Est-ce que les humains sont bons ou mauvais ?

 

 

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L’être humain, bon ou méchant?

Le mois passé, j’ai répondu à quelques questions de la sympathique journaliste Sarah Hubert-Vasquez, pour l’Infos-Dijon. Une des judicieuses questions qu’elle m’a posée n’a cessé de me trotter dans la tête depuis.

 

Voici la question :

« Dans Le Tueur des Rails, vous avez un regard critique sur la société actuelle. Une scène qui se déroule dans un bar de nuit est particulièrement savoureuse : “Il y avait beaucoup de jeunes femmes, dévoilant leurs attributs, entourées d’hommes salivants et participant à cette loterie humaine, dans l’espoir de remporter le gros lot sexuel” (p.26). La suite est encore plus éloquente quant à la bestialité de l’homme.

Pensez-vous que l’homme est un animal comme les autres? »

Ma réponse posait un regard critique sur l’humanité, sur une humanité en tant que groupe, que société ou groupes de sociétés depuis les débuts de la conscience humaine. J’ai généralisé mes propos, peignant un portait sombre et quelque peu fataliste de notre race.

 

Voici la réponse que j’ai donnée lors de l’interview :

« Pour être franc, je crois que l’homme est le plus bas échelon dans l’éventail des créatures vivantes. Il suffit de voir ce que nous sommes en train de faire à ce monde d’une beauté incroyable. Depuis la nuit des temps, nous envahissons des territoires, éliminons des populations entières pour notre profit. Regardez ce que nous avons fait aux indigènes vivants dans les Amériques, l’esclavage des gens de couleurs et les conséquences du troisième Reich. Nous avons cette manie de convoiter, d’abuser ou de détruire tout ce qui est beau. Observez aussi ce qui se passe avec les populations animales de certaines régions qu’on qualifie d’indésirables, comme les loups. Des méthodes barbares d’éliminations afin de préserver quoi? Un territoire qu’on leur a pris de force? Oui, nous sommes une race horrible, mais disons qu’il y a de l’espoir ».

Depuis ce commentaire, j’ai reçu un message, d’un ami qui met en lumière ma vision négative d’une humanité à laquelle je fais pourtant partie. Il a bien raison, tout n’est pas sombre, l’homme n’est pas une créature exclusivement néfaste et destructrice. Comme je le dis à la fin, il y a de l’espoir.

Et voilà que les évènements du dernier mois réaniment mon intérêt pour le sujet. La tuerie au Connecticut où un tueur fou est entré dans une école élémentaire pour tuer une vingtaine de personnes, la majorité étant des enfants, suivit de plusieurs autres incidents isolés, similaires et quand même très inquiétants. Un homme qu’on arrête dans le stationnement d’un centre commercial, avec une cinquantaine d’armes à feu. Un malade qui attend les pompiers à une résidence en feu afin de leur tirer dessus. Je ne vais pas énumérer toutes les nouvelles entendues, mais la liste est longue. Allez sur n’importe quel site de nouvelles, vous verrez.

Alors, je suis sorti faire une promenade dans un de mes lieux préférés : un cimetière. Un endroit calme ou ceux qu’on rencontre sont la plupart du temps très respectueux, paisibles et sensibles. L’air est frais, il vente et le ciel est couvert. C’est le moment que je préfère, juste avant la tempête. Les feuilles virevoltent tout autour de moi, les stèles s’alignent le long du sentier et me guide dans les allées interminables.

L’homme? Est-il une créature foncièrement mauvaise? Ou un être à l’origine pure que le monde dans lequel il évolue change, corrompt et asservit aux légions du mal?

Je pense aux gens que je connais, ceux qui m’entourent. Des infirmières, des écrivains, des policiers, des enseignants. Je crois pouvoir affirmer que dans mes connaissances, personne ne répond à la description d’un être démoniaque. Je me considère moi-même comme quelqu’un de bien. D’accord, je n’offre aucune portion de mon temps libre à faire du bénévolat, je contribue très peu financièrement aux œuvres de charité et je me mêle principalement de mes affaires. Mais je ne blesse personne, n’ai aucune idée sombre pouvant mener à des actes mauvais. (OK, j’ai des idées sombres, mais je les écris, je ne les mets pas à exécution.)

Je crois sincèrement que plusieurs éléments ont une influence importante à savoir si nous allons être bons ou mauvais. Notre code génétique en est un, ce bagage interne que nous avons dès la naissance à l’intérieur de nos fibres humaines. Certains parlent d’une mémoire collective, qui nous permet d’être connectés à cet homme ancestral qui nous a précédés, peut-être doté de capacités extraordinaires ou alors d’instincts animaux plus prédominants que les nôtres. On cherche à expliquer notre caractère violent par les actions des hommes des cavernes.

Deux personnes vivant le même traumatisme n’auront pas nécessairement la même réaction. Si un tueur en série commet ses crimes pour se venger d’un père abusif, pourquoi l’autre enfant maltraité n’en viendra » — il jamais à la violence? Le cycle de l’enfant sexuellement abusée qui abuse à son tour n’est pas la norme. Alors est-ce une molécule particulière qui permet à l’un d’eux de ne pas répéter les sévices vécus? De surmonter l’horreur pour continuer à vivre? De ne pas faire à autrui ce qui lui a été fait?

