Les racines du mal – Première partie : L’appel

Important :

« Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite. »

Les Racines du mal :

Première partie – L’appel

Georgia Dupond.

Bordeaux, France

Georgia

Elle déposa le téléphone cellulaire sur la table de la cuisine, réalisant à quel point elle tremblait. Levant le regard vers l’horloge murale, elle découvrit qu’il n’était pas encore deux heures du matin. Un improbable courant d’air souffla dans la pièce et la força à fermer la robe de chambre qui s’était ouverte, dévoilant son corps athlétique et ses courbes agréables.

Songeuse, elle s’approcha du comptoir et de l’évier de la cuisine, ignorant l’obscurité opaque à la fenêtre. Elle ouvrit un tiroir sur sa droite, silencieuse manœuvre qui fut récompensée par la récupération d’une bouteille de Jack Daniel`s médaillée d’or 1954, qu’on lui avait offerte et qu’elle gardait pour les grandes occasions. Un rictus moqueur se dessina sur ses lèvres, l’idée que l’évènement à célébrer aurait dût être joyeux lui traversa l’esprit. Ce ne serait pas pour ce soir, alors aussi bien en profiter.

L’unique luminosité dans la pièce venait du plafonnier dont elle avait tamisé l’intensité, préférant la semi-pénombre à la clarté. Elle se remplit un verre, le liquide lui brûlant ensuite les entrailles et elle put en apprécier le goût, l’odeur et l’effet qui lui fit grand bien.

Elle jeta un regard inquiet vers le portable, refusant de croire la mauvaise nouvelle qu’elle venait de recevoir. Que faire maintenant? Avertir les autres? Tout oublier et rejoindre son copain dans la chambre au deuxième étage? Prétendre que son ancienne vie n’était qu’un mauvais souvenir?

Elle prit une nouvelle gorgée, décidant qu’il serait préférable de remplir le verre à nouveau, avant qu’il ne soit vide. Par simple mesure préventive, elle fit le tour de l’étage, s’assurant que toutes les portes étaient fermées à clé, que les fenêtres étaient closes. Ensuite, Georgia se rendit dans la salle de lavage où elle termina son troisième verre de l’alcool réconfortant. Elle se sentait de mieux en mieux.

Après s’être assuré qu’elle était bien seule, elle se glissa entre la machine à laver et le mur, juste assez pour pouvoir tendre le bras et fouiller l’espace derrière l’appareil métallique. Elle trouva le petit boîtier froid et le ramena sans l’ouvrir dans la cuisine. Elle hésita en observant le verre à nouveau vide et la bouteille beaucoup trop pleine, puis décida d’y aller pour un autre petit coup. On lui avait appris à ne pas faire les choses à moitié. Elle songea à son ami Jean, grand amateur de whiskey qui aurait approuvé. Cette pensée la fit sourire.

Georgia prit maladroitement place sur l’une des chaises en bois à la table de la cuisine, déposant le boîtier devant elle. Elle se passa une main sur le front, secoué par ce qu’elle avait appris. D’une main toujours tremblante, elle souleva le couvercle et examina le Beretta luisant, ainsi que le chargeur rempli de projectile meurtrier spécialement conçu à sa demande. Cela faisait un bon bout de temps qu’elle avait tenu l’objet dans ses mains. En fait, la dernière fois qu’elle avait utilisé cette arme, deux ans plus tôt, c’était à Montréal. Dans une mission de reconnaissance qui avait mal tourné. Par nécessité, elle avait dût éliminer deux agents ennemis et sa couverture montréalaise avait été brûlée. Elle n’avait eu d’autres choix que de revenir à Bordeaux, se tenir tranquille avec son copain canadien qu’elle avait convaincu d’emménager avec elle.

Deux ans de silence, vingt-quatre mois sans entendre parler des autres.

Elle souleva l’arme, sa main en épousant la crosse avec une certaine satisfaction. Tout cela lui avait manqué.

Son portable se mit à nouveau à vibrer sur la table.

Les autres étaient au courant.

 ***

Réal Bonin

Le Cantal, France

Montain man

Réal adorait les balades solitaires dans la plaine, sur les collines et parfois même dans la forêt. En particulier de nuit, comme en ce moment. Il emportait alors son bâton de marche, son calepin et un bon crayon, ainsi qu’un sac à dos. Ce soir, il transportait aussi une bonne bouteille, un vin route « Palhàs » qu’il s’était procuré à Molompize, quelque temps plus tôt.

La nuit lui appartenait et il était dans son élément, sur son territoire.

Le froid automnal n’avait aucune emprise sur lui, ses vêtements le tenaient bien au chaud et ses bottes solides raclaient le sol avec une cadence rapide, son pas était assuré.

