Les Racines Du Mal – Quatrième Partie : La Furie Du Tueur.

Important :

« Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite. »

Tueur à la hache

Jean Métallos

Rioz, France.

Il était adossé contre le mur en briques, légèrement en retrait de la rue, ayant trouvé refuge dans une entrée d’immeuble. Le jour déclinait, illuminant le ciel de couleurs plus vives les unes que les autres. Il se tenait hors de vue des policiers massés devant l’église qu’il s’était apprêté à visiter. Leur présence à cet endroit le troublait grandement, car il ne croyait pas aux coïncidences. Il se questionnait sur la possibilité qu’on lui ait tendu un piège, sans savoir qui aurait pu faire une chose pareille. Il avait bien peu d’ennemis encore vivants.

Le portable aux ondes possiblement cancérigènes qui grugeait à petit feu les cellules de son cerveau dans une main, il écoutait avec perplexité. L’appel avait été imprévu, le choc d’entendre la voix connue lui donna des frissons. Rien de bon ne pouvait venir de ce coup de fil.

Une vieille dame titubante en veste de laine s’arrêta pour lui offrir un regard suspicieux, resserrant son emprise sur un sac à main en cuir et Jean grimaça, décuplant la laideur de son visage ravagé par les blessures accumulées au cours des ans. La femme recula avec surprise, la bouche entrouverte, les yeux plissés et elle s’enfuit avec rapidité, manquant de tomber en bas du trottoir, heurtant une voiture stationnée. Il l’entendit marmonner une prière bien inutile, car l’homme ne craignait aucunement Dieu. Il guettait en fait le jour où il se retrouverait devant le créateur pour lui donner une bonne raclée. Pour lui faire comprendre à quel point la vie qu’il lui avait donnée était merdique. Cette idée le fit sourire.

Église de Rioz

Enfin seul, le tueur à gages reporta son attention sur la voix qui répétait son message, traversant l’océan et lui venant dans un murmure horrifié à son oreille. L’accent québécois était évident et la panique discernable dans le ton.

–          Elle est revenue.

Un moment, Jean crut avoir mal entendu, que les sons ambiants avaient déformé la phrase venant du combiné. Mais les mots furent répétés à trois reprises, éliminant toute possibilité de mauvaise communication. Il avait trop bien entendu.

Le choc de cette révélation lui donna des sueurs froides et il ne sut quoi répondre, son souffle s’accéléra et son interlocuteur cessa enfin de parler. Il avait deviné que son message avait été capté et surtout, compris.

Jean était mieux placé que quiconque pour savoir que cette femme, cette chose immonde ne pouvait pas être vivante. Il le savait, parce qu’il avait lui-même démembré le corps sans vie et inerte à l’aide de Furie. Qu’il avait abattu la hache ensanglantée au manche glissant sur la carcasse défigurée et irréversiblement endommagée, avec une frénésie qui frôlait la démence. Il avait senti les membres se rompre, avait brisé l’ossature et coupé les muscles. Il avait frappé, encore et encore, éclaboussé par l’hémoglobine qui giclait, hurlant sa rage et bavant sa haine. Il ne s’était arrêté qu’au moment où Réal, d’un calme paternel, avait posé une main solide sur son épaule, le ramenant de ce côté-ci de la folie. Il s’était alors arrêté, essoufflé et couvert de sueur. Il avait croisé le regard des autres, tous témoins de sa colère et il avait quitté la pièce, emportant l’arme qui dégoulinait en laissant une trace détaillée de son passage. Il avait ensuite pris une cuite mémorable, s’était enivré avec son ami Jack, qui ne le laissait jamais tomber.

Le lendemain, avec le Québécois, il avait placé les morceaux de corps dans des contenants hermétiques, remplis de glaces, pour en faciliter le transport. D’un commun accord, Jean avait été désigné pour disposer des membres de la créature maudite. Les bruler aurait été trop simple, il fallait s’assurer qu’elle ne revienne pas. Le plan était donc d’éparpiller les restes de la créature en divers endroits qu’ils auraient la tâche de surveiller. Juste au cas.

C’est ainsi que la tête avait été coulée dans le ciment des murs à la base de l’oratoire Saint-Joseph, sur la montagne au centre de l’île de Montréal. Celui du groupe qui était né dans cette ville y resterait, veillant à protéger l’emplacement qu’ils avaient choisi. Réal, qui retournerait vivre dans la région éloignée du Cantal, en France, suggéra les souterrains oubliés du château médiéval de la Vigne, à Ally. Georgia, qui avait convaincu son petit ami de la suivre outre-mer, dans son patelin d’origine, guida Jean jusque dans le jardin public de Bordeaux, non loin de la cascade artificielle. La nuit venue, ils ensevelirent un tonneau dans lequel on coula du béton, inonda les bras fracturés et puants, puisque la décomposition s’était amorcée. Le buste, quant à lui, fit le trajet avec le tueur à la hache, sur la banquette arrière de sa voiture, secoué sur les routes de campagnes qu’ils empruntaient pour éviter les rencontres fortuites avec les policiers. Ils se rendirent à Nancy, où il avait fait l’achat d’une maison. La malle compromettante se retrouva dans le grenier abandonné du musée-aquarium de Nancy, sous une pile d’objets hétéroclites. Encore là, le béton tiendrait compagnie à cette créature qu’il avait crue morte.