Notre environnement est aussi un facteur d’influence. Où avons-nous grandi, que faisaient nos parents? Qui côtoyons-nous? Tout cela est important pour expliquer qui nous sommes. Si vous êtes née dans un foyer d’extrémiste avec des tendances racistes, il est fort probable que vous serez raciste. Une longue exposition à des éléments de haine peut engendrer chez certains des sentiments haineux. Si vous grandissez dans une résidence où les toxicomanes viennent chercher leur cochonnerie, où vos parents se piquent tous les jours, où vous êtes laissées à vous-même, les chances de prendre de la drogue durant votre vie sont plus grandes. Un enfant d’alcoolique susceptible de le devenir à son tour.

Notre société est aussi un facteur très important. Il fut un temps où il était normal d’aller aux jeux afin d’y voir des chrétiens y être dévorés par des lions affamés, ou alors de participer à des sacrifices humains, où l’on coupait les têtes de ceux choisis du haut des pyramides dans la jungle. Ces gens n’étaient pas mauvais pour autant, c’était leur mode de vie, leur façon de procéder. La base de leurs croyances. Ils trouveraient peut-être « Jersey Shore » plus cruel que les gladiateurs déchiquetés dans l’arène.

Je pose alors une question. Où les choses se gâtent-elles pour les humains qui commettent d’horribles crimes, la violence et la folie? Puisqu’ils ont un jour été d’innocents poupons rosés, sans pensées néfastes, sans amertume.

Le meilleur argument à donner, dans mon cas, pour prouver que l’homme n’est pas une créature aux tendances pures et bonnes, est de voir comment notre société est organisée. Comment nous avons dût ériger les bases de ce regroupement humain que sont les pays, les villes, les continents, les provinces.

En tant que groupe humain concentré, établi dans les limites d’une région, nous avons dû déléguer à certains d’entre nous des responsabilités extraordinaires, leur offrir des armes mortelles et leur donner un code de loi à faire respecter. Ils sont des citoyens au-dessus des autres, qui ont le pouvoir, dans certains cas extrême, de tuer, de mettre fin à la vie de certains d’entre nous pour la sécurité des autres. Pour la sécurité nationale. Nous avons dû créer des services policiers afin de nous protéger contre certains des membres de cette collectivité dans laquelle nous voulons vivre. Sans savoir qui ils sont, quand ils commettront leurs crimes, pourquoi et surtout, envers qui. N’est-ce pas là un signe de notre incapacité à éviter le déploiement de notre nature?

Quelle est la raison qui fait que la plupart des gens respectent la loi? La punition qui peut s’ensuivre? La honte d’être pris sur le fait et emmené au poste de police, d’avoir un casier judiciaire, de pouvoir perdre son emploi?

Combien de fois n’avons-nous pas dépassé la limite de vitesse sur les routes, brûler un feu de circulation ou un signe d’arrêt? Cela parce qu’il n’y avait personne en vue et qu’on était pressé? Qu’on pouvait tout simplement le faire. Alors qu’on ralentit si on voit une voiture de police, si une automobile venant en sens inverse nous signale de ses phares qu’une voiture de police se cache plus loin.

Ce qui nous a poussés à commettre ces manquements au code de loi auquel nous devons adhérer est le savoir ou la croyance que nous ne serons pas pris sur le fait ou punis, non?

Alors, disons qu’on élimine demain toutes les lois, brûle les postes de police et retire à ces hommes tous leurs pouvoirs. C’est maintenant chacun pour soi. Dites-moi, est-ce que la criminalité augmenterait? Baisserait? Serions-nous en sécurité? Seriez-vous heureux de voir vos enfants marchés seul dans la rue, sachant qu’il n’y a aucune autorité pouvant régir la conduite automobile et les agissements humains? Dormiriez-vous en paix la nuit en sachant que le 9-1-1 ne fonctionne plus? Que personne ne répondra à votre appel à l’aide?

Si l’homme est bon, alors pourquoi une telle inquiétude? Nous n’avons rien à craindre, n’est-ce pas? Combien de fois n’avons-nous pas pensé faire une chose ou une autre, mais avons retenu le geste en question parce que nous avions peur d’être puni?

Le pire avec notre système de loi, nos policiers et notre justice, c’est que même si elles sont en place, si elles tentent de décourager la population, d’informer le public, le crime est toujours perpétré au quotidien de par le monde.

Parfois, ce sont ces criminels qui semblent profiter le plus de notre code de loi, parce qu’ils sont protégés, relâchés dans la communauté une fois leurs « fautes » expiées. Il est fréquent de voir un meurtrier, un violeur, un fraudeur retourner dans la rue une fois sa sentence terminée. Sous les cris de protestation d’une foule consternée.

