Interview de Larry Castillo: Illustrateur.

Larry Castillo est un nom à retenir.

Illustrateur doté d’un esprit vif et d’un regard critique, rien ne lui échappe. Ses illustrations nous font réfléchir, nous dévoilent cette société et ce monde dans lequel nous vivons sous un angle nouveau.

Il n’y va pas de main morte : la déchéance humaine, la folie, la mort et les corps voluptueux retrouvent sous ses traits de crayons une nouvelle vie, enflamment nos esprits et titillent notre imagination fertile.

Ses illustrations nous touchent, peu importe de quelles régions du globe nous venons – il utilise le langage universel de la représentation imagée. Il est le chaînon manquant entre les pages de manuscrits que vous lisez et cet endroit dans votre cerveau où les idées prennent forme, deviennent des images tangibles et colorées. Mais attention, car Larry Castillo n’aime pas la censure. Il est parfois tordu, parfois cynique ou caricatural, ne manque jamais d’audace.

C’est avec plaisir que j’ai le bonheur de travailler avec Larry C. sur un projet qui sera dévoilé bientôt. Restez à l’affût !

En attendant, faites-vous plaisir et plongez dans l’univers de ce jeune homme bourré de talent.

 Qui est Larry Castillo?

Larry Castillo

 Né dans le début des années 70, Larry s’intéresse dès son plus jeune âge à l’Iliade et l’Odyssée, à Pierre Desproges, aux films de zombies et à la bande dessinée. (Les femmes nues et les gros seins, c’est venu un peu plus tard…)

Après avoir tenté sa chance dans des professions aussi pittoresques qu’inattendues (de carreleur à prof d’arts plastiques en passant par cuisinier, barman ou encore – et c’est le plus drôle – fonctionnaire), Larry est revenu à ses premières amours, à savoir : les comics books.

Le collectif dEADmEATcOMIX

DMC logo

Tout droit sorti d’un asile de banlieue, le 6— Killers Krew est un collectif de dessinateurs de BD composés de Kurt Toth, D.B.M. a. k.a. Bruja-McCoy, Neutral Ellastic, Larry C, MC Marduk & Boris, publié online par dEADmEATcOMIX.

Réfugiés dans les bénéfiques ténèbres de l’anonymat, les 6— Killers Krew forment une secte de crétins entièrement vouée au culte de l’humour con et hermétique, voire de l’apologie de la violence teintée d’érotisme de mauvais goût…

Ils passent donc le plus clair de leur temps à dessiner des gags tout sucrés tout en s’envoyant des éclairs au chocolat.

Le 6— Killer Krew vous invite donc par la présente à vous déconnecter les neurones et à abandonner tout bon sens.

 

Interview :

J’ai eu le récent plaisir d’interviewer Larry Castillo, qui s’est généreusement prêté au jeu. Je vous invite donc à découvrir cet illustrateur belge.

Jasmine Arabia "Les passagers"
Jasmine Arabia « Les passagers »

 S.J — Pouvez-vous nous dévoiler quelque chose à votre sujet qui ne figure pas dans la biographie officielle de votre site?

L.C — En fait, rien de spécial, je pense…

Je suis issu d’un milieu petit-bourgeois et ai eu un cursus scolaire « classique » : Latin-grec et langues modernes.
Je n’étais pas mauvais élève, mais l’école ne m’intéressait pas, tout avait un goût artificiel. Les choses qu’on m’enseignait me semblaient inutiles pour la plupart.
Une fois diplômé, j’ai décidé de m’orienter vers les Arts plastiques, parce que c’était un choix assez évident, sans trop savoir pourquoi d’ailleurs. Je veux dire par là que je ne me voyais pas nécessairement dessinateur en particulier, je voulais juste bosser dans une profession à caractère artistique.

