Le mythe de l’écrivain torturé – Gaëlle Dupille et l’équilibre.

Auteure au travail

 

 

Je l’ai déjà dit, je suis un écrivain troublé. Je suis obsédé par mon écriture et les périodes où je ne pratique pas cette activité enivrante me sont pénibles.

Avec les réponses de John Steelwood, qui fut le premier cobaye dans ma petite série d’articles, nous avons vu que la torture existait pour d’autres auteurs. Qu’un écrivain pouvait voir ses écrits influencer par ses émotions à fleur de peau, par son quotidien et son environnement immédiat. Que souvent, ce qu’il invente n’est que le reflet de la tempête qui l’anime, qui menace de tout faire éclater!

Pour avoir lu des textes de John, je peux vous garantir que si ses personnages sont d’une intensité psychologique aussi vive, ce ne peut être que dut à son cerveau en ébullition. Une certaine instabilité?

Est-ce donc que tous les écrivains – en particulier ceux qui font dans le fantastique et l’horreur ont cette maladie, ce cancer interne qui les ronge peu à peu et les fait créer des réalités tordues?

Non. J’ai peut-être trouvé une perle rare.

Le mythe de l’écrivain torturé chez les fossoyeurs de rêves

Deuxième partie : Gaëlle Dupille

 

Qui est Gaëlle Dupille ?

Gaëlle DupilleGaëlle Dupille est née en France, et vit entre Bordeaux et Montréal (Québec). Parmi les auteurs préférés de cette fan de littérature horreur/science-fiction/fantastique, se trouvent Stephen King, Paolo Coelho, Lewis Caroll, George Orwell et Isaac Asimov. C’est d’ailleurs après avoir lu « Simetierre », de Stephen King, qu’elle a décidé de devenir romancière, alors qu’elle était encore une toute jeune adolescente.

« L’Alchimiste », de Coelho, demeure son œuvre favorite, qu’elle emporte toujours avec elle lorsqu’elle voyage, tel un porte-bonheur…

Elle est non seulement romancière, mais aussi professeur de Français Langue étrangère, rédactrice freelance pour plusieurs sites Internet et officie parfois en tant que traductrice français-anglais.

 

 

Présentation :

Gaëlle est une écrivaine sans torture, qui écrit pour le plaisir. Elle défait en quelque sorte le mythe de l’écrivain torturé. Ses écrits sont sombres et violents, mais ne sont en rien le reflet de sa vie. Elle n’est pas le genre d’écrivaine qu’on imagine un jour retrouver à moitié morte dans un conteneur à déchet, dans une ruelle sombre, ivre et couverte de vomit. (On m’a déjà dit que c’est ce qui m’arriverait… j’étais jeune et encore au collège…) Elle n’est pas du genre à errer avec le regard perdu, hurlant sa rage et sa démence dans les périodes difficiles ou creuses de sa vie. Elle ne boit pas afin de taire les voix qui résonnent dans son crâne.

Une auteure saine, elle a développé des solutions efficaces à ses problèmes d’écriture et pour elle, son talent n’est pas un moteur alimenté par la torture.

Est-ce que les femmes sont des écrivaines moins torturées?

C’est à voir!!!

 

 

Les questions et les réponses :

 

Vous considérez-vous comme un écrivain torturé?

  • Torturée, non pas vraiment. Lorsque j’écris, je n’ai pas vraiment l’impression de faire resurgir une quelconque forme de souffrance. Je dirais que j’écris avant tout par plaisir, pour partager mes pensées, mais pas pour évacuer mes angoisses, même si en période de stress, l’écriture reste un excellent moyen de retrouver une certaine sérénité.

 

Décrivez vos états d’âme versus la production littéraire du moment – est-ce qu’il y a une relation entre ces deux éléments?

  • En ce moment, j’ai plusieurs projets littéraires avec lesquels je jongle, dont un projet collectif avec des amis auteurs. Tout va à merveille pour moi et je dirais que mon moral est plutôt au beau fixe. Par contre, mes textes, eux, sont assez sombres, comme à mon habitude. Il n’y a donc pas vraiment de liens entre mon humeur et mes écrits, même s’il est vrai que lorsque je suis stressée ou fatiguée, mes histoires sont encore plus noires et inquiétantes que d’habitude.

 

Que faites-vous quand vous êtes incapable d’écrire?