Pour certains, la menace de la prison ne suffit pas pour les décourager. Certains pays qui proposent et offrent la peine de mort, certains pays démocratiques, condamnent encore de nos jours des truands à cette sentence définitive. Nous devons tuer nos semblables tellement leurs crimes sont horribles. Nous sommes horrifiés de voir certains d’entre nous faire des lampes avec la peau de leurs victimes, manger les entrailles de jeunes hommes et femmes qu’ils ont assassinés.

Sans notre système de loi, je n’ai aucun doute que le monde serait un endroit chaotique. Pire. Une jungle où l’on devrait se terrer, armes aux poings et lutter pour protéger notre famille, nos ressources.

Et pour ajouter à la folie de ce que nous sommes, nous devons compter sur un comité indépendant de civils ou alors les agents d’autres corps policiers pour enquêter sur les bavures et incidents impliquant nos policiers. Nous devons contrôler et étudier les agissements de nos politiciens. Parce que même ceux qu’on élut pour veiller sur notre pays, ceux à qui l’on fait confiance pour nous protéger, sont humains. Et par le fait même, se laissent aller à la corruption. Aux abus. Ils commettent des erreurs de jugement. Ils veulent se remplir les poches, ils ne respectent pas les lois qu’ils nous imposent. Comme un juge qui se retrouve avec une prostituée. Un policier vorace qui met la main sur des liasses de billets lors d’une descente. Un politicien qui accepte des pots-de-vin. Un prêtre qui abuse d’un enfant.

Comme si ce n’était pas suffisant, nous n’avons pas seulement les membres de notre collectivité immédiate à craindre. Il faut se méfier des autres, qui veulent nos ressources, notre territoire et augmenter leur puissance. Alors pour se protéger des autres hommes bons, nous devons engager un autre groupe de citoyens qu’on entrainera à tuer, à qui l’on fera parfois un véritable lavage de cerveau et qu’on équipera d’armes à la puissance dévastatrice. D’engins de mort de plus en plus puissants. On ira même jusqu’à créer des bombes pouvant réduire à néant la population d’un pays.

Tout cela, parce que nous sommes bons. En raison de notre nature joyeuse et honnête, fraternelle.

Alors, on ne peut plus parler d’éléments isolés de la population, parce que les prisons débordent. Malgré les lois et les punitions qui devraient décourager les crimes, des millions de gens se laisseront tenter par le mal, continueront à voler, tueur, faire des fraudes. La peur des conséquences n’est même plus assez importante pour les faire hésiter.

Nous devons envoyer nos troupes dans d’autres pays, pour éviter qu’un dictateur, un régime ou un gouvernement ne massacre la population qu’il devrait protéger. Sa propre population. Tout cela pour le gain financier ou politique. Nous irons même jusqu’à mentir sur notre intérêt à envoyer des soldats à l’étranger, pour protéger des amis, pour protéger des intérêts énergétiques. Connaissons-nous tous la vérité derrière chaque initiative de nos gouvernements? Faites-vous confiance à vos dirigeants au point de leur donner carte verte, sans questions?

L’histoire de notre race est remplie de crimes, d’horreurs et de violence. Il suffit d’ouvrir une encyclopédie, un livre d’histoire ou d’aller sur Internet. Cherchez les mots suivants « Goulag » « Holocauste » « Guerre » « Génocide » et vous en avez pour un bon moment à découvrir la folie humaine dans toute sa splendeur.

Voilà un peu ce que je voulais dire en répondant à la question de Sarah. L’homme est mauvais, la preuve est tout ce que nous devons mettre en place pour nous protéger et cela ne fonctionne même pas.

La liste des mesures que nous avons instaurées est inimaginable. Il n’existe plus aucun lieu où le crime ne s’est pas commis. L’école, l’Église, le supermarché, en pleine rue, dans le métro.

Alors comment serait notre monde sans tout ce que nous avons établi? Sachant que ce n’est pas suffisant.

J’ose à peine l’imaginer.

Bien entendu, nous ne sommes pas tous des créatures sanguinaires, mais combien de fois avons-nous entendu des amis, des familles de ces fous qui commettent l’impossible répéter qu’ils ne comprennent pas. Il était si bon, si gentil. Il était tranquille, généreux. Un leader dans la communauté.

Je ne suis pas un chercheur, c’est facile à deviner en lisant ce texte, mais mon impression est que l’humain est instable. Que ce qu’il transporte dans son code génétique, la société qui l’entoure et les évènements de sa vie sont en partie responsables de ses actions. Peut-on juger les crimes des autres sans connaître leurs raisons, leurs circonstances?

Il y a de l’espoir, seulement chez certains individus, mais pas dans les collectivités. Du moins à mon avis. Les collectivités sont dangereuses, parce qu’elles ont le pouvoir de décupler la folie. Pensons à l’esclavage, aux populations d’autochtones anéantis et aux victimes des guerres mondiales.

En résumé, il ne faut pas paniquer. Il faut juste ne pas se faire d’illusions.

C’est le monde dans lequel nous vivons, c’est le seul que nous avons.

Pour l’instant.

 

 

 

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