Le mythe de l’écrivain torturé – John Steelwood et ses démons

Le mythe de l’écrivain torturé

Page blanche

Ma femme me dit souvent que je suis un écrivain torturé. Elle ne fait pas ici référence à une consommation abusive d’alcool, à des problèmes mentaux importants ou encore à un mode de vie hors de contrôle. Ce qu’elle veut dire, c’est que l’écriture est une partie importante de ma vie, qu’elle me consume parfois entièrement durant de longues heures, des journées ou des nuits entières. Quand j’écris, c’est la seule chose qui compte. Quand je n’écris pas, c’est aussi la seule chose qui compte.

Écrire est dans mon cas l’un des plus grands plaisirs de la vie. Être publié, même si c’est le rêve de l’écrivain, n’est pas l’ultime but du processus. Si mes manuscrits se voyaient refuser pour le reste de ma vie par tous les éditeurs du monde entier, il n’en demeurerait pas moins que je continuerais à remplir les pages de mon traitement de texte. La raison en est bien simple, c’est une passion, qui complète bien mon intérêt pour la lecture et le cinéma. C’est tout ce que je suis capable de faire, sans commettre de bêtises. Sans m’ennuyer.

On m’a souvent reproché, dans mes emplois précédents, de n’avoir aucune ambition concernant le travail du moment et je dis sincèrement qu’ils avaient tous raison. Mon ambition n’était pas de gravir les échelons dans cette hiérarchie illusoire du monde des professionnels. Bien au contraire, je voulais l’emploi avec le moins de responsabilités possible, les journées de travail les plus courtes. Parce qu’il me fallait retourner à la maison, écrire et développer mes nouveaux romans.

C’est ce commentaire de ma femme sur mon obsession envers mes écrits qui m’a intrigué. Quelle est cette chose, cette force, cette motivation étrange qui nous pousse à créer des récits, des personnages fictifs?

Pourquoi écrire?

Je ne saurais trop répondre. Certains diront que c’est une nécessité issue de l’inconscient, une force mystérieuse qui nous anime, un besoin psychologique d’évacuer les émotions refoulées et tout le reste. Je ne sais pas. Je n’ai pas à le savoir. Je le fais et c’est tout. J’en suis heureux.

Comme on dit parfois, il faut de tout pour faire un monde.

Je me suis intéressé au processus littéraire ou alors au manque de ce processus. Que pensaient mes confrères de cette torture et de cette obsession malsaine? Comment vivaient-ils avec les situations de panne de créativité et de page blanche? Comment les gens autour d’eux, que ce soit la famille ou les amis, les voyaient-ils?

Voici une traduction approximative (puisque traduite de l’anglais) d’un article sur le sujet trouvé sur le site Wikipédia.

  • L’artiste torturé est un personnage de fiction ou de réalité stéréotypé. Il vit dans la tourmente constante en raison de sa frustration avec l’art et des autres individus. Les artistes torturés se sentent exclus et incompris à cause de l’ignorance ou de la négligence perçue des autres qui ne les comprennent pas ou ne les jugent pas importants. Ils prennent parfois de la drogue, font l’expérience de frustration sexuelle et de chagrin récurrent, en général dépassés par leurs propres émotions et conflits internes. Ils sont souvent raillés dans la culture populaire parce qu’ils pensent trop, sont idéalistes ou alors donnent l’impression d’être opposé à la joie et plaisir.
  • D’autres traits stéréotypés varient entre deux extrêmes – d’être narcissique et extraverti à être introverti et d’avoir le dégoût de soi. Les artistes torturés ont souvent des tendances autodestructrices dans leurs comportements et sont généralement associés à des problèmes de santé mentale tels que la dépendance, troubles de la personnalité ou la dépression.
  • Les artistes torturés sont souvent sujet à l’automutilation et ont aussi un haut taux de suicide.

écrivain torturé

Rien de bien joyeux dans ce portrait que nous dresse le site en question.

Les exemples d’écrivains connus susceptibles de se retrouver dans cette catégorie sont nombreux. L’un d’eux a retenu mon attention et les amateurs de science-fiction le reconnaîtront.

Il s’agit de Philip K. Dick.

Écrivain de SF – On lui doit une grande quantité de romans et de nouvelles littéraires, alors que des films ont été tirés de certains de ses romans. Parmi les plus populaires, notons « Blade Runner » et « Minority Report ».

Selon la biographie de l’écrivain, il est de notoriété publique que son existence fut marquée par la drogue, le délire, plusieurs divorces et des tentatives de suicide. Dans son enfance, un psychiatre avait même établi que l’auteur souffrait de schizophrénie.

camisole de force

Je devais en avoir le cœur net. Que pensaient mes confrères. C’est ainsi que j’ai contacté quatre membres du collectif d’écrivain auquel je fais partie, tous de talentueux auteurs se spécialisant dans les domaines de l’imaginaire, que ce soit l’horreur, le fantastique ou la science-fiction.

