Avez-vous attrapé le « Gangnam Style » ?

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Je ne connais rien à la mode, aux tendances saisonnières en vogue. Je m’habille comme cela me plaît sans savoir si je commets de faux pas vestimentaires. Est-ce qu’un polo, une chemise ou un pantalon peut sembler venir d’une collection tirée d’un catalogue d’il y a dix ans? C’est possible, je n’en ai aucune idée. Joanne Rivers me démolirait certainement dans ses critiques vestimentaires, mais que voulez-vous, pour moi, un pantalon c’est un pantalon, sans date d’expiration à moins qu’ils ne se désintègrent alors que je déambule en plein milieu de la rue Ste-Catherine.

Je ne regarde pas les défilés de mode, y trouve les vêtements impossibles et absurdes, hors de prix. Il faut avoir le physique d’une fillette de douze ans pour les revêtir et risquer de se faire tirer dessus par des chasseurs de créatures exotiques velues, feuillues ou encore emplumées.

Je n’ai pas d’enfant, pas d’adolescent à la maison pour me tenir au courant des nouvelles vogues technologiques ou linguistiques. Est-ce qu’on dit toujours « Cool » « Hot » et « Super », je l’ignore, j’utilise toujours ces expressions. Pour moi les formules genre « @TEOTD – ALOL – CSL et FICCL » sont des codes morses utilisé par les militaires ou un langage extraterrestre.

Je n’ai pas de console de jeux, pas de Nintendo, de Playstation ou de XBOX. Les seuls jeux que je connais sont ceux de ma génération, qu’on découvrait dans les arcades, les classiques du genre « Pac Man et Invaders », tout comme les bonnes vieilles machines à boules. J’utilise encore Windows et je m’amuse de temps en temps sur mon « Android » première génération.

Mon lecteur de livres numériques date déjà de quelques années et est en noir et blanc, sans applications ou accès à l’Internet. Je m’en sers juste pour lire des livres, sans plus.

Je vis encore dans une ère où les communications se font par écrit, cette chose boisée qu’on appuie sur du papier pour y laisser des traces grisâtres qui peuvent se transformer, tenez-vous bien, en mots et phrase. Je parle au téléphone et non juste par texte message ou vidéo-conférence. « Skype » est le nom d’un vaisseau spatial dans Star-Trek, non? « Instagram » est une formule qu’un magicien répète avant un truc de magie particulièrement spectaculaire et « Twitter » est une insulte envers quelqu’un qui dit quelque chose de stupide.

Bref, la technologie n’est pas mon fort.

J’en entends parler, mais m’en tiens loin, parce que je suis satisfait et les publicités n’ont pas d’impact sur moi. La technologie, c’est comme une prostituée sur le coin de St-Laurent, tu la regardes, te questionne sur sa vie, mais tu ne vas pas lui parler. (À moins d’être un politicien)

Le mot technologie fait un peu… coquin? Sale? Du genre maladie vénérienne. Ça me fait froid dans le dos.

Est-ce que j’ai besoin que mon téléphone portable me parle de son plein gré? M’interpelle par mon nom pour m’annoncer des choses importantes? Pour me rappeler mon rendez-vous chez le coiffeur? Pour me dire que je devrais prendre mes pilules du matin? Pour me laisser savoir que mon cousin Maurice m’appelle?

Non, surtout pas. Entre la famille, les amis, les confrères de travail et toutes les autres discussions possibles dans une journée, la dernière chose dont j’ai besoin est d’une petite boîte qui perturbe mon silence, brise la bulle de non-sociabilité que je me suis créée.

J’ouvre pas la porte aux témoins de Jéhovah, aux vendeurs d’assurances, je ne réponds même pas au téléphone, alors me faire dire mes quatre vérités par une petite machine insolente? Jamais!

Un écran tactile et capable de se connecter à l’Internet par le wifi intégré à la porte de mon frigo, pour me donner des renseignements sur les éléments qu’il contient? Sérieusement? Tout ce que je veux dans le frigo c’est une bière froide et les restants de pizza de la veille. Pas un menu détaillé avec le compte des calories, un inventaire précis de son contenu. Voyons la liste : Une carotte rabougrie et à moitié pourrie, une pinte de lait jaunâtre remplie de caillots d’une matière indéterminée, un pot de cornichons sucré qui date du temps de Napoléon et finalement, la pièce de résistance, un plat Tupperware avec quelque chose dedans, mais quoi? Le frigo vous donne 10 $ si vous trouvez la bonne réponse.

Bref, tout cela pour vous dire que je découvre les modes culinaires, technologiques, vestimentaires et culturelles un peu en retrait. Je ne regarde pas beaucoup la télévision, sinon des films et séries télévisées, sans annonces publicitaires. Les bulletins de nouvelles à l’occasion. Je lis par contre beaucoup. Je sais, quelle misère, un homme adulte qui prend le temps de lire? Quelque chose ne tourne pas rond avec lui. Tenez les enfants et les femmes à l’écart, ne lui tournez jamais le dos. Avez-vous vu son air patibulaire et l’étrange cicatrice sur sa joue gauche? La mère qui crie à son poupon dans les rangées du Sears « Regarde-le pas ».

M’atteint donc finalement le précieux savoir qu’un phénomène nouveau à envahit notre belle planète.

Cela s’appelle « Gangnam Style »

Au début, je crois brièvement me souvenir d’avoir entendu parler de cela. N’est-ce pas cette émission de télévision ou ce documentaire sur les gangs de rues? Non? Une mode vestimentaire pour les gens des minorités ethniques du Zimbabwe, faite de tatou, de signes exotiques? Non? Le nouveau Kevin Costner où il joue un gangster? Une sorte de film porno? Un jeu vidéo?

