaient au fond de la pièce.

Jean fit un pas, vit une silhouette sur sa gauche qui lui tournait le dos, vêtue d’une soutane noire. C’était peut-être le curé, à moins qu’il ne s’agisse d’un piège. Il ne pouvait voir les mains de l’homme, dissimulées devant lui et qui pouvaient tenir une arme chargée. Il ne cessait de regarder vers les portes, s’attendant à tout moment à voir le dernier policier surgir et lui tirer dessus. Il devait faire quelque chose et son choix tomba sur une avancée vers la silhouette non loin.

Il fit deux pas, s’arrêta. Son bras de statue levé, Jean brisa son silence.

–          Père?

L’homme ne bougea toutefois pas, ce qui l’agaça grandement. Dans quel jeu de con avait-il mis les pieds? Pourquoi toute cette mise en scène?

Il voulut avancer à nouveau, mais un mauvais pressentiment le retint. Il pivota la tête vers les portes, avec l’impression qu’on l’épiait. Il pouvait jurer qu’on se terrait dans l’une des pièces adjacentes, pouvait sentir un regard glisser sur lui, le profaner avec de mauvaises intentions. Il se décida donc à prendre cette direction, mais avant qu’il ait fait deux pas, la porte de droite s’ouvrit en grand, dévoilant un policier aux cheveux trempé, la lèvre frémissante et le regard voilé par la terreur. L’homme lui parla.

–          Je vous en prie, ma femme est enceinte et…

Jean n’attendit pas la suite de la plainte mélodramatique du policier, il s’élança vers lui. L’agent de la paix était toutefois plus rapide que ses confrères, Jean vit son doigt qui enfonça la détente, les muscles de son avant-bras qui bougeaient sous la peau, se contractant. Malgré tout, rien ne se produisit, l’arme resta silencieuse.

Il avait oublié d’enlever le cran de sûreté.

Jean ne perdit pas de temps en réflexions inutiles. Il fonça en agrippant l’une des robes à portée de main, qu’il lança sur le policier estomaqué par sa propre stupidité et qui se transforma en fantôme noir. Le tueur lui tomba ensuite dessus, frappant comme un enragé avec le bras de Joseph, jusqu’à ce que l’agent s’écroule, perde son emprise sur l’arme. Il persévéra jusqu’à ce que la masse devienne inerte et silencieuse.

Il retira ensuite la robe qui couvrait le malheureux, sans se départir du bras encore intact de la statue, pour lui tâter le pouls. Il était faible, mais présent. Jean ramassa le revolver délaissé, défit le cran de sûreté et visa la tête ensanglantée de l’homme. Il tira deux coups.

Il se retourna ensuite vers le prêtre, qui n’avait pas bougé.

Jean s’approcha, fouillant la pièce du regard, cherchant toute possibilité d’un piège plus élaboré que prévu.

–          Mon père?

Pourquoi cet enfoiré ne le regardait-il pas? Était-ce bien lui?

Jean était maintenant à deux pas de l’individu qui avait offert sa vie au service de Dieu et à l’adoration des gamins nus. Il tendit le bras, celui qui ne lui appartenait pas, touchant la soutane au dos.

Le prêtre se décida enfin à pivoter, à lui faire face.

L’homme qui se trouvait devant lui n’était pas celui de la photo, n’était pas le prêtre qu’il était censé éliminer. Celui qui l’observait avec un rictus moqueur était une de ses veilles connaissances. Avec sa petite barbiche à la Raël, Alex André Giraudeau le fixait de son regard machiavélique. Jean vit ses lèvres remuer au même moment où il apercevait l’arme automatique braquée sur lui, son canon béant prêt à délivrer une sentence de mort irrévocable.

–          Bonjour, Jean, ça fait longtemps. Elle ne vous a pas oublié, vous savez!

Un tonnerre assourdissant se répercuta dans la pièce et l’odeur de la poudre domina durant un très court instant, supplantant l’encens et les lampions se consumant à proximité.

La noirceur tomba sur Jean comme une ex-femme psychopathe et vorace dans un procès pour arrérages de paiement de pension alimentaire : avec froideur.

Revolver au visage

À suivre…

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