Il s’était arrêté au sommet d’une petite colline, non loin des ruines abandonnées d’un château médiéval, dont il ne restait presque plus rien. C’était le point de repère bien connu qui lui indiquait qu’au-delà, la distance franchie aurait été trop grande. Il ne voulait pas non plus marcher durant des heures.

Souffrant d’insomnies, il passait ses nuits à écrire, errer dans la nature ou encore à écouter de la musique. En ce moment, le silence et le chant nocturne des rares animaux sauvages étaient sa musique préférée, un concert inébranlable qui valait toutes les symphonies du monde, surpassait toutes les chansons qu’il avait entendues.

Réal leva un regard tranquille vers le ciel étoilé, sombre et sentit la brise qui caressa ses longs cheveux, chatouillant sa barbe. C’était le temps d’une cigarette et il déposa son sac à dos et son bâton contre un arbre à proximité. Durant le jour, la vue à cet endroit était imprenable, mais la nuit on n’y voyait pas grand-chose.

La région était peu habitée.

La cigarette allumée, il prit quelques bouffées de la fumée cancérigène tout en haussant les épaules, indifférent aux remarques fréquentes qu’on lui débitait sur les dangers du produit. Fallait bien mourir de quelque chose, alors au moins il lèverait l’ancre en sachant qu’il ne s’était privé de rien. La vie était trop courte, les gens trop cons, la mort pouvait venir vous cueillir à tout moment. Savourer les succulents plats de l’Auvergne, boire, fumé et les occasions de s’envoyer en l’air faisaient partie de son quotidien.

Qu’on le laisse tranquille, voilà tout ce qu’il voulait.

Le jour même, son voisin qui vivait quand même à plus d’un kilomètre de chez lui lui avait rendu visite. Le vieux fermier devenu éleveur de mouton lui avait raconté les rumeurs qui circulaient au village, selon lesquelles on avait aperçu un loup dans la montagne. Chose rare depuis que les idiots du conseil municipal avaient voté une loi afin de permettre aux fermiers et chasseurs de tuer les magnifiques bêtes. On parlait d’éliminer la population des loups, qu’on considérait comme une menace. Typique des hommes que de vouloir éradiquer les autres formes de vie auxquels ils avaient volé le territoire, détruits les ressources d’une nature qui se portait trop bien.

Loup nocturne

Réal était venu ce soir dans l’espoir d’entendre le loup en question, de confirmer ou non la possibilité qu’ils soient de retour dans la montagne. Il avait, au cours de ses deux ans dans la région, déjoué une quantité impressionnante de pièges et changé en partie la mentalité moyenâgeuse des conseillers municipaux. En tant qu’écrivain connu dans toute la francophonie, il avait un certain poids dans la balance, suffisamment d’argent pour qu’on l’écoute.

Il retira la bouteille de son sac, sachant qu’entendre l’animal serait magnifique, se doutant qu’il serait plus difficile de l’apercevoir. Le loup était trop intelligent pour se montrer. Du moins, il l’espérait.

Réal leva le regard vers l’ouest, un bruit lointain et déplacé venant rompre le presque silence de la nuit. Il ne vit rien, mais un léger grondement s’élevait, mécanique et improbable, aucun véhicule ne pouvait venir à cet endroit. Il y avait trop de falaises, de pente escarpée et il n’y avait aucun sentier.

Intrigué, il replaça la bouteille dans son sac, termina sa cigarette qu’il replaça dans la poche de son manteau, évitant de polluer. Il observa alors le ciel, réalisant que le son venait de l’étendue obscure qui le recouvrait.

Son portable, sur sa table de chevet dans sa résidence, n’avait cessé de sonner depuis une heure. Mais il n’y avait personne pour répondre.

***

Jean Métallos

Nancy, France

Place St-Stanislas

Il roulait depuis deux heures, suivant les routes de campagnes à une vitesse non recommandée, soulevant des nuages de poussière et s’engageant dans les virages comme Alain Prost sur un circuit fermé. Jean revit sa rencontre plus tôt dans la journée, alors qu’il s’était installé tout près du monument central dans la place Stanislas, désertée en raison du froid et du vent. Il s’était tenu dans l’ombre du vieux Stanislas, feignant de lire un journal. C’était la procédure habituelle. Depuis deux ans, c’était toujours ainsi. Ce matin, un cabot pitoyable et galeux ne cessait de japper et de courir comme un fou. Cela lui rappela une scène d’un livre de Camus. L’étranger? Cela faisait un bon bout de temps qu’il avait relu les classiques, grand amateur de la littérature fantastique et d’horreur.

