Suite du mythe de l’écrivain torturé – Romain Billot le Marginal

 

Je poursuis ma petite aventure dans l’esprit de ces écrivains fous, torturés ou non. Je les questionne et tente de comprendre ce qui les motivent, les dérangent, comment ils s’en sortent. Être auteur est souvent plus qu’un métier, c’est un état d’être, un moyen de survivre et d’exister.

Voyons ce que Romain en pense :

Qui est Romain Billot :

 

Romain Billot
Romain Billot

 

Romain Billot est le fondateur de la revue de l’étrange et de l’imaginaire, Freaks Corp qui a vu le jour en 2009 et de la DTF (ligue de défense Transatlantique du Fantastique) en partenariat avec le fanzine Nocturne CE. Écrivain français, il publie dans plusieurs revues dans son pays d’origine et aussi au Québec. Il détient un Master de lettres à l’université de Bourgogne. En 2012, il retourne s’installer au pied du Plomb du Cantal pour renouer avec ses origines et y trouve sa principale source d’inspiration…

Plusieurs publications, dont deux recueils de nouvelles et un roman, sont prévues pour 2013…

Questions et Réponses :

Vous considérez-vous comme un écrivain torturé?

  • Pas vraiment… en plus, le terme « torturé » fait très poseur, genre « j’me la raconte, regardez-moi, je souffre, je suis un artiste maudit! » Vu que j’écris de l’horreur, du gore et de l’épouvante, les gens ont tendance à croire que j’ondule de la toiture et que je suis bon pour le cabanon… Mais il n’en est rien… (même si je suis un peu écorché vif) Enfin je pense! Faudra que tu demandes à mon psy pour être sûr! (rire)

Décrivez vos états d’âme versus la production littéraire du moment – est-ce qu’il y a une relation entre ces deux éléments?

  • J’ai coutume de dire que j’écris qu’il vente, qu’il pleuve ou qu’il neige, également par franc soleil… En fait, mes états d’âme ne jouent pas vraiment sur ma production… En revanche, je suis parasomniaque depuis l’enfance (ce que je vis bien. C’est plus dur pour mes proches et celle qui partage mon lit), mes terreurs nocturnes et mes cauchemars sont ma première source d’inspiration!

Que faites-vous quand vous êtes incapable d’écrire?

  • Ça arrive peu en ce moment… Quand l’inspiration me fuit, je vais faire un tour dans mes montagnes pour méditer, je vais à la pêche pour faire le vide, je bouquine au coin du feu, je regarde un film, je surfe sur le net, je vois des amis ou je joue de la guitare…

Jack London

Qu’est-ce qui vous frustre le plus quand vous êtes incapable d’écrire?

  • Le tic-tac maladif de l’horloge qui me rappelle que tout a une fin… Y compris les deadlines!

Comment vous en sortez-vous?

  • Toujours bien! (rire) Je mets du rock des seventies, je m’installe devant mon clavier et ça repart!

Pourquoi écrivez-vous?

  • Pour faire éclore les fleurs de sang que j’ai dans la tête… (Hommage à la phrase de Kurt Cobain) C’est surtout un plaisir, celui de raconter des histoires comme je le faisais avec mes amis autour d’un feu de camp en pleine forêt, genre « fais-moi peur », sans prétention, sans chichi, juste pour le partage… C’est un besoin viscéral et personnel d’échapper au quotidien, d’entrevoir d’autres mondes où tout serait possible…

Que pensez-vous de l’image classique de l’écrivain alcoolique, à moitié fou, excentrique?

