Les Racines Du Mal – Cinquième Partie : Une journée de merde pour la petite Georgia !

Important :

« Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite. »

Sang sur le plancher

Georgia

Bordeaux, France

Le soleil allait bientôt se lever. Elle pouvait déjà profiter de la faible clarté qui commençait à s’infiltrer dans la résidence, par les fenêtres voilées. Georgia avait passé la dernière heure à nettoyer la cuisine, elle avait aussi traîné le corps sans vie de son ancien petit copain vers le salon, pour le rouler dans un tapis qui ne lui servirait plus. Elle espérait que cela contiendrait aussi l’écoulement du sang, limiterait les dégâts et dissimulerait la carcasse refroidie aux regards des curieux.

Elle devrait se débarrasser du macchabée, n’avait aucune envie d’attirer l’attention des gendarmes en circulant avec un corps dans sa voiture. Tout contrôle routier pouvait signifier la prison à vie si on la coinçait.

Le plancher lui avait donné du fil à retordre, le sang s’était généreusement répandu et des traces d’impacts perforaient le linoléum. Plusieurs serviettes furent ruinées en épongeant le sang qui maculait le sol. Pour masquer les trous des balles qui avaient traversé le corps et terminé leurs trajectoires dans le plancher, elle avait eu l’ingénieuse idée de simuler des brûlures de cigarettes, utilisant un cigare de l’homme qui avait partagé son lit. En regardant son œuvre, elle fut satisfaite de l’effet créé.

En sueur, troublée par les évènements qui l’avaient agité, elle ne pouvait s’empêcher de rejouer dans son esprit le message laissé dans sa boîte vocale. Elle voulait avant tout s’assurer qu’elle l’avait bien compris. Malheureusement, le message révélait ce qu’elle redoutait au plus haut point. La chose était revenue, se trouvait à Montréal et la présence des membres du groupe était exigée. C’était très bref et aucun autre détail n’était offert, lui laissant un lot de questions sans réponses. Georgia se doutait trop bien que son petit copain massacré était de connivence avec le monstre qu’ils avaient puérilement cru avoir éliminé. Elle se demanda où en étaient les autres, s’ils étaient déjà au courant et surtout, si on leur avait tendu des pièges. À ce moment, elle sut que ce devait être le cas.

 Corps dans un tapi

Le résultat de son travail acharné lui plaisait, le sol était luisant et outre les brûlures de cigares, ne subsistait aucun indice pouvant révéler le drame qui avait secoué l’endroit des plus anodins.

La jeune femme se rendit alors dans le salon où elle avait laissé son portable et son Beretta. Où reposait aussi le corps sans vie de Sébastien, prisonnier d’un cercueil tissé à la main par des enfants sous-payés dans un pays du tiers monde. Son plan était bien simple, consistait à transporter le tapis enroulé dans le coffre de sa voiture, pour s’en débarrasser dans la Garonne. Ensuite, elle se rendrait à l’aéroport international Bordeaux Mérignac. De là, elle espérait trouver un vol pour Montréal ou du moins pour une ville avec un vol direct vers le Canada.

Elle s’immobilisa brusquement dans l’entrée du salon, figée de surprise. Au centre de la pièce, le tapis avait été déroulé, dévoilant des souillures ensanglantées, sans la moindre trace du corps qui aurait dût s’y trouver. Un corps sans vie, froid et inerte.

Son regard chercha l’arme et le téléphone, en vain. Elle les avait laissés sur la table basse près du canapé et ils n’y étaient plus. Elle sentit la panique tomber sur elle comme le rideau brutal d’une mauvaise pièce de théâtre. Georgia fouilla la pièce à la recherche du moindre indice sur ce qui s’était passé, touchant le mur froid à sa gauche dans un effort illusoire pour éviter les étourdissements qui l’assaillaient.

La porte d’entrée était toujours close, la chaînette de sécurité bien en place. Un silence menaçant flottait dans la résidence et elle sut qu’il était toujours à l’intérieur.

Vivant!

Ce qui était tout à fait impossible, puisqu’elle avait vidé un chargeur sur lui, avait vu l’étincelle de vie quitter son regard d’un bleu d’océan. Elle jura à voix basse, consciente que sa méfiance avait été endormie dans les deux dernières années, qu’elle avait commis une bévue de débutante.

L’individu n’avait laissé aucune empreinte sur le sol, il était donc impossible de suivre sa progression au travers des pièces. Il n’était pas dans la cuisine qu’elle venait tout juste de quitter, pouvait être n’importe où dans les quelques chambres à l’étage ou alors dans la cave. C’était cette éventualité qu’elle redoutait le plus.