Je leur ai posé huit questions.

Nous commençons aujourd’hui avec John Steelwood.

Les autres suivront dans les semaines à venir. Il s’agit de Gaëlle Dupille, Guillaume Guike Lemaitre.

Le mythe de l’écrivain torturé chez les Fossoyeurs de rêves

Première partie : John Steelwood.

Qu’est-ce que les Fossoyeurs de Rêves?

Les fossoyeurs de Rêves est un groupe littéraire composé d’auteurs rebelles et fous de fantastique, bien décidés à faire parler d’eux.

« Ici, nous n’enterrons pas les rêves, nous les exhumons pour les livrer à nos lecteurs. Ce sont parfois des rêves virant aux cauchemars, mais ils sont toujours pleins de fantaisie. Nous touchons à tous les genres de l’imaginaire… »

Qui est John Steelwood?

John Steelwood

« Je me nomme John Steelwood et je suis un pseudo. Je suis née en 1991, mais je suis plus âgé, car je ne suis qu’un succédané d’humain. Celui qui m’a crée préfère se cacher dans l’ombre et observer le monde. Il m’a laissé cette tâche d’écrire des histoires horrifiques, des récits où trembler ne suffit pas pour calmer ses peurs. Armé de ma hache, je débite les corps dans mes histoires, je raconte la vie telle qu’elle est, cruelle, sans pitié et souvent, l’impossible surgit pour saisir le lecteur aux épaules et l’entraîner dans les geôles de l’enfer.

Je vénère Lovecraft et King. J’aime me délecter des écrits de Barker et de Koontz et je n’ouvre jamais un livre de Musso – trop peur. Que dire de plus sur moi si ce n’est que j’écris tous les jours. J’écris depuis longtemps, et je continuerai tant que mes mains le permettront. »

 Les questions et les réponses :

Vous considérez-vous comme un écrivain torturé?

  • Torturé. D’après ma manière de penser, d’après les retours de mes proches, de mes amis, oui, il y a quelque chose dans mon esprit qui doit faire de moi une personne torturée, donc un écrivain torturé. Il suffit de lire certains de mes textes, parfois je me demande où je vais chercher certaines choses : vraiment tordu.

Décrivez vos états d’âme versus la production littéraire du moment – est-ce qu’il y a une relation entre ces deux éléments?

  • Une relation indéniable. Si je suis plus bas que terre, je suis incapable de coucher la moindre ligne, j’ai envie de tout plaquer. Sitôt passée cette période, alors je produis, d’abord du très noir, puis ça s’éclaircit au fur et à mesure.

Que faites-vous quand vous êtes incapable d’écrire?

  • Je meurs lentement.

Qu’est-ce qui vous frustre le plus quand vous êtes incapable d’écrire?

  • Le fait d’avoir des cons dans mon entourage, plus ou moins proche. Sans eux, je m’en porterai pas plus mal, je dirai même que j’irai bien. Mais il semblerait que je dois être un sensitif et dès qu’une « bêtise » est dite ou faite par ces personnes (jamais les mêmes), alors ça me mine.

Comment vous en sortez-vous?

  • Je n’en sais rien. Je m’en sors, mais je ne sais pas comment. Sans doute un miracle à chaque fois, mais les miracles ne sont pas faits pour se répéter éternellement.

Pourquoi écrivez-vous?

  • Pour survivre.

Que pensez-vous de l’image classique de l’écrivain alcoolique, à moitié fou, excentrique?

  • Une caricature. Un grossissement des traits. Ou bien simplement une réalité. Perso, je me vois un peu fou, pas excentrique (je suis habillé de manière normale, je me comporte normalement…) et niveau alcool, pas plus que la moyenne des Français buvant du Jack Daniels.

Avez-vous des commentaires pertinents sur le sujet de l’écrivain troublé?

  • Un commentaire pertinent : je n’en connais pas, d’écrivain torturé.

jack-daniels-pen

Pour en savoir plus sur John :

Page Facebook de John

Le blogue de John

La page Zombie Évolution

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7 réflexions sur “Le mythe de l’écrivain torturé – John Steelwood et ses démons

  1. superbe article. merci beaucoup. Je me reconnais dans pas mal de choses, ça me touche… Bref, merci
    Parce que je n’ai plus l’impression d’être plus la seule à être romancière folle !!!!! Youpi !
    ^^

  2. C’est drôle tout de même de pouvoir se rendre compte qu’il existe un trait commun aux auteurs – du moins ceux avec lesquels je corresponds sur les réseaux sociaux – c’est la souffrance. Notre envie d’écrire, de créer des choses avec des mots nous vient, tous, d’une souffrance passée qui nous a, en un sens, forgé.
    Un article excellent en tous les cas. En attendant les réponses des autres auteurs 🙂

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