Le cabot s’était éloigné et un gamin s’était approché, l’observant avec un peu trop d’insistance. Jean l’ignora jusqu’à ce qu’il s’approche, pour ensuite se lever brusquement en émettant des grognements animaliers, le gosse surpris hurlant aux morts avant de fuir. Comme toujours, ce petit jeu l’amusa, le faisant rire à voix haute. Il avait pris l’habitude de faire peur aux gens. Avec l’énorme cicatrice qui traversait sa joue droite, son œil de verre dont l’iris était rouge vif et son crâne chauve, il était effrayant. Il faisait peur.

Jean vit ensuite la silhouette de son contact qui s’approchait, une jolie jeune femme en jupe un peu trop courte, un décolleté plongeant qui attirait le regard et pouvait facilement diminuer le niveau de concentration de tout homme. Ses talons hauts claquaient contre le sol, sa longue chevelure flottait sous la brise. Jean se débarrassa de son journal, observant la femme sans dissimuler son intérêt. Cette dernière agissait toujours avec froideur, ses instructions brèves et elle ignorait ses avances. Il ne l’avait jamais vu sourire. Son air triste la rendait encore plus belle.

Son nom de code était Lissa. Elle s’arrêta non loin de lui, lui tendant une enveloppe épaisse. De sa voix fatiguée, elle lui parla.

–          Comme d’habitude. 10 000 $ en argent américain comme tu l’as demandé et le reste quand le travail sera terminé. Tu as deux jours. Des questions?

Jean reluqua les cuisses de la femme, ouvrant l’enveloppe et y voyant les billets verts, une photographie et quelques notes dactylographiées. Il se leva, empochant les documents et l’argent.

–          Tu as des préférences sur la manière de s’occuper de notre ami?

–          Je te fais confiance, amuse-toi. On se revoit ici la semaine prochaine.

Lissa se détourna, sans rien ajouter et il n’osa bouger que lorsqu’elle était hors de vue, la vision du corps majestueux l’avait enivré. Il se secoua.

L’adresse laissée par la jeune femme était gravée dans sa mémoire et c’est là qu’il se trouvait maintenant, dans le petit patelin de Rioz, suivant la rue Charles De Gaules.

En fait, l’adresse qu’on lui avait donnée était celle de l’église au clocher bulbeux typiquement comtois. La photographie était celle d’un prêtre.

Jean immobilisa sa voiture deux rues plus loin, retirant le coffret qu’il gardait sous son siège. Il enfila ensuite des gants noirs, ses lunettes fumées et jeta un coup d’œil sur la rue. Déserte. Il n’était pourtant que quatorze heures. C’était mieux ainsi et il souleva le couvercle du coffret, ressentant toujours autant de plaisir à contempler ses jouets. Il devait réfléchir. Sa victime serait un prêtre. Dans la cinquantaine. Vivant seul. Il laissa ses doigts parcourir la surface des objets dans le coffre et en s’exclamant de joie, retira l’arme qu’il lui fallait. Il avait délibérément ignoré le revolver trop bruyant, le flacon de venin et les fléchettes empoisonnées, tout comme la grenade. Les couteaux l’avaient tenté, sans plus. Ce fut le poing américain doré qu’il choisit et retira. Cela lui permettrait un corps à corps idéal, le plaisir de briser les os, de fracturer le visage et de faire souffrir. De faire ruisseler le sang.

Poing Américain

Sans plus attendre, il replaça sa trousse sous le siège, glissant le poing dans la poche de son manteau. La rue était toujours déserte et il quitta la voiture, verrouillant les portes. Il remonta ensuite le trottoir, scrutant chaque fenêtre, prenant en note la position des portes, tous les détails susceptibles de l’aider en cas de besoin.

La rue qu’il suivait courbait vers la droite et l’église se dévoila directement devant lui, toutes en pierre et au clocher qui s’élançait vers le firmament partiellement couvert.

Jean s’arrêta. Six voitures de police étaient stationnées devant l’immeuble, des agents armés montaient la garde.

Son portable vibra dans la poche arrière de son pantalon et tout en se déplaçant, changeant de trottoir afin d’être hors de vue, il s’empara de l’appareil. Le numéro sur l’écran lui était inconnu, le nom n’était pas listé. En haussant les épaules, il prit l’appel.

Une voix murmura à l’autre bout du fil, qu’il reconnut tout de suite. Qu’il n’avait jamais cru entendre à nouveau. Il reconnaissait avant tout l’accent québécois.

À suivre bientôt….

 

Pour lire la deuxième partie c’est ici.

 

Advertisements

2 réflexions sur “Les racines du mal – Première partie : L’appel

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s