Georgia se passa un bras sur le front, essuyant tant bien que mal la sueur qui s’y trouvait. Elle se pencha et prit ensuite un large presse-papier en granit qui reposait sur une étagère. Pointue, l’arme possédait un certain potentiel destructeur, mais à quoi bon sur un adversaire qui avait survécu à plusieurs projectiles tirés à bout portant?

La clé de sa voiture se trouvait dans sa poche, son sac à main était en vue tout près de la porte d’entrée. Il lui serait si facile de quitter ce lieu maudit en toute hâte, de se sauver loin de cette créature. Fuir était l’unique solution, elle aurait dût écouter cette petite voix qui lui conseillait de déguerpir au plus vite. Mais cette force étrange en elle, cette impulsion qui l’avait unie aux autres, lui demandait de finir le travail qu’elle avait commencé. Il fallait trouver le petit copain et mettre un terme à son existence de manière définitive.

Hélas, elle savait trop bien qu’elle ne pouvait pas fuir ainsi, qu’il lui fallait s’avancer dans la pièce, arme en main, en direction du couloir. Elle était comme l’alcoolique qui sait trop bien qu’il ne devrait pas porter le goulot à sa bouche, mais qui n’arrive pas à éloigner la bouteille.

Retourner à Montréal lui faisait peur, mais lui plaisait aussi. Elle aimait cette ville, son cachet multiculturel et ce petit air européen sans l’être vraiment. Une culture à mi-chemin entre l’Amérique décadente et l’Angleterre monarchique, dans une province qui aurait dût être un pays. En fait, elle pouvait bien se l’admettre, elle avait toujours voulu y retourner.

Un bruit sourd monta du couloir entre le salon et les deux pièces à l’étage, une chambre à coucher et un débarras.

Elle s’avança en longeant le mur, les premiers rayons solaires inondant la ville, se reflétant sur la rivière traversée de plusieurs ponts. La vie quotidienne prenait son envol, les marchands allaient bientôt ouvrir leurs boutiques, les rues se remplir de voitures et les gamins se rendre à l’école.

La masse des zombies du 9 à 5 surgirait afin de s’élancer fiévreusement dans les files anonymes d’esclaves destinés aux abattoirs de l’existence, vers des emplois mornes, insatisfaisants, sous-payés. Abruti par le moule de cette société de consommation.

Le couloir sombre s’étendait devant elle, la porte de la chambre d’ami était close, celle qui menait au sous-sol, ouverte. Elle s’immobilisa. L’étage inférieur n’était pas un sous-sol fini, mais une cave froide et humide, aux murs de briques, au sol de terre battue, un repaire pour les rats et les insectes.

Son bon sens lui disait de faire demi-tour, lui hurlait d’abandonner son projet, mais depuis quand écoutait-elle cette conscience ennuyeuse? Combien d’emploi avait-elle perdu en raison de son tempérament fougueux, de ses actions impulsives?

Elle gloussa d’amusement alors qu’elle s’apprêtait à faire exactement ce qu’elle avait toujours reproché à Jean, qui n’hésitait jamais à foncer, peu importe le risque. En fait, ce dernier fonçait avec un engouement décuplé si le péril augmentait. Ils n’étaient aujourd’hui plus si différent l’un de l’autre.

Trois pas suffirent à la conduire devant la porte ouverte de la cave, de cette pièce où elle n’allait jamais. Elle reconnut l’odeur du renfermé et de l’humidité. En raison de la noirceur, elle ne vit que les premières marches et dut tendre la main vers le haut, tirant sur la corde qui pendait et qui aurait dût allumer l’ampoule scintillante.

Bien entendu, rien ne se produisit et elle secoua la tête, exaspérée.

Georgia prit le presse-papier à deux mains, ses tremblements révélant sa nervosité. Elle aurait aimé prier, mais n’avait aucun Dieu à qui demander des faveurs. La religion, pour elle, n’était qu’un instrument de contrôle de la population, d’ailleurs très efficace.

Cave sombre

Elle posa le pied sur la première marche, entendit le bois qui protestait. Comme rien ne se passa, elle fit un autre pas et poursuivit jusqu’à ce qu’elle atteigne le plancher en terre battue.

Les ténèbres se dissipaient dans l’escalier, en raison de la faible luminosité qui venait de la porte ouverte dans son dos. Cela lui offrit aussi une vue partielle sur la pièce qui paraissait déserte, qu’on avait laissée sans ameublement. On avait aussi évité d’entreposer quoi que ce soit dans cet endroit humide, puisque durant les jours de pluie, il arrivait que l’eau monte de quelques centimètres. Ils n’avaient pas pris le risque de voir leurs possessions ruinées.