Mais une fois les études finies, je me disais qu’avant de raconter des histoires, il était peut-être judicieux d’en vivre soi-même, j’ai donc roulé ma bosse, fait une flopée de « petits boulots », carreleur, cuisinier, prof, maçon, barman, etc. Pour finir fonctionnaire…

À ce moment-là, ma femme m’a dit qu’il serait sans doute bon de me remettre au dessin, et de voir ce qui en découlerait. J’ai obtempéré, et me voici à répondre à des interviews.

S.J — Quel âge aviez-vous lorsque vous avez découvert votre talent d’illustrateur? Le désir d’en faire un métier?

L.C — Début de l’adolescence, je dirais… J’étais un gamin assez solitaire, et j’ai vite compris que les autres gamins trouvaient ça cool de savoir dessiner, avec les années, le passe-temps est devenu un passe-temps, puis une passion. Mais je n’ai jamais été non plus un fanatique monomaniaque, je m’intéresse à plein de choses très différentes qui vont de la physique quantique au catch en passant par les dessins animés ou l’Histoire (une préférence pour l’antiquité, ceci dit en passant)

Ce n’est qu’à l’université que j’ai vraiment pris conscience de la force de la BD, son faible coût lui permet une liberté de ton qui serait impossible au cinéma, par exemple. Et le dessin, c’est un truc « évolutif », une fois les bases acquises, c’est un voyage éternel! Ça devient une sorte de jeu, sans but préconçu, et ça, j’adore.

 

Jasmine Arabia "Les passagers"
Jasmine Arabia « Les passagers »

S.J — Vous êtes membre d’un collectif d’illustrateur qui se nomme – dEADmEATcOMIX – parlez-nous de vos projets communs, des affinités et éléments qui vous ont réunis, ainsi que le futur du groupe?

L.C — Le collectif « dEADmEATcOMIX » est en fait un délicieux écran de fumée : j’y suis seul roi, un vrai potentat, élu à vie, en somme… Cela me permet de bosser sous différents pseudos, histoire de pouvoir changer de style graphique au besoin, et ça me permet aussi de donner l’impression qu’on forme une bande, alors que non, je suis seul…

L’avantage est que cela permet d’explorer d’autre médium d’expression : j’aime faire des logos pour des sociétés, des T-shirts, des affiches, des illustrations de nouvelles, de tout, en fait…

Et pour ça, dEADmEATCOMIX est une excellente façade…

Le paradoxe amusant est que sur mon prochain projet, à savoir « Jasmine Arabia : les passagers », je travaille vraiment avec une actrice de films de charme (Jasmine Arabia), un scénariste (Patrick Artus) et une coloriste (2M#)
Donc, on peut dire que ce qui a commencé comme un jeu est devenu réalité, et ça, c’est assez génial…

 

Welcome in amnesia - short stories and other tales...
Welcome in amnesia – short stories and other tales…

S.J — Quels sont les thèmes que vous privilégiez dans vos moments de créations? Qu’est-ce qui vous inspire? Où trouvez-vous vos idées?

L.C — Les thèmes varient… En gros, j’aime explorer et pervertir un « genre », ça va du fantastique à l’horreur en passant par le polar. Ce qui m’intéresse dans le genre, c’est qu’il offre un cadre. Mais rien ne vous empêche de mettre ce que vous voulez dans le cadre, et ça, ça m’amuse! Modifier, changer, bousculer, réinterpréter, bref, on détruit tout et on reconstruit les choses selon sa volonté… C’est assez mégalo, mais bon, c’est le métier qui veut ça!

Mon inspiration vient essentiellement d’une image, je construis l’image, puis l’histoire vient se greffer autour, une relation presque parasitaire s’installe dès lors entre le texte et l’image et va, au bout d’un moment, devenir presque autonome, presque « extérieure à moi », elle développe sa vie propre, en somme…

S.J — Quels sont les accomplissements à long terme auxquels vous rêvez en tant qu’artiste?