  • Cela ne m’arrive pas très souvent, mais c’est particulièrement frustrant lorsque je ne parviens pas à trouver l’inspiration, mais ce qui est encore plus difficile à vivre est lorsque je suis inspirée, mais que je n’arrive pas à trouver du temps libre pour écrire et évacuer toutes les idées qui se bousculent dans mon esprit et me demandent de les sortir de là!
  • Dans le premier cas, je fais une longue marche, seule, en pensant à mon histoire et les idées finissent généralement par venir toutes seules. Rien de tel qu’un peu d’exercice physique pour oxygéner le cerveau. Dans le deuxième cas, je fais en sorte de prendre de brèves notes de mes idées sur le petit carnet que j’ai toujours dans mon sac, pour être certaine de n’en oublier aucune et je mets le tout de côté jusqu’à ce que je trouve un moment de libre pour travailler.

 

Mystérieuse forêt nocturne

 

 

Qu’est-ce qui vous frustre le plus quand vous êtes incapable d’écrire?

  • Le plus frustrant est de sentir les idées toutes proches et de ne pas parvenir à les saisir, à les formuler correctement, un peu comme lorsque l’on essaie de se remémorer un rêve dont on sent pourtant que son souvenir est tout proche. Là, c’est franchement rageant, car en principe, plus on se concentre et plus l’idée semble s’éloigner. Frustration garantie.

 

Comment vous en sortez-vous?

  • Ma méthode est tout simplement de laisser mon roman de côté pour quelques heures et de faire toute autre chose comme écouter de la musique en préparant un bon petit plat, lire un roman ou sortir faire une balade. Ensuite, je me remets devant mon ordinateur et en principe, les idées sont de retour. Si cela ne marche pas, je n’insiste jamais et je fais une pause jusqu’au lendemain, tout simplement.

 

Pourquoi écrivez-vous?

  • Je me suis souvent posé la question. Je crois que l’une des principales raisons est que je prends beaucoup de plaisir à imaginer des histoires oniriques ou effrayantes et à les partager ensuite avec mes lecteurs, comme si je rendais accessible mon « cinéma mental » aux autres! Je fais des rêves assez denses et surprenants et nombre d’entre eux sont une source inépuisable d’inspiration pour mes romans. Mettre ces rêves sur papier est aussi un moyen de ne pas les oublier et de leur donner ainsi une « seconde vie éternelle »!

 

Que pensez-vous de l’image classique de l’écrivain alcoolique, à moitié fou, excentrique?

  • Ce genre d’auteur est presque une caricature et pourtant, il est facile de se laisser emporter par ses démons lorsque l’on écrit, car l’écriture est une sorte d’auto psychothérapie, où l’on utilise ses souvenirs, ses souffrances, ses expériences personnelles ou ses peurs pour les transposer chez nos personnages. Pour quelqu’un de psychologiquement fragile ou ressentant trop d’empathie, je pense qu’il est facile de sombrer dans une sorte de folie ou les romans et la réalité, puisqu’ils se nourrissent l’un de l’autre, ne font plus qu’un. D’où ensuite un besoin pour certains de trouver « du réconfort » avec des drogues et alcools qui anesthésient temporairement les douleurs morales qui assaillent les auteurs à cause de toutes les questions qu’ils soulèvent dans leurs romans sur l’origine et le but de la/leur vie. Mais c’est aussi le début d’un engrenage destructeur qui peut faire beaucoup plus de mal que de bien si on ne parvient plus à le contrôler.

 

Pour suivre l’actualité de Gaëlle, découvrez ces sites :

 

Le blogue officiel de l’auteure

Les éditions Edilivre pour vous procurez « 999 Rue Bélial »

Les éditions Kirographaires pour vous procurez l’excellent « La main du diable et autres contes macabres.

Le site de l’IMAGINARIUS – le petit journal du fantastique (Édité avec brio par Gaëlle)

 

 

 

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4 réflexions sur “Le mythe de l’écrivain torturé – Gaëlle Dupille et l’équilibre.

  1. je ne sais pas si les romancières féminines sont plus équilibrées, juste qu’il y a un degré de démence différent selon chaque individu. Je ne crois pas qu’il y ait de différence dû au clivage mâle/femelle, du moins au vu de mon expérience ^^
    Nous avons là une perle rare dont le degré d’insanité reste au plus bas. Bravo Gaëlle !
    😉

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