  • Cette image décadente nous vient du 19e siècle avec ses auteurs torturés par le mal du siècle, généralement atteints de syphilis qui carburaient à l’absinthe et à l’opium!
  • Pour la folie et l’excentricité, étant donné mes choix de vie (isolement dans ma montagne par exemple) et mes goûts, certains le pensent, mais tout est une question de point de vue… Pour quelqu’un de non passionné qui s’enlise dans la routine et qui ne me connaît pas, effectivement je peux ressembler à ce stéréotype… Mais je me vois comme un épicurien, un bon vivant, un jouisseur… Carpe Diem… Je ne suis pas alcoolique comme le dirait les langues de pute! (rire) Pour être alcoolo, il faut boire régulièrement et ressentir un manque quand il n’y a rien dans le bar… Perso je me passe aisément d’alcool… Je confesse, votre honneur, que j’aime le whisky, les cigares, la bonne bouffe, le bon vin, la bonne chair et les banquets entre amis… C’est aussi vrai que j’ai tendance à être parfois excessif, mais ça, c’est parce que je dévore la vie à grands coups de crocs comme un loup enragé… J’affectionne beaucoup cette phrase de Henry David Thoreau qui résume bien ma philosophie de vie : « Je voulais vivre intensément et sucer la moelle de la vie. Et ne pas, quand je viendrai à mourir, découvrir que je n’aurai pas vécu. » …

Avez-vous des commentaires pertinents sur le sujet de l’écrivain troublé?

  • Il n’a qu’à lever les yeux vers le ciel étoilé en haut des cimes et son trouble se dissipera!

Un homme et des loups

Mes commentaires :

Les réponses de Romain nous laissent découvrir un être terre à terre, empreint d’un regard réaliste sur son état d’écrivain. Je note toutefois dans la dernière partie de sa première réponse qu’il laisse planer un certain doute sur son état mental, sur le niveau de sa torture. Avec humour, il nous invite à questionner son psy. Alors si le gentil Psy en question en vient un jour à lire ces lignes, veuillez s’il vous plaît me contacter par email. Je suis curieux de connaître vos conclusions sur l’état de mon ami. Confidentialité garantie.

À moins qu’il ne s’agisse uniquement d’une torture nocturne, qui s’exprime par ses cauchemars? Son inconscient supplicié qui se défoule dans ses songes, qui libère la démence de ses pensées sombres, la folie de son imagination gore et violente. Qui expliquerait ses thèmes et écrits ténébreux.

Comme Gaëlle et John, Romain semble prolifique, toute baisse d’écriture n’étant pas perçue comme un élément dramatique, une situation insoutenable. Une petite marche dans les bois, de la musique agréable, quelques verres avec des amis et on se change les idées. Puis on revient à notre travail. C’est une méthode très saine, efficace et qui semble porter ses fruits.

Je crois aussi (et j’ai peut-être tort) que pour des écrivains prolifiques, c’est peut-être plus facile de faire face à des périodes de non-écriture. Alors que pour moi, écrire est aussi un plaisir, mais je suis moins prolifique. Je passe moins de temps à produire des textes. Mon rythme est lent. Peut-être ma torture vient-elle du fait que je n’accepte pas cet élément tout simple. Que je refuse d’admettre mon incapacité à me transformer en une machine à remplir les pages de mon traitement de texte.

Romain est quant à lui un écrivain qui semble équilibré, qui jouit pleinement de son existence et raconte avec merveille toutes sortes d’histoires extraordinaires. Car il est un conteur, un raconteur et un créateur de légendes, de mythes.

Il est un marginal, qui s’isole d’une société rendue folle par la technologie et souvent influencée par la culture dégradante et frivole de l’Amérique. Il est en harmonie avec la nature et les animaux. Il est cet écrivain nomade qu’on rencontre sur les sentiers isolés de la forêt, un être énigmatique au regard perdu et pourtant joyeux, généreux. Cigarette à la bouche, il se fond dans la végétation et étudie le monde qui l’entoure, qu’il comprend. Il n’est pas l’un de ceux qu’on retrouverait mort d’une overdose ou les veines coupés. Il dit les choses comme il les pense et sait très bien faire face aux conséquences de ses paroles.

En fait, si Romain est torturé, il n’en montre rien. Ses réponses démontrent une certaine paix dans son âme, malgré ses nuits ponctuées de cauchemars.

Lien utile pour suivre toute l’actualité de Romain:

Site officiel de l’auteur – Romain Billot

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3 réflexions sur “Suite du mythe de l’écrivain torturé – Romain Billot le Marginal

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