Rioz

L’évocation de cette période sombre de leur histoire le fit frissonner. Jean n’avait jamais été un bon partenaire, un bon membre d’un groupe ou d’une collectivité quelconque. Il travaillait seul, n’aimait pas s’encombrer de la présence des autres. Mais ses amis lui avaient manqué, parce qu’ils avaient vécu des aventures extraordinaires. La rage et la colère qui bouillonnait en lui depuis ce jour ne s’étaient jamais éteintes, de là son emploi de tueur. Il ne trouvait réconfort que dans la mort, celle des autres et déclenché par ses actions, perpétrées de ses mains. Il avait assassiné une centaine de personnes dans les deux dernières années, de tout âge, race, sexe ou religion. Il s’en foutait.

Aujourd’hui, il était conscient que sa vie allait changer à nouveau, mais il était dans un état précaire, incertain d’être en mesure de fréquenter les autres sans les blesser. Il ne leur ferait aucun mal physique, bien entendu, mais son mauvais caractère, son impatience et ses manières brusques risquaient de lui causer des ennuis.

D’une voix hésitante, il questionna l’homme au bout du fil.

–          Tu es certain?

Suivit un court silence, tandis qu’un couple d’étudiants amourachés passait devant lui, l’ignorant complètement, se tenant la main. La réponse qu’il redoutait lui vint.

–          Oui.

Jean soupira, exaspéré. Voilà que tout recommençait, après deux ans de solitude. Il s’était toutefois douté qu’ils ne resteraient pas éternellement blottis dans cette existence faussement recluse après les évènements tragiques auxquels ils avaient participé. Le destin revenait les troubler.

Leur groupe avait survécu de justesse aux assauts de la créature maudite et les blessures n’avaient pas eu le temps de guérir. Les blessures mentales, bien entendu.

–          Comment peux-tu en être aussi sûr? Tu étais là quand je l’ai dépecé et décapité.

–          Jean… je le sais parce qu’elle est venue me voir.

Jean se racla la gorge, pensif, se frottant le menton. Le québécois poursuivit.

–          Nous devons nous réunir, à nouveau.

Le tueur frappa le mur de brique avec force, y laissant une empreinte ensanglantée. Il parla ensuite avec un ton résigné.

–          J’en ai bien peur, mon petit.

La communication fut abruptement coupée. Jean observa un moment l’appareil à l’écran luisant maculé de la sueur qui couvrait son visage, sa joue et son front. Avec dégoût, il sentit son estomac se contracter. Il regrettait le petit déjeuner qu’il avait pris quelques heures plus tôt.

Jean savait qu’un voyage à Montréal s’imposait. Par contre, il avait un contrat à terminer et rien ne l’en empêcherait. Il était un homme de parole, respectait ses engagements.

C’était le temps de briser du flic.

Il souriait lorsqu’il revint à la voiture, ouvrit le coffre dans lequel il laissa tomber le poing américain, pour s’emparer de sa hache, sa légendaire Furie. Coulée dans l’acier quelques siècles plus tôt, cette arme avait été la possession de tyrans barbares, cruels et diaboliques. Cette lame légendaire avait répandu la mort avec une aisance exceptionnelle. Elle avait tranché des têtes de rois, de soldats, de chevaliers, de prêtres, d’innocents et de choses innommables.

Elle avait fait tomber tous les assaillants qui s’étaient stupidement levés devant lui.

Il était un temps où les hommes qui voulaient mourir venaient le voir, pour l’honneur de périr sous sa lame.

C’était il y a si longtemps.

Il réintégra lentement l’intérieur de la voiture, la hache posée sur les genoux, pour démarrer et faire rugir le moteur. Le ciel s’obscurcissait à mesure que le jour voulait céder sa place à une nuit qui promettait d’être mouvementée.

Il alluma la radio, enclencha le lecteur de disque compact et trouva celui de son groupe préféré, Metallica. Suivit une chanson parfaite pour l’occasion. « So what ».

En sifflant la mélodie, il enfonça l’accélérateur sans regarder qui ou quoi traversait la rue, puisqu’il s’en foutait complètement.

Il fonçait droit vers l’église et les policiers devant la bâtisse, que le grondement du moteur et le crissement des pneus avaient alertés.

Il allait bien se marrer. On ne l’appelait pas Jean le butteur pour rien.

À suivre…

Hache ensanglantée

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