Le mythe de l’écrivain torturé – Guillaume G. Lemaître – Le critique

Le mythe de l’écrivain torturé – Guillaume le critique

L’expérience des écrivains torturés tire à sa fin. Le dernier cobaye qui a bien voulu se prêter à l’exercice est le génial Guillaume G. Lemaître avec qui j’ai partagé les pages du magazine Freaks Corp. Numéro 6 — Spécial horreur.

Il est le dernier des fossoyeurs de rêves à s’y prêter, mais pas le moindre. Je tiens à remercier tous ceux qui ont bien voulu répondre à mes questions. Gaëlle, Romain, John, et Guillaume. Merci de me prouver que je ne suis pas le seul fou à passer tout son temps à écrire, que la folie, c’est de ne pas poursuivre ses rêves et de ne pas profiter de la vie au maximum.

 

Qui est Guillaume G. Lemaître:

 

Guillaume G. Lemaître

 

Né près du Mont Saint Michel au début des années quatre-vingt, Guillaume G. Lemaître se passionne très tôt pour le fantastique et l’horreur à travers de nombreux supports. La littérature, la B.D mais surtout le cinéma de genre sont ses principales sources d’inspiration. Diplômé d’une école de cinéma, il aime varier les plaisirs de l’écriture, passant du scénario de court-métrage, de bande dessiné et surtout la littérature. Quand il ne rédige pas des chroniques de films pour le webzine L’IMAGINARIUS, il écrit des nouvelles de mouvances fantastiques et splatterpunk. Il vit à présent en région parisienne et pense bientôt commencer un premier roman.

 

 

Les questions et réponses :

 

Vous considérez-vous comme un écrivain torturé?

  • Non, même si je pense qu’il faut être légèrement plus névrosé que la moyenne pour prendre plaisir à noircir des pages blanches sur son temps libre.

Décrivez vos états d’âme versus la production littéraire du moment – est-ce qu’il y a une relation entre ces deux éléments?

  • Quand tu vois le Top 10 des ventes de la Fnac, on peut légitimement parler de « lecteurs torturés ». Et masochistes, de surcroît, car ils le veulent bien! Je lis et écris des choses plutôt violentes, extrêmes et sombres, aussi Madame Michu pourrait facilement en conclure que je suis torturé. De mon point de vue, une vieille fille qui passe son temps à lire Marc Levy, Guillaume Musso, Katherine Pancol ou Anna Gavalda est dans un état beaucoup plus préoccupant que le mien.

 

Lecteur névrosé et torturé

 

 

Que faites-vous quand vous êtes incapable d’écrire?

  • Je remets mon travail à plus tard, car la meilleure façon d’être mauvais c’est de se forcer à faire quelque chose quand on n’a pas la tête à ça.

Qu’est-ce qui vous frustre le plus quand vous êtes incapable d’écrire?

  • Le fait de savoir que l’inspiration reviendra à un moment où je serai trop occupé pour écrire ce qui me viendra sur le coup.

Comment vous en sortez-vous?

  • J’ai toujours un bloc note sur moi (en fait maintenant sur mon iPhone) et dés que j’ai un embryon d’idée, je le note. Que ce soit, une idée d’intrigue, de personnage, de dialogue, etc. Cela évite de perdre les bonnes choses. Ainsi quand je me pose devant mon traitement de texte je ressors mes notes et peu partir serein. Je dois préciser aussi que le vin blanc sec est un excellent carburant pour ma prose.

Pourquoi écrivez-vous?

  • Mon amour de la langue française et mon besoin permanent de me vider la tête sont certainement les deux meilleurs arguments que je puisse apporter.

Que pensez-vous de l’image classique de l’écrivain alcoolique, à moitié fou, excentrique?

  • C’est une caricature, mais il n’y a pas de fumée sans feux. Encore une fois, je pense que nous sommes tous névrosés à des degrés divers et que les écrivains le sont plus que la plupart des gens. Certains sont très borderline, d’autres très sobres, mais lesquels sont les plus intéressants à lire?

Avez-vous des commentaires pertinents sur le sujet de l’écrivain troublé?

  • Écrire est la meilleure façon de se connaître soit même et de s’améliorer. Je conseille à tous les gens qui se sentent « troublés » d’écrire ou de commencer une activité artistique plutôt que de gâcher leurs temps et leurs argents dans de longues psychothérapies.

 

Commentaires :

Les réponses de Guillaume me font réfléchir. Pourquoi faisons-nous cela? Je veux dire pourquoi remplissons-nous des pages, jour après jour, d’histoires invraisemblables et le plus souvent sans avoir la moindre certitude qu’ils seront un jour lus. Que les gens vont aimer, que nos écrits aient le moindre intérêt ou potentiel.

Sommes-nous donc névrosés? Je crois que oui. Être écrivain, du moins dans mon cas et celui des copains, c’est quelque chose qui nous est tombé dessus et qu’on n’a jamais vraiment voulu. C’est là, c’est en nous et on en profite. On aurait pu être plombier, la vedette de football ou de Hockey, pilote de formule 1. Mais quelque chose a fait de nous des écrivains.

Comme c’est bien souligné dans la réponse à la question 2 – qui est vraiment torturé dans tout cela? L’écrivain qui se libère et met sur papier des fantaisies morbides, macabres et traumatisantes ou le lecteur qui les dévore dans son lit, en pyjama, avec un sandwich au poulet dans une main et un verre de vin dans l’autre?

Il existe un marché très important pour la lecture du fantastique, pour la violence, le gore, le meurtre et un tsunami d’hémoglobine. Regarder ce qui se vend bien à la télévision et les films? Il y a bien entendu des exceptions, mais en majorité, c’est la violence et le sexe qui captent les auditoires, qui vend des billets de cinéma. Nous sommes un peuple de voyeurs avides, voraces des atrocités qui arrivent aux autres.

Dans le fond – et merci de l’avoir souligné – ce sont peut-être les lecteurs qui sont torturés. Nous, écrivains, ne faisons que suivre une thérapie salvatrice et saine.

Des réponses de Guillaume, je peux deviner un écrivain logique, calme, empreint d’une certaine vision critique du monde qui nous entoure et qui le sert bien dans son écriture, dans ses chroniques de films ou autres.

J’ai bien hâte de tenir son premier roman en main.

 

Freaks Corps, spécial horreur

 

Pour suivre l’actualité de Guillaume G. Lemaître :  Page Facebook officielle

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3 réflexions sur “Le mythe de l’écrivain torturé – Guillaume G. Lemaître – Le critique

  1. Je dirais que la torture est plutôt la passivité. L’écrivain est un être qui bouillonne sans cesse de l’intérieur. C’est ce triturement de neurones qui le sauve de la folie. La névrose, comme la souffrance, est en chacun de nous. La folie, c’est croire que ces sentiments sont négatifs. Faire ressentir, espérer, partager, se livrer par les mots à toute forme de fantasmes, et ainsi conjurer tout ce qui nous trotte par la tête, sans jugement ni autre, c’est une forme de liberté. Un écrivain est-il vraiment torturé ? Non, à mon sens, car il trouve des champs de possibilité qu’il partage sans complexes, et s’il travaille sans cesse du cerveau pour quelques pages, c’est pour canaliser la vie qui déborde en lui, et la fournir au lecteur. Ecrire un texte et arriver à cette communication avec le lecteur, c’est comme une intimité qui se fiche des barrières, un acte presque sexuel. Déplacé de parler de torture.

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