J’abandonne, alors qu’est-ce que c’est que cette nouvelle folie qui a enflammé les réseaux sociaux et les médias?

J’ouvre l’ordinateur et fais une petite recherche rapide en tapant l’expression « Gangnam style ». Je ne m’attends à rien de bien précis, car c’est peut-être trop vague.

Les résultats me coupent le souffle. Et je clique sur certains des liens, les uns après les autres.

Je vois un Asiatique aux lunettes fumées dans une vidéo sur « YouTube » qu’on qualifie d’officielle. J’ai la bouche entrouverte, une expression de stupeur me traversant le visage. Je dois m’être trompé, cette vidéo est nulle et n’a aucun sens. J’y vois cet homme qui chante dans un langage qui m’est inconnu. Coréen? Ses paroles sont répétitives, sa danse juvénile et sa chorégraphie tout à fait débiles. Le clip se termine et je ne ressens rien, sinon un ennui mortel.

Je regarde le nombre de « Hits » et n’en reviens pas. Est-ce que les nombres sont comme la monnaie? Genre 100 millions de vues coréennes équivalent à seulement deux cents en Canadien? Non, je dois bien l’admettre, ce petit clip banal a été vu par beaucoup de gens. Cet homme sera très riche et rapidement.

Je continue ma recherche, car ce ne peut pas être tout. C’est impossible. Je me sens comme Howard Carter en 1922, ouvrant la célèbre tombe d’un pharaon légendaire pour n’y trouver qu’un contenant vide de frites McDonald’s. Ou alors, le petit robot « Curiosity » sur la planète Mars qui tomberait sur une station d’essence à 0.25 cent le litre.

Voyons donc!

Je découvre que la folie s’est propagée à la vitesse de l’éclair. Il existe des dizaines et des centaines de parodies, qui sans aucun doute finissent par rapporter quelque chose à notre petit ami coréen aux poches pleines. Comme il doit être en train de rire de nous. Je visionne certaines de ces parodies, où divers personnages ou groupes culturels sont représentés. Hitler, Obama, les mormons, les cowboys, les « Redneck » et la liste est longue. S’ajoutent des vidéos de « Flash mobs » des concours, des prisonniers dans la cour d’un pénitencier qui dansent à l’unisson. Je vois des photos de gens connues qui prennent la pose de cette étrange danse où on simule d’être sur un cheval, quelque chose que chaque adulte se doit d’essayer une fois dans sa vie, pour des raisons de crédibilité et d’humilité.

C’est comme si tout le monde en parlait, tout le monde voulait y être associé. Le Coréen, dont le nom d’artiste est PSY monte sur scène avec Madonna qui, je n’en crois pas, se glisse entre ses jambes et le fait ensuite glisser entre les siennes. Dans une autre émission, il montre à une Britney Spears constipée et probablement droguée comment faire les pas de cette danse.

À la fin de la journée, j’en ai assez vu.

J’ai vécu assez longtemps pour avoir la mémoire de certains autres phénomènes culturels à bien moindre échelle, je l’avoue. Il y a eu la lambada, l’« ACHY BREAKY HEARTH » et comment ne pas se remémorer la célèbre dans des canards?

Chaque mode du genre a toutefois une durée de vie limitée. On finit par en rire, par trouver son côté ridicule et s’en délaisser.

Entretemps, dans les discussions, je veux faire intelligent et branché, alors j’ajoute l’expression « Gangnam » et les gens rient, comme si c’était le gag du siècle. On m’a accepté dans des cercles exclusifs justes en raison de cette expression. Est-ce un code ouvrant l’accès à des ressources illimitées? Ou juste un phénomène social?

C’est la société américaine, notre monde de consommation qui force ces nouvelles modes en nous, l’espace d’une seconde, d’une rotation autour du soleil et voilà qu’on l’oublie. Le gars se fait entretemps beaucoup d’argent, il voyage, découvre le monde et se fait des contacts inespérés. C’est son moment de gloire, ses quinze minutes de célébrité.

Son produit est d’une qualité culturelle, disons-le honnêtement très pauvre.

Mais cela se vend, les gens ont besoin de danser sur un cheval illusoire, murmurant des mots qu’ils ne comprennent pas, parce que c’est « cool » et « hot » de le faire. Il faut suivre le courant, imiter et adopter, assimiler et conquérir. Ne pas être le gars dans le coin qui lit son livre, sans savoir ce que « BLACK OP » signifie.

Non, ce n’est pas le frère de Black Beauty.

Je vais être franc, je ne veux pas juger l’individu, il n’a fait que créer quelque chose qui l’a rendu célèbre et riche, il n’a fait que profiter du moment. Nous le ferions tous, n’est-ce pas?

Nous sommes le produit de notre siècle, de notre société et civilisation évoluée.

Il fut un temps où sacrifier des gens en leur coupant la tête sur une pyramide était cool, d’autres où jeter les chrétiens dans une arène avec les lions était super. Nous avons aussi décidé, à un moment donné, que pour être en santé il fallait souffrir d’embonpoint. Aujourd’hui, manger deux pois verts et les vomir est la recette d’un physique parfait, idéal.

On ne peut rien contre les modes et elles passent comme un sac de plastique IGA sous la brise qui vient du Vieux-Port.

Il faut juste l’admettre, le ridicule se vend bien. Les gens aiment la simplicité. La répétition.

Alors, les amis, je m’en retourne dans ma caverne, où les livres sont mes compagnons.

Je me questionne toutefois. Quel sera le prochain phénomène à envahir les ondes, conquérir les foules et passer à l’histoire?

Lequel d’entre vous sera le responsable de cette nouvelle folie?

 

 

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