Perplexe, la jeune femme parcourut du regard la petite pièce au plafond bas, aperçut quelque chose au sol, en son centre. Un amas de terre qui s’étalait à la droite d’un trou sombre. Elle s’en approcha, se demandant ce que cela signifiait. L’orifice était suffisamment large pour qu’un adulte s’y engouffre, pour que l’homme mortellement blessé puisse s’y dissimuler. En fait, elle comprit qu’il devait se trouver dans cette étrange cachette.

Georgia se pencha au-dessus du trou, cherchant à percer l’obscurité et elle vit qu’une échelle artisanale en bois avait été placée dans l’orifice, permettant d’y descendre.

Elle comprit que l’homme n’avait pas creusé ce trou dans l’heure qui venait de passer, mais plutôt dans les jours, les semaines précédentes. Il s’était préparé un tunnel dans l’éventualité d’une fuite précipitée, sachant trop bien qu’elle ne venait jamais à cet endroit. Il pouvait déjà être loin et elle se demanda où menait le passage.

Elle devait rebrousser chemin, il n’était pas trop tard. C’était pur folie que de vouloir pénétrer dans ce passage souterrain à la poursuite d’un être impossible à tuer.

Elle se redressa, fixa le plafond en soupirant.

Puis, elle se retourna et mit le pied sur le barreau de l’échelle. Dos au trou, elle se mit à descendre, se soutenant d’une main, l’autre tenant la pierre. Elle ne voyait rien en dessous d’elle et progressa avec lenteur. Elle s’attendait à tout moment à sentir une poigne squelettique lui agripper les chevilles, l’attirer dans des profondeurs insondables d’où elle ne reviendrait jamais. Elle compta les barreaux, autant pour se changer les idées que pour déterminer la profondeur du trou. Elle s’arrêta à seize, lorsque son pied gauche toucha une surface solide. Le sol. Sans trop comprendre, elle se rendit compte que le trou s’arrêtait là. Tournant sur elle-même en tâtant les parois, elle ne découvrit aucun tunnel. C’était une impasse.

Elle entendit alors un rire sourd, comme le rugissement d’un moteur qui refuse de démarrer. Levant le regard vers le haut, trop lente pour réagir, elle vit une silhouette qui s’était emparée de l’échelle et la remonta avec brusquerie. Incapable d’agripper les barreaux pour la retenir, elle hurla de sa stupidité. Ce qu’on avait creusé ici n’avait rien à voir avec un tunnel destiné à la fuite, l’homme avait creusé la tombe de Georgia. Une tombe dans laquelle la jeune femme avait délibérément pénétré.

Elle frappa les parois froides avec colère, se sentait humiliée. Le rire s’arrêta et bien qu’elle fût incapable de voir le visage au-dessus d’elle, Georgia s’imagina qu’il souriait. En tendant les bras vers le haut, elle estima qu’il manquait un bon mètre pour rejoindre le bord du trou. Elle n’avait aucun moyen de s’en sortir.

Elle ne voulut pas lui donner satisfaction, refusa de dévoiler sa détresse et préféra rester silencieuse, fixant l’orifice circulaire avec rage. La silhouette remua légèrement, un grognement s’éleva et un jet liquide chaud l’atteignit au visage et dans les cheveux. Elle reconnut l’odeur de l’urine et le rire pervers reprit de plus belle. Elle se couvrit le visage, furieuse, humiliée et défaite, se protégeant tant bien que mal du liquide qui l’atteignait comme une averse toxique.

Elle n’avait aucune idée comment elle allait se sortir d’un tel pétrin.

Après une minute ou deux, un panneau de bois recouvrit l’orifice et les ténèbres l’enveloppèrent complètement.

Elle refusa de pleurer, serrant les poings, crachant de haine pour cette chose qui l’avait doublement trompée.

Après ce qui parut être une éternité de silence et de stupéfaction, une forte odeur de brûlé lui vint. Il avait mis le feu à la maison.

Merde!

À suivre….

Prisonnière d'un tunnel

Retour à la quatrième partie

Vers la sixième partie

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3 réflexions sur “Les Racines Du Mal – Cinquième Partie : Une journée de merde pour la petite Georgia !

  1. J’adore toujours autant… Oh la pauvre Georgia, mais comment va-t-elle s’en sortir ? Enfin, SI elle s’en sort… Gros suspens !!!!!

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