L.C — Déjà, j’aimerais réussir à en vivre [éclats de rire] et accessoirement, continuer à bosser sur des projets qui m’intéressent, pas sur des « trucs alimentaires » (pour ça, j’ai déjà un boulot)
Et mégalomanie toujours, j’aimerais que mon travail soit apprécié, comme tout le monde, je présume… Je ne vise pas tant les ventes que la reconnaissance, mais si les ventes suivent, je ne dis pas non, par principe.

S.J — Est-il difficile de vivre de son « crayon » en Belgique pour un jeune illustrateur? J’imagine que l’Internet est un outil de choix pour vous faire connaître, comme chez les écrivains?

L.C — c’est difficile parce que c’est un métier complexe dans sa réalisation, il faut supporter la solitude (non seulement pendant le travail, mais aussi parce qu’à moins de passer sa vie en dédicace, on voit assez rarement les lecteurs, c’est une des raisons qui font que je suis assez actif sur Facebook, parce que c’est un des rares endroits où l’on peut « sentir » ce que ressentent les lecteurs par rapport à son boulot)

Quant au pognon, le nerf de la guerre, je n’en parle même pas, la réussite financière est une roulette de casino, et c’est souvent la banque qui gagne. Attention, je ne veux pas me lancer dans une diatribe contre tel ou tel éditeur ou organe de presse, les dessinateurs ont aussi leur responsabilité dans le malaise que connaît l’édition, mais il est clair que si on parle juste pognon, la situation est très difficile, sans un travail alimentaire sur le côté, je ne pourrais tout simplement pas vivre…

Et autant que je sache, l’immense majorité de mes confrères sont dans le même cas…

S.J — Quelles sont vos idoles, les modèles qui vous ont inspirés dans votre jeunesse et qui vous inspirent encore?

L.C — Mes idoles vont de Richard Corben à Jordi Bernet ou Jim Woodring en passant par les classiques : Hal Foster, Alex Raymond, Bernie Wrightson, Frazetta, Boris Vallejo pour la BD et l’illu, John Carpenter et Cronenberg pour le cinéma, voire des Jacques Tourneur, des Billy Wilder, etc.

Mais aussi des groupes comme Slayer, Chrome Hoof, Frank Zappa, le krautrock de CAN, bref, un peu de tout…

Et pour être complet, je pense que les dessins animés comme Scooby-Doo première époque ou Cobra le pirate de l’espace m’ont plus influencés que l’intégrale de Victor Hugo. Je suis un pur produit de la culture B, voire parfois même Z. Stephen King, Lovecraft et consort m’ont attirés dans leur monde et ont changé ma vision des choses, alors que la lecture de Proust, non…

S.J —  Quand vous dessinez, le faites-vous dans le silence? En écoutant de la musique? Avez-vous un rituel ou une routine particulière?

L.C — j’écoute beaucoup de musique, mais jamais quand je dessine : ça me perturbe, par contre, pour me mettre « en condition », j’écoute un album et hop, c’est parti…

Je bois beaucoup de café, fume comme un pompier et cultive tous les clichés inhérents au genre.

S.J — Que pouvons-nous attendre de Larry Castillo dans les semaines, les mois et les années à venir?

L.C — l’avenir est un monde à découvrir, et je suis curieux, alors…
À court terme, je travaille sur un polar fantastique à résonnance sociale (c’est un mélange étrange, mais qui fonctionne, si si je vous l’assure) Je voudrais tenter de le sortir en Europe et au Canada, parce que j’aime la difficulté. Et si c’est possible, je voudrais grandir et m’épanouir dans mon travail comme dans ma vie, parce que tout est lié…Mais ça, c’est au lecteur de décider!

Merci Larry Castillo et nous vous souhaitons beaucoup de succès dans tous vos projets. N’hésitez pas à faire parvenir vos commentaires au sujet de cette interview.

Liens pour suivre toute l’actualité de Larry Castillo et dEADmEATcOMIX :

http://www.deadmeatcomix.com/common.php

https://www.facebook.com/pages/dEADmEATcOMIX/109126829122587

Note : Les images dans cet article sont la propriétée exclusive de Larry C. et ne peuvent être utilisées sans son consentement.

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